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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Virus, agrobusiness et esclavage
par Marc Laimé, 28 mars 2020

En ces temps de crise aigüe agrobusiness et grande distribution font bon ménage, au détriment des petits producteurs locaux, comme on peut le voir notamment dans le Sud Ouest. Témoignage d’un habitant de Peyrelade, dans le Tarn.

« Mutation du virus de l’agriculture capitaliste et affaiblissement inquiétant du système immunitaire paysan auto-organisé. »

Le 7 juillet 2011 à Eyragues (Bouches-du-Rhône), Elio Maldonado Granda perd connaissance en ramassant des melons et meurt de déshydratation quatre jours plus tard à l’hôpital. Ses collègues rapporteront aux enquêteurs que l’un des salariés de l’entreprise agricole refusait d’apporter de l’eau aux travailleurs détachés.

Equatorien, il partage ce statut avec environ 70000 autres Espagnol.e.s, Marocain.e.s, Polonais.e.s, Roumain.e.s, Tunisien.ne.s etc. qui travaillent dans les exploitations de maraîchage et d’arboriculture en France.

En théorie, la directive sur les travailleurs détachés prévoit un salaire minimum égal à celui du pays d’accueil (10,03 euros bruts de l’heure en France), 48 heures de travail maximum par semaine en France, et le paiement des congés payés).

En pratique, les abus sont légion et la “lutte contre les fraudes au détachement” est une priorité pour l’inspection du travail. Yasmine, trentenaire d’origine marocaine, raconte à Reporterre le calvaire qu’elle a vécu en Provence :

« On pensait qu’on avait un contrat de 8 mois, puis finalement on nous appelait et on nous disait “tu ne viens pas demain”, parce que la société française avait changé d’avis », se rappelle Yasmine. « On était payé sept euros de l’heure tout inclus, avec les heures supplémentaires et les congés payés. Certains mois on gagnait 300 ou 400 euros, d’autres fois c’était 1.400 euros pour 260 heures de travail. On pouvait ainsi descendre à 4 euros de l’heure. », « Une fois dans une entreprise, on travaillait depuis le matin jusqu’à 21 heures, on n’avait qu’une seule pause pour aller aux toilettes. Et quand on faisait les salades, elles étaient mouillées, on était dans le froid, même nos sous-vêtements étaient trempés sans que l’on puisse se sécher, se changer. »

Elle décrit aussi les charges lourdes, les cagettes à porter, les gestes répétitifs à effectuer, qui lui ont cassé le dos en quelques années. « On n’avait pas de couverture maladie, pas d’accès au médecin. En 2016, dans une entreprise, j’ai commencé à demander pourquoi on ne pouvait pas se faire soigner, pourquoi on n’était pas payés comme tout le monde en France, j’ai réclamé des droits. Le midi, dans les toilettes, une femme m’a frappée et laissée à terre. Ils ont refusé d’appeler les gendarmes. »

Les employeurs ? Laboral Terra, Terra Fecundis. Les exploitations ayant recours à cette main d’oeuvre ? Les Jardins Bio de Martine, Gaec Durance Alpilles, Le Clos des Herbes etc. Autant de noms évocateurs et rassurants...

C’est ce système de production basé sur l’exploitation des humains (et de la terre) que le gouvernement et le lobby agro-industriel - via le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume et la présidente de la FNSEA Christine Lambert - entendent promouvoir, soutenir et protéger en lançant un vibrant appel le 24 mars. « Je veux lancer un grand appel à l’armée de l’ombre, un grand appel aux femmes et aux hommes qui ont envie de travailler, un grand appel à celles et ceux qui sont confinés chez eux, à celles et ceux qui sont serveurs dans un restaurant, hôtesses d’accueil dans un hôtel, au coiffeur de mon quartier, a celles et ceux qui n’ont plus d’activité », a martelé le ministre. « Je leur dis : Rejoignez la grande armée de l’agriculture française. Rejoignez celles et ceux qui vont nous permettre de nous nourrir de façon propre, saine, durable. ».

De nombreuses incitations sont prévues pour combler le manque de main d’oeuvre étrangère : pré-sélection des candidats par Pôle Emploi et mise en relation directe avec l’employeur, possibilité de cumuler emploi saisonnier et chômage partiel ou fonds de solidarité pour les très petites entreprises... On voudrait assister à l’agonie et aux derniers soubresauts du virus de l’agriculture capitaliste mais une mutation et une nouvelle offensive visant à le rendre plus désirable et hégémonique sont plutôt à craindre.

Ce soutien envers le modèle des supermarchés et de l’agriculture productiviste contraste avec l’interdiction pure et simple sur tout le territoire français des marchés de plein vent qui pénalise donc entre autres les producteurs en vente directe, celles et ceux qui ont choisi de s’émanciper des supermarchés.

Si des dérogations sont possibles à la demande des maires, les Préfectures du Tarn et de la Haute-Garonne se montrent pour l’instant assez fermes : trois marchés sur douze ont été autorisés à Toulouse (Victor Hugo, Carmes et Saint-Cyprien soit en majorité des marchés de revendeurs et non de producteurs comme le sont par exemple Saint-Aubin et Capitole), les 3 marchés de Gaillac sont interdits malgré les demandes de dérogation.

Pas besoin d’avoir fait Polytechnique pour comprendre que l’argument sanitaire quand à la propagation du Covid-19 ne tient pas : d’un côté des chaînes logistiques complexes, beaucoup de manutention, des opérateurs multiples, de longs trajets traversant plusieurs pays et territoires, des caissières de supermarché sur-exposées au virus, des chauffeurs routiers qui ne trouvent plus nulle part pour se nourrir, se reposer, se doucher.

De l’autre une production locale fournie directement aux gens sans intermédiaire. Les règles sanitaires de base (distance, sens de circulation, limitation de l’affluence) peuvent être facilement mises en oeuvre dans un marché couvert ou de plein air.

Si les interdictions et les incitations ne suffisent pas, on peut passer à la répression.

Un habitant du pays Cordais prend sa voiture pour pour aller chercher du pain au levain Bio directement à la ferme. Contrôle des flics.

« - Bonjour, voici mon attestation.

- Quoi ? vous faites 10 km pour aller chercher du pain ? C’est irresponsable, faites demi tour tout de suite ou nous vous verbalisons, il y a un supermarché et une boulangerie à Cordes-sur-Ciel ! »

Comble de la mauvaise foi et de l’indécence, le ministre de l’agriculture Didier Guillaume invite les producteurs à vendre leur production aux supermarchés : on interdit la vente directe et l’auto-organisation et on vous incite à pactiser avec le diable pour mieux vous (dés)intégrer dans une logique verticale, de filière, que vous refusez.

Considérer que les pétitions de clients pour ré-ouvrir les marchés et lettres de pression de producteurs au Maire de Gaillac et à la Préfète du Tarn, se réduisent à une défense des intérêts particuliers des petits commerçants est une grossière erreur. Il s’agit d’une bataille des idées, des pratiques, des modes de vie et d’habiter la terre.

Il s’agit d’en finir avec l’exploitation indigne des travailleurs détachés, caissières, chauffeurs routiers etc. De produire, vivre et travailler dignement.

Heureusement, de nombreuses personnes soutiennent cette perspective d’émancipation.

Ici, on donne des coups de main à des maraîchers et on les aide à confectionner des paniers de légumes, là on va livrer du pain dans un lieu de dépôt, on prend soin des plantations collectives de patates et d’oignons, ailleurs on emmène une glacière avec les yaourts issus du début de la lactation de brebis pour éviter le gaspillage et la mise en danger des activités paysannes portées par une ultra-minorité de la population.

Des dynamiques d’entraide et d’auto-organisation fleurissent. Mais qu’on ne s’illusionne pas, on ne fait pas la nique aux supermarchés ! Pour l’instant il ne s’agit que de se débrouiller, limiter la casse, ne pas se faire écraser, survivre."

Lire aussi :

- L’alimentation en circuits courts permet de s’alimenter avec moins de risques de contagion

https://www.bastamag.net/alimentati...

Sophie Chapelle, Bastamag, 26 mars 2020.

- Dérogations à la fermeture des marchés, vérité en-deçà de le Loire :

https://www.banquedesterritoires.fr...

La quotidienne des territoires, 27 mars 2020.

- Les AMAP, ilots de lien social dans l’océan du confinement

https://reporterre.net/Les-Amap-ilo...

Estelle Dautry et Victor Point, Reporterre, 27 mars 2020.

- Fermeture des marchés, les paysans lancent une alternative

https://reporterre.net/Fermeture-de...

Reporterre, 27 mars 2020.

- Main d’oeuvre saisonnière : les réfugiés en renfort !

http://www.seine-et-marne.gouv.fr/c...

Préfecture de Seine et Marne.

- Halles et marchés, un protocole sanitaire a été conclu entre l’Etat et les organisations professionnelles

https://blog.landot-avocats.net/202...

Blog du cabinet Landot avocats, 1er avril 2020.

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commentaires

1 Virus, agrobusiness et esclavage

Tout ce que vous dites est en partie vrai même si depuis 2011 il y a eu des améliorations . Ce qu’aucun journaliste ne dit, c’est que le TROU GENERATIONNEL SCIEMMENT ORCHESTRE PAR l’agroalimentaire est irréparable, et fait suite très certainement à des "petits arrangements" entre financiers sans scrupules !!!que les métiers du secteurs primaires sont dévalorisés, que ceux qui parlent en général de l’agriculture n’ont jamais mis les pieds dans une exploitation dite familiale, que plus personne ne sait ce que produire de la nourriture veut dire ..... faites un test et demandé à vos proche : à quel âge la vache produit son premier litre de lait ? pour info le prix ridicule payé au producteur est actuellement de 33,5 cts

poste par annedebretagne - 2020-03-29@11:38 - Répondre à ce message
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