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NE PAS CLIQUER
LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
2021-06-23
REMOUS
par Marc Laimé, mercredi 23 juin 2021 @ 07:48

Les Amis de la Terre France et la Confédération Paysanne Occitanie ont déposé le 25 mai dernier, aux côtés du collectif citoyen RAMES BTP, un recours contre le méga-projet de Port-la-Nouvelle (PLN) et sa privatisation. Celle-ci prévoit un développement massif du trafic d’engrais azotés de synthèse (de 10kt/an à 700kt par an en 2035) et de céréales en dépit des engagements pour le climat et la souveraineté alimentaire du gouvernement et de la région. Les seuls bénéficiaires de ce projet d’un autre temps seront le consortium privé SEMOP Nou Vela et les multinationales de l’agro-industrie (Yara, Cargill, Cofco), au détriment de l’intérêt général.

« Le projet prévoit d’accroître le trafic des engrais azotés de synthèse en dépit des engagements français pour le climat. Tandis que la bataille sur les engrais azotés de synthèse fait rage sur la Loi Climat, et tandis que la France s’est engagée en 2015 à réduire sa consommation d’engrais azotés de 30kg/an/ha sans succès, le projet de méga-port de PLN prévoit d’ouvrir de nouveaux marchés à Yara, premier producteur mondial de ces engrais et de multiplier les transits de 10kt/an actuellement à 700kt/an. Ces engrais sont pourtant une bombe climatique. Il faut l’équivalent en gaz d’1kg de pétrole pour fabriquer 1kg d’azote, et, une fois épandus, ils produisent massivement du protoxyde d’azote, un gaz 300 fois plus réchauffant que le CO2.

Ils représentent aussi une “bombe” au sens propre du terme : le projet prévoit la construction d’un hangar d’un hectare pour “développer l’activité engrais”, hangar qui sera très probablement utilisé pour stocker du nitrate d’ammonium, substance qui a provoqué l’explosion d’AZF il y a 20 ans, ou du port de Beyrouth il y a à peine un an.

Le transit massif de céréales va mettre encore davantage les agriculteurs.rices en concurrence. Le projet prévoit de “ monter un hub d’import de céréales, en provenance du continent américain (Canada-USA), pour un projet de 200 à 400Kt/an d’import d’orge ou de blé tendre” vers l’Espagne. Tandis que les agriculteurs français sont de moins en moins compétitifs et perdent des marchés face au blé canadien et américain, ce projet propose de créer un pôle de concurrence qui les mettra encore plus en difficulté.

Ce projet concurrence doublement les agriculteurs français puisqu’une partie du trafic prévoit l’import de céréales pour la France. Ces céréales sont plus compétitives que leurs équivalent français notamment car elles sont obtenues par des pratiques interdites chez nous car trop nocives (par exemple, la dessiccation (1). Les agriculteurs seraient donc livrés à une concurrence déloyale les poussant à être toujours plus compétitifs à armes inégales, au risque qu’ils abandonnent leur métier.

Les quelques éoliennes en mer ne suffiront pas à cacher les véritables impacts climatiques et humains de ce méga-projet. Il est inadmissible que tant d’argent public (350 millions) servent ainsi des intérêts privés au détriment du climat et de la souveraineté alimentaire .
Pour ces raisons, les Amis de la Terre France et la Confédération Paysanne demandent l’arrêt immédiat de la délégation de service public vers la SEMOP Nou Vela ainsi que l’arrêt des travaux sur le port afin de définir un autre projet, compatible avec les engagements régionaux et nationaux pour le climat et pour l’avenir des agriculteurs. Ce recours laisse un an au juge pour déclarer la délégation de service public illégale. »

(1) La dessiccation consiste à appliquer un herbicide (glyphosate) juste avant la récolte pour forcer la plante à concentrer son énergie pour produire les graines alors que le reste de la plante se meurt.

Contacts :

- Les Amis de la Terre France : Manon Castagné, chargée de campagne agriculture, 07 80 96 90 52

- La Confédération Paysanne : Pascal Pavie : 06 87 87 79 32

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2021-06-22
REMOUS
par Marc Laimé, mardi 22 juin 2021 @ 08:38

La Commission européenne a décidé le 9 juin dernier de saisir la Cour de justice d’un recours contre la France pour non-respect des exigences de la directive relative au traitement des eaux urbaines résiduaires (directive 91/271/CEE). Celle-ci, datant de 1991, impose aux États membres de veiller à ce que les agglomérations (villes, métropoles, localités) collectent et traitent convenablement leurs eaux urbaines résiduaires, afin d’éliminer ou de réduire leurs effets indésirables.

Le pacte vert pour l’Europe oriente l’UE vers une ambition « zéro pollution ». La mise en œuvre intégrale des normes établies dans la législation de l’Union est importante pour protéger efficacement la santé humaine et préserver l’environnement naturel.

L’instruction interministérielle de décembre dernier, qui alertait les préfets, les agences de l’eau et l’Agence française de la biodiversité sur l’urgence de mettre en conformité les systèmes d’assainissement qui ne le sont pas encore au titre de la directive Eaux urbaines résiduaires, laissait présager un risque de contentieux. C’est fait.

La France aurait dû se conformer pleinement aux exigences de la directive relative au traitement des eaux urbaines résiduaires depuis 2005. Toutefois, plus de 100 agglomérations de plus de 2000 habitants ne respectent pas lesdites exigences, car les eaux urbaines résiduaires qui entrent dans les systèmes de collecte ne sont pas soumises à un niveau de traitement approprié avant d’être rejetées ou, lorsqu’elles le sont, les eaux urbaines résiduaires traitées ne satisfont pas aux exigences de la directive.

Quinze de ces agglomérations ne satisfont pas non plus à d’autres exigences de la directive relatives à la protection des zones sensibles contre les nutriments, tels que l’azote et le phosphore, susceptibles de nuire aux réserves d’eau douce et au milieu marin en favorisant l’"eutrophisation", c’est-à-dire la prolifération d’algues qui étouffent les autres formes de vie, indique aussi la Commission. "Dans ces zones, les eaux urbaines résiduaires qui entrent dans les systèmes de collecte ne sont pas soumises à un traitement plus rigoureux avant d’être rejetées ou, lorsqu’elles le sont, elles n’atteignent toujours pas le niveau d’exigence requis par la directive", constate-t-elle.

La Commission a adressé une lettre de mise en demeure aux autorités françaises en octobre 2017, puis un avis motivé en mai 2020.

Bien que les autorités françaises aient communiqué des données de surveillance visant à démontrer que les exigences de la directive étaient respectées dans certaines agglomérations, les défaillances et lacunes qui demeurent ont amené la Commission à conclure que les autorités n’étaient pas parvenues à démontrer le respect desdites exigences pour les agglomérations susmentionnées.

Les eaux résiduaires non traitées peuvent être contaminées par des bactéries et des virus et présentent donc un risque pour la santé humaine. Ces eaux contiennent également des nutriments, tels que l’azote et le phosphore, susceptibles de nuire aux réserves d’eau douce et au milieu marin en favorisant la prolifération d’algues qui étouffent les autres formes de vie, un phénomène appelé « eutrophisation ».

La Commission a publié en septembre 2020 le 10e rapport concernant la mise en œuvre de la directive sur les eaux urbaines résiduaires, qui faisait état d’une amélioration globale de la collecte et du traitement des eaux résiduaires dans les villes d’Europe, tout en mettant en évidence des niveaux de réussite divers selon les États membres.

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2021-06-19
VAGUES
par Marc Laimé, samedi 19 juin 2021 @ 08:08

Après une longue procédure et un argumentaire détaillé, une pétition déposée conjointement auprès du Parlement européen par le collectif « Bassines non merci » et la Confédération paysanne (ci-jointe) a été avalisée par la Commission PETI du Parlement.

Cette pétition réclame la fin de la construction de "bassines", ou réserves de substitution pour l’irrigation du maïs en Marais Poitevin mais aussi dans le Centre-Ouest/Sud-Ouest)

Elle a désormais besoin d’un soutien massif pour faire déclencher une enquête parlementaire européenne. Il y a largement matière à çà.

Pour ce faire il faut :

- créer votre propre compte sur le site du PARLEMENT EUROPÉEN, https://www.europarl.europa.eu/peti...

- inciter le plus de monde possible à s’inscrire et à SOUTENIR cette Pétition

- provoquer un effet boule de neige, en incitant chaque soutien à envoyer cette Pétition à tous ceux qu’il connaît….

La procédure est détaillée dans le flyer ci-après.

PDF - 252.6 ko
La pétition PETI -.
PDF - 1.3 Mo
Comment signer la pétition ? -.

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REMOUS
par Marc Laimé, samedi 19 juin 2021 @ 07:51

La justice a condamné un particulier qui avait vendu un immeuble qui était pourtant raccordé au réseau d’égout, mais seulement après passage dans une ancienne fosse septique.

Un raccordement au tout-à-l’égout doit être un raccordement direct au réseau public d’assainissement, sans passage par une installation particulière.

La Cour de cassation a donné tort au vendeur d’un immeuble qui n’était raccordé au réseau d’eaux usées qu’après passage dans une ancienne fosse septique et a jugé qu’il s’agissait d’un défaut essentiel (Cass. Civ 3, 27.5.2021, U 19-25.991).

Ce n’est pas ce qui était convenu, a relevé la Cour, puisque l’acte de vente mentionnait un raccordement au tout-à-l’égout.

L’acquéreur soulignait que cette situation, avec un bac tampon, était de plus contraire au code de la santé publique qui impose le raccordement au réseau public lorsqu’il existe.

Pour le vendeur, le passage par une fosse était indifférent puisque le débordement de la fosse finissait par s’écouler dans le système collectif.

La Cour lui a donné tort.

Lorsqu’un immeuble est présenté comme raccordé au réseau public, toutes ses canalisations doivent y être directement connectées, sans quoi l’immeuble n’est pas conforme à ce qui a été présenté.

La question ne relève pas seulement de travaux rectificatifs, a estimé la Cour, car en pareil cas, le vendeur ne délivre pas un immeuble conforme à ce qu’il a promis et le juge pourrait dès lors aller jusqu’à l’annulation de la vente.

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2021-06-07
REMOUS
par Marc Laimé, lundi 7 juin 2021 @ 17:26

L’audition de nombreux protagonistes de l’affaire Veolia-Suez par la commission d’enquête sur l’eau, créée à l’initiative de LFI en mars dernier à l’Assemblée nationale, confirme que cette OPA revêt tous les atours d’une affaire d’Etat. Résiliez votre abonnement à Netflix. Et regardez la première saison de la meilleure série de l’année, multiprimée aux Madoff Emmy Awards 2021 !

Utiliser le menu déroulant qui s’affiche à droite de l’écran du site de la commission (AN) pour lancer la video choisie.

- Jeudi 27 mai 2021 :

Table ronde réunissant les syndicats représentatifs de Suez

On a de la peine. Seuls la moitié d’entre eux ont saisi le PNF pour trafic d’influence.

http://event.assemblee-nationale.fr...

Audition de M. Gérard Mestrallet, ancien président du groupe Engie, membre du cabinet de médiation Equanim

« Levez la main droite et dites je le jure ». C’est secret, c’est secret, c’est secret… On est où, là, au Bristol ou à Corleone ? A un moment on s’attend à ce que la commisssaire Panot lui « lise ses droits » avant de l’expédier en garde à vue…

http://event.assemblee-nationale.fr...

Audition de M. Bertrand Camus, directeur général de Suez

Le pauvre ! On dirait un opposant biélorusse, tabassé par les Omon de Loukachenko, qui vient faire acte de contrition à TV Minsk.

http://event.assemblee-nationale.fr...

Audition de M. Antoine Frérot, président-directeur général de Veolia et de M. Frédéric Van Heems, directeur général de l’activité eau de Veolia France

C’est l’histoire d’un mec qui a vu une annonce « Suez à vendre » sur Le Bon Coin. Traumatisé par le péril jaune quand il était petit, il casse son PEL et rachète la boutique. C’est çà les premiers de cordée.

http://event.assemblee-nationale.fr...

- Jeudi 3 juin 2021 :

Audition de M. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des finances et de la relance

Quand l’impeccable normalien survole avec l’élégance et le brio qui le caractérisent le marécage où s’ébattent de peu ragoutantes bestioles.

http://event.assemblee-nationale.fr...

Audition de M. Thierry Déau, fondateur et président-directeur général de Meridiam

Quand M. l’entrepriseàmission, alias le ravi de la crèche, envoie balader la commissaire Panot, ça clashe grave… Nonobstant il n’en confirme pas moins, lui aussi, des contacts avec Alexis Köhler qui, convoqué ce même jour, ne s’est pas présenté.

http://event.assemblee-nationale.fr...

- Lundi 7 juin 2021 :

Audition de M. Jean-Pierre Clamadieu, président du conseil d’administration d’Engie

Le bad boy de notre ténébreuse affaire, total control freak whatever happens : la vie est un long fleuve tranquille… N’en reconnaît pas moins des contacts après le 30 août 2020 avec Bruno Lemaire, l’APE… et Alexis Kölher.

https://event.assemblee-nationale.f...

Audition de MM. Alain Beullier et Christophe Aubert, administrateurs représentant les salariés au sein du conseil d’administration d’Engie

Dur, dur, le chemin de Damas...

https://event.assemblee-nationale.f...

Parla pui’ piano

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REMOUS
par Marc Laimé, lundi 7 juin 2021 @ 07:22

A l’initiative du groupe parlementaire de la France insoumise, une commission d’enquête dédiée à « la mainmise des intérêts privés sur la gestion de l’eau » multiplie depuis mars dernier des auditions tous azimuts, qui éclairent d’un jour cru la face cachée de la gestion de l’eau en France. C’est ainsi que la loi Sapin a fait l’objet d’analyses radicalement antagoniques.

- Jeudi 1er avril 2001 :

Audition des auteurs de l’enquête de l’Observatoire des services publics d’eau et d’assainissement – Impacts des procédures de mise en concurrence dites « loi Sapin » :

http://event.assemblee-nationale.fr...

- Jeudi 27 mai 2021 :

Audition de M. Marc Laimé, journaliste spécialisé et conseil sur les politiques publiques de l’eau auprès de collectivités territoriales :

http://event.assemblee-nationale.fr...

Lire aussi :

"160 Milliards d’euros d’externalisation par an : comment la puissance publique sape sa capacité d’agir"

Nos services publics, Note n°1, avril 2021.

PDF - 795.8 ko
"160 milliards d’euros d’externalisation par an : comment la puissance publique sape sa capacité d’agir." Nos services publics, avril 2021.

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2021-06-06
REMOUS
par Marc Laimé, dimanche 6 juin 2021 @ 07:05

Au vu de son échec patent, un contrôle exercé par les rapporteurs spéciaux du budget du Sénat intime à l’Etat de revoir son action de lutte contre les algues vertes, jugée largement insuffisante.

« La lutte contre les algues vertes en Bretagne est financée par l’État à hauteur de 7 millions d’euros annuels, majoritairement dans le cadre du plan de lutte contre les algues vertes (PLAV) 2017-2021.

Les travaux de contrôle, menés par les rapporteurs spéciaux du budget, permettent d’analyser la pertinence des moyens accordés par l’État à une politique publique. Bernard Delcros, vice-président de la commission des finances du Sénat et rapporteur spécial de la mission budgétaire « Cohésion des territoires », a présenté les conclusions de son travail de contrôle sur l’efficacité des moyens de lutte contre les marées vertes sur la côte bretonne.

L’État contribue financièrement à la lutte contre les algues vertes par le biais d’un programme d’interventions territoriales (PITE). Ce type d’outil budgétaire garantit la cohérence de l’action de l’État du point de vue budgétaire et offre aux gestionnaires sur le terrain une visibilité et une souplesse appréciables.

En revanche, les avancées obtenues au terme de 20 ans d’actions mises en œuvre, bien que réelles, demeurent très largement insuffisantes. Les résultats ne sont pas à la hauteur des enjeux : les taux de nitrates dans les eaux bretonnes, responsables de la prolifération des algues, ont certes baissé mais restent encore nettement supérieurs aux objectifs.

Le plan quinquennal de lutte contre les algues vertes doit être amélioré et renforcé. Ses financements ne sont pas assez ciblés sur les incitations au développement de pratiques agricoles vertueuses. Il est donc indispensable de mettre en place un plan de troisième génération plus ambitieux, pour mieux accompagner les agriculteurs vers cette nécessaire transition et impliquer la filière agroalimentaire. Une réglementation adaptée aux baies « algues vertes » doit également être mise en place.

Bernard Delcros a formulé 23 propositions qui se déclinent en quatre axes :

1° Refonte de l’organisation du plan de lutte contre les algues vertes ;

2° Clarification de l’architecture du financement de la lutte contre les algues vertes et de l’articulation entre les différents financeurs ;

3° Ciblage des projets financés dans le cadre du plan de lutte contre les algues vertes en direction de pratiques agricoles pour réduire les fuites de nitrates ;

4° Mise en place de nouveaux outils d’évaluation et de suivi.

La lutte contre les algues vertes en Bretagne est un combat de long terme, et l’engagement financier de l’État doit être pérennisé et renforcé pour que les résultats soient enfin à la hauteur des enjeux. »

Bernard Delcros (Union Centriste – Cantal) est vice-président de la commission des finances et rapporteur spécial des programmes 112 et 162 de la mission « Cohésion des territoires ».

La commission des finances est présidée par Claude Raynal (Socialiste, Écologiste et Républicain – Haute Garonne).

Son rapporteur général est Jean-François Husson (Les Républicains – Meurthe-et-Moselle).

PDF - 274.6 ko
La synthèse du rapport, 26 mai 2021 -.
PDF - 1.3 Mo
Le rapport provisoire, 26 mai 2021 -.

Lire aussi :

Algues vertes en Bretagne : la justice ordonne à l’Etat d’agir

https://www.lemonde.fr/planete/arti...

Le Monde avec AFP.

PDF - 451.3 ko
TA Rennes, 4 juin 2021 -.

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2021-06-02
REMOUS
par Marc Laimé, mercredi 2 juin 2021 @ 08:14

Après la récente annonce par M. Julien Denormandie d’un « Varenne agricole de l’eau et du climat » qui va se prolonger jusqu’à l’hiver prochain, la mobilisation ne faiblit pas, de la Vienne au Marais Poitevin, prélude à un été qui s’annonce « chaud ». Occasion de se rafraichir à quelques sources qui méritent bien une halte…

- Ainsi la Nouvelle République consacrait-elle le mardi 4 mai dernier un article éclairant sur l’action "coup de clé" réalisée par « Bassines non merci » : https://www.lanouvellerepublique.fr...

Voir aussi :

• un chouette texte, à lire : après "l’épidémie de pandémies" de Marie-Monique Robin (https://youtu.be/FAzt-ZdVemM), voici le "régime de calamités semi-permanent" de Corinne Morel Darleux :

https://reporterre.net/La-vie-c-est...

• un excellent entretien avec Christian Amblard sur les impacts du stockage de l’eau et des modèles agricoles qui vont avec : https://reporterre.net/Les-retenues...

• un article récent sur les retenues collinaires en montagne pour produire de la neige artificielle : https://reporterre.net/Saccager-la-...

• 2 anciens articles sur le ruisseau du Crépé à la Laigne, en teasing du prochain BNM TV qui va sortir très bientôt à ce sujet :

https://www.francebleu.fr/infos/agr...

https://www.sudouest.fr/2017/03/13/...

• une série d’anciens articles sur la déclassification des cours d’eau :

le dernier en date : https://reporterre.net/Pesticides-d...

qui fait suite à d’autres articles :

• un 1er article de 2020 pour comparer l’avancée des recours juridiques :

https://reporterre.net/Le-gouvernem...

• un article de 2018 : https://reporterre.net/Des-milliers...

• le premier d’une série de 3 articles de 2017 (les liens des 2 premiers sont en fin d’articles) :

https://reporterre.net/Quand-le-gou...

• un article récent sur l’aberration écologique du minage de bitcoin :

https://reporterre.net/Le-bitcoin-m...

• Un entretien et des photos de l’Antarctique avec Laurence de la Ferrière :

https://reporterre.net/La-beaute-in...

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2021-05-28
REMOUS
par Marc Laimé, vendredi 28 mai 2021 @ 17:05

Si même France nature Environnement boycotte le brunch organisé par Denormandie et Lambert, ça commence à sentir le sapin…

« Cela n’est pas dans nos habitudes de pratiquer la politique de la chaise vide, mais les circonstances ne nous laissent pas le choix. Notre Fédération a été invitée, à la dernière minute et sans précision sur l’organisation, à la réunion de lancement du “Varenne agricole de l’eau et du changement climatique”, qui se déroulera au Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation le vendredi 28 mai 2021 après-midi. France Nature Environnement a pris la décision de ne pas participer à ce comité, qui n’est pas un lieu de décision légitime en matière d’adaptation agricole sur les questions d’eau et de changement climatique.

Ni le moment, ni le lieu pour ces questions

Ce comité est monté de toutes pièces, en dehors de tout cadre de concertation déjà existant sur les questions d’eau et d’adaptation au changement climatique. Il dépossède le Ministère de la Transition Ecologique de sa pleine compétence de pilotage pour ces enjeux transversaux. Cela traduit les difficultés du gouvernement de mener une action cohérente en articulant ces sujets, à la fois primordiaux et délicats, avec sa propre politique agricole et alimentaire.

“Nous sommes interdépendants, particulièrement sur le sujet de la préservation et du partage de la ressource en eau, qui est le bien commun par excellence. Cette question a déjà été arbitré dans une concertation nationale multi-acteurs des Assises de l’Eau, et doit être traduite par des SDAGE [Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux] plus ambitieux, ainsi que par un accompagnement des acteurs vers une évolution des pratiques” selon Florence Denier-Pasquier, Vice-Présidente de FNE.

Ce n’est pas le lieu : Rue de Varenne ? une compétence propre du ministère de l’écologie n’a pas à être traitée en plein cœur du ministère de l’agriculture. A Paris ? Pour être légitimes, les décisions doivent se prendre à l’échelle des territoires, aux dires des décideurs politiques eux-mêmes, en présence de tous les acteurs concernés. C’est sur le terrain que les débats doivent avoir lieu, et c’est sur le terrain que nous serons.

Ce n’est pas le moment : après les Assises de l’Eau en 2018-2019, après les Projets de Territoires pour la Gestion de l’Eau (PTGE), et alors qu’actuellement les SDAGE sont en consultation auprès des institutions et du grand public, cette réunion est à contre-temps, et à contre-courant de accords concertés, partagés et légitimes. C’est sur ces projets issus de processus démocratiques et incluant tous les usagers de l’eau que nous concentrerons nos forces.

Cette réunion va à l’encontre de la démocratie de l’eau, qui s’exerce au Comité National de l’Eau, dans les Comités de bassins et dans les Commissions Locales de l’Eau. Ces instances intègrent des représentants de tous les usages de l’eau, dont des représentants de l’agriculture, car c’est ensemble qu’il faut discuter des questions de gestion quantitative de l’eau.

Et c’est le rôle de ces instances démocratiques de modérer les velléités de certains acteurs qui veulent s’approprier ce bien commun, au risque d’impacter le reste de la société. Ainsi, par respect de cette démocratie de l’eau, et par respect de la gestion du ministère de l’écologie qui gère cette question depuis plus de 30 ans, France Nature Environnement ne se rendra pas à ce comité.

C’est à la PAC de traiter ces sujets, et le Varenne ne doit pas lui servir de cache-misère

Les Assises de l’Eau ont élaboré des propositions préparant le terrain pour une réforme ambitieuse de la Politique Agricole Commune, comme les paiements pour services environnementaux financés par les Agences de l’Eau, vus comme le laboratoire des futurs éco-schèmes, ces écorégimes visant à inciter les exploitants à adopter volontairement des pratiques bénéfiques à l’environnement.

La PAC devrait être l’instrument principal de l’adaptation au changement climatique de tous les agriculteurs. Anticipation des épisodes de gel et des coups de chaleurs, diversification des cultures et des variétés, préservation de l’humidité des sols et de leurs rôles : sur ces nombreux aspects, c’est le financement du changement qui doit être une priorité.

Nous avons besoin d’une PAC qui permette la transition agroécologique, valorise les avancées environnementales, et crée de l’emploi paysan. Or, les arbitrages PAC rendus le 21 mai dernier ont été particulièrement défavorables.

C’est pourquoi nous contestons ce Varenne qui ne sert que de cache misère à une Politique Agricole Commune déséquilibrée et en deçà des attentes et des nécessités des agriculteurs, dans leur pluralité, et de la société toute entière. Il ne sera pas possible de produire demain sans respecter l’eau, les sols, l’air, le climat, et la biodiversité.

Souveraineté alimentaire et irrigation : la priorité doit être l’eau potable

Focaliser la question de l’adaptation à la sécheresse et au changement climatique sur l’irrigation est non seulement dangereux pour l’eau, mais aussi réducteur. Lors des premières annonces, les commanditaires de ce “Varenne” ont prétendu résoudre les problèmes des sécheresses par l’irrigation intensive et la création de nouvelles retenues. Or, ces propositions techniques simplistes, bien que séduisantes à première vue, ne font qu’accentuer le manque d’eau année après année, et renforçant l’insécurité collective. L’approche concertée et s’appuyant sur les réalités territoriales de l’eau et de milieux aquatiques est indispensable.

Et nous ne pouvons pas parler de souveraineté alimentaire sans parler de l’eau potable, gravement menacée par la moindre disponibilité de l’eau lié au changement climatique. Presque chaque été, de nombreuses communes, petits villages et grandes métropoles, sont en danger de manquer d’eau potable. Le principe de sobriété doit être appliqué partout, et les agriculteurs irrigants doivent eux-aussi changer d’approche. L’alimentation en eau potable des populations doit rester la priorité au-dessus de tout autre usage.

Nous faisons aujourd’hui face à des défis énormes concernant la disponibilité de la ressource, qui nécessitent une approche de gestion de l’eau concertée avec tous les acteurs. C’est pourquoi nous demandons de rendre la gestion de l’eau aux organismes qui en ont la compétence, de se pencher activement sur la réalité des problématiques actuelles du monde agricole, et de proposer des solutions durables, réalistes et assurant le bon fonctionnement des milieux aquatiques.

Le respect des Assises de l’Eau au cœur de notre vigilance

France Nature Environnement s’est toujours fortement engagée dans les démarches de concertations liées à l’eau et aux milieux aquatiques, à la même table que les représentants de la profession agricole[1]. Ces concertations, sous le pilotage du Ministère de la Transition Écologique, ont permis et continuent de permettre une approche collective, systémique et décloisonnée des usages.

Les Assises de l’eau qui se sont tenues en 2018 et 2019 ont permis notamment de dégager trois engagements, partagés par tous :

• l’objectif de réduction des prélèvements d’eau de 10 % en 5 ans et de 25 % en 15 ans[2] ;

• le recensement des stockages d’eau et la mise en place une réallocation des volumes stockés non utilisés ;

• l’apport d’un conseil adapté aux agriculteurs en faveur de la sobriété des usages en eau et la réussite des projets de territoire pour la gestion de l’eau.

Ces engagements sont le fruit d’une réflexion commune et doivent être au cœur des discussions de ce comité. Nous y veillerons."

[1] Mission Bisch, Assises de l’Eau, Instruction PTGE, réforme du Comité d’Anticipation et de Suivi Hydrologique, réforme réglementaire en cours d’achèvement sur la gestion quantitative pour la gestion de crise et l’amélioration de la gestion structurelle, Mission interministérielle MTE/MAAF sur 15 PTGE, audition nationale FNE le 6 avril et invitation faite à notre mouvement de contribuer positivement lors de leur déplacement sur les territoires, etc.

[2] A cet égard, les participants pourront se référer à cette étude de 2018, commanditée par le MAAF : “Économiser l’eau en changeant les pratiques agricoles : retours d’expériences en Europe - Analyse n° 124” : https://agriculture.gouv.fr/economi...

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2021-05-25
VAGUES
par Marc Laimé, mardi 25 mai 2021 @ 18:44

Le Syndicat des eaux d’Ile-de-France (SEDIF) a confié depuis 1923, sans discontinuer, la gestion du service public de l’eau qui dessert 4 millions de Franciliens à la Générale des eaux, aujourd’hui Veolia. A l’approche du terme de l’actuel contrat de concession, Eaux glacées a interrogé Eric Requis, Directeur général adjoint du syndicat, en charge du contrôle de la délégation, des finances et des ressources humaines, sur les perspectives d’avenir du plus grand syndicat des eaux hexagonal.

- Eaux glacées : Rééditant le précédent de 2008-2010, le SEDIF a mis en œuvre, avec la « Mission 2023 », une procédure de choix de son futur mode de gestion qui va très au-delà des contraintes qu’impose la loi Sapin, comme des pratiques usuelles en la matière dans d’autres collectivités. Pourquoi ?

- Eric Requis : Le service public de l’eau géré par le SEDIF est d’une envergure hors normes, avec une responsabilité étendue : plus de 4 millions de franciliens desservis, répartis sur 7 départements, des infrastructures lourdes et un budget en conséquence. Un centime sur le prix de l’eau correspond à plus de 2 M€ de recettes par an. La plupart des décisions courantes engagent donc sur des montants importants et doivent être pesées. Lorsque revient périodiquement la question du mode de gestion, cet enjeu est démultiplié. Il ne s’agit plus de quelques millions mais de plusieurs milliards. La réflexion menée doit être à la hauteur.

Il est donc tout à fait pertinent d’engager une réflexion de fond, structurée, qui ne soit pas qu’un exercice de forme, destiné à répondre à une obligation réglementaire. La responsabilité prise vis-à-vis des usagers desservis est énorme et il s’agit de défendre aux mieux leurs intérêts.

Accepter de confronter à nouveau les points de vue avec le regard extérieur d’un magistrat conduit à se remettre en question sur tous les pans de notre activité et de nos modes d’action, et à le faire dans une logique de transparence (tous les travaux sont publiés en libre accès sur le site internet du SEDIF, les débats en Comité entre les élus, les services et les AMO sont publics).

La démarche suivie nous a aussi conduit à voir plus en détail ce qui pouvait se faire ailleurs ou dans d’autres domaines, au-delà des comparaisons que nous pouvons faire en temps normal. Réfléchir aux possibilités de se mettre à la page, voire de se placer à la pointe, une fois tous les 12 ans, est une mesure saine : la gestion du SEDIF est bonne à plein d’égards ; cela ne doit pas nous amener à considérer que nous n’avons pas de points d’amélioration à travailler. Qui n’en a pas ?

En 2023, la loi Sapin aura 30 ans. Je ne remets pas en cause les avancées fondamentales que cette loi a pu apporter en particulier aux services d’eau et d’assainissement. Mais peut-on encore considérer que le cadre de réflexion posé 30 ans auparavant par une loi est toujours approprié pour traiter des enjeux de services publics qui ont beaucoup évolué pendant ces mêmes 30 ans ?

- EG : Alors que l’environnement réglementaire n’a guère évolué depuis 2010, hormis la transcription de la directive concessions et la création des SemOp, le débat « public-privé » n’a plus du tout la même âpreté qu’à l’époque. Comment l’expliquez-vous ?

- ER : Quel est l’enjeu de la réflexion ou de la discussion ? Est-ce la finalité (le rapport qualité/prix du service rendu à l’usager, le degré de sécurité et d’assurance que l’on peut lui apporter sur l’eau qu’il consomme et utilise) ou le moyen (le mode de gestion) ?

L’époque des DSP à l’ancienne, traitées dans des contrats de 20 pages, sur le mode « Monsieur le Maire, donnez-moi les clés, je m’occupe de tout », est loin derrière nous. Heureusement ! La transfiguration en 40 ans du service public de l’eau piloté par le SEDIF en atteste. La plupart des grands services publics que ce soit dans l’eau ou d’autres domaines ont engagé et réalisé leur mutation, pour certains en régie, pour d’autres avec un opérateur privé, ou en mode mixte comme au SEDIF, puisque nous réalisons en direct la très grande majorité des actions de gestion patrimoniale du service public de l’eau, le délégataire assurant essentiellement l’exploitation.

La question posée a un côté surprenant : en soi, les évolutions apportées par la Directive concessions et la possibilité de gérer un service public de l’eau par le biais d’une SEMOP ne sont pas anodines. Nous avons d’ailleurs étudié en détail ce que portaient ou pourraient nous apporter ces nouveaux cadres et outils. Et in fine, le SEDIF n’optera pas pour la SEMOP.

Les études que nous avons récemment publiées, et réalisées par l’AMO indépendant qui nous accompagne sur le choix du mode de gestion, puis sur sa mise en œuvre, illustrent pleinement la question du débat public/privé et rejoignent les conclusions de l’observatoire national des services d’eau et d’assainissement géré par l’Office Français de la Biodiversité : l’écart entre les services gérés en régie ou avec un opérateur se resserre sur de nombreux plans, que ce soit technique, en termes de gestion du service aux usagers, mais aussi sur la question du prix.

Elles redémontrent également une évidence constante : aucun mode de gestion ne s’impose de façon universelle comme étant le meilleur : le contexte local, les difficultés ou spécificités à gérer, les besoins d’évolution à mener dans des délais plus ou moins contraints, ainsi que le degré de maturité et de compétences des équipes en place, sont des déterminants que les décideurs locaux doivent prendre en compte pour choisir un mode de gestion adapté.

Les principaux points de différenciation entre les modes de gestion portent aujourd’hui sur les questions de gouvernance, de répartition des risques et des responsabilités et donc du coût induit pour les couvrir (un concessionnaire prenant un contrat à ses risques et périls, là une régie sera en « auto-assurance »), sur la capacité d’intégration des innovations issues du digital ou de l’intelligence artificielle dans la conduite des installations mais aussi dans le niveau de service apporté aux usagers.

Déjà en 2008, lors du long débat précédant le vote pour le choix du mode gestion, qui a mené à l’organisation actuellement en place, plusieurs prises de paroles d’élus avaient relevé qu’il n’y a pas un service de l’eau « de gauche ou de droite », que ce dernier ne devrait pas se trouver prisonnier d’enjeux électoralistes. Il y a des services de l’eau bien ou mal gérés, ceux qui répondent aux enjeux et aux attentes des usagers, ceux qui les anticipent et ceux qui ne veulent pas voir leur réalité (nous pourrions débattre longuement de l’état des réseaux de distribution d’eau à l’échelle nationale) : l’horizon de gestion d’un service de l’eau n’est pas celui d’un mandat municipal, il se situe à 30, 40 ans.

La conclusion de ce raisonnement est, de mon point de vue, que le seul mode de gestion qui vaille est tout simplement « le meilleur » : celui qui va répondre aux enjeux et aux attentes des usagers, et que l’on sera en mesure de piloter. Le niveau d’exigences doit ensuite être le même que l’opérateur soit privé ou public, et qu’il faudra contrôler et driver dans un cas comme dans l’autre.

Depuis quelques temps maintenant, les services sont formés et compétents, nos élus sont formés, investis et au fait des sujets du service de l’eau. Les questions ne restent pas longtemps (un peu au début de chaque mandat du fait du renouvellement des élus) sur des points de dogme public/privé mais les débats et les questions se positionnent rapidement sur nos vrais sujets, les élus étant in fine les seuls décisionnaires.

- EG : La région parisienne se caractérise par l’existence de grands syndicats interdépartementaux, dont le « gigantisme » est parfois critiqué. Pensez-vous que ces structures, qui ont vu le jour, pour certaines d’entre elles – dont le SEDIF -, au tout début du XXème siècle, sont encore adaptées, dans leur configuration actuelle, aux grands enjeux de la période qui s’ouvre ?

- ER : Critiquer les « gros » ou les « vieux » n’est pas vraiment dans l’air du temps... Plus sérieusement, on pourrait refaire ici la chronique des évolutions institutionnelles qu’a connu la région parisienne, avec des évolutions récurrentes de son millefeuille administratif, la dernière en date étant issue de la loi NOTRe et la prochaine étant promise par le projet de loi 4D (sur lequel le Conseil d’Etat disait récemment ne pas cacher sa déception). Chacun sera juge.

Les grands syndicats franciliens sont objectivement une « curiosité locale ». De mon point de vue, la question appelle trois éléments de réponse.

Alors que de nombreuses compétences ont été transférées, re-transférées, tricotées/détricotées/retricotées depuis 40 ans, force est de constater que les syndicats ont su démontrer leur utilité, puisqu’ils ont plutôt été confortés au fil de ces évolutions législatives et n’ont pas été mis à mort au détour d’un texte, comme l’ont été d’autres structures.

La logique du village gaulois « qui résiste encore et toujours à l’envahisseur » fait vibrer facilement la fibre du « small is beautiful ». Mais contrairement au village gaulois, l’eau de l’aire métropolitaine francilienne (plus large que le périmètre de la Métropole du Grand Paris) ne peut pas se concevoir avec un puits au milieu du village. Le service de l’eau doit être structuré, sûr, résilient et géré pour un coût optimisé, d’autant plus que de nombreuses charges sont fixes. La solution se trouve donc principalement et plutôt dans l’élargissement et la mutualisation entre services, que dans le rétrécissement et le repli sur soi.

Le format juridique des syndicats est-il daté ? il mériterait très certainement d’être modernisé, en conservant l’esprit qui leur a donné leur force et leur agilité et en leur donnant les moyens de continuer à développer leur action au bénéfice des populations desservies. Le phénix se régénérait en se consumant et en renaissant de ses cendres…

- EG : Le SEDIF et son président ont initié depuis 2003 des réflexions sur un « Grand Paris de l’eau ». Les différentes hypothèses qui ont successivement été évoquées à cet égard ne semblent pas avoir pu s’inscrire dans le réel, à raison, pour partie, du gel de toute évolution de l’actuel schéma métropolitain. Nonobstant, quelles sont les raisons qui légitimeraient une poursuite, voire une accélération, de cette dynamique, et sous quelle configuration ?

- ER : Le SEDIF promeut de manière constante la nécessité d’une approche plus concertée et coordonnée pour la gestion des services d’eau potable de la région capitale, devant aboutir à des mutualisations industriellement intelligentes, dans le respect des choix de gestion de chacun, au bénéfice des usagers. L’intérêt de la mutualisation de la production (usines, stockage, transport) serait d’organiser l’accès à la ressource en tenant compte des impacts et évolutions anticipées liées au changement climatique, de renforcer collectivement la sécurité et la sûreté du service de l’eau et faciliter la gestion des crises, d’optimiser les coûts d’exploitation, de rationaliser le parc actuel d’installations, mais surtout les investissements futurs, au moment où les filières de traitement vont devoir être adaptées et nécessiter de coûteux investissements, hors aggravation des normes et enfin de coordonner les objectifs en matière de qualité d’eau.

En 2018, la Chambre régionale des comptes dans son rapport consacré à la gestion de l’eau potable de la Métropole du grand Paris, partait du constat que les EPT ne constituaient pas un échelon de gestion pertinent et préconisait de confier la compétence à la MGP, dans une logique de rationalisation et de métropolisation (avoir des services de « utilities » à l’échelle de ce qui se fait pour les grandes métropoles internationales), tout en indiquant que cette organisation « n’écarterait pas la possibilité que cette compétence soit exercée par des syndicats de second niveau, sur tout ou partie de l’unité urbaine et aiderait à la généralisation des meilleures pratiques de gestion des services publics d’eau potable ».

L’idée d’affecter la compétence eau potable à la MGP peut se discuter, mais ne devrait doit toutefois pas détruire les solidarités plus larges qui existent déjà : le SEDIF, comme SENEO ou AQUAVESC, participe de longue date à cette solidarité, en proposant une gestion et un prix unique à toutes ses communes, de la petite ET de la grande couronne.

Compte tenu de l’organisation institutionnelle de l’Ile-de-France en vigueur, et sur la base du périmètre actuel de la Métropole, le périmètre pertinent pour cette mutualisation est plus large que la seule MGP. Il correspond à la grande zone dite « interconnectée », avec une population d’environ 9 millions d’habitants.

La crise sanitaire actuelle a également souligné les fragilités de plusieurs services publics. Si chacun des grands services d’eau franciliens a su tenir le cap et garantir l’approvisionnement en eau des usagers, l’intérêt d’une approche collective plus structurée apporterait un niveau de sécurité supplémentaire, qui aurait été très rassurant pendant la période que nous venons de passer. Aurions-nous passé le cap si une crue importante ou une panne grave dans les installations de l’un ou de l’autre était venue s’ajouter à la crise sanitaire ? Sans verser dans le catastrophisme, il est raisonnable de considérer que la gestion des « utilities » d’une aire regroupant près de 10 millions de personne ne peut s’envisager sans les sécurités appropriées aux éléments défavorables du XXIe siècle, et les réflexions communes entre services voisins ont été alimentées par la crise que nous venons de traverser.

La question est de savoir comment y arriver. Si l’on fait le constat que le cadre législatif n’apporte pas toujours une réponse pragmatique et optimisée lorsqu’elle est conçue « par le haut », ce serait une belle réussite des élus locaux de démontrer qu’ils savent construire ensemble ce type de solution collective et collaborative. La mise en place d’une structure de coordination des grandes unités de production franciliennes pourrait constituer une étape pour avancer dans cette voie.

- EG : L’environnement réglementaire actuel, dans toutes ses dimensions et composantes, vous semble-t-il répondre aux enjeux nouveaux qui vont s’imposer aux services d’eau à l’horizon des prochaines années. Y-a-t-il des évolutions et/ou réformes qui seraient indispensables pour mieux y parvenir ?

- ER : Pour reprendre un des thèmes issus des assises de l’eau, sur lequel le SEDIF développe une approche responsable, quoique régulièrement critiquée, un des enjeux fondamentaux planant sur les services d’eau français porte sur le renouvellement du réseau de distribution.

Si rien ne change réellement, il y aura (il y a déjà) en France des communes dont le réseau flanchera avec des épisodes dramatiques de coupures longues. Le constat ne se résume d’ailleurs pas à l’eau et porte sur les « utilities » en général (n’oublions pas la rue de Trévise).

L’investissement à engager est conséquent, il faut le concevoir et le programmer dans le temps (tant pour le financer que pour le mener sans paralyser des quartiers entiers par les chantiers). A titre personnel, je pense qu’il faudrait imposer une part minimale du prix de l’eau consacrée au renouvellement du réseau. Permettant aux uns d’engager les travaux nécessaires, aux autres de constituer des provisions (le cas échéant mutualisées dans un fonds). En sous-jacent, la capacité à connaitre son patrimoine et à en avoir une transcription équilibrée dans ses comptes est également sur la table. Si l’on raisonne en indicateurs réglementaires, un indicateur sur le poids des amortissements sur le prix de l’eau pourrait servir de base de construction à des levier d’action publique tels que les aides des Agences de l’eau.

Un autre axe de réflexion, mais qui ne correspond pas à la logique française, serait de raisonner par rapport à l’unité de l’infrastructure et non en termes de compétences cloisonnées : le réseau d’eau potable est généralement dimensionné en fonction des besoins de débit pour les pompiers, il est utilisé pour le nettoyage des voiries, l’arrosage des espaces verts, il alimente des fontaines et des toilettes publiques fondamentales pour le droit à l’accès à l’eau pour tous, et il est de plus en plus amené à jouer un rôle dans la lutte contre les épisodes de chaleur dans une approche rationnelle (combien de blessés graves dus au street-pooling faudra-t-il encore).

Ses nombreuses utilisations dans une logique de service public pourraient être rationalisées s’agissant des compétences de gestion des infrastructures et équipements associés.

- EG : Identifiez-vous des ruptures technologiques susceptibles de modifier à terme l’organisation, le fonctionnement comme les missions des services d’eau ?

- ER : De nombreuses évolutions technologiques sont en cours et relèvent de l’optimisation (l’instrumentation du réseau, la capacité de pilotage des équipements avec une intervention humaine réduite, les possibilités d’analyse du réseau et des équipements pour optimiser la maintenance et le renouvellement, les outils de comptage des consommations, …), sans constituer des ruptures technologiques à proprement parler.

Elles sont fondamentales (notamment pour tout ce qui relève des technologies de diagnostic non invasif ou non destructif des réseaux) pour accompagner l’évolution des missions que doivent porter les services d’eau, qui ne sont plus en phase de développement et de première installation des réseaux et des équipements mais ont pour mission principale de gérer le renouvellement et le bon entretien de l’existant.

Les évolutions sont également rapides s’agissant de la gestion administrative et financière, les nouveaux outils digitaux permettent d’envisager de mieux accompagner les usagers (sur leur consommation, leurs factures, mais aussi pour les informer).

Comment ne pas parler du projet d’osmose inverse basse pression (OIBP), dans les usines du SEDIF ?

Ce projet repose sur un changement de paradigme : son intérêt ne se mesure pas sur la seule facture d’eau des usagers, qui évoluera un peu (quoiqu’objectivement de façon limitée et maîtrisée puisque les estimations actuelles oscillent et convergent vers un chiffre d’environ 1 euro par mois et par habitant), car il va générer in fine des économies et des bénéfices pour les usagers et l’environnement.

En contrepartie du prix payé pour le service rendu par le service public de l’eau, l’usager bénéficiera, ou pourra générer, des économies sur son budget (estimées par une étude Deloitte à 100 €/an pour un ménage, pour un habitant environ 35-40 €). Principaux postes d’économies identifiés :

- Induites et automatiques : la consommation d’énergie des équipements chauffant l’eau sera moindre (car moins de calcaire) sans intervention des usagers.

- Décidées (des actions de soutien de communication et pédagogie seront à mener) : moindre utilisation de détergents de toutes natures (à la montagne, nous raisonnons à l’envers : il ne faut pas plus d’eau pour se rincer, il faut utiliser moins de gel douche car l’eau est plus douce), meilleure confiance dans l’eau du robinet comme eau de boisson (propension à limiter la consommation d’eau en bouteille).

Les apports principaux identifiés pour l’environnement sont :

- Des consommations d’électricité en plus dans les usines, compensées par les économies induites pour les ménages ;

- Moindre consommations et rejets, de détergents et produits ménagers, impact sur les bouteilles plastiques pour les consommateurs d’eau en bouteille.

Il est facile de faire peur ou d’affoler sur des projets réellement nouveaux ou induisant des changements forts. On le voit actuellement avec toutes les fake news diffusées sur le projet OIBP et on attend le moment où on va nous dire que ce projet est à l’origine de la COVID-19 ou de l’incendie de Notre-Dame… La réalité est que les équipes du SEDIF (et non du délégataire) travaillent sur le projet depuis plus de deux ans, travail qui confirme l’intérêt de ce projet.

N’oublions pas qu’au contraire des projets de simple décarbonatation qui voient le jour ici où là, l’OIBP aura l’intérêt de traiter toute la gamme des micropolluants, virus, etc., ce n’est donc pas un projet de confort, mais également un projet porteur sur le plan sanitaire.

- EG : En dépit des déclarations officielles, y compris du SEDIF, la gouvernance des grandes multi-utilities pâtit encore, non plus seulement d’une relative opacité, qui tient en partie à la complexité technique, juridique et financière des problématiques en jeu, mais aussi à un relatif manque d’intérêt, tant des élus concernés, que des usagers desdits services. En la matière identifiez-vous des pistes d’amélioration ?

- ER : C’est un point auquel je suis personnellement attaché depuis que je travaille au SEDIF.

Nous mettons beaucoup d’information en ligne en libre accès (beaucoup plus que la pratique moyenne). Mais je suis le premier à dire que cela ne suffit pas : comme vous le soulignez, la gestion de l’eau est technique et complexe. Et si on n’arrive pas à expliquer et rendre accessible cette complexité à nos interlocuteurs, leur conclusion est que s’ils ne comprennent pas c’est que le système est opaque. On attribue à Léonard de Vinci la phrase « la simplicité est la sophistication suprême ». J’y souscris totalement.

Nous faisons beaucoup d’efforts pour rendre nos supports pédagogiques et accessibles pour ceux qui le permettent. Ce chantier est encore largement ouvert, mais nous sommes en progrès constant. Comme vous le soulevez également, le fonctionnement du service de l’eau n’intéresse pas plus que ça : on ouvre le robinet, on a la quantité d’eau qu’on veut, et on peut la boire sans se poser de question, même un premier de l’an à trois heures du matin.

On peut faire le parallèle avec le train : en temps normal, lorsque je prends un train, s’il part à l’heure, que j’ai ma place (propre), que je peux aller aux toilettes, et que j’arrive à l’heure, ça ne m’intéresse pas de connaitre la vitesse du train, de comprendre la complexité de l’ordonnancement des départs en gare etc. MAIS : s’il y a un retard, que les toilettes sont inaccessibles pendant un trajet de quatre heures ou que la clim ne marche pas en temps de canicule, je veux des explications.

Le train du service de l’eau n’est jamais en retard car il est bien géré. Le manque d’intérêt que les usagers y portent n’est-il pas légitime d’un certain côté : nous avons tous des préoccupations diverses à gérer, et pas automatiquement beaucoup de temps à consacrer à ce qui marche (si ma voiture démarre tous les matins, est ce que je vais soulever le capot pour comprendre comment il fonctionne). En toute humilité, notre rôle est aussi de gérer ce service fondamental et essentiel pour que nos usagers n’aient pas à s’en préoccuper plus que nécessaire. Mais comme pour les trains, nous devons être en mesure de donner de l’information, aux décideurs, aux associations mobilisées pour s’assurer de notre bonne gestion, et savoir répondre clairement en cas de difficulté d’un usager.

Nous travaillons de longue date sur les actions de pédagogie auprès des scolaires. Nous développons depuis quelques années des moyens de communication de proximité pour développer le lien avec l’usager : avant la COVID avec des cafés de démarrage de chantier pour expliquer l’intervention aux riverains, avec des panneaux de chantiers connectés en capacité de vous relayer des informations sur un arrêt d’eau en cours suite à une fuite, ou encore l’application Mon Eau & Moi récemment mise en ligne qui combine possibilités de gestion d’un compte abonné, mais aussi des conseils et information sur la gestion de sa consommation.

- EG : On peut parfois éprouver l’impression que l’eau est « sortie de l’histoire », supplantée au rang des préoccupations politiques par les questions du climat et de la biodiversité. Partagez-vous cette analyse ? Quelles pourraient être les conséquences d’une relégation prolongée de la question de l’eau en seconde division ?

- ER : Cette question rejoint en partie la précédente : les préoccupations de nos concitoyens sont nombreuses, et ont été démultipliées par la crise sanitaire et ses conséquences. Nous sommes dans une période où ils ont peu de temps à consacrer à ce qui marche. Et heureusement, de nombreux services publics fonctionnent sans difficultés majeures.

Je ne partage pas pour autant pleinement votre analyse : l’eau n’est pas sortie de l’histoire, elle est au cœur des questions sur le climat et la biodiversité. La disponibilité, le partage et la protection de la ressource en eau, est intimement liée au milieu naturel et la gestion des sols. En ville, l’eau et le réseau d’eau sont au cœur des questions liées à la création d’îlots ou de points de fraîcheur, à la capacité de passer les épisodes caniculaires, quand tout le monde veut plus d’eau en même temps (comme pour l’électricité). Mais des sujets plus emblématiques, avec des conséquences perçues de façon plus immédiate ou se prêtant à des approches dramatisantes trouvent plus facilement leur place dans les médias.

Je pense, malheureusement, que la question de l’eau reviendra sous peu sur la place publique lorsque les cas de fuites sur des réseaux insuffisamment ou non gérés se démultiplieront en France. Avec des habitants sans eau au robinet pendant de longues périodes. On viendra peut-être à ce moment-là comprendre pourquoi le SEDIF a de son côté engagé une démarche structurée et ordonnancée pour gérer ce fastidieux renouvellement de réseau, installé pendant les grandes phases de développement et d’urbanisation de la banlieue parisienne. Les Echos consacraient une pleine page sur le sujet début mai. L’eau est bien un sujet d’actualité. Nous ne pouvons pas nous en passer et la vigilance sur les modalités de sa gestion doit rester quotidienne. »

(*) Eric Requis, est directeur général adjoint du SEDIF, en charge du contrôle de la délégation, des finances et des ressources humaines.

- NOTE : Le SEDIF n’a pas souhaité s’exprimer sur l’OPA de Veolia sur Suez.

- Voir la video du SEDIF présentant les modalités du choix du futur mode de gestion de l’eau, qui sera décidé le 27 mai 2021 par les élus représentant les communes adhérentes du syndicat :

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