Le géant français de l’eau et des services à l’environnement est passé maître dans l’art du lobbying. Une pratique qui inquiète à juste titre de nombreux élus et citoyens, qu’il exerce en France comme en Europe et dans le monde par des voies encore largement méconnues, comme le sont les bénéfices, considérables, qu’il en retire.
Dans l’éditorial de l’édition 2006 du Rapport sur le développement durable de Veolia Environnement, M. Henri Proglio, qu’un récent portrait que lui a dédié le quotidien Le Monde nous conduit désormais à considérer comme l’un des plus grands humanistes de la France contemporaine, confessait que : "Notre ambition est de définir des standards minimaux mondiaux, dans le domaine de l’environnement comme dans le domaine social".
Mais ce ne sont là que péripéties dérisoires puisque désormais Veolia se retrouve en position de force pour conquérir de nouveaux marchés, et ce d’autant qu’elle a levé 2,6 Mds € en juin 2007 et prévoit de doubler de taille d’ici 10 ans.
Reste qu’au-delà de l’effet d’annonce de M. Proglio qui œuvre, on le comprend, à doper le cours de son action en surfant sur le « pricing power », rien n’est encore vraiment gagné puisque subsiste et perdure la concurrence des « grandes régies municipales, comme les italiennes, ou les entreprises publiques allemandes, un pays où le premier opérateur privé vient d’être repris par 3 régies détenues par des collectivités locales, voire par « le client lui-même, la régie municipale ou le groupe industriel ».
On oserait, on suggérerait à nos amis de lancer d’urgence une ligne Roissy-Bruxelles, ce qui faciliterait grandement la tâche harassante des lobbyistes maison, même si le groupe dispose d’une représentation permanente à Bruxelles.
Mais tout çà pourquoi ?
« L’objectif des groupes financiers et des théoriciens du libéralisme n’est bien sur pas de faire tomber les monopoles publics. Il s’agit plutôt de remplacer les monopoles publics par des monopoles privés, ou bien des duopoles ou oligopoles, ce qui économiquement représente à peu près la même chose. On l’a vu dans la téléphonie mobile (le monopole de France Telecom a été remplacé par un oligopole à 3 – Orange, SFR, Bouygues - , où les prix s’alignent vers le haut), l’eau (les régies remplacées par Suez, Veolia et Saur, le transport aérien (3 compagnies nationales publiques Air France, Air Inter et UTA, remplacées par un seul groupe privé Air France-KLM) et demain l’énergie : rassurez vous citoyens, et donnez rendez-vous à Jean-Marc Sylvestre, dans quelques années, le monopole public EDF-GDF sera remplacé par un duopole Suez / EDF privatisée, les prix seront alignés à la hausse et le service à la baisse. »
Bon, notre ami Echevarria s’est trompé, pour l’instant le duopole c’est GDF/Suez et EDF mais le constat reste valable.
L’eau est un bien précieux...
Du lobbying considéré comme l’un des beaux-arts
Reste que pour ancrer dans le réel si nobles ambitions, nos amis doivent déployer des trésors d’inventivité et d’énergie, que l’on sous-estime trop souvent, ce qui ne leur rend pas hommage.
Dans une conférence éclairante, qui confirme que les liens entre politiques et grandes entreprises ne posent à l’évidence pas davantage de problèmes à nos collègues d’Outre-Rhin qu’à nous mêmes, il exposait son credo.
« Je ne parlerai, ni comme le lobbyiste d’un grand groupe français que je suis, ni comme vice-président d’un grand « think-tank » français que je suis également. Mais je souhaite ici parler des réseaux publics. Depuis quelques années, le secteur public réduit son budget et va chercher de l’argent privé. Ayez à l’esprit que les organisations qui cherchent cet argent se sont multipliées par 100 en 10 ans. Il y a là un problème de fond, tant pour le public que pour le privé qui est inondé par des demandes de tous horizons, demandes qu’il n’est pas en mesure de satisfaire. Dans le même temps, le secteur public réduit son influence ».
En écho, dans le même conférence, M. Nicolas Tenzer, politologue français, soulève une intéressante question : « Qu’est-ce que l’influence ? Telle est, à mon sens, la première question que nous devons avoir à l’esprit. Il convient de distinguer influence à court terme et influence à long terme. Ces deux influences ne passent pas par les mêmes outils. Il convient, en outre, de distinguer l’influence sur les décideurs et l’influence sur l’opinion. Là encore, les outils ne sont pas les mêmes »
« L’influence suppose, qui plus est, d’avoir une présence dans des lieux informels où ne s’élaborent pas nécessairement les décisions, mais les concepts. »
Comme le souligne un nouveau député, « de gauche », M. Marcel Rogement, qui, pour avoir travaillé des années durant pour Veolia, estime, parole d’orfèvre, que le secteur mérite en effet, une régulation effective :
« Encore une fois, nous ne sommes pas contre les PPP. Nous souhaitons simplement qu’ils ne deviennent pas le droit commun : ils doivent rester exceptionnels, une possibilité dans des cas très précis. Nous défendons en effet une conception de la commande publique qui doit permettre une pluralité de réponses et ne réserve pas les marchés publics à quelques grands groupes ».
Nous en sommes loin. Pour l’heure le lobbying bruxellois de Veolia porte ses fruits. Car, si l’on en croit une dépêche de l’AFP en date du 8 juillet 2008, la Commission européenne a « approuvé le renflouement par l’Etat français de la société française de navigation maritime SNCM, qui assure notamment les liaisons avec la Corse.