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SIAAP : gigantesque (nouvel) incendie à la station d’épuration d’Achères

4 juillet 2019

par Marc Laimé - eauxglacees.com

Aux environs de 17h00 le mercredi 3 juillet un incendie spectaculaire est survenu sur le site classé Seveso du SIAAP, dont l’unité de clarifloculation a été très gravement endommagée, ce qui pourrait entrainer des rejets massifs d’eaux usées non traitées dans la Seine. Les syndicats dénoncent un quatrième accident industriel majeur en moins de deux ans, affectant le site historique qui épure 70% des eaux usées franciliennes. L’accident surgit dans un contexte de plus en plus délétère, sur fond de marchés publics colossaux qui font l’objet de multiples procédures judiciaires.



C’est le bâtiment servant à la « clarifloculation » des eaux usées (procédé d’élimination des particules en suspension) et abritant plusieurs cuves de chlorure ferrique qui a pris feu. Dans sa forme habituelle, le chlorure ferrique est toxique et hautement corrosif.

Un spectaculaire nuage de fumée noire s’est aussitôt dégagé mais, selon les pompiers et la préfecture des Yvelines, il n’est pas nocif et sa couleur noire ne serait pas due à la combustion du chlorure ferrique mais plutôt à celle des « plastiques présents sur place ».

L’immense panache a été aperçu à plusieurs kilomètres à la ronde, se développant notamment au-dessus de Maisons-Laffitte et de la forêt de Saint-Germain-en-Laye, comme en attestent les photos publiées par Le Parisien :

http://www.leparisien.fr/yvelines-7...

Le sinistre semblait circonscrit au bâtiment mais, à 19 heures, il n’était toujours pas maîtrisé par les sapeurs-pompiers du Sdis 78 qui ont dépêché sur place plusieurs dizaines de véhicules et au moins 70 soldats du feu. A 18 h 45, de nouveaux camions et d’autres sapeurs-pompiers continuaient d’arriver sur place.

Le bilan établi par la direction du site

Un premier bilan était dressé à minuit par la direction du site, qui l’adressait à l’ensemble du personnel :

« Aujourd’hui vers 16h45, un feu s’est déclaré au niveau du local de stockage de chlorure ferrique du bâtiment de Clarifloculation. Notre Plan d’Opération Interne a été déclenché, et le SDIS est intervenu très rapidement.

A cette heure, le feu est maîtrisé, cependant les équipes du SDIS et les équipiers du SPGR restent présents jusqu’à extinction complète.

La cellule de crise reste active au PCCAIII de l’UPEI pendant les opérations.

Aucune victime n’est à déplorer, que ce soit parmi nos agents ou nos prestataires.

Un certain nombre d’agents ont été confinés dans les bâtiments le temps de s’assurer que les fumées ne soient pas toxiques.

Le feu a gravement endommagé le bâtiment, détruisant notamment la totalité des cuves de Chlorure Ferrique.

L’unité de Clarifloculation est donc hélas durablement hors service.

Le process a été reconfiguré pour limiter les déversements d’eau brute, cependant le traitement reste très dégradé.

Nous vous tiendrons informés régulièrement de l’évolution de la situation de l’usine.

Les causes de l’incendie sont pour l’instant inconnues, des investigations poussées vont être menées pour les déterminer.

D’un point de vue logistique : l’accès par la porte de Fromainville est condamné jusqu’à nouvel ordre, l’accès à l’usine s’effectue donc par la route de l’épine ou par la route centrale.

Vos prises de poste de ce jeudi matin se feront aux endroits habituels, à l’exception des agents travaillant à l’unité de Clarifloculation, à qui nous demandons de se rendre aux installations du prétraitement pour un point de situation.

Nous sommes tous sous le choc de l’évènement. Soyez assurés que nous mettrons tout en œuvre pour, collectivement, limiter les impacts de cet incendie sur notre activité. »

La mise en garde du syndicat FO du SIAAP

Jeudi matin, FO adressait un courrier particulièrement alarmant à l’ensemble des personnels du syndicat :

« La situation à Seine Aval en matière de sécurité s’est fortement dégradée depuis plus de deux ans maintenant. On se souvient des 3 accidents industriels majeurs l’année dernière, notamment l’incendie d’un des deux bâtiments des filtres presses de l’UPBD.

Vendredi dernier, FO a émis en copie à l’inspection du travail 7 alertes de dangers graves et imminents (dont le SIAAP n’a toujours pas tenu compte malgré ses obligations en la matière) pour des fuites de gaz ou des départs d’incendie notamment.

Lundi matin, un nouveau POI était déclenché en raison de la cloche du digesteur primaire n°9 qui s’était éventrée suite à une vanne d’admission ouverte, d’ailleurs sans même que le CHSCTE de SAV n’en ait été informé. Ce digesteur est désormais définitivement inutilisable.

Aujourd’hui c’est un incendie qui a ravagé la clarifloculation avec les conséquences très certainement graves et incalculables pour nos missions et l’environnement. Bien qu’aucune alarme incendie n’ait été installée, l’agent qui était stationné au PCC a pu être prévenu à temps pour évacuer les locaux.

Finalement et heureusement, il n’y a pas de victimes à l’heure où nous écrivons. Enfin, notons que les herbes hautes et sèches ont pris feu lequel a ainsi failli atteindre la zone Biogaz.

Le SIAAP, emmuré dans ses certitudes (« à Valenton, on traite deux fois moins d’eau avec 5 fois moins de personnel qu’à SAV », nous explique le Directeur Général), déroule son incompétence aux yeux de tous.

Or, les usines sont vides. Il manque partout des effectifs. On bricole l’introduction du travail isolé. Les nouvelles organisations des 2x8/3x8 sont bancales de l’aveu de tous.

On recrute avant tout selon le critère d’allégeance à la politique de la Direction Générale. On saque les agents de la Ville de Paris et les agents logés. On sanctionne les peccadilles des humbles et on ignore les brimades insupportables des responsables.

Le Directeur Général se retire du CHSCT. Les transcriptions des échanges en CHSCT sont remplacées par des compte rendus complaisants où les déclarations qui mentionnent les risques dans les entités opérationnelles sont purement et simplement ignorées.

Le SIAAP instaure des mécanismes de fusibles pour s’isoler des risques juridiques en matière d’hygiène et sécurité. Etc. Etc.

Avec le temps, une telle politique de soi-disant « service public compétitif » (en fait, le sas vers la privatisation) affaiblit l’outil de travail et le moral des agents.

Les dernières grèves, historiquement massives, ont montré le rejet du management basé sur la soumission et le manque de moyens humains et salariaux. Pour le SIAAP, FO est une Cassandre subversive. Pourtant les mauvaises nouvelles viennent d’elles-mêmes et atteignent les plus sourds des courtisans.

Dans ce contexte, le manque de maîtrise des risques à SAV nous saute aux yeux. Le SIAAP doit s’expliquer auprès des agents. C’est pourquoi, FO alerte le SIAAP d’un danger grave et imminent sur tout le périmètre de Seine Aval à partir de maintenant. Cette alerte s’ajoute aux 7 autres et l’inspection du travail en sera informée.

De plus, nous demandons à tous les agents de SAV de se rassembler ce jeudi à 10h30 devant la Direction du site afin que le Directeur de SAV nous explique les mesures qu’il compte prendre pour nous assurer la sécurité qu’il nous doit et réponde aux questions des agents.

Sachez aussi que le représentant FO en CHSCTE qui s’est présenté devant l’UPEI, s’est vu refusé l’accès à l’usine sans raison valable, et sans que ses questions n’aient été écoutées. »

Un communiqué de la SAIVP-CGT du SIAAP

"C’est avec beaucoup d’émotion et d’inquiétude que nous avons vécu l’incendie de la Clarifloculation hier soir. Notre première préoccupation s’est portée sur les collègues qui auraient pu être blessés : heureusement, encore une fois, la gestion de crise et le sang-froid des équipes qui sont intervenues ont permis d’éviter tout impact humain.

Néanmoins, la situation actuelle n’est pas acceptable. L’anxiété des agents est palpable et légitime ; la fréquence et la gravité des évènements des derniers jours et des derniers mois nous interrogent. Au cours de la dernière année, nous avons dû faire face à l’incendie des filtres presses Achères 4, au nuage chimique du prétraitement.

La semaine dernière un nouvel incendie s’est déclaré à Achères 4, et le dôme du digesteur 9 d’Achères II s’est fissuré.

La CGT s’alarme de cette récurrence, et nous nous posons la question de causes communes qui pourraient exister : réorganisations des services et du roulement, externalisations, centralisation des équipes, effectifs constants et sous-effectifs, perte de spécialisations et turnover, disparition des hommes de terrain au profit de tâches administratives, organisation de la prévention et moyens mis à disposition, organisation des remontées des alertes, vétusté des installations, complexité d’exploitation des nouvelles installations…

Pour la CGT, plutôt que de désigner à l’emporte-pièce et de lancer des accusations arbitraires, il faut comprendre et coopérer avec l’administration afin de trouver les changements profonds qui sont impératifs. Nous avons fait de nombreuses propositions dans le cadre du rapport annuel présenté au CHSCTE et du plan annuel de prévention : nous espérons qu’elles seront entendues.

Ce que la CGT attend de l’administration :

1) dans le cadre de cet incendie, nous exigeons l’ouverture immédiate d’une enquête de CHSCTE ;

2) dans le cadre plus général de l’ensemble des incidents industriels qui sont survenus à SAV, nous demandons une seconde enquête du CHSCTE, plus globale, avec l’assistance d’une expertise extérieure pour déterminer les causes communes et profondes ;

3) devant le choc que vivent certains collègues quant à la perte de leur outil de travail, nous demandons la mise en place immédiate d’une cellule d’écoute et de soutien ;

4) nous demandons une communication plus transparente et rapide envers les agents, et une implication renforcée des CHSCTE dans la prévention des risques industriels.

Les semaines et les mois à venir vont être difficiles. Le regard des autorités et des citoyens envers le SIAAP sera dur, et les agents devront le supporter malgré leur implication.

Un risque pèse sur la dégradation de l’environnement, et des efforts importants seront nécessaires pour revenir au plus vite à une situation normale. Cet effort sera commun, et, en plus des agents présents sur SAV, l’ensemble des usines et des services supports du SIAAP vont y contribuer.

La CGT veillera au bon déroulement des enquêtes, et vous tiendra informés.

Nous comptons sur vos remontées, votre connaissance du terrain, vos compétences, et votre expertise afin de nous aider à prescrire au SIAAP les actions qui sont nécessaires."

A l’usine de Clichy, des travaux "au fil de l’eau…”

Sur un autre front, celui des travaux de rénovation de l’usine de Clichy, le SIAAP fait cette fois flèche de tout bois pour tenter de s’extraire du bourbier judiciaire dans lequel il est ensablé…

En novembre dernier, le tribunal administratif de Cergy (Val-d’Oise) décidait en effet d’annuler le marché de 371 M€ remporté en 2015 par un groupement français, Stereau et OTV, (les filiales d’ingénierie de Veolia et SAUR qui construisent les usines), au détriment de l’italien Passavant.

Ce dernier, devenu célèbre depuis son apparition dans l’émission « Cash investigation » d’Elise Lucet, diffusée le 13 mars 2018, a porté l’affaire devant la justice administrative, considérant que le marché n’avait pas été attribué de manière impartiale. Le groupe italien a donc obtenu gain de cause en première instance, même si le Siaap a fait appel.

Et le syndicat vient de relancer les travaux, lot par lot, avec pour commencer le baptême d’un énorme tunnelier.

« Cette inauguration est la première pierre de la reprise du chantier, soulignait le 27 juin dernier le président (PCF) du syndicat Belaïde Bedreddine. Car les travaux doivent se poursuivre et le Siaap a donc décidé de relancer les marchés les uns après les autres. »

Outre le prétraitement, l’usine a également une mission anti-crue, protégeant la capitale des inondations.

« Un site stratégique dont la refonte évitera les déversements dans la Seine en cas de fortes pluies puisque nous devons pouvoir y nager en 2024 », insiste d’ailleurs le maire (DVD) Rémi Muzeau en référence à cette promesse sans cesse renouvelée en vue des Jeux olympiques...

Plus question, donc, de marché global pour le moment mais de marchés par lots en fonction des différentes étapes à réaliser, dont certaines en urgence.

Des travaux répertoriés et validés par un arrêté préfectoral notifié le 28 novembre 2018.

A commencer par l’intervention d’un tunnelier qui avait déjà été fabriqué « sur mesure » pour le Siaap par l’entreprise française Bessac. Une machine de 3,50 m de diamètre qui commencera à creuser d’ici quelques semaines une galerie de 184 m le long du fleuve pour déboucher sur un nouveau bassin de stockage d’une capacité de 70 000 m3.

Le directeur général d’OTV se désiste de sa plainte en diffamation contre Le Monde…

Il se passe décidément toujours quelque chose au SIAAP !

Le 13 mars 2018 en début d’après-midi, Le Monde publiait une enquête signée Franck Johannes qui évoquait les différents marchés publics du SIAAP faisant l’objet d’enquêtes judiciaires.

Nommément mis en cause le directeur d’OTV, la filiale d’ingénierie de Veolia, avait déposé plainte pour diffamation contre Le Monde et son journaliste.

Le procès devait se tenir le 12 juillet prochain devant la 17ème chambre du TGI de Paris, au nouveau palais de justice, situé… Porte de Clichy.

Hier, mercredi 3 juillet, dans la journée, les avocats du Monde ont été informés qu’après avoir pris connaissance de leur « offre de preuves » le dirigeant d’OTV s’est désisté de sa plainte.

A suivre.

Lire aussi :

- SIAAP : mystérieux incendie, puis accident chimique à l’usine d’Achères

http://www.eauxglacees.com/Siaap-my...

Les eaux glacées du calcul égoïste, 5 mars 2018.

- La principale station d’épuration d’Île-de-France à l’arrêt après un incendie

http://www.lefigaro.fr/la-principal...

Le Figaro, avec AFP, 4 juillet 2019.

Marc Laimé - eauxglacees.com