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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
La mort dans le car Macron
par Marc Laimé, 25 avril 2018

Nous partions pour la millième fois à la campagne, à l’invitation d’un collectif d’usagers de l’eau, afin d’échanger autour de la loi NOTRe, de la loi Sapin, de la nouvelle directive concessions… C‘était la grève, pas de train. Mais nous nous y étions engagé. A l’arrivée, la foudre dans le canton, et la mort dans le car Macron.

Déjà tout un symbole : pour prendre le car, descendre à Bercy ! Là s’engager dans la rue du même nom, laisser à main droite les soucoupes volantes en béton, modules de rétention pour les hordes sportives et musicales décérébrées, une trouée à droite sur des jardins, la Cinémathèque à main gauche, on continue droit devant, tout au fond une porte minuscule au pied de la gigantesque digue engazonnée qui longe les voies rapides en bord de Seine depuis “La Rena”, trou noir après le soleil, et là une centaine de cars en instance de départ dans l’obscurité au goût de gazoil.

Ils sont venus, ils sont tous là. Des touristes, des djeunes, désargentés, des vieux, désargentés, des immigrés, désargentés, des naufragés de la CGT, comme nous.

Do it yourself. Cramponne-toi à ta valise, trouve ton car, présente ton flash-code au chauffeur, qui s’en grille une entre deux Sarrebrucken-Bordeaux, et autres destinations aussi improbables.

C’est bon, on va y aller.

Souvenirs, souvenirs, Paris-Agadir en trois jours et trois nuits, et les brochettes au premier arrêt après Tanger. On était jeunes.

On dort.

Arrivée avec un quart d’heure d’avance ! Le couple de militants intrépides qui nous transbahute jusqu’au théâtre des opérations inaugure la nouvelle Captur de Madame, que Monsieur brutalise au freinage, tant il est accoutumé à sa 406.

Damned, le musée de la Cadillac a fermé il y a quatre ans. Trois cent Cads qu’un Etats-unien foutraque avait logées au bord du fleuve. Ses deux filles ont tout liquidé, quand il a disparu.

On arrive. Nos amis ont les clés de la salle des Fêtes, là on ne leur a pas refusé la salle, comme c’est le cas depuis quelques semaines dans d’autres bourgs voisins.

On déroule les cables, on sort les clés USB, et c’est reparti pour la tournée des Vieilles Canailles.

Ah que la loi NOTRe, Ah que la loi Sapin, Ah que la directive concession…

Toute la musiqqqquuueee…

Il y a quelques mois la foudre est tombée sur le canton.

Des centaines de valeureux se sont organisés en association, et ne cessent depuis lors de battre campagne pour sauver leurs régies de l’eau et de l’assainissement, que guignent nos usual suspects, grands fermiers généraux acagnardés dans les doux vallons de cette riante campagne.

Voyons un peu, avant la loi NOTRe nous avions ici notre éternelle myriade de tout petits syndicats, et déjà une communauté de communes, alors présidée par la prima donna de notre triste affaire.

Une dame R. qui a fait carrière dans la politique locale, jusqu’aux ors du Sénat, où elle a succédé il y a peu à une grande figure déchue de la métropole voisine, dont la fin de mandat s’est déroulée dans les colonnes des faits divers, rubrique mariages exotiques dans les jardins à la française.

Déjà tout un roman.

Notre dame R. préside alors une petite com-com, dont la ville centre était fort satisfaite de sa régie d’assainissement.

Mais en 2014, patatras, un bureau d’études malintentionné suggère d’expédier la régie ad patres et de refiler l’assainissement à Saur, tandis que la DSP eau de notre riante bourgade est renouvelée au plus grand profit de Veolia. Ce qui fut voté par la majorité de la petite com-com, contre les voeux des élus de la ville-centre !

Un précédent fâcheux car la loi NOTRe se profile.

http://www.lagazettedescommunes.com...

Notre petite com-com, qui est donc déjà dans les mains de l’ennemi va fusionner avec une autre com-com. Et que pensez-vous qu’il arrivât ? Le même bureau d’études va être mandaté pour étudier le transfert des compétences eau et assainissement à la nouvelle com-com élargie.

Pour l’eau on a désormais 27 communes, dont deux régies, et le reste en DSP avec des fins de contrats qui s’échelonnent d’ici à 2023.

Pour l’assainissement c’est 50/50, moitié régie, moitié privé.

Scénario optimiste : la nouvelle com-com élargie lance un audit approfondi de la situation, qui fera immanquablement apparaître qu’il faut impérativement tout passer en régie, au vu des résultats calamiteux des DSP en cours, que nul n’a bien évidemment jamais contrôlé, de près ou de loin.

Scénario en cours : notre prima donna, a un popa et une moman, ce qui fera plaisir à la Manif pour tous.

Moman a présidé depuis des lustres un syndicat d’eau local, avant d’accéder à la vice-présidence à l’eau et à l’assainissement de la nouvelle com-com élargie...

Popa, aujourd’hui à la retraite, a effectué une brillante carrière… dans la filiale locale de l’ex-CGE, aujourd’hui Veolia…

On comprend donc que la foudre soit tombée sur le canton quand nos centaines de valeureux usagers s’organisent en association et se battent pour la création d’une régie communautaire.

"Nous nous battons pour tous les abonnés à l’eau potable et assainissement (eaux usées) du territoire afin de faire baisser les factures en créant une régie publique qui profite à tous.

Cela permettrait de faire baisser les prix de certaines communes en affermage privé et de ne pas les augmenter dans d’autres.

La communauté de communes Chinon Vienne et Loire est en train de le faire, à la fin des contrats privés, ils repassent tout en régie.

C’est une volonté des élus de cette comcom, ils se réapproprient la gestion des services publics d’eau potable et assainissement, ce qui permet de tout maîtriser et d’avoir une bonne réactivité. Nous aimerions qu’il en soit ainsi sur notre comcom."

Ici chapeau bas. Nos valeureux ont réalisé un boitage extraordinaire : des jours entiers à pied pour distribuer leurs tracts appelant à une kyrielle de débats publics dans toutes les boites aux lettres des 27 communes ! Le recordman du boitage, podomètre à l’appui, nous a montré les 22 kilomètres effectués dans une seule journée !

Evidemment depuis ça dégénère.

La nouvelle com-com élargie refuse de communiquer à l’association le “rapport” du bureau d’études consacré au transfert de compétences. Plusieurs maires refusent de prêter des salles municipales pour y tenir des débats publics. “Pas question de comparer les coûts des régies et des DSP”. Textuel. On croit rêver. Samedi dernier, trois jours avant notre venue la dame R. avertit les élus de la com-com qu’elle s’est rendue à la gendarmerie pour y déposer plainte contre le président de l’association, qui nous a dit hier, alors que nous rentrions dans la capitale, qu’il venait tout juste de recevoir une lettre de menaces anonyme dans sa boite aux lettres.

La foudre est tombée sur le canton.

Eperdus, les élus n’osent plus même se rendre aux réunions publiques que multiplient inlassablement nos valeureux : "Nous ne savons rien et ne pouvons rien répondre aux questions que nous posent nos administrés".

Du coup le sous-préfet est appelé à la rescousse. Evidemment. Les medias nationaux commencent à s’intéresser à l’affaire, et ce n’est pas fini.

Balzac, Balzac, toujours recommencé. D’ailleurs le château de l’immortelle duchesse n’est pas loin.

Le sous-préfet aux champs.

Retour à la salle des fêtes lundi soir. Nous sommes soixante et échangeons jusqu’à plus d’heure. “Hasta la victoria, siempre !”

Après, une heure dans la nuit, dans les bois, dans la Captur de mes hôtes. Encore des coups de frein quand apparaissent dans les phares un premier, puis un second sanglier, puis des biches, puis des lapins.

Je comprends pourquoi une richissime dynastie de notaires parisiens du Gros Caillou continue ici de chasser à courre.

Le lendemain matin, direction la métropole.

Le car est déjà là.

J’y monte et m’apprête à m’assoir sur le second siége à droite.

Un rang derrière, en face, un vieux monsieur est figé de tout son long.

A ses côtés, sa femme, charmante Petula Clark septuagénaire, éperdue, déjà presque en larmes.

Anglais résidant en France les époux Livingstone partaient en vacances.

Une jeune étudiante vient d’avoir le SAMU au téléphone, elle met le haut-parleur.

Un jeune beur qui accompagnait ses parents tente un massage cardiaque après que nous ayions allongé le vieil homme à nos pieds dans l’allée centrale.

Il s’épuise. Le vieux monsieur semble râler un peu. Mais nous ne sommes pas surs. Un autre passager suggère de le placer en position latérale. Le SAMU n’arrive toujours pas.

On attend encore cinq minutes l’arrivée du SAMU, des pompiers, puis de la police, qui nous évacuent du car.

Ils redescendent. On a compris.

Une heure après trois policiers tendent un film de plastique pour dissimuler le brancard à sa descente du car. Surréaliste political correctness.

Un petit boutchou black de 3-4 ans, avec sa maman, accroché à sa tablette, veut à toute force aller voir derrière le rideau. Je repars en Vieille Canaille en lui disant de lever les yeux pour regarder le nid d’oiseau dans le peuplier au-dessus de nous. "Tu sais comment les zoiseaux ils construisent leur nid ?".

Nous repartirons avec une heure de retard.

Deux heures plus tard, sur l’autoroute, au loin, un immense champignon de fumée noire. On ralentit. Une petite voiture de tourisme achève de se consumer. Ses deux passagers sont debout, trente mètres plus loin, à côté de la voiture de dépannage qui vient tout juste d’arriver.

Je m’en souviendrai longtemps de mon premier car Macron.

Avis, “les gens”, comme le dit le général Tapioca.

Jupiter porte la scoumoune.

impression

commentaires

1 La mort dans le car Macron

Le temps n’est vraiment rien aux yeux de certains pour se permettre de le perdre en répandant l’acide. Le terme de raclures est violent mais est celui qui me vient à l’esprit. Après tout, Trump l’a bien utilisé pour qualifié son ex directeur du FBI, je peux aussi !! Donc il s’agit bien de raclures de bac décanteur monté à l’envers, aux os usés à force de taper comme des primates aveuglés. Je vous le dis, à vous dont le maigre cerveau se noie dans un effluent nauséabond et toxique, à vous dont les eaux usées qui alimentent vos veines et vos artères finiront par vous scléroser par vous asphyxier, à vous qui polluez la vie d’autrui comme les pesticides mortifères de nos rivières, à vous qui vous complaisez dans les glauques marigots de pensées néfastes et malsaines, à vous qui déversez votre boue sur toute une famille , je vous le dis, comme Gandalf, vous ne passerez pas !! Il ya des limites qu’on ne franchit pas. Retournez dans votre fosse ! Je ne vous salue pas car j’aurais l’air d’un con à saluer le vide, mais je vous méprise infiniment

poste par Thierry Darniche - 2018-04-27@22:50 - Répondre à ce message
2 La mort dans le car Macron

Où l’on vérifie que hauteur de vues et sérénité règnent dans le canton en matière choix de mode de gestion. A l’égal de votre mentor Trump il semble que le déversement de boue nocturne soit votre mode d’expression favori, cela n’augure rien de bon pour la suite.

poste par Marc Laimé - 2018-04-28@02:04 - Répondre à ce message
3 La mort dans le car Macron

Je vous prie de bien vouloir m’excuser. J’avais présumer de vos capacités à comprendre le second degré concernant Trump.

Quant à mon déversement de boue j’essaye de me mettre à votre niveau. Vous savez il est facile d’accuser les gens et plus difficile d’apporter les preuves. Et quand je dis preuves je ne dis pas faisceau de présomptions.

Je vous explique : quand je dis que vous déversez de la boue, ce n’est pas une présomption, c’est un fait vérifiable à la seule lecture de vos pénibles lignes. Quand je dis que vous avez une haine de l’institutionnel ce n’est pas une hypothèse, c’est un axiome si on se force à lire vos billets de sale humeur. Quand je dis : "n’est il pas dommage que vous convertissiez toute votre énergie en violence au lieu d’apporter le bien autour de vous ?", et bien là c’est de la supputation hasardeuse. Et donc je ne l’énonce pas sous forme d’une affirmation mais d’une interrogation. Pour moi, la réponse je crois la connaître, mais je n’en ai pas l’absolue certitude ! Demain ils annoncent de la pluie, je vous confie le soin d’analyser l’eau qui tombera, son degré de radioactivité, son acidité et sa provenance : dès fois que ce soit un coup des russes ou des coréens !

poste par Thierry Darniche - 2018-04-28@11:36 - Répondre à ce message
4 La mort dans le car Macron

Si vous nous disiez où vous voulez en venir précisément et ce que vous nous reprochez très concrètement, nos lecteurs y verraient sans doute un peu plus clair.

Nonobstant, nous prêter une "haine de l’institutionnel" prête à sourire, en l’espèce il semble bien plutôt que ce soient certaines "pratiques institutionnelles" bien ancrées dans le canton qui commencent à faire des vagues, et c’est plutôt là dessus que vous devriez vous interroger...

poste par Marc Laimé - 2018-04-28@12:01 - Répondre à ce message
5 La mort dans le car Macron

est-ce qu’une solution à une partie de nos problèmes d’avenir,à nous Français de France et de Navarre,de Pamplune et d’ailleurs, ne serait pas de stocker des boîtes de iodure de potassium dans la boîte à gants des cars Macron....

poste par Leroy Dérats - 2018-05-2@00:08 - Répondre à ce message
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