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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Pollution du Rhône : la video qui accuse
par Marc Laimé, 20 septembre 2007

Une délégation de WWF-France s’est rendu à Lyon et dans sa région les 27 et 28 août 2007 et y a interrogé, au bord de l’eau, pêcheurs et élus sur la catastrophe environnementale qui affecte le fleuve. Au même moment une entreprise spécialisée draguait des tonnes de sédiments contaminés dans le lit du fleuve, à quelques dizaines de mètres de la prise d’eau de l’usine, gérée par Veolia, qui produit l’eau potable distribuée aux Lyonnais. Avant de les rejeter dans le Rhône, en aval, quelques minutes plus tard… A l’heure du Grenelle de l’environnement, ce document éclaire d’un jour cru la gestion d’une crise sans précédent en France. Crise que les autorités s’efforcent d’occulter, en multipliant les promesses "d’enquêtes", dont des dizaines ont déjà été diligentées depuis 20 ans. Voir l’intégralité des documents du WWF-France.

Le mardi 28 août 2007 à onze heures du matin une plate-forme flottante équipée d’une pelle mécanique, appartenant à l’entreprise varoise Tournaud spécialisée dans les travaux maritimes, est présente sur le « Vieux Rhône », au sud de l’île de la Pape, à l’intérieur du périmètre de protection des captages de la prise d’eau de l’usine, gérée par Veolia, qui alimente Lyon en eau potable.

Le bateau procède à un draguage destiné à « décolmater » de ses sédiments le lit du « Vieux Rhône », afin de permettre, semble-t-il, une alimentation suffisante des forages d’eau potable situés sur l’île.

L’opération surprend (litote) quand on connaît la contamination des sédiments de cette zone par les PCBs…

Elle consiste à laver les graviers du lit, puis à les remettre au fond. Il semble donc s’agir de la restauration d’une perméabilité suffisante de la nappe alluviale afin de satisfaire les besoins de l’usine de production d’eau potable.

Ce curage « à la hussarde » est effectué sans traitement des sédiments, puisque ceux-çi sont remis en suspension et évacués, à moindre frais, au fil du courant, alors que s’agissant de sédiments contaminés il aurait fallu les extraire avec les précautions requises, et les traiter en milieu contrôlé.

Mais le pire est encore à venir !

Les macros déchets retirés du fond du lit, autres que les graviers calibrés : gros blocs, carcasses de véhicules, sont ensuite évacués sur une barge… puis rejetés à l’eau 300 mètres en aval !

Trois pêcheurs accompagnent la délégation du WWF. Monsieur Cedric Giroud, qui exerçait son activité dans cette zone, avant de se le voir interdire en 2005. Monsieur René Ruffenach, ancien pêcheur professionnel qui a interrompu son activité après un accident, et Monsieur Didier Bretin, président de l’Association interdépartementale des pêcheurs professionnels de la Saône et du Haut-Rhône, tous trois stupéfaits de voir se dérouler cette intervention.

A-t-elle été conduite (depuis plusieurs mois semble-t-il) en urgence, au vu des niveaux de contamination révélés par le rapport d’étape du Cemagref rendu public par la préfecture du Rhône le 21 juin 2007 ?

Les autorisations nécessaires à ce type d’opération ont semble-t-il été délivrées par Voies navigables de France (VNF), sous couvert de la Préfecture du Rhône qui doit dans ce cas de figure délivrer un arrêté, sans qu’en aient été informés les agents du Conseil supérieur de la pêche (CSP)…

On peut, à tout le moins, s’interroger sur le risque que représente une remise en suspension de tels sédiments contaminés, et sur la « solidarité amont-aval » dont elle témoigne…

Une étude d’impact a-t-elle été réalisée ?

Véolia, qui exploite les captages, a-t-elle relevé des problèmes d’infiltration de PCBs, voire de dioxines et de furanes, dans l’eau avant traitement ?

Sous couvert de « décolmatage » du lit du fleuve, un problème plus grave de contamination des puits de captage et une possible distribution d’eau chargée en PCBs a-t-il été identifié ?

Autant de questions légitimes puisque cette opération semble se dérouler depuis plusieurs mois.

Dans le même registre une opération de draguage de l’étang du « Grand Large » avait déjà été effectuée en 2005, avec une estimation du volume à traiter de 3 millions de m3. Lors même que seule une autorisation concernant un volume de 75 000 m3 aurait été officiellement délivrée par les services compétents.

Selon un témoignage d’un pêcheur habitué des lieux, confirmé par la lecture du rapport d’étape du Cemagref rendu public le 21 juin 2007, (page 11), ces sédiments ont été extraits avant d’être redéposés en amont sur un site faisant l’objet d’un projet d’aménagement : une base de loisirs pour enfants !

Or ces sédiments apparaissent être fortement contaminés par les PCBs, aux dires même de l’étude du Cemagref…

VOIR LE DRAGUAGE "SAUVAGE" DU VIEUX-RHÔNE FILME PAR WWF-FRANCE LE 28 AOUT 2007

Mobilisations

La pollution du Rhône n’en finit donc pas de faire des remous, comme en atteste le courrier qu’ont adressé le mardi 4 septembre 2007 à M. Jean-Louis Borloo le groupe des élus communistes de Rhône-Alpes :

"Grenelle de l’environnement : et le Rhône Monsieur Borloo ?"

(…) saisis par la Fédération de la Drôme pour la pêche et la protection du milieu aquatique de la question de la pollution du Rhône par le pyralène (PCB) et ses conséquences écologiques, sanitaires, économiques, touristiques… Jean-Michel Bochaton, président du Groupe communiste, Françoise Gerbier, conseillère régionale de l’Isère et François Jacquart, conseiller régional de l’Ardèche, membres de la commission « Environnement et prévention des risques », devant l’ampleur et la gravité de cette pollution, dont la population reste peu informée, ont choisi de s’adresser directement au Ministre de l’Ecologie… »

Dans un tout autre registre, une institution lyonnaise qui fait notamment figure de référence en France en matière de gestion des eaux pluviales, le Groupe de recherches Rhône-Alpes sur les infrastructures et l’eau (GRAIE) va elle aussi devoir « gérer la crise »…

Il avait prévu d’organiser à la fin du mois de janvier 2006 à Valence les « 4èmes Journées thématiques de la Zone atelier bassin du Rhône (ZABR) », dont le thème recoupe une brûlante actualité :

« Les flux de polluants : leur caractérisation à différentes échelles de temps et d’espace, leur évolution dans le bassin du Rhône ».

Puis de publier avant la fin du premier trimestre 2008 « Le Rhône en 100 questions », un ouvrage collectif rédigé dans le cadre de la ZABR pour répondre aux questions techniques et scientifiques des acteurs du fleuve : riverains, collectivités, institutions…

Quant à la prochaine réunion de la Commission nationale d’élimination du PCB, prévue le 2 octobre 2007, on n’ose augurer de ce qu’il en ressortira. Un chèque de 3 milliards d’euros, à l’image de ce que la Norvège à mobilisé dès 2000 pour décontaminer 800 km2 de fjords pollués par les PCB ?

Bon courage M. Borloo…

Monsieur Philippe Meunier, maire de Mezieu, dont la commune est directement impliquée en raison de la contamination de l’étang du Grand Large et du canal de Jonage, situés sur le territoire communal, a déposé plainte contre X le 22 février 2007.

Il a ensuite incité, dans un courrier en date du 8 août 2007, toutes les communes de la vallée du Rhône riveraines du fleuve à déposer également plainte contre X, leur demandant de lui faire parvenir une copie des plaintes et documents adressés.

Il a reçu l’assurance de Madame Nathalie Kosciusko-Moriset, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, du suivi de ce dossier et du devenir de ces plaintes. Une cartographie précise de cette pollution doit être établie.

On attendait.

Comment occulter une affaire gênante ?

Mais lors même que le Figaro souligne dans son édition du jeudi 20 septembre 2007 que « L’affaire de la pollution du Rhône par les PCB prend de l’ampleur (et) que les associations ne veulent pas relâcher la pression sur les pouvoirs publics », la stratégie de l’étouffement perdure…

Les medias se sont emparés de l’affaire. Une quarantaine de collectivités ont porté plainte, rejointes depuis quelques jours par une cinquantaine de communes du Grand Lyon. Les pêcheurs, professionnels et de loisir, ne cessent d’interpeller les autorités. L’une des grandes ONG membres de l’Alliance pour la Planète, WWF-France, a présenté lors d’une conférence de presse à Paris le 19 septembre 2007 les conclusions d’une investigation conduite depuis plusieurs mois, et des demandes très précises adressées aux autorités. Cap 21 et Mme Corinne Lepage ont multiplié les messages d’alerte sur la pollution du Rhône par les PCBs.

Mais l’affaire semble en passe d’être tranquillement occultée selon un scénario trop classique, ingénument ( ?) décrit par France Nature Environnement et la Frapna, dans un article diffusé le lundi 18 septembre 2007 par le blog « Le Grenelle de FNE »…

La Frapna et FNE revendiquent très clairement leur « légitimité historique » sur ce dossier, ce qu’au demeurant nul ne leur dénie…

Et se félicitent qu’après une rencontre avec le Préfet de région le 14 septembre 2007 « des engagements se sont formalisés ».

Lesquels ?

« La confirmation (du) rôle principal de la FRAPNA dans la mise en place d’un grand projet de recherche sur le bassin du Rhône (2008-2010), en vue d’identifier les sources de la pollution, d’étudier l’impact sur la biodiversité et les différents usages du Rhône, et de trouver les moyens de remédier à cette pollution.
 »


(…) Parallèlement, la présence de Mme Kosciusko Morizet à la conférence des présidents de FNE, ce samedi 15 septembre, a été l’occasion d’interpeller la Secrétaire d’Etat à l’Ecologie sur ce point précis, qui s’est engagée à recevoir la FRAPNA et la FNE dans les prochains jours. 


Enfin, n’ayant eu de cesse de soutenir les demandes d’indemnisation indispensables des pêcheurs professionnels lésés ainsi que celles des Fédérations de pêche, FNE et la FRAPNA vont demander une rencontre dans les plus brefs délais avec Michel Barnier, actuel Ministre de l’agriculture et de la pêche.
 »


(…) Alain Chabrolle, vice président de la FRAPNA, et porte parole de FNE sur ce dossier PCB, interviendra au coté de Jean-Jack Queyranne, Président du Conseil Régional Rhône-Alpes et porte parole des régions de France au Grenelle de l’Environnement, et d’Hélène Blanchard, Vice-présidente à l’Environnement au Conseil Régional Rhône-Alpes pour faire un bilan sur ces derniers éléments.



(Et confirmer le « rôle principal » de la Frapna…)

Ceci à l’occasion d’une conférence de presse organisée le mercredi 20 septembre 2007 à 16h00 sur la Péniche des Berges du Rhône à Lyon
(1ere péniche en aval du pont Lafayette).

En préparation de laquelle FNE diffuse un dossier dont les éléments sont déjà publics. 



A l’issue de cette conférence de presse, un communiqué annoncera que les présidents de région Jean-Jack Queyranne (Rhône-Alpes) et Michel Vauzelle (Provences-Alpes-Côte d’Azur), tous deux députés PS, ont demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la pollution du Rhône et ses conséquences, et porteront le débat au sein du Grenelle de l’environnement...

Et le déshonneur... et la catastrophe

Petits calculs, rivalités d’organisation, black-out des autorités, instrumentalisation des medias… tous les ingrédients d’un enterrement de première classe paraissent toutefois réunis.

M. Gérard Collomb, la Communauté urbaine et la ville de Lyon, l’Etat et la myriade d’acteurs concernés se préparent pourtant des lendemains qui déchantent.

A l’instar de centaines de collectivités en France, Lyon à décidé de se « réapproprier le fleuve », auquel la ville, et ses habitants, avaient tourné le dos.

Plusieurs milliards d’euros ont déjà été investis, ou sont en passe de l’être, pour conférer au Rhône « retrouvé » un rôle majeur pour l’attractivité de la ville, à l’échelle européenne.

L’attractivité d’un fleuve totalement empoisonné, çà va pas le faire.

Après nous le déluge.

Les « petits nenfants » des générations actuelles noyées sous les flots de propagande du développement durable.com, ils seront pas contents.

Jusqu’à présent la gestion de cette crise environnementale majeure est une faute et un crime.

A persévérer ses protagonistes n’éviteront, ni le déshonneur, ni la catastrophe.

Lire aussi :

Le Rhône pollué par les PCB : un Tchernobyl français ?

Carnets d’eau – Le Monde Diplomatique, 14 aout 2007.

Pollution du Rhône : 10 questions sur un désastre écologique majeur.

Les eaux glacées du calcul égoïste, 23 aout 2007.

« Le Rhône interdit : il est pollué jusqu’à la Méditerranée »

Le Nouvel observateur, 23 aout 2007.

Le « couloir de la chimie » sur la sellette

Les eaux glacées du calcul égoïste, 28 aout 2007.

Pollution au PCB : après le Rhône en France, la Suisse découvre à son tour l’ampleur de la contamination

Carnets d’eau – Le Monde Diplomatique, 30 aout 2007.

Le pyralène, poison des poissons du Rhône

Rue 89, 1er septembre 2007.

Pollution du Rhône : la video qui accuse

Les eaux glacées du calcul égoïste, 20 septembre 2007.

Pollution du Rhône : questions sans réponses

Les eaux glacées du calcul égoïste, 26 septembre 2007.

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 Bandiera Rossa

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