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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Pyrénées orientales : musée de l’eau pharaonique et gestion calamiteuse, par Dominique Bonnard (*)
par Marc Laimé, 14 décembre 2018

Une petite commune des Pyrénées orientales vient d’investir 4,5 millions d’euros dans un Musée de l’eau grandiloquent, dont la fonction première est de propager des balivernes pour bisounours, pour mieux celer l’emprise délétère de Veolia sur la vallée du Vallespir...

Tout récemment, vendredi 30 novembre 2018, a été inaugurée la Maison de l’ Eau et de la Méditerranée au Boulou. Le projet est à porter au crédit du maire précédent, Christian Olive disparu brutalement.

Son successeur, Nicole Villard, a souhaité par fidélité mener ce projet à son terme. Dans le journal « L’Indépendant » daté du 1er décembre 2018, elle évoque ce lieu comme étant « un voyage initiatique au coeur de l’eau…/….un acte militant pour la préservation de cette ressource ».

Intégrée au projet de la Maison de l’Eau, la commune du Boulou revendique une identité de ville d’eau avec ses thermes et son eau minérale aujourd’hui disparue.

Dès que l’on pénètre dans l’espace, on entraîne le visiteur dans une sorte d’odyssée de l’eau qui en fin de compte se résume à décliner un leitmotiv : « l’eau est une ressource précieuse et les Boulounenqcs habitent un littoral méditerranéen merveilleux. » Le message se limite à ces redondances à vocation dites « pédagogique et ludique » sans oublier son lot de produits souvenirs qui vous attendent à la sortie déclinant le thème de l’eau sur du consumérisme de pacotille.

On ajoutera à tout cela, en filigrane de la visite, un message subliminal : « l’eau devient rare », slogan chanté par les multinationales de l’eau.

Pas un mot n’est dit sur la question la plus importante pour le citoyen-visiteur : comment est gérée cette eau localement et à l’échelle du littoral méditerranéen ? Rien n’est dit non plus sur la politique de l’eau menée par les services de l’ Etat. Les seules préconisations émises se limitent à un geste simple et s’adressent au citoyen lambda : « pensez à fermer le robinet quand vous vous lavez les dents ». Un slogan déjà entendu quelque part... chez Veolia.

L’architecture très cossue est saisissante par son contraste avec l’urbanisme hétéroclite d’une cité de 5500 habitants où domine une population modeste tournée vers les emplois de commerce et de services.

Le contenu pédagogique a été confié à une agence de communication « d’ingénierie culturelle » qui puise son inspiration aux Etats-Unis dans le concept très en vogue des musées interactifs devenu depuis un peu éculé parce que décliné à toutes les sauces.

Le projet porté par l’ intercommunalité du Vallespir s’élève à 4,5 millions d’euros, dont 3,8 millions de financement par la communauté de Communes, 100 000 euros versés par l’État, 300 000 euros accordés par la Région et 379 000 euros attendus de l’Europe.

Dans ce même article du journal « L’Indépendant », Alain Torrent, maire de Céret et président de la Communauté de Communes parle d’un projet fondé sur « une volonté politique, d’une redynamisation du centre ville » et d’ajouter que celui-ci « va apporter à la ville des retombées,... et celles-ci seront importantes. »

A un moment ou les financements publics sont devenus d’accès difficile, il est évident que ceux-ci doivent avoir été pensés avec le souci de la plus grande efficience possible.

Il semble bien au regard du projet en question que la réflexion des élus locaux se résume à une misère de vieux schémas anachroniques. Le projet compte attirer vers lui un flux touristique. Flux touristique que justement la ville a détourné en créant une voie rapide de contournement pour résorber un bouchon légendaire de la circulation routière sur le chemin des vacances en direction de l’Espagne.

Il y a fort à parier que le Boulou restera davantage connu pour ses embouteillages mémorables du temps passé que pour sa Maison de l’Eau telle qu’elle se présente.

Les Boulounenqcs seront heureux d’apprendre que la rente des 4,5 millions d’argent public engloutis dans ce projet a été confiée à une entreprise privée. La collectivité s’en défendra et parlera de gestion parapublique associant l’office du tourisme à cette gestion privée d’une structure clef en main.

Les Boulounenqcs tous comme les habitants du Vallespir devront s’acquitter d’un billet d’entrée pour pénétrer sur les lieux.

Il est probable que ce qui marquera les esprits des Boulounenqcs en terme d’héritage, c’est une charge financière encombrante.

La mobilisation du public scolaire afin de rentabiliser le lieu, une fois de plus avec l’argent public risque d’être un pis aller.

Investir 4,5 millions d’argent public dans un « projet-totem » de cette nature est-il à la mesure des réalités socio-économiques d’une commune dont le taux de chômage se situe à 19 % au milieu de communes environnantes toutes autant les unes que les autres marquées par une pauvreté endémique ?

La destinée touristique du territoire semble aux yeux d’un grand nombre de nos élus être la seule voie possible.

Le projet de la Maison de l’Eau est regardé avec la critique la plus sévère lorsque l’on accorde attention à la gestion des services publics de l’eau potable et de l’assainissement collectif de la ville.

L’étude des documents publics révèle une gestion déplorable installée de longue date.

En 2015, 241 468 m³ d’eau potable se perdaient dans le réseau de distribution. En 2016 le taux de fuite atteignait 31,33 % soit 169 135 m³ d’eau potabilisée perdue sur les 536601m3 produits. En 2017 le taux de fuite s’aggrave passant à 34,3 %.

81 % du réseau de distribution en fonte et en amiante-ciment est fuyard. Les Boulounenqcs ont en mémoire les travaux récurrents de la rue Valmanya : 20 ruptures de conduites majeures et 25 ruptures sur branchements Boulevard du Maréchal Foch ou rue San Vicens, etc, indiquent des ruptures de canalisations à gros diamètre à la charge de la collectivité. Le taux de renouvellement du réseau est de 0,19 % soit 106 ml remplacés sur 56 kms du réseau existant.

La durée de vie moyenne d’une canalisation se situe entre 80 et 100 ans. Ces 0,19 % représentent un renouvellement du réseau tous les 526 ans. A l’évidence, les problèmes les plus graves de dégradation du réseau sont à venir. Bonjour la facture des usagers !

Jusqu’à la fin de l’année 2016, ces services publics étaient délégués de longue date à la SAUR. A compter de l’année 2017, la gestion est passée entre les mains de Veolia qui a dorénavant la main-mise sur l’ensemble des membres de la Communauté de Communes du Vallespir.

2146 compteurs d’eau sur un parc de 3331 compteurs avaient plus de 13 ans à la clôture de l’exercice de la SAUR fin 2016. Ceux-ci devaient être remplacés. Veolia s’est fait un plaisir d’en changer 596 dès son entrée en fonction en 2017 offrant en cela une image de rigueur bon marché. Il reste encore 1550 compteurs à remplacer.

L’assainissement collectif est à la même enseigne. 82,41 % des 43,846 kms du réseau de collecte est en amiante-ciment, en fonte et en grès. Le taux de renouvellement du réseau est de 0,1 %.

Sans aller plus avant dans les détails de l’état des infrastructures, tous les indices à la lecture des faits nous montrent que ces services publics sont abandonnées entre les seules mains du privé. Lorsqu’il s’agit d’une délégation de service public, de la sous-traitance en quelque sorte à partir d’un cahier des charges, la collectivité doit être en mesure d’exercer son pouvoir de contrôle afin de vérifier la bonne réalisation de la mission déléguée aux conditions définies par le contrat.

L’exemple de l’état de vétusté du parc des compteurs est un élément de cette faillite du contrôle. Autre élément : la lecture du RPQS. Le RPQS (Rapport sur le Prix et la qualité du service), est un document un document que toutes les collectivités locales doivent produire et qui fait état annuel de la situation de gestion quelque soit le mode de gestion, en délégation ou en régie publique.

Le rapport annuel en question produit par la collectivité du Boulou est instructif dans une lecture croisée avec les éléments contenus dans le rapport du délégataire. Ce rapport du RPQS peut être qualifié de fantaisiste.

Il n’existe donc aucune capacité de contre-pouvoir public au service délégué.

On comprend aisément à partir de là que le délégataire, dans un tel contexte, a beau jeu d’agir dans une maintenance a minima pour un bénéfice a maxima.

Il est utile de préciser que la fonction du délégataire se limite à assurer la distribution d’eau potable et la collecte des eaux usées dans le cadre d’un contrat à durée limitée. La politique de gestion inscrite dans le long terme est, quant à elle, à la charge de la collectivité.

C’est cette politique qui définira le choix et le rythme des investissements.

Dans le cas présent, aucune politique de renouvellement des réseaux et des infrastructures n’a été établie.

Par ailleurs nous avons relevé le fait que le règlement de service de distribution de l’eau potable n’était pas en conformité avec la loi Brottes qui interdit les coupures d’eau ou les réductions de débit. Comme toujours, le prix d’une telle gabegie est payé par l’ensemble des usagers et parmi eux, les plus modestes. 2248 usagers sur 3331 consomment moins de 100m3 d’eau par an. 1260 parmi ceux-ci consomment moins de 50m3.

Il correspondent aux foyers de personnes seules, souvent âgées. Ces 2248 usagers représentent 70 % des usagers de la commune alors que 43 usagers consomment chacun plus de 750 m³ /an. Moins on consomme d’eau, plus le prix du m³ est élevé.

C’est le paradoxe.

Le prix de l’abonnement pénalise les usagers les plus modestes alors qu’un tarif progressif serait plus juste et en accord avec une politique de préservation de la ressource eau.

Quant au taux de fuite inacceptable, au-delà du gaspillage de la ressource précieuse, il a un coût que les usagers de l’eau paient dans leur facture. On estime à 1 kwh l’énergie nécessaire pour produire 1 m³ d’eau potable, à cela s’ajoute la part de main d’oeuvre et l’amortissement du matériel, des pompes notamment, écourté à la hauteur du pourcentage de fuite. Pompes et énergie utilisées inutilement à produire une eau potabilisée qui part dans la nature.

Le contraste est hallucinant entre les buts pédagogiques du Musée de l’Eau et de la Méditerranée qui exhorte à prendre soin de la ressource eau et la réalité des faits d’une gestion communale à la dérive.

Si la collectivité a l’ambition de parler éducation, la meilleure pédagogie que l’on connaisse, et qui a toujours porté ses fruits, est celle de montrer l’exemple. Il n’est jamais trop tard. Tout reste à faire : il faut entrer en compétence afin d’ établir une politique de gestion de l’eau et de l’assainissement durable. Il faut gérer au moins mal la situation présente en contrôlant le cahier des charges octroyé au délégataire. Et pourquoi pas avoir l’ambition de préparer une gestion en régie publique authentique en associant les citoyens à tous les niveaux de décision ? Dans ce cadre, la Maison de l’Eau et de la Méditerranée, devenu espace public de concertation, prendrait tout son sens.

Mais ce que ne disent pas les élus du Vallespir, c’est le fait que deux réunions à l’échelle du bassin versant viennent d’avoir lieu dont la dernière date du 8 décembre afin de définir l’échelle de l’organisation collective et le mode de gestion à compter de janvier 2020 en application de la loi NOTRe.

L’arrière-pays, composé de petites communes est géré en régie publique. Le bas Vallespir auquel appartient la commune du Boulou est en gestion déléguée à Veolia.

Ce sont les communes les plus importantes sur le plan démographiques qui font l’intérêt financier de Veolia.

Vu les premiers éléments recueillis et la témérité politique ambiante, il y fort à parier que le changement s’inscrira dans la continuité. On ne change rien. Avant même que la loi NOTRe ne soit appliquée, le gouvernement a accordé une dérogation autorisant le report de décision à 2026. Cela tombe à point nommé !

Les gilets jaunes et tous les autres citoyens acteurs en devenir ont du pain sur la planche si rien ne bouge face aux besoins des citoyens et à l’impérieuse nécessité de gérer la ressource eau dans une perspective respectueuse du milieu naturel et de l’ Homme qui l’ habite.

(*) Dominique Bonnard, Association des Usagers de l’eau des Pyrénées orientales.

Contact :

Port. : 06 22 71 79 47

Mel : asso@usagersdeleau66.org

Site : usagersdeleau66.org

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