Retour au format normal


Baignades en Seine : chronique d’un désastre annoncé

8 juin 2024

par Marc Laimé - eauxglacees.com

JO Paris 2024 : le fleuve encore trop sale pour que les nageurs français s’entraînent.



L’équipe de France en nage libre a annulé ce vendredi 7 juin son entraînement prévu sur le site de la compétition lundi en raison des mauvais résultats des tests de qualité de l’eau.

On ne compte plus les rendez-vous manqués. Selon la direction des sports de Radio France, l’équipe de France de nage en eau libre a dû annuler son entraînement prévu lundi 10 juin sur le site de la compétition des JO 2024. En cause, des courants trop forts et une dégradation de la qualité de l’eau en raison des fortes pluies du mois de mai.

Nettoyer la Seine pour permettre aux épreuves de triathlon et de nage libre de s’y dérouler est l’un des gros paris des organisateurs des Jeux olympiques 2024 à Paris. Mais le projet est soumis à tant d’aléas qu’il ne cesse de subir des contretemps.

Le 6 août 2023, la manche de Coupe du Monde de natation en eau libre prévue sur le site est annulée. le 17 août, les épreuves de triathlon femmes et hommes avaient bien pu se tenir dans le fleuve, sans couac. Mais les 19 et 20 août, patatras, des épreuves de paratriathlon et de triathlon en relais mixte ont été adaptées en format duathlon, à savoir seulement cyclisme et course à pied, en raison d’une concentration trop élevée en bactéries intestinales Escherichia coli (E. coli).

« La Seine n’est pas faite pour nager. » Début mars 2024, la championne olympique du 10 km en eau libre, Ana Marcela Cunha, a jeté un pavé dans le fleuve, réclamant un « plan B » pour les épreuves d’eau libre et de triathlon. La campagne de mesure de l’ONG Surfrider Foundation en avril, soit 100 jours avant les épreuves officielles, va lui donner un argument de plus.

Des concentrations régulièrement supérieures à 2 000 unités formant colonie (ufc) /100 ml pour E. coli et à 500 ufc /100 ml pour les entérocoques, sont observées soit bien au-dessus des normes internationales pour la compétition fixées à respectivement 1000 ufc /100 ml et 400 ufc /100 ml.
Pourtant, les organisateurs s’affichaient en toute sérénité en mai, lors de l’inauguration du « bassin d’orage » d’Austerlitz, pièce maîtresse du dispositif censé rendre la Seine propre à la baignade dès le mois de juillet pour les compétitions olympiques de triathlon et de nage libre.

Une fake news de la plus belle eau…

Un réservoir de 50 000 m³ a été construit pour 100 millions d’euros à proximité de la gare d’Austerlitz dans le but d’absorber la « première lame » de l’eau recueillie dans le système unitaire des égoûts parisiens en cas d’orage… Grâce à cette « cathédrale » de béton liée à un réseau de tunnels intercepteurs, les organisateurs prétendent « retenir la pollution » en amont du site sacré d’Austerlitz, un mantra déversé à gros bouillons par la Propangadastaffel de la mairie sur les medias qui propagent cette niaiserie tous azimuts.

Voir le détail de cette extravagante menterie :

https://www.piren-seine.fr/publications/fascicules/la_baignade_en_seine_et_en_marne

https://blog.mondediplo.net/baignades-en-seine-et-jo-2024-quand-la-fable

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/cote-d-or/dijon/je-suis-reste-au-lit-durant-3-jours-troubles-digestifs-migraine-une-trentaine-de-personnes-malades-apres-le-triathlon-au-lac-kir-2982941.html

En dépit de tout cela la majorité des medias, y compris publics, s’obstinent à propager la propagande mensongère des promoteurs des JO, un vrai naufrage :

https://www.francetvinfo.fr/les-jeux-olympiques/paris-2024-pourquoi-il-sera-bien-possible-de-se-baigner-dans-une-seine-propre-pendant-les-jeux-et-apres_6595629.html

Adieu trempette

Les fortes pluies des dernières semaines viennent d’inciter, selon l’AFP, Anne Hidalgo, la maire de Paris, à reporter sa baignade dans la Seine, un temps espérée le 23 juin.

Depuis le mois de janvier dernier, Anne Hidalgo, la maire de Paris, annonce son intention de se baigner dans la Seine, en amont de Jeux Olympiques qui doivent faire du fleuve un lieu de compétition (triathlon, natation marathon et para-triathlon).

Le mois dernier, son entourage laissait filtrer la date du 23 juin pour la réalisation de cette promesse, mais ce vendredi, la Ville de Paris a laissé entendre à l’AFP que ce calendrier pourrait changer : « En raison des fortes pluies du mois de mai et du débit très fort du fleuve, la baignade du 23 juin sera probablement reportée ».

Les mêmes causes ont poussé l’équipe de France d’eau libre à annuler sa propre mise à l’eau dans la Seine, pour un entraînement, le 10 juin. Les Bleus espèrent un nouveau créneau début juillet. Anne Hidalgo, elle ne devrait pas attendre si longtemps : selon l’AFP, le bain de la maire pourrait avoir lieu le 30 juin. Dans le bunker de l’hotel de ville l’armée de communicants totalement aux abois craint fésormais que Macron ne leur grille la politesse en solo. Ambiance.

La solidité des quais de Seine inquiète

Parmi les nombreuses interrogations qui accompagnent la cérémonie XXL prévue le 26 juillet, figure en bonne place la capacité des quais de Seine à supporter une foule d’une ampleur inédite. Faute d’expertises, difficile de connaître l’état de ces berges vieilles de plus de 200 ans.

Carences du système anti-drones , manque d’agents de sécurité, filtrage incertain… et en prime, quais de Seine fragiles ? Pour la première fois dans l’histoire des Jeux olympiques, la cérémonie d’ouverture ne se tiendra pas dans l’enceinte d’un stade, mais sur la Seine, qui doit être parcourue sur six kilomètres par 160 bateaux, sous les yeux d’un demi-million de spectateurs. Une prouesse logistique dont certaines modalités restent encore à définir. À sept petites semaines du jour J, l’organisation des Jeux peine toujours à dissiper les nuages de questions qui s’amoncellent au-dessus de cette parade à quitte ou double. L’une d’elles, et pas des moindres, concerne la vétusté des berges parisiennes de la Seine, qui devront supporter le poids de 320 000 personnes.

Parmi elles, 100 000, munies d’un billet, suivront la cérémonie depuis les quais bas. Les 220 000 restantes, invitées par les collectivités locales, se répartiront sur les quais hauts, de part et d’autre du fleuve. Jamais les quais de Seine n’avaient connu une telle affluence. Ancien membre du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) avant d’en être licencié en 2020, Sébastien Chesbeuf s’en inquiète.

Dans une enquête fouillée coécrite avec les journalistes Thierry Vildary et Jean-François Laville, et intitulée La face cachée des JO (JC Lattès) , il attire l’attention sur cette énième faille sécuritaire, peu commentée jusqu’alors : « Selon la réglementation actuelle, pour accueillir du public, un quai doit pouvoir supporter une charge de 500 kg/m2. Une norme volontairement exigeante pour offrir une marge de sécurité et supporter l’accès de véhicules de secours ». Et qui risque clairement d’être transgressée le 26 juillet au soir, pendant les quatre heures que dureront les festivités, sans compter l’attente qui promet de s’étirer tout au long de l’après-midi.

Plus encore que l’occupation simple des quais par le public, c’est la question des gradins éphémères qui inquiète les spécialistes interrogés dans La face cachée de JO : « Chargée de spectateurs, une tribune fait reposer des masses importantes sur quelques supports d’un mètre carré chacun. Sans des études précises et des travaux importants, comment installer en toute sécurité des tribunes VIP, dont les places sont vendues jusqu’à 2 700 euros, sur les quais bas ? Quant à la tribune présidentielle, qui doit accueillir plus d’une centaine de chefs d’État, installée en fin de parade au Trocadéro, on imagine qu’elle sera aménagée en hauteur… »

On apprend qu’aucune expertise des quais n’a précédé le vote entérinant le principe d’une cérémonie sur la Seine, fin 2021, par le Conseil d’administration du Cojop. Du reste, les fréquentes inspections du port de Paris ne tiennent pas compte des exigences spécifiques que requiert l’événement du 26 juillet. Pour ce qui est des ponts enjambant la Seine, dont certains accueilleront aussi du public, Le Parisien expliquait début mars qu’ils sont examinés par les architectes des Bâtiments de France dans la perspective des Jeux.

Visiblement, ce n’est pas le cas des berges. Ce qui préoccupe les auteurs de l’enquête : « La construction des quais de Seine date de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle. Cette structure ancienne, sauf si elle a été renforcée, ne peut pas répondre à cette norme de sécurité sur l’ensemble du parcours. Les fondations des années 1800 ne reposent pas sur des fondations en béton armé comme aujourd’hui. Elles sont composées de madriers en bois immergés dans le fleuve, sur lesquels reposent des blocs de pierre, liés par un béton à l’ancienne, un mélange de chaux et d’argile. »

On apprend également dans le livre que de nombreux documents contenant des informations sur la construction des quais ont disparu : « On manque d’archives à ce sujet car certaines ont brûlé [dans l’incendie de l’hôtel de ville de Paris en 1871, N.D.L.R.]. Il faudrait recréer de la donnée et, à partir de là, ordonner des travaux si cela s’impose », explique à Marianne Thierry Vildary, l’un des coauteurs de l’enquête, qui s’est particulièrement penché sur la question des berges.

Pour ne rien arranger, le metteur en scène de la cérémonie, Thomas Jolly, confiait en février à Télérama l’impossibilité de prévoir des barges amarrées au quai de Béthune, au niveau de l’île Saint-Louis. La raison ? Flou total quant aux capacités de résistance de la berge. Des travaux de sécurisation et de renforcement des quais doivent débuter lundi 17 juin. « On a voulu faire le montage le plus tardivement possible et le comprimer sur un temps restreint », expliquait l’adjoint aux sports de la mairie de Paris, Pierre Rabadan, en conférence de presse le 25 avril. Gageons que l’opération sera efficace. À défaut, les plans B, voire C esquissés par Emmanuel Macron pour l’ouverture des Jeux risquent fort d’être de se muer en plan A. « Tout un travail est mené en ce moment sur l’hypothèse d’un plan B au Trocadéro qui, le cas échéant, serait reconfiguré en sorte de stade, glisse à Marianne Thierry Vildary.

Dans ce cas, il pourrait y avoir éventuellement un petit tour sur la Seine. L’Élysée réfléchit sérieusement à cette option. »

Marc Laimé - eauxglacees.com