Vous voyez ce message parce que votre navigateur ne peut afficher correctement la mise en page de ce site. Effectuez une mise à jour vers un butineur qui supporte les standards du web. C'est gratuit et sans douleur.

NE PAS CLIQUER
LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
2017 : vers un bond de quinze ans en arrière des politiques de l’eau
par Marc Laimé, 11 juillet 2016

La fraction la plus réactionnaire du lobby de l’eau français vient d’établir la “feuille de route” de la politique de l’eau pour l’après-2017, sous forme de rapport d’une mission d’enquête sénatoriale qui décline, étape par étape, un train de mesures qui renvoie aux poubelles de l’histoire le récit dominant des dix dernières années. La mise en oeuvre de cette régression sans précédent aura des conséquences dramatiques sur des politiques publiques déjà mises en pièces depuis 2012.

A la lecture du rapport présenté à la presse le 8 juin dernier par les sénateurs Henri Tandonnet (UDI Lot-et-Garonne, et old fellow CNE Canal historique passablement malmené par la bande du Kappelmeister depuis 2012), et Jean-Jacques Lozach (PS Creuse), malignement intitulé “Eau, urgence déclarée”, nous nous retrouvons au Sénat en 2001 quand la droite, la FNSEA et la SPDE, ancêtre de la FP2E, avaient organisé, avec le soutien actif du Cercle Français de l’Eau, rien moins que quatre colloques pour descendre en flèche le projet de loi Voynet, qui en mourut de sa belle mort dans les premiers jours de janvier 2002.

On prend les mêmes et on recommence. C’est le retour des émigrés de Coblence. En fermant les yeux on voit poindre les 404 noires d’où vont surgir Jean-Jacques Oudin, Bruno Sido, Jean-François Legrand, Luc Guyau, Guirkinger, Reneaume…

404

On croit rêver, mais non. Commençons par examiner les “personnes rencontrées” pour l’établissement du rapport, le ban et l’arrière-ban : l’OIEau, l’Académie de l’eau, le Cercle Français de l’Eau, l’Onema, le CIRSEE et ANJOU-Recherche au grand complet (les deux laboratoires de RD de Suez et Veolia), la gouverneuse du Loir…

Nos deux sénateurs tapent d’emblée très fort en s’auto-qualifiant de “lanceurs d’alerte”, abus de langage caractérisé qui signe toute la démarche.

Une véritable escroquerie intellectuelle qu’il faut prendre très au sérieux quand se profile le retour des costards croisés en 404.

Autrement dit, plus c’est gros plus ça passe, et s’il y en a un qui la ramène, on règle ça à la batte de base-ball.

“On vous en foutra des Nuit Debout, bande d’abrutis, nous c’est le boulevard des Allongés…”

Bref, pour emballer l’affaire on a d’abord droit à l’apocalypse du changement climatique. C’est pas nos deux sénateurs qu’on va pouvoir accuser d’être des climato-sceptiques. Non, comme Christiane Lambert qui m’avait fait le coup à C’ dans l’air, sur le mode “Y aura plus de pain dans les boulangeries cet été”, avant que je ne lui colle sous le nez (à sa grande fureur), une carte qui superposait (exactement) les territoires recevant le maximum de primes PAC à l’irrigation à ceux affectés chaque année par des arrêtés préfectoraux de restriction à la consommation d’eau potable, nos deux lanceurs d’alerte sont hyper-convaincus que le “change” va horriblement ravager nos belles campagnes.

Et pas dans trois cent ans, non, là, tout de suite, demain.

Ici voir le savant embrouillaminis entre la disparition des atolls dans le Pacifique et l’assèchement de la Beauce, un classique du genre. Bref, c’est l’Apocalypse. Now. Point final.

Et c’est ici que les Athéniens s’atteignirent, et que le cynisme de notre bande de brigands affleure au grand jour, avec un époustouflant tour de passe-passe.

L’empreinte eau, l’empreinte eau, vous-dis-je !

Ah que, faut arrêter d’acheter des tomates au Maroc, parce qu’on “vole” leur eau aux pauvres arbis qu’on précipite ainsi dans la géhenne !

(Evidemment nos mêmes pleureuses se feront inviter en novembre prochain une semaine dans un ryad à Marrakech pour la COP 22…).

Bref comme le changement climatique va transformer Seine Normandie et Adour Garonne en désert de Gobi, devinez-quoi ?

Il va falloir d’urgence, de toute urgence, “constituer des réserves naturelles”, partout, en masse, et financées bien sur par des tonnes d’argent public, que l’on ira puiser dans les poches profondes des Agences, sous couvert des “projets de territoires”, mirifique héritage de l’éphémère ministricule Philippe Martin. Enfin le seul héritage ou à peu près que nos émigrés, de retour au pays natal, conserveront de la regrettable parenthèse 2012-2017.

Réserves et bassines, sans retenue...

Réserves et bassines, sans retenue...

Ici ne pas s’y tromper. Tous les rapports, décisions, débats, qui ont marqué la période, sont désormais nuls et non avenus.

C’est le b-a ba du terrorisme bureaucratique : mentionner en deux mots telle question, tel débat, tel rapport…, afin de l’expédier définitivement ad patres.

Ici la mécanique infernale est au mieux de sa forme. Et une fois posés les grands principes, en fait il n’y en a qu’un, l’irrigation à donf, reste plus qu’à dévaler la pente. Tout schuss ! (Histoire de relancer les canons à neige, en passant, y a pas de mal à se faire du bien).

Bon, quand ça pourrait possiblement coincer, on se lance dans le “benchmark” européen. Et devinez ce qu’on va découvrir dans la musette ? Un épouvantable “prisme anglo-saxon” qui a totalement contaminé les politiques européennes, les directives sur l’eau, tout çà…

Comment dès lors éviter une véritable “guerre de l’eau” si on n’arbitre pas (à la hâche), entre les conflits d’usage, et que l’on ne hiérarchise pas les besoins ?

Car enfin le CA de l’agriculture française (que le monde nous envie), c’est 67 milliards d’euros par an, 18% du CA de l’agriculture européenne ! Et l’impératif absolu c’est de nourrir les populations (tant il est vrai que 66 millions de Français crèvent de faim…), et donc, par exemple, pour l’irrigation, financer massivement par des aides publiques le goutte-à-goutte, puisque l’IRSTEA a prouvé son admirable efficience.

Quand les bornes sont franchies, y a plus de limites.

Ergo, il faut donc “consommer moins et gérer mieux… pour produire plus !”

Et vas-y que Suez nous fourgue ses “Smart operation center”, que les fermes connectées font s’envoler des drones. Qu’on va marier les “4 pour 1000” avec les OGM de blé et de tournesol que prépare Arvalis…

Il faut miser sur la recherche, et surtout le RE-USE, parangon de l’économie circulaire que des réglementations imbéciles, véritables carcans, empêchent de se développer en France.

C’est vrai quoi, des agrumes primeurs certifiés bio arrosés avec des eaux d’égoûts recyclées, voilà ce qui nous évitera la disette !

Et même on va enfin pouvoir carrément boire des eaux d’égoûts recyclées puisque Veolia (Anjou-Recherche), y travaille avec Vendée eau dans le cadre du projet européen “Demoware". Hommage ultime à Jacques Oudin ?

Et le dessalement, et la réalimentation (forcée), des nappes phréatiques, faudrait pas les oublier, non plus.

D’ailleurs Saur vient tout juste de signer un partenariat avec la start-up ImaGeau afin de déployer d’ici un an une solution de gestion proactive des ressources souterraines sur près de 400 sites en France....

Bon, y aussi la “gouvernance”, très perfectible.

Comme l’a établi, selon nos sénateurs, une enquête de l’IRSTEA réalisée en 2013, nous souffrons atrocement d’une centralisation excessive. L’Etat et ses services déconcentrés bloquent tout, étouffent tout. C’est l’IRSTEA qui le dit : “les DREAL empiètent sur les responsabilités des élus”.

Il faut donc… donner plus de place aux élus locaux !

Le temps est venu du “réalisme”. Après le temps du partage (le rapport), voici venu le temps de l’action (de la construction des réserves), et surtout le temps du politique !

Il faut passer de “l’abondance anglo-saxonne” à la “rareté méditerranéenne”

Huit "pistes d’avenir" identifiées par les sénateurs

• "donner la priorité à toutes les actions de gestion économe de l’eau ;

• mieux gérer l’état des réseaux ;

• éduquer les ménages à l’économie d’eau ;

• réutiliser les eaux usées en levant le carcan réglementaire ;

• encourager la recherche en agriculture pour une moindre consommation, ce secteur ayant le plus fort potentiel d’amélioration de son efficience ;

• favoriser l’agro-écologie et l’irrigation de précision ;

• utiliser l’eau en milieu rural ou urbain pour réduire, par évapotranspiration, le stress hydrique et les pics de chaleur. L’eau sera une solution à la crise climatique ;

• constituer pendant les périodes d’abondance des réserves artificielles ou naturelles à la mesure des besoins."

Vous voulez survivre à 2017 ?

Va falloir acheter des 404…

Mais on ne va pas vous promettre qu’il en reste une, décapotable, avec les fauteuils en cuir rouge et la radio, en bon état, pas chère, sur le Bon Coin, faut pas charrier non plus...

Un petit avant-dernier pour la route ?

La QPC de Dominique Bussereau, picto-charentais président de l’ADF, qui a en ligne de mire l’article 2 de la loi NOTRe qui a supprimé la clause de compétence générale des départements et des régions, vient d’être transmise par le Conseil d’Etat au Conseil constitutionnel...

Et çà, c’est pas bô ?

Henri Smets, le héraut du "Droit à l’eau", nous assénant "qu’il faut combattre tous les impayés d’eau"...

Retour vers le futur, acte 2...

impression

commentaires

1 2017 : vers un bond de quinze ans en arrière des politiques de l’eau

Vous avez oublié des propositions croquignolettes comme le fait d’irriguer en ville pour lutter contre les pics de chaleur dus au réchauffement climatique... Bizarrement, toutes les solutions de culture un tant soit peu responsables/durables (agroforesterie, etc) sont totalement passées sous silence...

Rapport à oublier (enfin espérons qu’il le soit)

poste par Feup - 2016-07-25@11:38 - Répondre à ce message
2 2017 : vers un bond de quinze ans en arrière des politiques de l’eau

Enfin rectification, vous le signalez mais rien que son ridicule montre le "sérieux" du document...

poste par Feup - 2016-07-25@11:40 - Répondre à ce message
vous aussi, reagissez!