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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
2016-11-30
REMOUS
par Marc Laimé, mercredi 30 novembre 2016 @ 07:31

Jamais, de mémoire, le découragement, le pessimisme et le dégoût n’ont été à cet étiage. Renoncements, trahisons, triomphe sans partage des lobbies sur tous les fronts. Le pire est à venir, avec, l’an prochain, le grand coup de faux annoncé sur les « normes » et les contraintes « insupportables » qui vont enfin être mis à bas par de nouveaux croisés…

Voyons les Agences et les services de l’Etat : « On n’en peut plus. Réorganisation sur réorganisation, essorage des effectifs. Plus de pilote dans l’avion. Il y a trois ans, c’était de la colère contre la politique menée, maintenant c’est une grande lassitude de voir que plus rien ne tient. Tout le monde nous tombe dessus, ministère, élus, FNSEA, opérateurs, pour tout et n’importe quoi. Tiens le fameux SISPEA, grâce auquel on va tenter de camoufler les filouteries des opérateurs qui se multiplient avec la mise en œuvre de la loi NOTRe. Ca ne marche pas, tout le monde le sait. Dans plein de départements, il n’y a plus personne pour assurer la mission en DDT. Dumoulin et Gibaud battent les estrades en racontant n’importe quoi. A preuve ils ont du missionner un bureau d’études, au mieux avec les délégataires, un comble, pour relancer les DDT qui ne font rien. Les agences s’arrachent les cheveux avec des données pas exploitables, la conditionnalité des aides ne marche pas et les collectivités ne se sentent pas du tout concernées, noyées par la loi NOTRe et la Gemapi… »

Le 5 août dernier, le CGEDD publiait la synthése des audits « eau et biodiversité » réalisés en 2015 et récapitulait en annexe l’ensemble des recommandations faites en 2015 au niveau central, notamment à la direction de l’eau et de la biodiversité (DEB) et à la direction générale de la prévention des risques (DGPR).

Une lecture éclairante :

- La mobilisation et l’engagement des agents des services de l’État et de ses établissements publics pour mettre en oeuvre les politiques de l’eau et de la biodiversité dans des contextes politiques et socio-économiques parfois très difficiles.

- Les risques avérés dans le contexte structurel de moyens contraints, liés aux nécessités de renouvellement de compétences avec le vieillissement des experts et les nouveaux champs à investir par des agents.

- Le renforcement de la cohérence entre les programmes de mesures, plans territoriaux d’actions prioritaires des agences de l’eau et plans d’actions opérationnel territorialisé départemental n’empêchent pas une difficulté à la priorisation des actions.

- Le partage avec les partenaires locaux de stratégies d’actions claires en vue d’atteindre les objectifs fixés par les directives européennes rendu difficile par des évolutions institutionnelles peu favorables à l’engagement des acteurs et par un durcissement des postures des organisations professionnelles agricoles.

Au global, il convient de souligner la difficulté de mobiliser rapidement des partenariats pour faire progresser la mise en oeuvre des politiques environnementales. Des actions innovantes en vue d’un meilleur portage des politiques dans un contexte de faible adhésion voire d’opposition sont à promouvoir. Le projet d’agence régionale pour la biodiversité et sa structure partenariale prévus par le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages tracent une perspective encourageante. »

Dans le langage policé de rigueur : un désastre.

PDF - 1.2 Mo
Synthèse nationale des audits "Eau et biodiversité 2015", CGEDD, 5 août 2016.

Et maintenant les dommages collatéraux de la COP22 sur l’eau…

Tous les experts s’accordent à penser que le changement climatique va aggraver la crise de l’eau partout dans le monde, crise de l’eau qui frappe déjà de plein fouet le Maghreb et le Moyen-Orient. Le Maroc a donc fait en sorte que l’eau soit une des questions au centre des discussions de la COP22 à Marrakech. De ce point de vue, nous n’avons pas été déçus. Pendant toute la durée de la conférence, les ateliers et side-events consacrés à l’eau dans toutes ses dimensions et relations avec le climat, se sont succédés à un rythme soutenu, ponctués par les habituelles déclarations et promesses d’actions. Voir la suite :

http://aldeah.org/fr/les-dommages-c...

Des projets cohérents avec les actes de la toute nouvelle Agence Française de la Biodiversité (AFB), et son point d’appui "Trames Vertes et Bleues" (alias : économie verte et bleue) qui sont à l’honneur, dans le viseur high-tech : celui du monde des bonnes affaires. On peut imaginer la suite aisément : pour le moment (rapports éloquents à ce sujet) de grandes idées mais aucun financement à part celui de "l’eau paye l’eau" : le magot intéresse autant les bleus que les verts ; de manière générale, le pollueur devient "bénéficieur" : il va proposer des solutions qui vont lui permettre de se développer ; si on suit ce raisonnement, plus il y aura de catastrophes générées par le pollueur, plus il pourra développer de nouvelles filières pour remédier.

Il est des signes qui ne trompent pas. Le nouveau département "écologie" du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) vient de nommer à sa tête un profil HEC (et généticien) propriétaire de labos privés, parachuté depuis deux ans, à seule fin utile des PPP en matière de recherche/business. Ainsi l’écologie MNHN change radicalement d’option : de naturalistes elle passe à business-labo-généticien spécialisé dans le remède génétique ; ça promet !

Nous verrons bientôt des petits hommes bleus et verts remédier à l’extinction des espèces ? Peut-être des drones qui repèreront le dernier mulot aqua-terrestre pour le cloner ? Ou bien des cellules intelligentes dispersées dans l’eau qui mangeront les pesticides ? etc, etc..

En attendant : http://www.developpement-durable.go...

L’ONEMA va donc se fondre dans l’AFB dont le budget viendra pour 80% des redevances des agences de l’eau.

Soupirs d’un responsable provincial de FNE :

« Quand on voit comment démarre l’AFB (cf programme du forum économie et biodiversité), il y a de quoi s’inquiéter. On était au séminaire de préfiguration de l’ARB régionale, la question de la monétarisation est encore là, portée par certains acteurs... Il y a beaucoup de gens qui y croient encore (croissance verte et compagnie) et il faudra faire preuve de beaucoup de persuasion pour que ce ne soit pas la colonne vertébrale de cette ARB. »

La dernière, pour la route :

Le projet de loi de finances rectificative pour 2016 (PLFR 2016), dont l’Assemblée débute la discussion le 5 décembre en séance publique, prévoit "d’ajuster les ressources" de plusieurs organismes chargés de missions de service public. En d’autres termes, il prévoit de ponctionner les ressources du Fonds de prévention des risques naturels majeurs, dit "Fonds Barnier", de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema) et du Fonds de compensation des risques de l’assurance ...

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2016-11-24
REMOUS
par Marc Laimé, jeudi 24 novembre 2016 @ 19:04

Le duel au sommet entre les deux prétendants de la primaire de la droite n’aura laissé aucune place à l’environnement, l’agriculture, l’eau…, ce qui en dit long sur la période. Tout aussi révélateur, le soin qu’ont apporté François Fillon (s’autoproclamant "paysan sarthois"...), et Alain Juppé à répondre aux questions que leur a posé La France Agricole. Nos deux champions, les deux pieds dans la glaise, ont évidemment promis monts et merveilles au “peuple des campagnes”…

- François Fillon : « Le ministre de l’Agriculture évoluera dans un gouvernement commando »

- La France Agricole : Quel est votre lien avec l’agriculture ?

- François Fillon : Je suis un élu rural ! J’habite à Solesmes, dans la Sarthe. Tous mes voisins sont agriculteurs. J’ai de nombreux amis agriculteurs, viticulteurs, sylviculteurs, éleveurs… Mes racines sont paysannes, en Vendée et au Pays basque, et je me présente souvent comme un « paysan sarthois ». Je creuse mon sillon… Les graines que j’ai semées depuis trois ans sont en train de lever. La récolte à l’air meilleure qu’annoncée. (Rires) (…)

- Comment imaginez-vous votre futur ministre de l’Agriculture ? Avec quel portefeuille ?

- F.F. : Mon gouvernement comptera 15 ministres. Il n’y aura pas de secrétaire d’État. Je souhaite une équipe opérationnelle, un gouvernement « commando ». Mes ministres seront choisis pour leur compétence. La moitié d’entre eux seront issus de la société civile. Le ministre de l’Agriculture n’échappera pas à cette règle. Il ou elle aura un niveau de compétence indiscutable, reconnu, que ce soit pour les questions agricoles françaises, européennes ou internationales. Il y aura dans son périmètre de responsabilité, outre l’agriculture et l’agroalimentaire au sens large, la mer, le littoral et la pêche, la forêt et la chasse. Je souhaite lui confier aussi l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage, NDLR) et, par voie de conséquence, l’Onema (Office national de l’eau et des milieux aquatiques, NDLR). Comment dissocier la problématique de l’eau et celle de l’agriculture ?

Lire la suite :

http://www.lafranceagricole.fr/actu...

- Alain Juppé : « Pas de développement durable sans une agriculture viable »

- La France Agricole : Quel est votre lien avec l’agriculture ?

- Alain Juppé : Comme vous le savez, mes parents étaient agriculteurs dans les Landes. J’ai grandi dans une exploitation et j’ai participé aux travaux des champs.

(…)

- Comment imaginez-vous votre futur ministre de l’Agriculture ? Avec quel portefeuille ?

- A.J. : Il ou elle devra être compétent(e) et bien connaître les arcanes d’un ministère technique qui couvre des enjeux économiques, sanitaires, environnementaux et de formation. Il devra tenir compte de la diversité des situations, de la géographie et des filières, ainsi que des contraintes propres à ce secteur soumis plus que tout autre aux incertitudes du climat et des marchés mondiaux. Il devra être réactif pour anticiper les à-coups et les crises. Enfin, il conduira avec détermination la défense des intérêts agricoles français et européens à Bruxelles. Quant au périmètre, le ministère devra être compétent pour l’alimentation ; il sera très impliqué dans l’aménagement rural et au moins s’assurera d’une bonne coordination avec les instruments, notamment européens, de la pêche.

Lire la suite :

http://www.lafranceagricole.fr/actu...

- Fillon-Juppé : les principaux points qui les distinguent

- Pac et UE

- François Fillon projette de mettre fin aux sanctions contre la Russie et prône un renforcement de la préférence communautaire. Il ne veut s’interdire aucun mode d’intervention, notamment sur les stocks et les prix. Il propose de compléter la Pac par un programme d’aides directes et contracycliques ou pas selon les réalités de l’année, adapté aux productions, pays et régions. »

- Alain Juppé vante le libre-échange, à condition de défendre les intérêts des entreprises lorsqu’ils sont menacés. Il imagine un observatoire européen indépendant des volumes et des prix pour anticiper les crises. Il défend par ailleurs une nouvelle Pac s’articulant autour de trois piliers : la gestion des risques, l’innovation et l’investissement. (…)

- Stockage de l’eau

- François Fillon préfère défendre les projets de stockage d’eau plutôt que les ZAD, et assure que son gouvernement s’y emploiera.

- Alain Juppé veut encourager le stockage de l’eau, autant pour lutter contre les crises climatiques que pour renforcer la compétitivité. Il précise toutefois que les projets doivent faire l’objet de concertations entre toutes les parties prenantes pour éviter des conflits d’usage.

Lire la suite : http://www.lafranceagricole.fr/actu...

- Lire aussi :

2017 : vers un bond de 15 ans en arrière des politiques de l’eau

http://www.eauxglacees.com/2017-ver...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 11 juillet 2016

Rapport Pointereau : seconde “feuille de route” réactionnaire pour la politique de l’eau après 2017

http://www.eauxglacees.com/Rapport-...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 12 août 2016

Eau et agriculture : troisième offensive réactionnaire au Sénat

http://www.eauxglacees.com/Eau-et-a...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 15 septembre 2016

Irrigation : l’économie circulaire pour les Nuls, par la FNSEA…

http://www.eauxglacees.com/Irrigati...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 3 octobre 2016

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FLUX
par Marc Laimé, jeudi 24 novembre 2016 @ 08:47

Nous publions le cauchemar éveillé, bien de saison, que nous a fait tenir un lecteur d’Eaux glacées.

"Alors que j’effleure Ponto, mes pensées se font vagabondes. Les images, les mots s’imposent d’eux-mêmes. Excavation, exploitation, déprédation, consommation, déforestation, innovation, prostitution, conflagration, déshumanisation, corruption, production.

C’est étrange cette énumération alors que Ponto reste silencieux.

J’ai en main ce concentré d’innovations, d’intelligence, accessible à tous et qui semble être une évidence. Comme il est proche de moi, fait partie de mon quotidien, de mes jours comme de mes nuits sans sommeil, je lui ai donné un nom. En toute occasion, il m’est fidèle. Ponto, c’est mon portable, mon « téléphone intelligent ».

Il est immaculé malgré les années, car j’en prends le plus grand soin.

Coltan (1), minerais, misère, éboulements, étouffements, asservissement, trafic, armes, guerre. Il n’y a pas que du sang de la Terre dans cet objet magique.

Et l’inventaire de reprendre : vitesse, débit, transfert, battements par minute, fréquence, cadence des processeurs, yoctoseconde.

Et la Vie de n’être plus qu’une urgence.

Croissance, expansion, accélération, compétition, performance, record, puissance, possession, productivité, rentabilité.

Les distances se contractent, et le temps s’accélère, il en vient parfois à manquer.

La doctrine sportive « Plus loin, plus haut, plus fort » est sortie du stade, elle a envahi la société.

Le corps social a-t-il encore un sens, tellement la société est morcelée et enserrée par des fils invisibles ?

J’existe dans ce corps car, avec Ponto, je clique plus vite que mon ombre, je « gazouille » de façon frénétique, pour mieux fuir une vacuité, un morne horizon. Il me faut manier « l’autoportrait », en tout lieu, en toute circonstance, de peur de disparaître, expulsé du flux permanent. Et pourtant, je suis libre, d’un simple clic tout est à ma portée.

Rien ne me trouble, aucune clameur ne me parvient, je suis dans ma bulle protectrice.

Certes, je suis parfois saisi d’effroi. On fait toute une histoire pour une chemise quand le surmenage tue plus qu’à son tour. Ailleurs, on épargne symboliquement une dinde quand on sacrifie continûment des chômeurs sur l’autel de la Croissance. Des gens que je ne connais pas, la dinde non plus d’ailleurs.

C’est vrai que l’élevage industriel est semblable à l’emprisonnement intensif, seule change la taille des cages. Bien sûr, construire des prisons plutôt que des écoles, des garnisons plutôt que des hôpitaux, des murs plutôt que des ponts devrait poser question. N’empêche, seule la nouveauté trouve grâce à mes yeux. C’est ainsi, je n’y peux mais.

C’est vrai que Ponto, avec son accès illimité, pourrait me permettre de saisir l’essentiel. Mais il est loisible de se laisser porter par le flot continuel. Tout est devenu technologique, la guerre est technologique : les morts ne sont plus que des cibles atteintes et aussi, parfois il faut bien le reconnaître, plus que des dégâts collatéraux. De toute façon, s’il faut en passer par-là, cela en vaut forcément la peine. Et en plus, la dernière innovation est en vente à partir de minuit, « trop top » le casque de réalité virtuelle ; la météo du week-end est favorable ; la neige sera au rendez-vous à Noël. Flamboyant le nouveau défilé de haute couture, cela nous change du travestissement de la réalité.

Je sais bien qu’il faudrait arrêter le culte de l’instantané, mais il reste jouissif ce sentiment de puissance, de pouvoir posséder tous les savoirs.

Quand j’ai faim, je mange. Comme si je ne connaissais plus la satiété. Si besoin, je ferais appel au « coaching », ferais du « running », pour faire passer le « pudding ».

D’aucuns prétendent que la Terre s’appauvrit et que l’obésité progresse.

Foutaises, les étals sont pleins de victuailles et la longévité progresse. La fin de l’orgie n’est pas pour demain, alors je mange encore. Pour le reste, Rubens a peint ses grâces à son goût. Il n’y a donc rien de choquant.

D’aucuns prévoient que l’Humanité va disparaître à cause de ses excès.

Le Jardin des délices - Jérôme Bosch.

Le jardin des délices - Jérôme Bosch.

Foutaises encore, la sélection fera de nous des êtres supérieurs. Et si la Nature n’y parvient pas alors la science y pourvoira.

La Science de demain rectifiera nos erreurs d’aujourd’hui, c’est dans le sens de l’Histoire du Monde que les connaissances progressent continuellement. Et, par la même occasion, la Médecine soignera les nouvelles maladies.

D’aucuns s’insurgent que, dans la mer océane, il est un nouveau continent, fruit de notre intempérance. Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. Le plastique redeviendra pétrole, comme nous redeviendrons cendre et poudre.

Je me moque des saisons, néglige les cycles naturels. Je ne dors plus, le sommeil est une perte de temps, c’est un temps perdu pour ma liberté.

D’aucuns croient à la vertu des rêves. Foutaises encore, ils sont inintelligibles donc inutiles.

De surcroît, je suis habitué à l’absence d’étoiles dans le ciel, je préfère le scintillement des néons, je sens ainsi la vibration de la ville, ses pulsations. J’ai besoin de ce déferlement et de ce bruit incessants pour me sentir vivant.

Comme les guerres apparemment lointaines ont des répercussions dans mon quotidien, il me faut trouver un dérivatif. Sinon je finis par ressembler à un rat dans une « cage à écureuil ». Alors, j’ai besoin de neuroleptiques, psychotropes, tranquillisants, anesthésiants : la consommation est ma came. Qu’importe le poison pourvu qu’on ait l’ivresse.

Et le produit toxique de se diffuser.

Et tous les produits toxiques de se répandre dans la lymphe de la Terre, dans ses poumons. Les immondices de s’accumuler dans ses reins, en son sein. Et pourtant, elle tourne ! Elle reste généreuse et nourricière !

Cette ronde infernale me donne le tournis, le dernier repas a du mal à passer, à croire que trop d’excès tue l’excès. L’orchestre joue de plus en plus fort ce boléro entêtant. Cela vire au cauchemar. Rotation, nutation, précession. L’orchestre se fait bruyant, les immondices forment une vague. La musique devient dissonance, la vague tsunami.

Tout devient fracas.

Et le vaste Monde de se consumer.

Clac !

Je me frotte les yeux machinalement, bâille généreusement, ouvre un œil puis l’autre, vois la télécommande déboîtée sur le sol : elle a dû m’échapper de la main.

Encore un rêve à la con qui est parti en tout sens.

Encore un songe qui s’est perdu dans des circonvolutions ignorées.

Comme d’habitude, je ne me souviens que de la dernière image : « Ce n’est pas parce que vous êtes invité au festin, que vous ne faites pas partie du menu. »

Et je me souviens, aussi, d’un certain Ponto. À part le poème de Victor Hugo, cela ne m’évoque rien d’autre.

« Ô triste humanité, je fuis dans la nature !

Et, pendant que je dis : ’’Tout est leurre, imposture,

Mensonge, iniquité, mal de splendeur vêtu !’’

Mon chien Ponto me suit. Le chien, c’est la vertu

Qui, ne pouvant se faire homme, s’est faite bête.

Et Ponto me regarde avec son œil honnête. » (2)

’’Personne’’

(1) « Le travail numérique n’est qu’un maillon d’une chaîne passée aux pieds des mineurs du Kivu contraints d’extraire le coltan requis pour la fabrication des smartphones, aux poignets des ouvrières de Foxconn à Shenzhen qui les assemblent, aux roues des chauffeurs sans statut d’Uber et des cyclistes de Deliveroo, au cou des manutentionnaires d’Amazon pilotés par des algorithmes. » Monde Diplomatique, septembre 2016, Pierre Rimbert.

(2)http://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bp...

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2016-11-19
REMOUS
par Marc Laimé, samedi 19 novembre 2016 @ 11:11

Hasard du calendrier, plusieurs annonces ou publications témoignent que la recherche pourrait nous permettre de mettre en oeuvre des politiques publiques efficcaces en matière de prévention des pollutions de toutes natures qui affectent, dans des proportions encore gravement sous estimées, la qualité des milieux aquatiques. Conjointement, une bureaucratie surpuissante réduit à peu près à néant ces perspectives, tant elle est structurellement acquise… aux pollueurs, au nom de la défense de l’activité économique et de la croissance.

1 - L’étonnante mémoire des eaux usées

À l’occasion de la rénovation d’une chambre à sable, un dispositif d’assainissement situé à Orléans, des chercheurs ont pu accéder aux dépôts des eaux usées et pluviales transformés en sédiments et accumulés depuis 1942. Grâce à leurs analyses, ils espèrent reconstruire plus de 70 ans de l’histoire locale.

Lire la suite :

https://lejournal.cnrs.fr/diaporama...

- 2. Les modèles Nutting : une boîte à outils pour estimer des flux et des rétentions d’azote et de phosphore dans les masses d’eau

La directive cadre sur l’eau (DCE) prévoit une obligation de résultat sur l’atteinte et la conservation du bon état écologique et chimique des masses d’eau. Cet état, évalué par les agences de l’eau, est traduit en un risque de non-atteinte du bon état des eaux qui prend en compte les pressions et les impacts des masses d’eau* dites DCE (Affeltranger et al., 2011).

Nombreuses sont les masses d’eau qui ont à faire face à des pollutions diffuses, notamment en azote (N) et en phosphore (P). Les activités agricoles génèrent en effet une pression importante en lien avec les apports de fertilisants minéraux et organiques. Les surplus*, une fois les exportations par les plantes prises en compte, sont disponibles au transfert, notamment vers les cours d’eau, avec des concentrations et des flux pouvant dépasser les seuils admis et engendrer des perturbations dans les écosystèmes aquatiques.

La caractérisation des pressions d’origine agricole, par la seule estimation des apports d’azote et de phosphore au sol, était auparavant utilisée pour l’état des lieux des masses d’eau à l’échelle des zones hydrographiques. Cette quantification des apports n’était pas satisfaisante pour faire explicitement le lien avec leurs effets sur la qualité de l’eau, ne prenant pas en compte l’ensemble des processus de transfert et de rétention* au sein des bassins versants et des cours d’eau.

Le modèle Nutting’N (pour NUTrient Transfer modellING) (Dupas et al., 2013) a permis de faire ce lien pour N, à l’échelle de la masse d’eau, à partir d’une fonction de transfert basée sur les caractéristiques du bassin versant immédiat de la masse d’eau et de son réseau hydrographique.

Lire la suite :

http://www.set-revue.fr/les-modeles...

(Sciences, eau et territoires, la revue de l’Irstea.)

- 3. Le premier “COPIL” du Programme micropolluants 2016-2021

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ODJ 1er Copil "Programme micropolluants" 2016-2021, La Défense, 16 novembre 2016

Compte-rendu (La Défense, 16 novembre 2016) :

Contexte : Le plan micropolluants agrège et poursuit pour la période 2016-2021 les plans antérieurs PCB, micropolluants et résidus des médicaments. Il est synchrone de l’application des nouveaux SDAGE qui déclineront la DCE et la DCSMM. Parallèlement les autres plans se poursuivent : Ecophyto 2 pour la réduction des pollutions par les produits phytopharmaceutiques, le plan national d’alerte sur les antibiotiques et le plan Ecoantibio.

Objectif : Ce plan privilégie la réduction des émissions à la source et vise à 1) réduire, 2) connaître et 3) prioriser des pollutions par l’application de 39 mesures. Il promeut aussi dans sa communication l’utilisation systématique des produits « écolabélisés. »

Focus :

Sédiments : L’action 5, gérer avec précaution les sédiments contaminés lors d’intervention sur le milieu (dragage...) et à terre, valoriser les sédiments non dangereux, est piloté par Olivier Perceval DEB. Sont annoncés disponibles : le Guide sur l’évaluation des risques sanitaires des opérations de dragage et d’immersion en milieu estuarien et marin - le Rapport finalisé sur les masses draguées, techniques utilisées, niveaux de contamination, solutions de valorisation et de stockage - les Retours d’expériences sur les plans de gestion des dragages - la Synthèse biblio sur les opérations de curage en milieu fluvial et mise en place d’un protocole de suivi.

Biomarqueurs : O. Perceval liste les techniques de screening qui pourraient prochainement remplacer ou compléter les analyses chimiques unitaires et permettraient de détecter un effet plus large qu’une seule substance, en prenant donc en compte des effets cocktails = tests cellulaires, biomarqueurs, bioessais sur organismes entiers...rendez-vous dans quelques années.

Perturbateurs endocriniens (PE) : Sont présentées : l’intersexualité chez les cyprinidés sauvages (goujon, gardon...) avec une origine agricole présumée (utilisation des pesticides) - la contamination à retardement par les perchlorates qui sont toxiques (problème émergent ?), due à une infiltration lente de certaines nappes phréatiques après utilisation des nitrates du Chili (malheureusement riches en perchlorates), comme explosifs durant la guerre 1914-1918 (munitions encore enfouies dans les sols) mais aussi comme engrais entre 1850 et 1950 - et la position de la France qui demande à la Commission une définition et un champ d’application plus stricts des PE.

Divers : F. Mitteault DEB rappelle qu’il faut optimiser l’action publique, pas nécessairement en réglementant mais surtout en mutualisant les efforts, ce qui est l’objectif de ce plan. L. Souliac DEB s’assure qu’un pilote existe pour le GT (lorsqu’il est nécessaire) de chacune des 39 mesures et propose de mettre en place des sous-Copil pour certaines mesures que les participants sont invités à proposer (dont un sous-Copil "consolidation des connaissances" incluant l’action 5 sédiments de dragage et une cartographie de la contamination par les perchlorates).

La FP2E rappelle que la technologie française de traitement de l’eau est à la pointe et s’exporte. K. Brulé milite pour ne pas refaire 2 fois les R&D, pour transférer plus rapidement les résultats aux utilisateurs potentiels (actuellement 10 ans environ entre une découverte et son application à grande échelle), pour regrouper et synthétiser les résultats disponibles afin de les rendre plus accessibles.

Plusieurs intervenants demandent une meilleure et plus rapide circulation des résultats et des informations et une interopérabilité des bases de données.

L’Onema (bientôt AFB) indique que les résultats sur la qualité de l’eau sont désormais disponibles sur son site, rubrique "Contaminants et pollutions aquatiques".

Le programme Cosmét’eau analyse le remplacement dans les cosmétiques, du Paraben à la toxicité incertaine par des produits à la toxicité... non évaluée. Si certains pesticides ou polluants sont en diminutions du fait de leur interdiction ou réduction d’utilisation (par exemple les Polybromés PBDE sont en diminution dans le milieu), d’autres produits remplaçants peuvent émerger et doivent être inclus et surveillés. »

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2016-11-17
REMOUS
par Marc Laimé, jeudi 17 novembre 2016 @ 11:48

Alors qu’un groupe de travail interministériel s’est attelé (difficilement…), à la redéfinition de la gestion des eaux pluviales urbaines et de leur financement, et qu’on attend sur le même sujet un rapport du CGEDD, un amendement au PLF 2017 éclaire, à sa manière, l’un des enjeux cachés de ce dossier explosif.

Dans le cadre de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de Loi de finances pour 2017, les députés qui examinaient le 14 novembre 2016 en commission élargie les crédits de la mission "Relation avec les collectivités territoriales", ont adopté (art. 59), un amendement, porté notamment par Olivier Dussopt (PS, Ardèche), qui intègre les recettes des budgets annexes des services publics administratifs dans l’assiette des recettes réelles de fonctionnement utilisée pour le calcul de la contribution au redressement des finances publiques (CRFP).

L’objectif de cette mesure, déjà défendue par le président de l’Association des petites villes de France (APVF) l’an dernier, est de « limiter l’optimisation financière opérée par certaines communes pour diminuer le montant de leur CRFP, au détriment des autres collectivités. »

Citant la Cour des comptes, il assure ainsi « qu’alors que la baisse de DGF est d’en moyenne 4%, les communes entre 10 000 et 50 000 habitants connaissent une diminution de - 4.7%. »

L’amendement ne concerne toutefois que les services publics administratifs afin de ne pas pénaliser les choix de gestion en régie directe des élus locaux. Les services publics à caractère industriel et commercial ne sont pas concernés.

L’amendement :

http://www.assemblee-nationale.fr/1...

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2016-11-10
REMOUS
par Marc Laimé, jeudi 10 novembre 2016 @ 13:23

Un décret du 2 novembre 2016, publié le 4 au Journal officiel, fixe au 1er janvier 2017 la date à partir de laquelle la transmission des requêtes aux tribunaux administratifs devra être faite de façon dématérialisée, via la plateforme Télérecours. Cette disposition s’applique aux requêtes adressées par toutes les collectivités, à l’exception des communes de moins de 3500 habitants.

Les particuliers ne sont pas concernés (pour l’instant ?) par ces dispositions.

La plateforme Télérecours existe depuis 2013, mais son usage était jusqu’à présent facultatif. À présent qu’elle a été testée et que les pouvoirs publics sont convaincus de sa fiabilité et de sa confidentialité, elle devient obligatoire : une requête, « en défense ou en intervention », qu’elle soit déposée par un avocat, une collectivité autre qu’une commune de moins de 3500 habitants, ou « un organisme de droit privé chargé de la gestion permanente d’un service public », ainsi que les pièces afférentes, doivent désormais être transmis par Télérecours, sous peine d’être tout simplement irrecevables.

Seule exception : les procédures en référé. Dans la mesure où il s’agit de procédures d’urgence, si les parties ne sont pas inscrites à l’application Télérecours, elles sont autorisées à transmettre leur requête « par tous moyens ».

Pour les communes de moins de 3500 habitants, l’utilisation de Télérecours est possible, mais non obligatoire ; tout comme pour les associations agréées chargées de transmettre les recours des demandeurs d’asile.

Le décret prévoit aussi un certain durcissement des conditions des transmissions des pièces. Elles peuvent être transmises sous deux formes :

- soit un seul fichier global comprenant plusieurs pièces – dans ce cas, « chacune d’entre elles doit être répertoriée par un signet la désignant conformément à l’inventaire » ;

- soit plusieurs fichiers, un par pièce, le nom de chacun d’entre eux étant strictement conforme à l’inventaire.

En cas de non-conformité, le dossier sera tout bonnement déclaré irrecevable.

Cette disposition apparaît à certains avocats quelque peu excessive. C’est ce qu’écrit par exemple sur son blog maître Benjamin Bizzarri, avocat spécialiste en droit public : « Disons-le clairement, cette sanction nous paraît disproportionnée par rapport aux enjeux en cause. En effet, tel que formulé, le nouvel article (...) permettra aux tribunaux de rejeter une requête suite à une simple inversion de pièces ou à une erreur dans l’intitulé du fichier contenant une pièce. »

Le greffe appellera tout de même la partie à régulariser une éventuelle non-conformité.

Néanmoins, pour l’une de ses consœurs, Virginie Claoué Heylliard, spécialiste en droit des collectivités territoriales, interrogée par Maire info, cette réforme est positive et « présente plus d’avantages que de risques ». Elle permettra pour les avocats « un gain de temps et un gain matériel ».

Auparavant, rappelle l’avocate, « pour le moindre recours en urbanisme il nous fallait fournir les pièces en quatre ou cinq exemplaires. Ce sera à présent beaucoup plus simple. »

Un gain de temps et une économie de moyens pour les avocats, donc. Mais cela se traduira-t-il par une accélération de l’instruction des dossiers ? L’avenir le dira. Maître Claoué Heylliard, en tout cas, avoue clairement qu’elle n’en est « pas sûre ».

Lors du passage du texte devant le Conseil national d’évaluation des normes, en juillet dernier, les élus représentants l’AMF avaient souligné que l’outil Télérecours est complexe et « qu’il nécessite une pratique régulière », que certaines données étaient « sensibles », et qu’un agent devrait être « habilité et désigné comme référent pour l’utiliser ». Le maire est réputé avoir pris connaissance de chaque notification.

Par ailleurs l’AMF donne aux élus quelques conseils. Selon Annick Pillevesse, responsable du département Conseil juridique de l’association, il faut d’abord penser à « créer une adresse mail générique pour la commune, qui pourra servir aussi bien pour la saisine électronique des communes que pour Télérecours. Il faudra aussi être vigilants quant aux envois courriers des greffes et, si la commune est inscrite sur Télérecours, consulter fréquemment son adresse dédiée. »

Enfin, Annick Pillevesse recommande aux communes de faire très attention aux délais : « Le décret prévoit un délai de quinze jours pour lire l’envoi. A défaut de cliquer sur la notification, l’envoi est considéré comme lu au terme de ce délai de quinze jours. Ce terme sera le point de départ du délai pour calculer le temps de réponse. »

(Source Maire info)

- Décret no 2016-1481 du 2 novembre 2016 relatif à l’utilisation des téléprocédures devant le Conseil d’Etat, les cours administratives d’appel et les tribunaux administratifs - NOR : JUSC1619677D.

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REMOUS
par Marc Laimé, jeudi 10 novembre 2016 @ 12:51

Par le biais de leur association, les maires du Gard viennent d’exprimer leur mécontentement et leur inquiétude lors d’une réunion d’information sur le transfert obligatoire des compétences de l’eau et de l’ assainissement aux établissements publics de coopération intercommunales.

"Ce transfert de charges est inadapté, surtout dans les zones rurales et de montagne, où les services d’eau distribuent une eau potable à coût maitrisé, gérée directement et bénévolement par eux ; le transfert de compétence va supprimer la gestion en régie et entrainera une augmentation du prix du service.

L’AMG s’inquiète du transfert des compétences en bloc, et notamment du transfert obligatoire dans les domaines de l’eau et de l’assainissement, non basé sur le volontariat des communes.

L’Association des Maires et des présidents d’EPCI du Gard appelle à :

- Respecter les communes et les maires, premier échelon de proximité de notre démocratie, indispensables à la cohésion sociale en milieu urbain et périurbain et dans les zones rurales.

- Conforter le principe de subsidiarité et les transferts volontaires des compétences notamment pour la compétence eau et assainissement. Les élus rappellent leur attachement à la libre détermination de leurs projets de développement et d’aménagement.

- Demande le rétablissement de la notion d’intérêt communautaire, c’est à dire la possibilité laissée aux élus de décider localement du transfert de telle ou telle compétence et le libre choix du moment opportun dudit transfert.

Les maires alertent ainsi les parlementaires sur les dérives de la loi NOTRe qui vise à effacer la commune, par le transfert obligatoire des compétences, et la proximité sans en mesurer les incidences sur la cohésion sociale et la qualité des services rendus aux habitants.

Il faut faire confiance au sens de la responsabilité des élus locaux, qui sont pleinement résolus à prendre toutes les initiatives utiles pour améliorer l’efficacité de la gestion publique locale."

Pilar CHALEYSSIN

Présidente de l’Association des Maires et des Présidents d’EPCI du Gard.

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2016-11-09
FIGURES
par Marc Laimé, mercredi 9 novembre 2016 @ 08:57

A l’orée des années 90 un homme symbolisera les dérives délétères des marchés de l’eau en France, après que la Générale des eaux ait été impliquée dans un véritable complot pour le faire taire, qui sera sanctionné par la justice. L’action de Jacques Michel résonne encore aujourd’hui, alors que réapparaissent des pratiques que l’on aurait pu croire révolues.

Né en 1930, Jacques Michel fera carrière au sein de la Lyonnaise des eaux. A sa retraite, il prend fait et cause pour les collectivités locales qu’il a longtemps connu “es qualités”, et les assiste, les défend, face aux trois majors françaises, la Générale, la Lyonnaise et la Saur.

L’époque est terrible, la première étape de la décentralisation, avec les lois “Defferre” de 1982-1983 a “libéré” les élus de la tutelle préfectorale.

De 1985 à 1995 le chiffre d’affaires de la Générale des eaux en France est multiplié par trois. Elle signe davantage de contrats en dix ans qu’elle ne l’avait fait depuis sa création en 1853…

Le financement public des partis politiques n’existe pas. Jusqu’en 1993, avant la loi Sapin, il il n‘existe pas d’appel d’offres et de procédure encadrée pour les contrats de délégation de service public…

Les Trois Soeurs signent à tour de bras des contrats léonins. Avec les “droits d’entrée”, pratique qui ne sera interdite qu’en 1995, la signature d’un contrat s’accompagne du versement de soultes occultes par les majors aux collectivités, qui les utilisent pour construire des équipements sportifs, des médiathèques…, le tout sur le dos des usagers qui paient la note sans le savoir par le biais de la facture d’eau.

Dans ce contexte les “affaires politico-financières” explosent, illustrant le financement délétère de la vie politique par les grandes entreprises qui vivent des marchés publics.

A Grenoble un ministre sera condamné et emprisonné pour avoir conclu un pacte de corruption avec la Lyonnaise des eaux.

L’action de Jacques Michel, qui assiste des collectivités locales, va très vite susciter l’ire des grands groupes.

L’arrestation d’un commando armé à la gare de Lyon révélera un projet commandité par l’une des majors visant à le faire taire. L’affaire fera scandale.

L'Affaire Jacques Michel, Le Canard Enchaïné, 1994.

L’affaire Jacques Michel. Le Canard Enchaîné, 1994.

L'Affaire Jacques Michel, l'Evénement du Jeudi, avril 1995.

L’Affaire Jacques Michel. L’Evénement du Jeudi, avril 1995.

Quelques années plus tard Jacques Michel sera poursuivi en diffamation par l’une des majors. Au procès, plusieurs collectivités lui établissent des certificats élogieux.

Encore quelques années plus tard il apparaît dans un film extraordinaire, aujourd’hui oublié, dans lequel il narre ses aventures. On découvre aussi dans ce film l’autre pacte de corruption qui a été à l’origine des déboires de Suez à Buenos Aires en Argentine. Une affaire que la multinationale a depuis réécrite à sa façon.

Jacques Michel est vivant. Il coule une retraite bien méritée à Béziers.

Plus de vingt ans après, nous nous devions de lui rendre hommage, à l’heure où les “marchés de l’eau” en France révèlent de nouvelles pratiques, plus sophistiquées mais tout aussi scandaleuses, que celles qui prévalaint à l’orée des années 90.

Avec la loi NOTRe, la Directive concessions, les SemOp, les sociétés dédiées, les DSP "multiservices", les “audits” falsifiés, le viol du consentement des élus, la disparition programmée de tout contrôle de légalité, nous sommes revenus aux années de plomb.

Jacques Michel est vivant. Puisse son exemple nous inspirer encore longtemps.

NOTE :

Ζ » (zêta) est l’initiale du mot grec ancien « ζῇ / zi », qui signifie « il vit » ou « il est vivant ».

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2016-11-07
VAGUES
par Marc Laimé, lundi 7 novembre 2016 @ 13:49

Un projet de création d’une grande Agence, qui regrouperait l’Ademe, l’Agence pour la biodiversité et les agences de l’eau est actuellement étudié dans l’entourage d’Alain Juppé, actuel favori de la primaire de la droite et du centre pour l’élection présidentielle de mars 2017.

C’est Bertrand Pancher, député-maire UDI de Bar-le Duc, créateur de l’association "Décider ensemble", qui travaille depuis des années sur les questions de démocratie environnementale, qui serait, selon La Lettre de l’Expansion, à l’origine de cette proposition.

Responsable du pôle écologie à l’UDI, il travaille depuis plusieurs mois pour Alain Juppé sur la transition énergétique.

Appellant à intensifier les efforts sur l’éolien et la biomasse pour atteindre les objectifs assignés par l’Union Européenne à l’horizon 2020 en matière d’énergies renouvelables, il propose donc conjointement de créer une grande agence de l’environnement, qui regrouperait l’Ademe, l’Agence pour la biodiversité et les agences de l’eau...

On imagine sans peine les remous que suscite déjà cette orientation, alors que la création de l’AFB est combattue sans relâche par les aficionados des Agences (et pas seulement).

Elle témoigne aussi de l’achèvement de la stratégie centriste initiée sous Jean-Louis Borloo, en forme d’OPA sur la gestion de l’eau en France.

Elle augure par ailleurs de quelques tensions avec la dynamique initiée au Sénat par les rapports Tandonnet-Lozach et Pointereau, qui devaient se matérialiser fin janvier au Sénat, dans le cadre d’une rencontre du Cercle Français de l’Eau, visant à "réécrire" subrepticement la LEMA, à la grande joie de la FNSEA et d’Irrigants de France.

Enfin, rien que l’ajout de l’ADEME et des Agences à la fusion (à haute température) de l’Onema dans l’AFB, met à bas l’air de rien les presque 400 pages du rapport du CGEDD, publié en juillet dernier, qui s’efforçait de dessiner les scénarios (post-fusion) de financement des politiques de l’eau, de la biodiversité et des rivages marins...

Heurs et malheurs de la Vème République.

Faites vos jeux...

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2016-10-31
REMOUS
par Marc Laimé, lundi 31 octobre 2016 @ 10:58

Alors que depuis un an et demi, pour “légitimer” la candidature de la capitale aux JO de 2024, la Ville de Paris et son opérateur, joignant le geste à la parole, renouvellent non seulement la promesse chiraquienne de baignade en Seine, mais organisent à grands sons de trompe médiatique des baignades “sauvages”, le SIAAP jette un pavé dans la mare en publiant un petit ouvrage de 96 pages présentant la synthèse de 15 années d’études sur la contamination microbiologique des eaux dans l’agglomération parisienne.

Publié à la mi-octobre aux éditions Johanet (°), l’ouvrage collectif du SIAAP n’a pas fini de faire des remous.

Il se propose, benoîtement en apparence, “d’apporter et partager les éléments de connaissance et de compréhension les plus récents sur le transfert de la contamination fécale (Escherichia coli et entérocoques intestinaux) au sein du continuum “réseau d’assainissement - station d’épuration - rivière”, et soutient “venir en appui aux études et plans d’action menés dans un cadre plus global par les acteurs de l’agglomération sur la question de la baignade en Seine et en Marne et de l’organisation d’épreuves olympiques aaquatiques en 2024”.

Perspectives qualifiées de “nouveaux” enjeux sociétaux (entre guillemets dans le texte du Siaap)…

L’ouvrage rappelle d’abord que le SIAAP, en charge du transport et du traitement des eaux usées de près de 9 millions de Franciliens pour leurs usages domestiques et industriels, couvre un territoire de près de 1800 km2 et traite chaque jour près de 2,5 millions de m3 d’eaux usées par temps sec. Une fois dépolluée l’eau est rejetée dans la Seine et la Marne.

“(Il) exploite le premier outil industriel de France pour l’assainissement : 440 kilomètres de canalisations, plus de 900 000 m3 de capacités de stockage des eaux pluviales et 6 usines de dépollution permettant un traitement complet des eaux usées (carbone, azote et phosphore) (…) En quelques décennies la qualité de traitement s’est considérablement améliorée, en passant d’un traitement unique de la matière organique à un traitement complet de la pollution. Ces technologies intensives permettent aujourd’hui de redonner au milieu naturel une eau propre compatible avec l’atteinte des objectifs de la DCE et propice au développement de la biodiversité”.

Et de rappeler ensuite, à titre d’exemple, celui que reprennent rituellement les medias sans rien y comprendre, que “32 espèces de poissons sont recensées dans la Seine aujourd’hui contre 3 en 1970”. Ce qu’omettent de préciser Messieurs Rocher et Azimi, c’est leur taux de contamination par les métaux lourds et les PCBs qui les rendent impropres à la consommation…

Temps sec, temps de pluie et déversoirs d’orage

S’appuyant sur des centaines de publications scientifiques, l’ouvrage mentionne des chiffres totalement inconnus du grand public, qui ignore à l’identique le distingo entre temps sec et temps de pluie, et ce qu’il en découle, comme la “pesanteur” d’un outil technique dont la genèse remonte au XIXème siècle…

Le Siaap, on l’a vu, traite chaque jour, par temps sec, près de 2,5 millions de m3 d’eaux usées, qu’il dépollue avant de les rejeter dans la Marne et la Seine.

Le Siaap traite en réalité chaque jour par temps sec 2,5 millions d’eau usées ET d’eaux pluviales, car l’essentiel de son réseau, c’est le cas dans Paris intra-muros, comme dans la Petite couronne (appelée "zone centrale" dans le jargon), est de type “unitaire”, c’est-à-dire qu’il recueille indifféremment les eaux usées en provenance des égoûts et les eaux de pluie qui ruissellent sur le sol, et s’y chargent, elles aussi, en polluants (métaux lourds, hydrocarbures…) provenant des activités humaines et industrielles.

Car contrairement à ce qu’on pourrait penser spontanément, l’eau de pluie est loin, très loin, d’être exempte de pollutions, de tous ordres. On sait aujourd’hui que l’eau qui tombe du ciel à Paris est chargée en pesticides ou en HAP, provenant de Bourgogne comme de la Bretagne, selon les vents dominants. En une heure, sur un kilomètre d’autoroute, par temps de pluie, on va recueillir jusqu’à un kilo de gomme, gorgé d’hydrocarbures... En milieu urbain, les eaux de pluie qui ruissellent sur les toitures, puis sur les chaussées, s’y imprègnent dès lors de tous les polluants qui s’y concentrent.

Or, en cas d’orage, un orage “ordinaire”, en l’espace de quelques heures le volume des eaux pluviales supplémentaires appportées au réseau atteint, voire dépasse, le volume quotidien d’eaux usées qui transitent chaque jour dans les exutoires du Siaap, qui les conduisent à ses 6 stations d’épuration, installées en proche banlieue parisienne.

On passe ainsi en quelques heures de 2,5 millions de m3 à 5 millions de m3 dans la journée… Or, sauf à construire des exutoires de plus en plus gigantesques, le réseau ne peut accueillir ce volume d’eaux pluviales supplémentaires, sauf à provoquer des inondations catastrophiques et à faire sauter toutes les bouches d’égoûts….

Et en dépit de la mise en service en 2009 de Tima 1, puis 2, sur la rive gauche, deux gigantesques tunnels qui peuvent stocker jusqu’à 80 000 m3 d’eaux pluviales, le phénomène perdure...

http://www.lejdd.fr/Ecologie/Pollut...

On a donc imaginé, depuis fort longtemps, de délester le réseau grâce à des “déversoirs d’orage” (DO).

Les bobos béats vont halluciner. Ces ouvrages installés sur le réseau au bord de la Marne et de la Seine, y jouent le rôle de vannes. Pour délester le réseau qui exploserait littéralement par temps d’orage, on rejette donc directement dans la Seine par temps d’orage des volumes considérables d’eau usées et d’eaux pluviales non traitées, et donc fortement polluées, car on ne sait pas faire autrement.

Et on imagine sans peine que ces déversements de volumes considérables d’eaux usées et d’eaux pluviales non traitées, à raison de 40 à 75 jours d’orage par an, selon les statistiques du SIAAP, ne vont pas améliorer la qualité de l’eau de la rivière… Bon, on ne sait pas faire autrement.

En 2014 et 2015 les volumes d’eaux usées et d’eaux pluviales, intensivement polluées, ainsi refoulées dans la Seine par les 15 déversoirs d’orage du SIAAP qui entourent Paris, ont été respectivement de 13,7 et 8,5 millions de m3…

Quelle qualité pour les eaux de baignade ?

Nonobstant, l’amélioration de la qualité sanitaire des eaux de Seine “conduit aujourd’hui, écrit le Siaap, à se poser la question de l’autorisation de la baignade sur certains secteurs, notamment dans le cas de l’organisation d’évènements sportifs”.

Avant de poursuivre : “A ce jour, la réglementation relative à la baignade (arrêté du 22 septembre 2008) porte sur deux bactéries indicatrices de contamination fécale : Escherichia coli (seuil fixé à 900 NPP / 100 ml, calcul du 90ème percentile) et entérocoques intestinaux (seuil fixé à 330 NPP, 100 ml, calcul du 90ème percentile).

L’ouvrage présente ensuite de manière détaillée avec force schémas et données, les différents sites et protocoles techniques utilisés, les analyses de la présence de bactéries fécales dans les différents rejets d’eau traitée et les déversements de temps de pluie, l’efficacité des différents procédés d’élimination des bactéries indicatrices fécales en STEP, et enfin des focus sur les eaux de Seine et de la Seine et Marne.

Conclusion ?

“L’analyse globale des jeux de données a permis de montrer une variabilité de la contamination en bactéries indicatrices fécales de la Seine à la sortie de Paris.

Les concentrations médianes en Escherichia Coli et entérocoques intestinaux à Suresnes sont respectivement de 1191 et 208 NPP / 100 ml et fluctuent entre 78 et 306 424 NPP / 100 ml, et entre < 38 et 117 527 NPP / 100 ml…”

Il apparaît donc que la Seine est plus contaminée lors des événements pluviaux ausi bien en amont qu’en aval de Paris, tandis que les variations saisonnières enregistrées de 2007 à 2015 ne témoignent pas d’une évolution à plus long terme.

Le coup de pied de l’âne

L’ouvrage précise, au détour d’une phrase incidente en conclusion, que : “ (…) Cette étude statistique de la qualité bactériologique des eaux à Choisy-le-Roi et à Suresnes ne permet pas de statuer sur la qualité de la Seine entre ces deux sites. Cerner la dynamique des bactéries indicatrices fécales sur le secteur de Seine “Paris intra-muros” suppose que l’on s’appuie sur des mesures réalisées dans la Seine parisienne”.

Autrement dit en amont comme en aval de Paris, pas de baignade possible au vu des contaminations enregistrées.

Et à Paris ?

Pas d’effet Tchernobyl à la frontière du périph :-)

De Nation à Suresnes, tout au long de la Seine, dans Paris, la ville et le SIAAP gèrent, là aussi, 48 déversoirs d’orages, qui refoulent bon an mal an dans le fleuve, lors des épisodes d’orage, entre 1,5 et 2 millions de m3 d’eaux usées et d’eaux pluviales urbaines non traitées…

Ajoutons enfin, ce que nul ne devrait ignorer, et c’est tout le drame de Lutèce, que le débit moyen de la Seine, surtout en été, en période d’étiage, est hélas cinq à six fois inférieur à ce qu’il devrait être pour supporter tous les usages de l’eau qui y transite : la ressource pour l’eau potable, l’industrie, le refroidissement, la navigation, la dilution de la pollution..., et on en oublie.

D’où, on l’a vu en juin dernier, les arbitrages auxquels procèdent les pouvoirs publics, qui choisissent délibérément de remplir les grands lacs-réservoirs en amont et à l’est de la capitale l’hiver, afin d’assurer le soutien d’étiage l’été, au risque de frôler la catastrophe quand on ne peut plus stocker des apports d’eau supplémentaires...

Le SIAAP, qui a décidé en juin dernier de privatiser l’usine de Valenton, via une SemOp qui sera gérée par Suez, compte 12 représentants de la Ville de Paris à son conseil d’administration, à côté des 21 élus y représentant respectivement les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis.

La séquence politique qui s’ouvre : 2017, 2020, 2022, 2024… se joue donc aussi désormais au sein de ce cénacle qui aurait pu siéger, non dans le bunker de la rue Jules-César, mais rue des Boutiques obscures…

Tant le spectre de la Coupole plane décidément sur la métropole parisienne.

(°) “Qualité microbiologique des eaux en agglomération parisienne. Des eaux usées aux eaux de Seine”, ouvrage collectif, coordinateurs Vincent Rocher et Sam Azimi, Siaap. Editions Johanet, septembre 2016, 96 pages, 31 euros.

Lire aussi :

- Elisabeth Clamagirand. Modélisation de la qualité des eaux de la Seine à l’étiage en période d’orage. Hydrologie. Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, 1985. Français.

https://tel.archives-ouvertes.fr/te...

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