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NE PAS CLIQUER
LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Sécheresse (2) : « une irrigation copieusement arrosée d’euros »…
par Marc Laimé, 9 juin 2011

La France dépense chaque année de 5 à 10 fois plus d’argent public pour subventionner l’irrigation agricole qu’elle n’en mobilise pour préserver la ressource en eau… Ce constat sans appel se fonde sur des travaux conduits par le « Groupe d’Economie Mondiale » de Sciences Po Paris, dont les analyses publiées en 2006 puis 2007 méritent plus que jamais d’être apportées au débat, après qu’ait été proclamée la « mobilisation générale » face à une sécheresse dévastatrice.

En janvier 2006, puis septembre 2007, Pierre Boulanger, assistant de recherche au Groupe d’économie mondiale à Sciences Po, publiait successivement deux notes implacables, dans lesquelles il établissait sans équivoque que la mise en place de primes à l’irrigation à dater de la réforme de la PAC en 1992 a conduit à provoquer un déséquilibre structurel entre la demande et l’offre d’eau.

Cette analyse détaillée des mécanismes de financement de l’irrigation souligne en outre que « la conditionnalité du versement intégral des subventions agricoles au respect de « bonnes pratiques » et de normes liées à l’environnement est mise en avant afin de légitimer le maintien des paiements directs agricoles. En se focalisant sur des critères qualitatifs, les critères environnementaux ne considèrent que partiellement la gestion durable des ressources en eau ».

Ces notes sont devenues célèbres car elles sont accompagnées d’une cartographie jusqu’alors inédite, idée géniale de notre auteur, qui a superposé la carte des principaux départements bénéficiaires de primes à l’irrigation directe (subventions couplées) et indirectes (subventions découplées) à celle de la vingtaine de départements qui subissent désormais rituellement les arrêtés d’interdiction préfectoraux d’usage de l’eau. Deux cartes qui coïncident exactement, et font donc litière, à leur grand dam, des éléments de langage de la FNSEA…

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Note irrigation Boulanger 2006
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Note irrigation + Carte - Boulanger 2007

On comprend dès lors le renouveau des guerres de l’eau dans les campagnes françaises !

Et pourquoi, comme nous le relations il y a peu, l’UMP a ouvert grand les vannes de l’irrigation jusqu’en 2014…

Or, sécheresse ou pas la situation va continuer à s’aggraver, comme permet de l’appréhender l’étude annuelle présentée le 24 mai dernier, réalisée par la Fédération nationale des SAFER en collaboration avec le ministère de l’Agriculture.

Une nouvelle fois, la FNSafer mettait en garde contre le gaspillage des terres agricoles.

"La surface agricole a diminué de 7 millions d’hectares entre 1960 et 2010, au profit de la forêt, de l’extension des villes et des infrastructures", rappelle-t-elle, alors que dans les zones d’extension urbaine, les propriétaires font de la rétention dans la perspective de plus-values.

"On ne voit pas se dessiner une consommation plus vertueuse des terres agricoles : on est toujours sur une moyenne de 78 000 hectares, correspondant à la disparition de la surface agricole d’un département tous les 4-5 ans", a souligné André Thévenot, président de la FNSafer lors de la présentation de l’étude.

Dans ce contexte il est dès lors inévitable que la concentration se poursuive, portant à leur paroxysme les externalités négatives du modèle du « tout maïs irrigué »…

A moins, comme le rappelait Grégoire Allix, dans un article publié dans Le Monde du 5 juin 2011, que le monde agricole n’entendre enfin l’INRA, qui l’appelle à évoluer ?

« Exceptionnelle, la sécheresse 2011 ? Pas sûr. La météo actuelle correspond au climat qui guette la France vers la moitié du siècle sous l’effet du réchauffement, prévient l’Institut national de la recherche agronomique (INRA).

Alors que les agriculteurs en appellent à la solidarité nationale et que la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) réclame un " plan national de stockage de l’eau ", les chercheurs de l’INRA ont suggéré, vendredi 3 juin, une réforme en profondeur des pratiques agricoles.

" Ajouter quelques retenues d’eau ici ou là, pourquoi pas. Mais étant donné la raréfaction attendue des pluies, il faut surtout modifier notre système de culture, même si les syndicats agricoles n’aiment pas entendre ce discours ", estime Nadine Brisson, directrice de recherche à l’unité Agroclim de l’INRA, à Avignon.

L’agriculture absorbe déjà la moitié de l’eau consommée en France. On peut sans doute limiter le gaspillage en arrosant uniquement pendant les phases les plus sensibles de la croissance des plantes, et non en permanence, souligne l’INRA. Mais " le goutte-à-goutte ne sera jamais rentable pour les grandes cultures comme le maïs ", insiste Mme Brisson.

Que faire alors ? Les chercheurs listent plusieurs pistes : déplacer les aires de culture vers le Nord, décaler les cycles de cultures pour éviter que les moments où les plantes ont de grands besoins en eau coïncident avec les périodes de pénurie - cas typique du maïs -, remplacer une partie des surfaces semées en maïs par des cultures d’hiver moins gourmandes en eau, comme le blé ou le colza.

Pour l’INRA, les agriculteurs doivent réévaluer leurs choix stratégiques : faut-il semer du maïs ou du sorgho ? Accroître les stocks de fourrage ? Choisir les vaches laitières les plus productives, qui sont aussi les plus difficiles à nourrir ?

" Il faut arbitrer entre la productivité et la sécurité, trouver un nouvel équilibre entre la performance du système en année normale et sa résistance en année extrême ", analyse Jean-François Soussana, le directeur scientifique environnement de l’INRA.

Une partie de ces petites révolutions est applicable dès à présent pour faire face à la crise. Alors que la production de fourrage a chuté au moins de moitié, plongeant les éleveurs dans une situation catastrophique, l’INRA recommande d’intercaler dans le cycle de cultures une récolte improvisée.

" Les moissons précoces libèrent des surfaces sur lesquelles on peut semer des cultures fourragères comme le millet ou le ray gras d’Italie, qui poussent très vite à la moindre pluie ", suggère Christian Huyghe, directeur scientifique adjoint chargé de l’agriculture.

Autre conseil : résister à la tentation - classique en cas de sécheresse - d’ouvrir tous les pâturages aux troupeaux, ce qui ruine les prés, et " concentrer tous les animaux sur la surface la plus limitée possible, afin de permettre au maximum de prairies de redémarrer quand la pluie revient. " Un réflexe vital : d’ici à la fin du siècle, le pâturage estival pourrait devenir impossible dans une bonne partie de la France. »

Voir en écho le rapport rendu public le 9 juin 2011 par la FAO : "Climate change, water and food security"

Gageons, hélas, dans le contexte actuel, sur un renouveau des conflits d’usage, comme le pressentent par exemple les ostréiculteurs charentais...

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