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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
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Suez, Veolia, et le « storytelling » (2) : Ipsos et l’Observatoire Veolia des modes de vie urbains
par Marc Laimé, 18 février 2008

Le « storytelling » fait recette depuis que des « spin-doctors » sans foi ni loi rédigent à un rythme d’enfer les « séquences » humaines, trop humaines, qui scandent désormais la vie politique. Plus discrètement les grandes entreprises transnationales appliquent elles aussi les mêmes recettes. Après Suez, Libération et les « Reporters d’espoir » que nous évoquions il y a peu, Veolia et Ipsos viennent d’annoncer le 15 février 2008 le lancement de l’Observatoire des modes de vie urbains. Sous l’appellation passe-partout pointe l’ambition prométhéenne. Non plus seulement déployer ses services sur toute la planète au plus grand profit de ses actionnaires. Mais écrire l’histoire de la ville de demain. Quand une transnationale compradore s’allie à un institut de sondage, la visite vaut le détour…

Veolia Environnement vient donc d’annoncer le 15 février le lancement de l’Observatoire Veolia des modes de vie urbains qui publie les résultats de sa première étude réalisée par l’institut de sondage Ipsos pour « mieux comprendre la relation entre le citadin et sa ville ».


L’observatoire

Veolia et Ipsos affirment que 8 500 personnes ont été interrogées dans 14 villes : Alexandrie, Berlin, Chicago, Londres, Los Angeles, Lyon, Mexico, New York, Paris, Pékin, Prague, Shanghai, Sydney et Tokyo.

L’imposture surgit d’emblée après consultation de la méthodologie de l’enquête qui nous apprend que l’essentiel des questionnaires ont été remplis sur internet… Bonjour, la représentativité ! Même si un certain nombre d’entretiens en face à face ont, nous affirme-t-on été réalisés.

Bref, ça commence bien, et ça continue quand on consulte :

 une typologie des villes, avec 6 grandes caractéristiques ;

Et qu’on apprend que :

 83% des citadins sont satisfaits de leur ville ;

 48% des citadins pensent que la ville est un « espace d’adoption. »

L’enquête se poursuit ensuite à travers 5 grands thèmes :

 Ville et sentiments

 Choix de vie

 Qualité de vie

 Ville de demain

 Synthèse sur l’homo urbanus

Veolia qui se préoccupe de mes sentiments ! Mon premier mouvement tient de la survie. Barré comme cela, comment éviter qu’ils m’administrent je ne sais quelle potion lénifiante à travers l’eau du robinet ?

Mais pour apprécier l’étendue des dégâts, mieux vaut prendre connaissance de l’intégrale de l’opus, titré avec la mégalomanie qui caractérise nos storytellers-boys, and women (pour le –lib on repassera…) :

« Observatoire Veolia des modes de vie urbains. 2008 – L’état de la vie en ville. (Etude réalisée pour Veolia Environnement par Ipsos). »

Les belles histoires de M. Proglio

Le Président-Directeur général de Veolia Environnement « signe » un incipit qui mérite d’être lu très attentivement.

Titré « Pour contribuer à mieux vivre en ville », il égrène en effet toutes les composantes de la « belle histoire » que Veolia diffuse par ailleurs sur tous les écrans télévisés depuis quelques mois :

« En 2008,pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, plus de la moitié de la population de la planète réside en ville.

Cette évolution accélérée - les urbains n’étaient que 10% en 1900 - est porteuse d’espoir : depuis des siècles, la ville a été le lieu du progrès économique, éducatif, culturel.

Elle suscite également une part d’appréhension, celle de l’inconnu symbolisé par les agglomérations géantes de plusieurs dizaines de millions d’habitants qui vont se multiplier dans un horizon de dix à vingt ans.

C’est pourquoi il faut accompagner l’évolution de la ville avant qu’elle ne grandisse sans précautions. Il faut la concevoir pour ceux qui y vivent, en ajoutant aux bénéfices d’une proximité physique des services et des personnes, les exigences de qualité de vie dans tous les domaines : favoriser le lien social, renforcer les échanges, garantir la qualité des services collectifs offerts.

Cela demande un effort d’innovation et une capacité d’imagination.

Dans de très nombreux cas en effet, les solutions d’organisation des villes reposent encore aujourd’hui sur des techniques et des logiques inventées à la fin du XIXe siècle, développées Et généralisées au cours du XXe siècle. Elles doivent être réévaluées, modernisées et parfois remplacées pour affronter dans de bonnes conditions les nouveaux défis de l’environnement urbain : changement climatique, raréfaction des ressources naturelles, risques sanitaires,etc.

Cet effort doit bien sûr être technologique. Mais il repose aussi sur une capacité accrue à anticiper les perceptions, les aspirations et les attentes des habitants des villes. Cette dimension sociologique est également essentielle pour bâtir la ville de demain.

C’est dans cet esprit que Veolia Environnement a créé l’Observatoire des modes de vie urbains. Pour mesurer et comprendre ces évolutions et la diversité des réalités urbaines partout à travers le monde.

Cette démarche est novatrice par l’étendue de l’étude présentée ici. Mais elle puise aux racines du métier de notre entreprise, depuis toujours présente au service et au contact des populations plutôt que gestionnaire de systèmes.

Nous savons d’expérience que pour agir efficacement en respectant les identités locales, il faut d’abord connaître et mesurer les aspirations des populations. De même,nous sommes convaincus qu’en recueillant aujourd’hui l’expression spontanée des acteurs de la cité,nous préparons utilement la construction,demain, du développement durable de nos villes.

Je souhaite que cette contribution serve aussi à ouvrir un débat indispensable auquel j’appelle tous les acteurs concernés, élus, industriels et citoyens, à apporter leur pierre. »

Contrepoint

Pour la pierre d’Eaux glacées c’est fait, pourquoi donc suis-je enclin à voir se dessiner l’image d’un pavé ? Sans doute le quarantième anniversaire de mai 1968 ?

Pour ce qui est « d’accompagner l’évolution de la ville avant qu’elle ne grandisse sans précautions. (…) De la concevoir pour ceux qui y vivent, en ajoutant aux bénéfices d’une proximité physique des services et des personnes, les exigences de qualité de vie dans tous les domaines : favoriser le lien social, renforcer les échanges, garantir la qualité des services collectifs offerts », on consultera avec profit, entre mille autres exemples, comment notre entreprise-monde « garantit la qualité des services offerts », tiens à Cabourg par exemple…

On comprendra mieux pourquoi, et comment, en juin 2007, M. Proglio pouvait annoncer que dans les trois années à venir l’entreprise, qui a réalisé en 2006 un bénéfice net de 758,7 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 28,6 milliards, peut promettre à ses actionnaires de faire croître le chiffre d’affaires d’au moins 10 % par an et de continuer à leur servir un dividende en hausse annuelle de 10 %. Tout en prévoyant un programme d’acquisitions compris entre 15 et 20 milliards d’euros entre 2007 et 2009…

Pour les dividendes durables, même sans le "storytelling", çà fait un moment qu’on a compris...

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