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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Grand Paris de l’eau : à la guinguette avec André Santini (1-7)
par Marc Laimé, 13 juillet 2016

Sous les IVème et Vème républiques, la politique de la France se faisait, persiflait-on, “à la buvette” de l’Assemblée ou du Sénat. En 2016, l’avenir du Grand Paris de l’eau, une bombe à retardement, s’est dessiné, les 7 et 8 juillet, dans… une guinguette des bords de Marne. En apparence il s’agissait d’un colloque sur les inondations, à peine un mois et demi après celles qui ont dévasté l’Ile-de-France et le Centre à la fin du mois de mai. En coulisses se jouait un autre théâtre d’ombres. Fin d’une époque. Pavane des illusions. Bal des ambitions.

D’abord il y a notre Gatsby des bords de Marne, la puissance invitante, Sylvain Berrios, 48 ans, député-maire (LR) de Saint-Maur-des-Fossés, président du syndicat Marne Vive, et, depuis le 1er janvier 2016, vice-président de la Métropole du Grand Paris en charge de la compétence Gemapi.

Un gendre idéal, issu de l’Oréal. Une trajectoire politique intrigante

Un sans faute qui lui a permis de ravir à la hussarde en 2014 la mairie de Saint-Maur à son ex-mentor (DVD) Henri Plagnol, qu’il avait déjà dépouillé de son mandat de député deux ans plus tôt..

Il est vrai qu’à la suite d’un rapport émis par la Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France, le précédent maire Henri Plagnol avait adressé le 3 mai 2010 à ses administrés un courrier confirmant que Saint-Maur était l’une des villes les plus endettées de France.

Le rapport soulignait le lien étroit entre la croissance de l’endettement et les taux d’intérêts des emprunts toxiques, ainsi qu’un effort fiscal mesuré des Saint-Mauriens, très inférieur à celui réclamé aux contribuables de communes comparables.

La dette se composait en 2010 pour 89 % de prêts structurés. Par conséquent, en fonction de l’évolution des taux d’intérêt, la ville allait devoir faire face à une hausse de ses frais financiers. Fin 2013 toutefois, plus de 70% de la dette avait été renégociée par l’ancienne équipe municipale.

Elle représentait en 2009 la somme de 202,2 millions d’euros et en 2014, 215,5 millions d’euros, soit une croissance de 6,6 %. En 2014, selon le quotidien Le Parisien, « la commune est la 6e commune la plus endettée de France, si l’on considère la dette par habitant (Levallois, dans les Hauts-de-Seine, figurant au premier rang de ce classement avec une dette de 8 344 € par habitant) ».

Belle prise néanmoins. Soixante-quinze mille habitants répartis en huit “villages” cossus, qui en font l’une des communes les plus aisées de la banlieue parisienne, à l’image de ses homologues de l’ouest de la capitale.

La commune n’était membre, jusque en 2015, d’aucune intercommunalité à fiscalité propre. Mais la loi NOTRe prévoyant la création de nouvelles structures administratives regroupant les communes membres de la métropole, constituées d’ensembles de plus de 300 000 habitants, dotées en théorie de nombreuses compétences, les établissements publics territoriaux (EPT), Saint-Maur a donc été intégrée le 1er janvier 2016 à l’établissement public territorial Paris-Est-Marne et Bois

L’extrême entre-soi…

A une semaine du colloque dédié aux rivières d’Ile-de-France et à la GEMAPI organisé à Saint-Maur, dans son édition datée du 28 juin 2016, le quotidien Le Monde relatait les propos de Sylvain Berrios qui, à l’instar de nombreux maires LR, refuse d’appliquer les dispositions de la loi SRU et du dispositif DALO en matière de logement social.

Sa collègue LR des Alpes-Maritimes, Mme Tabarot, prétextait dans le même article… le risque d’inondation, pour refuser à l’identique de construire des logements sociaux.

Dans le palmarès 2008 publié par la Fondation Abbé Pierre, Saint-Maur-des-Fossés était déjà le plus mauvais élève des villes de plus de 50 000 habitants en ce qui concerne le manque de logements sociaux. En 5 ans, seulement 30 nouveaux logements sociaux y avaient été financés alors que l’objectif était de plus de 1200…

En 2011 Saint-Maur ne comptait toujours que 6,87 % de logements sociaux, loin des objectifs de mixité de l’habitat prévus par la Loi SRU, et était qualifiée par le gouvernement en 2012 de « commune récalcitrante », ce qui l’amenait à payer des amendes importantes, 3,5 millions d’euros en 2015…

(…) « Cette loi est une recentralisation, une renationalisation qui dit où et comment les Français doivent être logés », attaquait Sylvain Berrios, député-maire (LR) de Saint-Maur-des-Fossés, commune de 75 000 habitants qui compte environ 3000 demandeurs d’une HLM et est épinglée à chaque bilan triennal de la loi SRU pour ses carences en logements sociaux, dont le nombre n’a augmenté que de 1 % en quinze ans, passant de 6 % à 7 %.

« Pour moi, il n’y a que 10 % à 12 % de la population qui a besoin d’être aidée pour se loger. Faire croire aux Français que deux tiers d’entre eux peuvent accéder au logement social, c’est un mensonge d’Etat, renchérit-il. Je refuse cette vision qui m’empêche de construire du parc privé et m’oblige à densifier ma ville. »

Pour rattraper son retard, Saint-Maur devrait bâtir 1577 logements sociaux d’ici à 2017. Son maire a cependant l’intention de n’en édifier que 500, en dépit des sanctions financières appliquées, de 3,5 millions d’euros par an, sur un budget municipal de 150 millions d’euros.

Quant aux relogements, à Saint-Maur-des-Fossés, des familles éligibles au droit au logement opposable (Dalo), seules 12 en ont bénéficié, dans le parc municipal, entre 2010 et 2013, soit 10 % à 15 %, loin des 22,7 % auxquels s’était engagée la ville dans une convention d’utilité sociale signée, en 2011, avec l’Etat.

De telles conventions ont été introduites, en 2009, par Christine Boutin, alors ministre du gouvernement Fillon, avec sa loi de mobilisation pour le logement et de lutte contre l’exclusion.

« Les Dalo sont toujours affectés dans le même quartier de Saint-Maur, celui des Rives de la Marne, déjà QPV et menacé, à force, de ghettoïsation, et l’Etat n’y est pour rien puisque c’est la ville qui ne fait pas, depuis des années, l’effort de produire une nouvelle offre ailleurs », s’inquiète Denis Laurent, conseiller municipal d’opposition (EELV).

(…)

Le débat parlementaire qui allait commencer serait l’occasion, pour le Collectif des villes carencées, qui en réunit déjà plus d’une centaine sur les 221 concernées, de remettre en cause l’article 55 de la loi SRU.

C’est une initiative de Michèle Tabarot, maire du Cannet et députée des Alpes-Maritimes qui, au lendemain des inondations d’octobre 2015, en rendait responsable la sururbanisation.

Dans un communiqué, Mme Tabarot soutenait que « l’application stricte de la loi SRU reviendrait à construire (dans sa ville) plus de 4 000 logements, ce qui aggraverait le bétonnage et le ruissellement des eaux » et qu’il fallait mettre un terme à son « application uniforme et aveugle ». En omettant la possibilité de transformer des immeubles existants en logements sociaux. »

Tiens, d’ailleurs, la veille de notre colloque, un amendement à la loi Egalité et Citoyenneté supprimait le droit de préemption des communes, pour le refiler aux EPT et à la Métropole...

Ni vu, ni connu. Champagne !

http://www.elunet.org/spip.php?arti...

Avant-colloque

Evidemment, dans ce contexte, notre premier élan, en nous rendant à ce colloque, était de nous assurer qu’avec sa casquette de nouveau grand manitou des inondations de la Métropole du Grand Paris, Sylvain « Gatsby » Berrios ne s’apprêtait pas à construire massivement des murettes anti-crues, mais surtout possiblement anti boat-people, des fois que, Brexit aidant, des cargaisons de « migrants » ne remontent la Seine depuis le Havre, puis la Marne, avant que d’envahir le « hâvre » de Saint-Maur, qui s’est de belle date enorgueilli d’accueillir de prestigieux résidents, hier Charles Trenet, aujourd’hui Isabelle Autissier, Yves Calvi, Nathalie Dessay, Michel Jonasz, le rappeur La Fouine, Vanessa Paradis ou Linda de Souza…

Disons-le tout net.

Rendons à Gatsby ce qui est à Gatsby. Sylvain Berrios n’use aucunement de ses prérogatives toutes fraîches de grand manitou francilien des inondations pour ériger un grand mur de la Marne contre les boat-people.

Ses ambitions sont toutes autres. Déjà, à peine élu maire en 2014, a-t-il liquidé fin 2015 la régie historique de l’eau et de l’assainissement de Saint-Maur, dernier service public de l’eau qui avait résisté à l’ogre SEDIF dans le Val-de-Marne.

Une affaire rondement menée. Trois mois plus tôt deux rapports de la CRC Ile-de-France décernaient pourtant un satisfecit à la régie…

Mais notre homme n’en démord pas. « La régie était endettée de 20 millions d’euros, martèle-t-il dans le bulletin municipal. Le SEDIF va reprendre cette dette, et l’usine sera réintégrée dans le patrimoine municipal. »

Soupirs de la maigrelette opposition EELV, qui cohabite dans l’opposition municipale avec… deux autres groupes de droite anti-Gatsby : « Ce n’était pas dans son programme électoral, et ça va se terminer par une nouvelle spéculation immobilière. »

Bon chien chasse de race. En décembre 1831 une vente à la criée des anciens terrains de Condé, propriété du duc d’Aumale permettait déjà à trois personnes appelées les grands lotisseurs d’acheter la moitié du Saint-Maur de l’époque. Jean Claude de Moynat, qui devient maire de la ville, Henri Caffin à la Varenne, et François Adam qui fonde Adamville. Les lotissements servent à construire les maisons du dimanche des parisiens aisés. De nombreux manœuvriers de Seine-et-Marne proche viennent habiter la presqu’île en tant que maçons. La population qui stagne depuis un siècle à 800 personnes double pour atteindre 1500 habitants en 1851.

Bon, au final, en ayant apporté la régie de l’eau et de l’assainissement de Saint-Maur au SEDIF, Sylvain « Gatsby » Berrios est ainsi devenu… Vice-président du Syndicat des eaux d’Ile-de-France, à ce jour toujours présidé par André Santini.

A suivre.

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