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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
2017-08-17
REMOUS
par Marc Laimé, jeudi 17 août 2017 @ 09:17

Députée (PS) de la deuxième circonscription des Deux-Sèvres, ancienne Ministre, réélue aux récentes élections législatives, Delphine Batho avait participé en mars dernier à la consultation publique organisée autour d’un projet de création de 19 nouvelles retenues d’eau dans son département, de longue date affecté par les excès d’une irrigation incontrôlée. Nous publions cette contribution remarquable, qui éclaire non seulement tous les enjeux de ce projet, mais propose de véritables alternatives pouvant constituer le fondement d’une nouvelle approche de l’irrigation au plan national.

Rappelons que c’est à Delphine Batho que l’on doit un moratoire à la création de nouvelles retenues, qu’elle avait décidé dès sa nomination comme ministre de l’Ecologie en 2012. Mesure immédiatement combattue par la FNSEA, et que son successeur éphémère, l’ancien député (PS) Philippe Martin, s’empressa de lever peu après sa nomination en 2013 pour y substituer l’outil des “projets de territoire”, que Ségolène Royal, loin de revenir au moratoire Batho, achèvera ensuite de porter sur les fonts batismaux. Projets de territoire qui sont devenus, après Sivens, l’instrument de la relance des retenues pour l’irrigation que vient de décider l’actuel gouvernement.

Dans sa contribution à l’enquête publique sur la création de 19 nouvelles réserves collectives de substitution sur le bassin de la Sèvre niortaise et du Marais Poitevin, conduite au début 2017 dans les Deux Sèvres, Delphine Batho, forte des connaissances acquises, illustre les défaillances profondes du processus même de décision qui précède la création de ces retenues d’eau. Données obsolètes et/ou incomplètes, carence de l’Etat, absence d’information et de participation du public, pourtant prévue par de nombreux textes français et européens…

Elle souligne ainsi, au cas d’espèce, que les conclusions du rapport d’évaluation « Le Marais poitevin : Etat des lieux actualisé des actions menées à la suite du plan gouvernemental 2003-2013 et orientations », commandé par le Gouvernement, étaient claires et auraient d’ores et déjà dû être prises en compte par l’Etat. Cette mission relevait ainsi à propos des retenues de substitution que « ces projets se traduisent trop souvent par un accroissement net des prélèvements en eau dans le milieu, la réduction des prélèvements estivaux étant moindre que l’augmentation des prélèvements hivernaux. »

A ce titre, la contribution de Delphine Batho, en tous points remarquable, puisqu’elle propose de surcroît en conclusion une alternative crédible au projet dont elle démontre les impasses, constitue un apport déterminant au débat que vient de relancer le gouvernement en cédant dans la précipitation, en plein été, au diktat de la FNSEA.

PDF - 910.1 ko
Contribution à l’enquête publique sur le projet de retenues collectives. Delphine Batho, mars 2017.

Lire aussi :

- La relance de l’irrigation camouflée en "projet de territoire"

http://www.p-plum.fr/spip.php?page=...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 22 février 2016.

- Irrigation : Nicolas Hulot au milieu du gué

http://www.eauxglacees.com/Irrigati...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 8 aoüt 2017.

- Les enjeux du stockage de l’eau en agriculture, par Benoït Biteau

http://www.eauxglacees.com/Les-enje...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 8 aoüt 2017.

- Emmanuel Macron et Nicolas Hulot relancent l’irrigation agricole à outrance

http://www.eauxglacees.com/Emmanuel...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 10 aoüt 2017.

- Relance de l’irrigation, le gouvernement confirme

http://www.eauxglacees.com/Relance-...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 13 aoüt 2017.

- Relance de l’irrigation : la colère des chercheurs

http://www.eauxglacees.com/Relance-...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 15 aoüt 2017.

- Mesures de restriction d’eau en vigueur dans la région Poitou Charentes et le marais Poitevin

http://info.eau-poitou-charentes.org/

Info-eau, 18 aoüt 2017.

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2017-08-15
REMOUS
par Marc Laimé, mardi 15 août 2017 @ 08:39

Après le drame de Sivens, le ministère de l’Ecologie avait commandé une expertise collective sur l’impact cumulé des retenues d’eau sur les milieux aquatiques à l’INRA, l’IRSTEA et l’ONEMA. Rendue publique en mai 2016, cette expertise soulignait l’absolue nécessité d’engager des recherches multidisciplinaires très étendues avant toute décision de création de nouvelles retenues. Précaution que Nicolas Hulot, Stéphane Travert et Emmanuel Macron viennent de fouler aux pieds en cédant au diktat de la FNSEA. Dans la communauté scientifique, l’incompréhensiuon le dispute à la colère.

La conclusion de l’expertise collective conduite par l’INRA, l’IRSTEA et l’ONEMA, que nous reproduisons ci-dessous en fichier joint, est sans équivoque :

« L’expertise a mis en évidence la faiblesse des connaissances sur l’effet environnemental cumulé des retenues. Très peu d’études abordent l’influence cumulée des retenues sur l’ensemble des différentes caractéristiques fonctionnelles considérées dans l’expertise, bien que celles-ci interagissent fortement.

La présence de retenues sur un bassin versant modifie l’ensemble des caractéristiques fonctionnelles. Cette modification constitue un problème dès lors qu’elle affecte un cours d’eau déjà fragilisé.

L’évaluation de la significativité des effets sur un bassin suppose donc d’identifier les enjeux sur ce bassin, et de caractériser son état au vu de ces enjeux. Une démarche en deux étapes, correspondant à deux échelles emboîtées, permettrait de caractériser un bassin versant dans son ensemble, en identifiant les sous-bassins les plus fragilisés et les enjeux associés, avant d’aborder l’évaluation des effets cumulés de nouveaux projets sur ces sous-bassins.

En analysant les effets cumulés des retenues, les processus en jeu et les facteurs d’influence, l’expertise a permis d’identifier les principales interactions entre les caractéristiques fonctionnelles et la nécessité de les prendre en compte pour évaluer les effets cumulés.

Par exemple, l’évolution des débits d’étiage et des débits en période de reproduction influence les conditions de vie des poissons ; l’évolution de la fréquence et de l’amplitude des crues morphogènes influence l’ajustement morphologique du cours d’eau, et par conséquent les conditions d’habitat ; l’évolution des apports de nutriments et du temps de résidence dans les retenues est liée à la dynamique des débits et influence les conditions abiotiques des cours d’eau, paramètres sensibles pour les organismes aquatiques.

Le déficit de données et connaissances constaté limite le nombre d’indicateurs pertinents ou de méthodes validées qui permettraient d’emblée de caractériser l’influence d’un ensemble de retenues sur un bassin versant, voire d’anticiper l’effet de la construction de nouvelle(s) retenue(s).

L’analyse effectuée permet l’élaboration d’un cadre méthodologique pour aborder la question de l’effet cumulé des retenues sur un bassin versant donné, qui constituera l’objet de la phase opérationnelle, à la suite de cette ESCo.

Progresser dans l’évaluation des effets cumulés des retenues sur le milieu aquatique passe par l’acquisition de données et de connaissances :

- de données de recensement et de caractérisation des retenues sur les bassins versants concernés par la problématique des effets cumulés : position dans le bassin versant, mode d’alimentation et de restitution en eau, volume et surface, usages et idéalement dynamique de prélèvement en eau le cas échéant ;

- de connaissances sur les relations de cause à effet entre la présence de multiples retenues sur un bassin versant et l’état général du cours d’eau sur ce bassin, afin d’approcher l’ensemble des caractéristiques fonctionnelles abordées par l’expertise.

Une démarche d’acquisition de données, menée sur quelques bassins ateliers instrumentés aux caractéristiques contrastées, permettra d’élaborer un ensemble organisé et quantifié de connaissances sur l’effet cumulé des retenues, contribuant au développement nécessaire de modèles intégrés et d’indicateurs validés, aidant eux-mêmes à une prise de décision éclairée.

L’ESCo s’est focalisée sur les effets cumulés des retenues sur l’environnement. Elle n’a pas traité les dimensions économiques et sociales associées à leurs usages. Les résultats permettent néanmoins d’alimenter l’étude des usages, services et dys-services écosystémiques associés à l’hydrosystème modifié par les retenues, et ainsi d’objectiver l’évaluation de l’intérêt global de ces ouvrages sur un bassin versant, qui inclut les dimensions économiques et sociales. »

PDF - 1 Mo
Impact cumulé des retenues d’eau sur le milieu aquatique. Expertise collective, juillet 2016.

La colère des chercheurs

Eaux Glacées a tenté de recueillir les réactions de plusieurs chercheurs spécialistes du sujet. Difficile certes en plein mois d’août, mais ce qui frappe d’emblée, outre une incompréhension et une colère non dissimulées, c’est un refus général de s’exprimer ouvertement, l’atmosphère qui règne dans les milieux concernés en ce début de mandat.

« Le nouvel exécutif a promis de mettre en oeuvre un véritable « spoil system » dans toutes les administrations centrales. Leur incompétence manifeste sur le sujet laisse augurer d’une gestion à la schlague si leurs décisions ineptes sont contestées par celles et ceux qui ont compétence pour le faire », confie un spécialiste des sciences sociales.

Pour cette chercheuse en hydrologie, le nouveau pouvoir s’est d’emblée précipité dans une impasse. « Il suffit de voir quels profils ont été sélectionnés, au cabinet, à l’Elysée et à Matignon. Seuls le climat et la biodiversité ont droit de cité. Le pire c’est qu’un tout petit groupe poursuit en réalité un seul objectif : la mise en œuvre de nouveaux dispositifs de financiarisation généralisée des actifs naturels. Une spéculation sans précédent qui va envoyer les politiques environnementales dans le mur. »

Pour cet autre, syndicaliste, c’est la colère qui l’emporte : « Les personnels de l’environnement, au sein de l’Etat et dans les établissements, étaient déjà au bout du rouleau, placés depuis des années dans l’impossibilité de conduire correctement leurs missions. Là, on voit débarquer les petit(e)s marquis(e)s arrivistes de la génération Grenelle, qui commencent à s’acoquiner avec leurs homologues de la finance et du numérique pour prendre le pouvoir partout. Alors tout céder à la FNSEA ne leur pose aucun souci. Ils ne sont même pas conscients qu’on va ce faisant au-devant de graves problèmes avec l’Europe, sans parler des réactions sur le terrain avec une centaine de nouveaux Sivens portés sur les fonts baptismaux ! »

Pour un autre acteur du dossier, le gouvernement va au-devant de graves conflits : « Ca ne passera pas dans les Agences et les Comités de bassin, plus généralement les élus n’accepteront pas de se voir imposer des politiques publiques aussi ineptes, car eux en mesurent l’aberration et les risques qu’elles représentent. Plus les apprentis sorciers vont déployer une « com » parfaitement mensongère et plus ça va se retourner contre eux… »

Lire aussi :

- La relance de l’irrigation camouflée en "projet de territoire"

http://www.p-plum.fr/spip.php?page=...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 22 février 2016.

- Irrigation : Nicolas Hulot au milieu du gué

http://www.eauxglacees.com/Irrigati...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 8 aoüt 2017.

- Les enjeux du stockage de l’eau en agriculture, par Benoït Biteau

http://www.eauxglacees.com/Les-enje...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 8 aoüt 2017.

- Emmanuel Macron et Nicolas Hulot relancent l’irrigation agricole à outrance

http://www.eauxglacees.com/Emmanuel...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 10 aoüt 2017.

- Relance de l’irrigation, le gouvernement confirme

http://www.eauxglacees.com/Relance-...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 13 aoüt 2017.

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2017-08-13
REMOUS
par Marc Laimé, dimanche 13 août 2017 @ 14:05

Une centaine de nouveaux Sivens à venir... Confirmant nos informations, dans son édition du 13 août 2017, l’hebdomadaire Le Journal du Dimanche (JDD), précise et détaille les modalités techniques, administratives et financières de la relance à outrance de l’irrigation agricole, décidée par Emmanuel Macron et Nicolas Hulot. La stratégie gouvernementale de communication relayée par le JDD (propriété du groupe Lagardère de plus en plus clairement inféodé à Emmanuel Macron), conforte et amplifie le scandale majeur que représente cette décision, qui dit tout de l’imposture Hulot.

L’article reproduit ci-après s’inscrit dans un dossier spécial du JDD qui titre en Une :

“Pourquoi la France va devenir une fournaise ?”

S’ensuivent 6 pages aux accroches alarmistes :

- Climat : ce qui nous attend en 2050 ;

- Jean Jouzel : plus que trois ans pour agir ;

- Demain des incendies jusqu’en Bretagne ;

- Le travail de fourmi des experts du feu ;

- Des pics à 55° dans l’Est et le Nord ;

- L’agriculture en alerte rouge.

L'irrigation du maïs

Le casse-tête du stockage de l’eau

“Des dizaines de projets de rétention de l’eau sont au point mort depuis l’affaire Sivens. Le gouvernement promet de les débloquer, mais les difficultés sont de taille.

Le gouvernement ne pouvait pas partir se mettre au vert quelques jours sans envoyer un signal fort à un pays en alerte sécheresse, frappé par les incendies et les restrictions d’eau.

Pour calmer des esprits qui commençaient à s’échauffer, notamment du côté des agriculteurs, Nicolas Hulot a été invité mercredi, en conseil des ministres, à rappeler que son plan climat était sur les rails.

Il a aussi promis de s’attaquer à un sujet sensible : le stockage de l’eau.

Créer des réserves pour utiliser les précipitations hivernales ou capter l’eau de certain scours ne semble pas sorcier. C’est même la solution la plus rapide et efficace pour gérer la ressource dans certaines zones.

Mais l’affaire du barrage de Sivens pèse sur ce dossier.

Des dizaines de projets, partout en France, portés par des particuliers, des groupements d’agriculteurs, des collectivités, sont au point mort.

“Exactement 87 ont été lancés”, précise Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, qui a planché avec son homologue de la Transition écologique et solidaire. Mais 14 seulement ont été réalisés ces dernières années.”

La submersion de 12 hectares pour créer une retenue d’eau sur la commune de Sivens, dans le Tarn, a été définitivement abandonnée en 2015, après la mort d’un opposant au projet, Rémi Fraisse ;

Ici le JDD, soit est mal informé, soit ment délibérément, puisqu’à Sivens a aussi vu le jour un “projet de terriroire”, visant à relancer le projet d’irrigation…

Ce précédent a douché les initiatives, d’autant que le financement est devenu problématique.

“Les besoins de stockage, estimés à 500 millions de mètres cubes au niveau national, nécessitent 1,5 milliard d’euros d’invesstissement”, a calculé l’organisation Irrigants de France.

Ou trouver de telles sommes ?

Le ministère de la Transition écologique et celui de l’Agriculture étudient toutes les options.

Déblocage de fonds européens, enveloppe spécifique dans le plan de 5 milliards attendu pour les filières agricoles à l’issue des Etats généraux de l’alimentation…

Même le grand plan d’investissement de 50 milliards d’euros sur lequel planche l’économiste Jean Pisani-Ferry pourrait être mobilisé.

Les collectivités locales devront elles aussi piocher dans leur budget.

Le coût des retenues et des bassins à aménager n’est pas le seul problème.

La procédure administrative qui accompagne la majorité des dossiers est kafkaïenne.

Là encore le gouvernement va devoir revoir un dispositif qui ouvre les vannes à des recours sans fin.

“Il faut voir comment on peut lever le verrouillage administratif, mettre un peu d’huile dans les rouages”, reconnaît Stéphane Travert.

Les préfets auront pour consigne d’aider à l’émergence des projets.

Enfin, les députés vont aussi être mis à contribution.

Les contours du dispositif législatif sont encore flous.

Mais des mesures pourraient être intégrées au projet de loi sur la transformation des relations entre l’administration et le public, le nouveau choc de simplification promis par le président Macron.

Le texte à venir sur l’autonomie des collectivités pourrait, lui, favoriser le rapprochement entre petits syndicats communaux de gestion de l’eau, afin de mieux gérer les investissements.”

Source :

http://www.lejdd.fr/societe/nicolas...

Syvie Andreau, le JDD, 13 août 2017.

Lire aussi :

- La relance de l’irrigation camouflée en "projet de territoire"

http://www.p-plum.fr/spip.php?page=...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 22 février 2016.

- Irrigation : Nicolas Hulot au milieu du gué

http://www.eauxglacees.com/Irrigati...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 8 aoüt 2017.

- Les enjeux du stockage de l’eau en agriculture, par Benoït Biteau

http://www.eauxglacees.com/Les-enje...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 8 aoüt 2017.

- Emmanuel Macron et Nicolas Hulot relancent l’irrigation agricole à outrance

http://www.eauxglacees.com/Emmanuel...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 10 aoüt 2017.

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2017-08-10
REMOUS
par Marc Laimé, jeudi 10 août 2017 @ 08:47

Le “plan” de gestion de l’eau présenté en conseil des ministres le 9 août 2017 par le ministre (supposé) de l’Ecologie, signe, comme c’était aisément prévisible, et comme nous l’avions annoncé, un acquiescement total du gouvernement aux exigences de la FNSEA et des irrigants. Sous la communication fallacieuse, un seul objectif : favoriser la réalisation à grande échelle, en dépit du bon sens, des centaines de projets de création de retenues d’eau actuellement à l’étude, financées par l’argent public, afin de soutenir le “tout maïs irrigué”, catastrophe agrologique, financière et environnementale. Décryptage.

Nous avons déjà longuement narré comment tous les gouvernements, depuis un demi-siècle, ont toujours cédé au lobby des irrigants et de la FNSEA. Voir ci-après, en fichier joint, le chapître de notre ouvrage “Sivens, le barrage de trop”, dans lequel nous décrivions ces renoncements successifs depuis la loi sur l’eau de 1992.

PDF - 159.2 ko
1992-2013, l’irrigation à tout prix, in "Sivens, le barrage de trop", Seuil 2015.

Le gouvernement de Monsieur Emmanuel Macron, après ceux de François Hollande et de Nicolas Sarkozy, vient de nous en offrir une nouvelle, et accablante, démonstration.

Un “monde nouveau”, la “nouvelle politique”, qu’ils disaient…

Lors de sa campagne électorale, à l’occasion de plusieurs déplacements dans l’Ouest, Emmanuel Macron avait tout promis à la FNSEA, ce que les commentateurs se sont empressés d’oublier :

http://www.eauxglacees.com/12-Presi...

Avant cela deux rapports sénatoriaux avaient parfaitement établi la “feuille de route” de la relance de l’irrigation à outrance, rapports dont aucun media ou ONG "environnementale" n’ont jamais évoqué l’existence...

Nous avions longuement dit tout le mal qu’il fallait penser des rapports Lozach-Tandonnet et Pointereau…

http://www.eauxglacees.com/2017-ver...

http://www.eauxglacees.com/Rapport-...

Le CESE veut « améliorer les capacités de stockage » de l’eau

Dans un avis, adopté le 27 septembre 2016, le Conseil économique, social et environnemental estimait qu’améliorer « les capacités de stockage et de transfert des eaux de surface » concourt à plus de justice climatique.

La notion était nouvelle et pour le moins floue pour le moment. Mais la section environnementale du Conseil économique, social et environnemental (Cese) entendait bien la porter et l’intégrer aux futures politiques publiques : la « justice climatique » qui consiste en premier lieu « à limiter des inégalités déjà existantes ou nouvelles générées par le réchauffement planétaire », avat fait l’objet d’un premier avis, présenté et adopté le 27 septembre 2016.

L’amélioration « des capacités de stockage et de transfert des eaux de surface » concourt ainsi à une meilleure justice climatique, selon le Cese, qui recommandait par ailleurs, pour le secteur de l’agriculture, de développer les rotations/associations de cultures, de favoriser les espèces les plus résistantes et d’opérer des sélections génétiques.

Il poussait aussi à structurer le secteur, à soutenir la capacité d’adaptation des producteurs et à mieux valoriser les opportunités agricoles liées aux évolutions climatiques.

En France, les conséquences du réchauffement climatique seront surtout importantes pour l’agriculture, l’aquaculture et la sylviculture, et de façon peut-être plus proche, pour la viticulture, indiquait encore le Cese, qui désignait l’Alsace, la Paca, l’Ile-de-France, la Bretagne, comme les régions métropolitaines les plus exposées aux risques climatiques.

Irrigants de France demande des « actions concrètes »

Selon le syndicat, « tous les clignotants sont au vert » pour agir, après deux rapports parlementaires et un avis du Cese rappelant la nécessité d’une politique de stockage de l’eau. Mais Irrigants de France souhaitait que cette « prise de conscience politique » aboutisse notamment à l’accélération de l’instruction des projets en cours.

Dans un communiqué paru le 28 septembre 2016, Irrigants de France rappelait donc « l’urgence de mettre en œuvre une ambitieuse politique de stockage de l’eau » après l’été sec en 2016.

Le syndicat se réjouissait néanmoins de la « prise de conscience politique » sur ce sujet, au lendemain de la publication d’un rapport du Cese qui jugeait qu’améliorer « les capacités de stockage et de transfert des eaux de surface » concourt à plus de justice climatique.

« Après deux récents rapports parlementaires sur l’eau (en juin et en juillet, ), tous les clignotants sont au vert pour agir dès à présent », soulignait Irrigants de France. « Il faut passer la première », lancaient-ils.

Le syndicat demandait ainsi d’accélérer l’instruction des projets en cours, de mettre en œuvre des projets de territoire affectés à la création de ressource en eau « concrets avec des échéances lisibles », et de simplifier la réglementation en matière de stockage et de gestion collective.

"Je vous ai entendus..."

Twins

Lundi dernier, deux jours avant le dernier conseil des ministres des 100 jours de M. Macron, celui-ci recevait à l’Elysée les représentants des syndicats agricoles.

M. Hulot, pour sa part, avait reçu Mme Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, qui n’avait pas manqué de se réjouir de l’écoute du ministre, tout particulièrement quant à la question de l’usage de l’eau en agriculture.

http://www.eauxglacees.com/Irrigati...

Enfin la sécheresse exceptionnelle du printemps et de cet été 2017 offrait une fenêtre de tir particulièrement favorable.

Et c’est ainsi, en catimini, à la veille des vacances du gouvernement, que l’affaire allait pouvoir être bouclée.

Ce qui fut fait, alors “qu’en même temps”, on apprenait la nomination de Jean “Kappelmeister” Launay à la présidence du Comité national de l’eau… Dormez en paix braves gens. A propos des “gens”, ils sont où les insurgés sans cravates sur ce coup là ? Ah, oui, partis en vacances tellement ils était fatigués…

Venons en après ce préambule au décryptage de la communication gouvernementale comme diraient les traqueurs de “fake news”…

Le texte ci-après a été publié le 9 août, à l’issue du conseil des ministres sur le portail de l’Elysée. Nos commentaires en gras.

La gestion de l’eau

Aspersion

« Le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire et le ministre de l’agriculture et de l’alimentation ont présenté une communication relative à la gestion de l’eau. »

Première entourloupe, il ne s’agira aucunement de la « gestion de l’eau » au sens large, qui excède très largement le seul sujet de l’irrigation agricole, qui est l’unique prétexte de cette mise en scène.

« Alors qu’un important épisode de sécheresse touche de nombreux départements, le Gouvernement veut développer une politique de gestion durable de l’eau pour résorber les situations de tension hydrique, en veillant à associer pleinement les territoires à l’identification des actions pertinentes et à leur mise en œuvre. »

Il n’aura pas fallu attendre longtemps, mais seuls les initiés auront compris : « associer pleinement les territoires à l’identification des actions pertinentes et à leur mise en œuvre. » » Kézako ? Les « projets de territoires » c’est un concept et une arnaque sémantique inventés par Philippe Martin et un ingénieur des Eaux et Forêts, celui-là même qui avait avalisé dès 2001 le projet de Sivens. C’est dans un rapport dudit Martin que le concept apparaît au printemps 2013. Martin succédera à Delphine Batho, qui avait auparavant dès sa nomination, institué un moratoire sur les projets de retenue d’eau. Trois mois après sa nomination, Philippe Martin ordonne, lui, aux Agences de l’eau de refinancer les projets de retenue d’eau, et confie au Comité national de l’eau l’instruction et à vrai dire la mise en forme des « projets de territoire ». Projets de territoire que l’ineffable Ségolène Royal achèvera de porter sur les fonts baptismaux. Depuis lors les services de l’Etat comme les Agences de l’eau rechignaient toutefois quelque peu à refinancer à outrance les centaines de projets de territoires, et autant de retenues d’eau, que tentaient à toute force de leur fourguer irrigants, FNSEA et Chambres d’agriculture…

« La France connaît actuellement une situation hydrologique préoccupante. Dans 82 départements, les préfets ont pris des arrêtés de restriction d’usage de l’eau. Parmi eux, 30 départements sont couverts par des arrêtés de crise imposant l’arrêt des prélèvements d’eau non prioritaires (lavage de voiture, arrosage de jardins, remplissage des piscines…). Cette situation exceptionnelle pourrait devenir commune à partir de 2050 en raison du dérèglement climatique. Aussi, au-delà des mesures de restriction en période de crise, la politique de gestion de l’eau doit prendre en compte les changements de long terme pour préserver durablement les ressources naturelles, notamment pendant la saison des basses eaux. »

Ici instrumentalisation devenue classique, du changement climatique, mais aucune remise en cause d’un modèle agricole, celui du tout maïs irrigué, dont chacun sait pourtant qu’il est au cœur de la crise de l’eau.

« Dans ce but, le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire et le ministre de l’agriculture et de l’alimentation ont présenté des actions concrètes autour de deux objectifs : encourager la sobriété des usages et réguler en amont la ressource, grâce notamment à l’innovation ; faire émerger, dans l’ensemble des territoires, des solutions adaptées aux besoins et aux contextes locaux. »

Astucieuse transition, qui irait contre ces nobles intentions ? Nous autres car sous ce charabia, un unique objectif : la relance de l’irrigation à outrance.

« Les actions visant à encourager la sobriété des usages et l’innovation sont les suivantes :

- engager les citoyens, les entreprises ainsi que les services publics dans des démarches d’économies d’eau, grâce notamment à des campagnes de proximité de sensibilisation et de communication, tout au long de l’année ; »

Foutage de gueule absolu et culpabilisation du citoyen lambda, qui est en réalité la première victime du modèle agricole productiviste qui détourne l’eau à son unique profit.

« - poursuivre les investissements avec les collectivités territoriales pour accentuer la maintenance des réseaux afin de réduire au maximum les fuites dans les canalisations et favoriser la réutilisation des eaux usées traitées, quand cela est pertinent ; »

Arnaque phénoménale. Veolia, Suez et Saur ont fait disparaître depuis un demi-siècle près de 5 milliards d’euros qui auraient du être utilisés pour rénover les réseaux d’eau et d’assainissement qui, faute d’avoir été rénovés, fuient évidemment à tout va. Mais tout va bien, le Kappelmeister Jean Launay vient de co-signer avec le nouveau responsable des relations institutionnelles de Veolia, un opuscule dans lequel ils appellent à la création d’un fonds d’investissement, qui permettra aux collectivités d’emprunter pour rénover leurs réseaux…

« - développer une agriculture plus économe en eau et multi performante, notamment grâce au choix des assolements ; progresser encore, à travers l’innovation, dans l’efficience de l’irrigation (réduction des pertes dans les réseaux, pilotage, sélection génétique) ; »

Baratin de circonstance qui va conduire l’INRA et l’IRSTEA à produire industriellement nouveaux rapports et colloques dont on n’a jamais vu qu’ils aient conduit à une régression du « tout maïs irrigué » ;

« - réaliser, là où c’est utile et durable, des projets de stockage hivernal de l’eau afin d’éviter les prélèvements en période sèche, lorsque l’eau est rare ; »

Et voilà, nous y sommes. Relance à outrance des retenues d’eau, tu parles que les « projets de territoire » portés par les Chambres d’agriculture vont nous en tartiner des tonnes sur l’utile et le durable ! Tartuffes !

« - soutenir et valoriser la recherche et le développement de nouvelles solutions dans les organismes scientifiques ainsi que dans les pôles de compétitivité hydrique. »

Répétition, ça ne mange pas de pain, et ça fait bien…

« Les actions visant à faire émerger des solutions locales adaptées dans l’ensemble des territoires sont les suivantes :

- après celui de 2011/2016, élaborer un deuxième plan national d’adaptation au changement climatique d’ici fin 2017 pour mieux adapter les actions aux conséquences locales du changement climatique ;

Chacun fait ce qui lui plaît, plaît, plaît…

- soutenir le déploiement du plan d’actions « eau et assainissement » en outre-mer ;

De fait, il serait le temps d’arrêter de rejeter toutes les eaux usées (non traitées), de l’Ile de la Réunion à la mer, et d’attirer ce faisant les requins affamés ravis de l’aubaine, qui se régalent ensuite au dessert en croquant à pleines dents des abrutis de surfeurs…

« - accompagner les collectivités territoriales compétentes dans le domaine de la préservation de l’eau et des milieux aquatiques, notamment via les Agences de l’eau ; »

Ding, Ding, vous l’avez bien entendu le ravissant tintinabullement du tiroir-caisse ?

« - mobiliser les préfets coordonnateurs de bassin pour dynamiser les projets de territoire, qui permettent une concertation, avec l’ensemble des partenaires, sur les besoins locaux en eau ; »

Des fois qu’il y en a qui n’auraient pas bien compris : les préfets sont à disposition des irrigants, des chambres d’agriculture et de la FNSEA .

« - mettre en place une cellule d’expertise afin de dénouer les éventuelles difficultés rencontrées dans la gestion de la ressource en eau en agriculture. Cette cellule sera placée sous l’autorité conjointe des ministres de la transition écologique et solidaire et de l’agriculture et de l’alimentation. D’ici le 31 octobre, la cellule d’expertise examinera les cas de tous les « projets de territoires » en cours afin de déterminer s’il est possible d’accélérer leur réalisation, et rendra compte aux ministres des conséquences à tirer de cet exercice. »

Clair, net, sans bavures. On en reste pantois. Les centaines de projets de retenues d’eau déjà dans les cartons, auxquels vont bien sur s’en ajouter d’autres, vont donc d’ici à la fin de l’année, voir disparaître par miracle les stupides obstacles administratifs qui s’opposaient à leur réalisation et à leur financement. Merci qui ?

Lire aussi :

- La relance de l’irrigation camouflée en "projet de territoire"

http://www.p-plum.fr/spip.php?page=...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 22 février 2016.

- Irrigation : Nicolas Hulot au milieu du gué

http://www.eauxglacees.com/Irrigati...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 8 aoüt 2017.

- Les enjeux du stockage de l’eau en agriculture, par Benoït Biteau

http://www.eauxglacees.com/Les-enje...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 8 aoüt 2017.

- Emmanuel Macron et Nicolas Hulot relancent l’irrigation agricole à outrance

http://www.eauxglacees.com/Emmanuel...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 10 aoüt 2017.

- Relance de l’irrigation, le gouvernement confirme

http://www.eauxglacees.com/Relance-...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 13 aoüt 2017.

- Relance de l’irrigation : la colère des chercheurs

http://www.eauxglacees.com/ecrire/?...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 15 aoüt 2017.

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2017-08-08
FLUX
par Marc Laimé, mardi 8 août 2017 @ 16:45

A la veille de l’annonce par Nicolas Hulot d’un « plan » sur l’irrigation qui sera annoncé demain en Conseil des ministres, Eaux glacées publie une synthèse remarquable établie par Benoît Biteau sur ce sujet brûlant. Il y démontre l’absurdité du « tout maïs irrigué », véritable catastrophe agrologique, économique, financière et environnementale. Mieux, il y propose, au fil d’une démonstration parfaitement étayée, une véritable alternative, déjà parfaitement éprouvée sur le terrain. Un document de référence à lire absolument pour comprendre les enjeux et les conséquences des décisions qui vont être annoncées le 9 août 2017 en Conseil des ministres par Nicolas Hulot.

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Les enjeux du stockage de l’eau en agriculture, Benoît Biteau, 18 août 2016.

(*) Agronome, paysan bio, agroforestier, aujourd’hui Conseiller régional de la nouvelle région Aquitaine, délégué à la mer, après avoir été Vice-président de l’ex-région Poitou-Charentes chargé de l’agriculture, la ruralité, la pêche et cultures marines, Benoît Biteau après avoir réalisé la conversion de l’exploitation familiale, a développé une expertise reconnue sur l’usage de l’eau en agriculture. Il défend notamment sa vision d’une autre agriculture au sein du Comité de bassin de l’Agence de l’eau Adour-Garonne, où il est élu.

Lire aussi :

- La relance de l’irrigation camouflée en "projet de territoire"

http://www.p-plum.fr/spip.php?page=...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 22 février 2016.

- L’eau va devenir un bien précieux :

http://www.la-croix.com/Sciences-et...

La Croix, 8 août 2017.

- En Charente maritime, un déficit d’eau permanent :

http://www.lemonde.fr/planete/artic...

Patricia Jolly, Le Monde, 9 août 2017.

- La (timide) réaction de FNE :

http://civicrm.fne.asso.fr/civicrm/...

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REMOUS
par Marc Laimé, mardi 8 août 2017 @ 14:07

Le ministre de l’Ecologie doit annoncer le mercredi 9 août 2017 en conseil des ministres un ensemble de mesures concernant l’irrigation et le stockage de l’eau. Il est fortement à redouter que l’icône écolo ne mange son chapeau, et ne cède tout au lobby agricole, qui a soigneusement préparé son coup de force depuis des années. Si c’est le cas, l’illusion Nicolas Hulot n’aura duré que le temps d’un été…

Le ministre de la Transition écologique doit présenter le 9 août en Conseil des ministres un "plan" sur la gestion de la ressource en eau.

Il l’a dit récemment devant une commission du Sénat : « Les variations climatiques ne vont pas arranger » la situation de stress hydrique qui tend à se répéter et à s’intensifier en France.

Comme l’illustre cet été 2017 où l’on ne compte plus à ce jour que dix départements encore indemnes de toute consigne préfectorale sur la consommation d’eau. Hors ces « oasis », partout ailleurs les « arrêtés sécheresse » n’ont cessé de s’accumuler ces derniers mois.

Ceux-ci vont du simple appel à la vigilance à la mise en alerte, où la ressource est contingentée, jusqu’à l’état de crise. Ce dernier scénario est le pire car il interdit de prélever de l’eau sauf besoin prioritaire (santé, sécurité civile, eau potable).

Aujourd’hui, une vingtaine de départements en sont à ce stade ultime sur tout ou une partie de leur territoire. Le rouge vif est mis sur la majeure partie de l’ouest de la France, de la Seine-Maritime aux Pyrénées-Orientales.

Le grand quart sud-est de l’Hexagone, lui, reste surtout soumis à des restrictions d’usage et les arrêtés d’interdiction y sont très rares. Dans les Alpes-Maritimes, théâtre d’impressionnants incendies de forêts, seule la vigilance est de mise.

Cette situation découle en partie de la différence de régime pluviométrique des territoires. Jusqu’au printemps, la région Paca et la Corse ont été plutôt bien arrosées, ce qui a permis de recharger les nappes souterraines. Mais depuis mai, c’est le sec absolu et, pics de chaleur aidant, les sols sont devenus très inflammables. Le contraire de ce qu’a connu l’ouest du pays, où la pluie ne s’est guère montrée depuis les averses diluviennes de juin 2016 et où le niveau des nappes est très bas.

Cet état de « sécheresse hydrologique », distinct de celui de « sécheresse météorologique » observé sur le pourtour méditerranéen, va-t-il encore s’étendre ? « La situation devrait être stationnaire sur les deux prochaines semaines », estime Jean-Michel Soubeyroux, directeur adjoint de la climatologie et des services climatiques à Météo-France. Un facteur particulier devrait jouer, les récoltes dont l’heure approche et, avec elles, la baisse de l’irrigation.

En tout état de cause, le risque de sécheresse ne va pas faiblir à moyen terme. Car l’élévation des températures en France accélère l’évaporation. « On assiste bien à une augmentation de la fréquence et de l’intensité des sécheresses des sols depuis 1980 », indique Michel Soubeyroux. Quant aux précipitations, elles « tombent au mauvais moment et d’une manière trop intensive », a souligné Nicolas Hulot, imputant ce désordre au changement climatique.

Le plan de gestion de crise de l’eau sur lequel travaille le ministre de la Transition écologique va impliquer tous les acteurs concernés. A savoir ceux du monde agricole, de l’industrie, des collectivités locales et du milieu associatif, lequel est prompt à dénoncer un certain laxisme de l’Etat.

La fédération France Nature Environnement (FNE) vient de demander qu’il soit mis fin aux dérogations que les préfets accordent à leurs propres mesures de restriction.

Un lobbying effréné de la FNSEA

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, a rencontré Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire le lundi 10 juillet 2017, pour "faire le point sur différent sujets d’actualité".

L’eau, les néonicotinoïdes, les états généraux de l’alimentation et les attaques de prédateurs étaient, entre autres, au menu de cet entretien.

À la sortie de l’échange, Christiane Lambert s’était montrée plutôt satisfaite : "On a senti [le ministre] très à l’écoute. C’est un homme de dialogue. Il a la volonté de travailler avec nous."

Elle s’était également félicitée que Nicolas Hulot ait mesuré que sur la question du climat, l’agriculture est "victime, responsable et solution".

Ils s’étaient engagés à se revoir régulièrement, sur une base trimestrielle, ponctuée par des rendez-vous mensuels avec les responsables de dossier.

La présidente de la FNSEA avait fait état de l’impact du changement climatique sur le monde de l’agriculture, qui "affecte [les] exploitations". "Nos entreprises n’ont pas de toit : la pluie, la canicule, tout arrive sur nos cultures."

Et avait proposé la mise en place d’un "package agriculture et changement climatique", avec deux volets : un premier de prévention, pour notamment "trouver des solutions contre le gel", en "réchauffant de quelques degrés les vignes et les vergers" et "[en stockant] l’eau, abondante en hiver" pour faire de l’aspersion contre le gel et lutter contre les sécheresses.

Ce premier volet serait accompagné d’un second de réparation, pour "assurer [les] cultures et mieux accompagner financièrement les agriculteurs".

"Depuis 2006, nous n’arrivons plus à construire de réserves d’eau à cause de différents blocages. Le changement climatique impose de raisonner autrement. Nicolas Hulot s’est montré attentif et nous avons promis de nous revoir pour mesurer les freins techniques, politiques et les besoins financiers", avait déclaré Christiane Lambert en évoquant le "sujet tabou" de l’irrigation, tabou dont "il faut sortir". "Les Espagnols stockent 21% de l’eau de pluie, la France, 5% : nous voulons nous adapter plus vite et mieux au changement climatique."

L’irrigation étant un sujet de discorde habituel entre la FNSEA et les précédents ministères chargés de l’environnement, Christiane Lambert avait appelé à modifier l’image de l’irrigation "dans un contexte de changement climatique où l’eau se fait plus rare".

La FNSEA a fait 54 propositions au gouvernement de simplification administrative sur de nombreux sujets.

"Le vrai frein au stockage de l’eau est administratif, a expliqué Éric Thirouin, élu de l’Eure-et-Loir en charge du dossier. C’est une machine qui empêche d’avancer, en décalage complet avec la loi sur l’eau." La fédération attend ainsi avec impatience le projet de loi sur le droit à l’erreur, en espérant que celui-ci s’applique aux sujets environnementaux.

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2017-08-05
REMOUS
par Marc Laimé, samedi 5 août 2017 @ 11:00

Les 7 Présidents de Comités de Bassin, accompagnés des 6 Directeurs d’Agence de l’eau et de leurs représentants, ont été reçus le jeudi 3 août au ministère de la Transition écologique et Solidaire par le Ministre d’Etat Nicolas Hulot et ses deux Secrétaires d’Etat Sébastien Lecornu et Brune Poirson.

Un communiqué relayé par le Bien Public, quotidien dijonnais au sein duquel François Sauvadet, actuel président du Comité de bassin Seine-Normandie, a officié comme journaliste durant une vingtaine d’années témoigne de la mobilisation en cours.

En coulisses le Kappelmeister Jean Launay est aussi à la manœuvre, il est vrai pour d’autres motifs :

« JORF n°0172 du 25 juillet 2017 texte n° 34

Arrêté du 11 juillet 2017 modifiant l’arrêté du 23 juin 2015 portant nomination au Comité national de l’eau

NOR : TREL1720545A ELI : Non disponible

Par arrêté du ministre d’Etat, ministre de la transition écologique et solidaire, en date du 11 juillet 2017, est nommé membre du Comité national de l’eau :

Au titre des personnalités qualifiées

M. Jean LAUNAY, président du Partenariat français pour l’eau, en remplacement de M. François GUERBER. »

A la grande fureur de l’ineffable Sophie Auconie, et de quelques autres, surtout que la bande de Solère, qui a d’abord rallié toute l’UDI sous sa bannière, commence à ruer dans les brancards. Ca promet.

Les espoirs que Veolia fonde sur le parachutage de Brune aux côtés de Hulot vont hélas (pour eux) être contrecarrés par l’autre bataille autour de la désignation d’un Monsieur (ou d’une Madame) Eau à Elysée-Matignon… Comme Celia est encore un peu verte, ça va pas le faire non plus. Du coup à l’IPEF ça bastonne cher depuis le 14 juillet. On verra.

Ceci étant nos amis ont donc entrepris l’archange du climat, qui n’en a rien à battre de l’eau, n’y connaissant strictement rien, enfin jusqu’au 9 août, où l’on va voir comment il répond aux appels pressants de Christiane Lambert, Tandonnet-Lozach, Pointereau et le reste des junkies du maïs…

Diner de têtes à Roquemaure

Jurassic Park à Roquemaure, jeudi 3 août 2017.

« Le contexte est difficile à la fois au plan climatique avec les restrictions d’eau que nous connaissons et au plan financier avec des arbitrages budgétaires qui nous laissent entrevoir le pire avec l’instauration d’un plafond mordant sur la redevance sur l’eau qui priverait la politique de l’eau de ses moyens vitaux.

Les Présidents ont rappelé au ministre l’efficacité de la gestion de l’eau par Bassin versant. "Les défis qui sont devant nous sont énormes" a rappelé François Sauvadet, Président de la conférence des Présidents de Comité de Bassin :

- Atteindre 100 % de bon état des eaux en 2027 ;

- Réussir la prise en main de la GEMAPI par les collectivités ;

- Élargir nos compétences à la biodiversité ;

- Assumer nos responsabilités sur le renouvellement des réseaux et la lutte contre les fuites ;

- S’adapter au changement climatique.

« Sur l’ensemble de ces sujets, on ne peut pas demander aux agences de l’eau de faire toujours plus avec moins de moyens. Les Comités de Bassin devront faire des choix et les assumeront » ont affirmé les Présidents au Ministre d’Etat. Les Présidents ont en outre rappelé au Ministre d’État que le budget des agences provient des redevances sur l’eau payées par les consommateurs et les usagers. Elles n’ont, pour eux, pas vocation à alimenter le budget des parcs nationaux ou de l’office national de la chasse et de la faune sauvage.

« Priver la politique de l’eau de ses moyens est une catastrophe alors que nous sommes très loin d’atteindre 100 % de bon état des eaux en 2027 conformément à l’engagement de la France ». Il faudrait pour cela multiplier par 3 les budgets actuels d’intervention des agences.

En matière de climat, l’inaction coûte cher. Les inondations de mars 2016 sur la Seine ont coûté un milliard, bien plus qu’auraient coûté des mesures de prévention. Il en est de même pour le renouvellement des réseaux estimé à un milliard d’euros par an.

Malgré le contexte difficile, cette réunion a permis un dialogue constructif avec le Ministre d’Etat et de partager une vision des enjeux du changement climatique. Un exercice qui devrait être amené à se renouveler deux fois par an.

Des avancées concrètes ont pu voir le jour avec l’ouverture de la composition de l’Agence Française de la Biodiversité à un représentant des Comités de Bassin.

Les Présidents de Comité de Bassin attendent maintenant que la prise de conscience collective sur les enjeux de l’eau soit traduite dans les arbitrages budgétaires à venir. Tout projet de prélèvement est contraire aux enjeux de la transition écologique. »

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2017-07-25
REMOUS
par Marc Laimé, mardi 25 juillet 2017 @ 19:31

Il eût été étonnant que le rabot de Bercy épargne ses vieilles ennemies. Que fait le Kappelmeister Jean Launay, faiseur de reines et de rois de la REM ?

Nous avons vu que le président Macron a déclaré, lors de la Conférence des territoires, avoir "entendu" les sénateurs qui souhaitent la remise en cause du transfert obligatoire des compétences eau et assainissement aux EPCI-FP au 1er janvier 2020, issu de la loi NOTRe,

Dans le même élan il assurait ensuite être disposé à procéder à des ajustements sur la Gemapi, dont la bande à Pharaon avait manifestement découvert l’existence le matin même... C’est dire si ça plane.

"En même temps", on apprend que Bercy prépare un nouveau "coup de rabot fiscal" sur les agences de l’eau"... On passerait de 180 à 300 millions d’euros !

Et y a même plus moyen d’aller chercher Rocard pour aller pleurnicher à L’Elysée. Quant à sa successeuse honnie es-ambassadrice chez les pingouins, là c’est 500 millions que Bercy emplâtrerait si jamais elle pointe le bout du nez !

Ca va tourner rock and roll entre la bande à Bonne Eau et la bande à Biodiv, bien décidée, merci Ségo, à faire les poches (profondes) des Agences.

Ajoutons les annonces à venir de Nicolas Hulot au Conseil des ministres du 9 août, sur la relance à donf de l’irrigation, que Chritiane Lambert a déjà arraché sans peine aux excellences qui nous gouvernent.

Et dire qu’il aura suffi, martingale infaillible, de souffler à l’oreille de Pharaon que tout çà était de la faute de Hollande...

L’Ecole française de l’eau est mal barrée. Faudrait se dépêcher d’inviter Bono et Rihanna au Comité national de l’eau.

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2017-07-20
REMOUS
par Marc Laimé, jeudi 20 juillet 2017 @ 15:39

Comment le silure, le plus grand poisson d’eau douce d’Europe, colonise-t-il les cours d’eaux, au risque d’en éradiquer les autres espèces ? Une plongée en apnée, depuis le détroit du Danube jusqu’au Tarn, afin d’explorer un comportement saisissant. Un documentaire d’ARTE TV.

Venu des fleuves de l’Est, le silure a colonisé la quasi-totalité des lacs, canaux et rivières d’Europe depuis 1950.

Adulte, ce géant ne rencontre aucune concurrence et trône au sommet de la chaîne alimentaire aquatique. Vairons, coquillages ou ragondins, nul ne lui résiste.

Il s’adapte rapidement et apprend même à s’échouer pour attraper des pigeons !

Devenu le plus grand poisson d’eau douce d’Europe, il pèse parfois plus lourd que les pêcheurs. Après plus d’un demi-siècle de terreur et d’impunité, faut-il déclarer "nuisible" cet envahisseur ?

Cette enquête en eaux troubles documente les travaux du biologiste Frédéric Santoul, qui cherche à résoudre une énigme : pourquoi le silure, dans tous les cours d’eau où il a été introduit, n’a-t-il éliminé aucun autre poisson résident ?

Avec le concours de plongeurs en apnée, depuis le delta du Danube jusqu’au Tarn, le film révèle les comportements saisissants de l’intrus, comme ces congrès de centaines de silures qui représentent les plus grandes biomasses aquatiques au monde.

- ARTE + 7 :

http://www.arte.tv/fr/videos/051451...

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2017-07-18
REMOUS
par Marc Laimé, mardi 18 juillet 2017 @ 17:02

Une remise en cause du transfert obligatoire des compétences eau et assainissement aux EPCI–FP le 1er janvier 2020 instauré par la loi NOTRe, l’entrée en scène de super-préfets, un droit à géométrie variable au nom de l’expérimentation, une réforme radicale de la Métropole du Grand Paris… Emmanuel Macron a multiplié les annonces choc lors de la Conférence nationale des territoires. Si elles sont mises en oeuvre, leur impact s’annonce explosif pour les collectivités locales.

En installant le 17 juillet au Sénat la conférence nationale des territoires, en présence de nombreux parlementaires et représentants des associations d’élus locaux, le président de la République a annoncé de nouvelles libertés pour organiser et faire fonctionner avec plus de souplesse les collectivités territoriales, un combat contre les normes, et un droit facilité en matière d’expérimentation...

En échange, l’exécutif a exigé une réduction de 13 milliards d’euros en cinq ans des dépenses publiques locales, au lieu des 10 milliards initialement évoqués.

Un montant que les élus ont jugé trop élevé. Le président de la République a aussi annoncé une refonte de la fiscalité locale, proposant d’affecter une part de CSG ou de CRDS aux communes.

Loi NOTRe et transferts des compétences eau et assainissement en 2020

S’agissant des compétences des collectivités que la loi "NOTRe" du 7 août 2015 a redistribué, il s’est dit ouvert à des "adaptations législatives pour corriger des éléments d’aberration qui remontent du terrain."

« Sur l’eau, je vous ai entendu", a confié le chef de l’Etat en particulier à l’attention des sénateurs, lesquels ont adopté en février dernier une proposition de loi revenant sur le transfert obligatoire au 1er janvier 2020 de cette compétence aux communautés de communes et-ou communautés d’agglomération.

Evidemment, toujours facétieux, Pharaon se garde bien d’entrer dans le détail, or le Diable...

Le nouveau dispositif envisagé vaudra-t-il pour les seules communautés de communes, comme ont semblé le souhaiter les signataires de la proposition de loi ? Quid des communautés d’agglo dans ce cas ? Quid des suppressions de syndicats déjà actées par les CDCI ? Et l’on va procéder comment, par seuils de population, par catégories de collectivités ?

Déjà adopté au Sénat, le texte a été transmis à l’Assemblée nationale le 6 juillet 2017 :

http://www.senat.fr/dossier-legisla...

On souhaite bon courage aux responsables des collectivités et syndicats qui ont déjà, ou s’apprêtent à mettre en œuvre les transferts de compétence eau et assainissement au profit des EPCI-FP…

Tout le pouvoir aux préfets ?

Emmanuel Macron a longuement développé la nécessité de renforcer la déconcentration, et de donner plus de pouvoir aux préfets, tant dans la gestion financière et des effectifs au niveau local, que dans le dialogue avec les élus locaux.

Un décret du 7 mai 2015 a déjà institué une nouvelle charte de la déconcentration, donnant plus de pouvoir aux préfets dans la gestion quotidienne de leurs services, et adaptant les pouvoirs des différents échelons à la fusion des régions.

L’accroissement de la déconcentration vise cette fois à lutter contre l’inflation des normes. « Les préfets et les services ont été peu à peu dépossédés de leur pouvoir d’appréciation et de dialogue avec les élus. Il faut sortir de cette fascination pour la politique de la circulaire. Cette déconcentration sera conduite, et les préfets auront un pouvoir d’adaptation locale des règlements », a assuré Emmanuel Macron.

SOS ingénierie publique…

Au-delà des sujets financiers, sur lesquels le chef de l’Etat était le plus attendu, ce dernier a aussi annoncé la création d’une agence nationale de la cohésion des territoires.

L’organisme "créera une logique de guichet unique et de simplification de projets pour les territoires ruraux, les villes moyennes en difficulté." En lien direct avec les régions, elle apportera un appui en matière d’ingénierie publique.

Après quinze ans de liquidation forcenée de l’ingénierie publique, pour finir en toute logique par la mise à mort de l’ATESAT, c’est trop tard et trop peu. Tout juste un néo-CEREMA 2.0 qui ne servira à rien…

Big-bang à la Métropole du Grand Paris

Emmanuel Macron a aussi dressé un réquisitoire sévère de l’organisation du Grand Paris.

Il a jugé cette « structuration trop complexe ».

« L’idée du Grand Paris mérite mieux que ce que nous en avons collectivement fait pour des raisons politiques de part et d’autre. Si nous voulons produire la richesse et répartir harmonieusement sur le territoire, nous avons besoin de simplifier autour d’un projet ambitieux de développement », a-t-il indiqué.

Comme parallèlement la CRC d’Ile-de-France vient de pointer sévèrement l’inadéquation de l’échelle de gestion des EPT de la MGP, les simagrées aussi démagogiques qu’intéressées de quelques escrocs à la subvention qui clament contre toute évidence que "Paris va aider la banlieue à revenir en gestion publique" ne vont plus faire long feu...

Irrigation XXL et re-use

Alors que 62 départements ont déjà imposé des restrictions d’eau, auditionné par la commission des affaires économiques du Sénat le 18 juillet, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot a par ailleurs annoncé qu’il présentera "au conseil des ministres du 9 août" un "plan" sur la gestion de la ressource en eau.

"Nous sommes déjà dans une situation de stress hydrique importante que les variations climatiques ne vont pas arranger", avec "des précipitations qui tombent au mauvais moment et d’une manière trop intensive", a-t-il souligné.

Ce sujet "va demander la participation de tous les acteurs" concernés par les usages de l’eau, a-t-il dit, estimant que si certains ont une utilisation importante de l’eau qui est justifiée, ce n’est pas le cas de tous. Il a ainsi plaidé pour une "rationalité de l’utilisation de la ressource", évoquant des situations "totalement aberrantes", comme l’interdiction d’utiliser les eaux usées traitées pour certains usages.

- Voir le rapport Tandonnet-Lozach :

http://www.eauxglacees.com/2017-ver...

- Voir le rapport Pointereau :

http://www.eauxglacees.com/Rapport-...

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