Retour au format normal


Etats généraux de l’eau : un colloque à Bruxelles les 6 et 7 mai 2011

3 mai 2011

par Marc Laimé - eauxglacees.com

L’eau ne pourra rester un bien commun que si elle devient beaucoup plus présente dans la ville, dans les imaginaires partagés, dans la réalité concrète aussi. Cette hypothèse stratégique et politique centrale est au fondement des Etats généraux de l’eau qui se déroulent à Bruxelles durant tout le mois de mai. Le colloque inaugural des EGEB organisé à l’Université libre de Bruxelles les 6 et 7 mai 2011 va proposer un cycle de pensée et initier des mises en action afin de tenter d’apporter les premiers éléments de vérification de cette hypothèse qui a le mérite de renouveler les approches habituelles de la question de l’eau.



Logo EGEB

Autour de l’eau en ville : un cycle de nouvelles alliances

Il s’agit dès lors de proposer de recréer de nouvelles alliances. L’autorité publique, dans son conflit avec le privé a tout intérêt à nouer des alliances avec les habitants de cette ville et à favoriser des espaces de participation et de création. Les citadins ont tout intérêt à renouer des alliances avec la nature au cœur même de l’urbain. Les habitants entre eux ont tout intérêt à créer des solidarités multiples en gérant des biens liés à l’eau en commun. Le premier colloque des EGEB pose dès lors les termes d’une pensée éco-systémique que nous appelons de nos vœux, paradigme nouveau d’une gestion de l’eau à mettre urgemment en place dans une vision de long terme. Le colloque pose les balises du cycle d’activités qui seront programmées sur l’ensemble des EGEB, ouvrant lui-même un cycle d’actions dans la durée.

Partie 1 - L’eau et la ville

Utilisant les rivières comme collecteur, Bruxelles a depuis plusieurs siècles refoulé l’eau sous terre. Il en résulte aujourd’hui un réseau de cours d’eau fragmenté et de rares étangs d’agrément parfois alimentés par de l’eau potable. Les eaux les plus présentes dans le paysage bruxellois sont maintenant celles qui ruissellent sur les surfaces imperméables et qui viennent surcharger le réseau d’égouttage unitaire. Ceci mène les Bruxellois à entretenir un rapport à l’eau très négatif, dicté par les inondations. Les Etats généraux de l’eau à Bruxelles rejettent cette seule interaction et soutiennent une gestion de l’eau à une échelle de bassin versant. Nous pensons possible de retravailler le rapport entre le citadin et l’eau et celui entre la nature et l’urbain, au travers d’un réaménagement de l’eau au cœur de la ville par le biais d’approches décentralisées et de techniques variées. Par exemple, les Nouvelles rivières urbaines sont-elles porteuses d’une dynamique d’écologie urbaine ? Repensons ainsi la ville et les liens que chaque habitant entretient avec celle-ci vers une solidarité entre voisins de bassin versant. C’est là que nous apprendrons que la notion de bassin versant se trouve être au cœur du développement durable d’autres villes d’Europe. Un concept urbanistique d’avenir ? Cette gestion décentralisée des eaux de surface soulage-t-elle les outils techniques des eaux de tuyauterie ?

Partie 2 - Les cycles de la participation

Alors que la participation est de plus en plus sollicitée dans les questions relatives à l’environnement et à l’urbanisme et que, parallèlement, elle est de plus en plus territorialisée, qu’en est-il à Bruxelles au regard des enjeux liés à l’eau ? Proposée le plus souvent dans un cadre institutionnalisé, la participation ne finit-elle pas par limiter la capacité créative et le pouvoir d’agir de tout un chacun ?

Si la notion de participation ouvre sur un champ de définitions large qu’il faut préciser, elle amènera nécessairement à (re)considérer les savoirs et croyances multiples liés à l’eau. Dans une ville ‘cosmopolite’ comme Bruxelles, ce n’est sans doute pas inintéressant. C’est pourquoi les Etats Généraux de l’Eau à Bruxelles partent du principe que l’agir en commun passe par des espaces non-codifiés par le pouvoir politique et par le droit de définir son environnement. Avec une participation sous de multiples formes et où l’imaginaire et la création collective ont une place centrale. Dans un tel contexte, quelles formes de participation les Nouvelles rivières urbaines pourront-elles prendre ?

Par ailleurs, quelle place veut-on bien donner aux citoyens dans la citadelle technico-financière afin que la gestion de l’eau ne se limite pas aux seuls experts ? Comment définir ces nouveaux espaces de dialogue et avec quels moyens ? Comment dépasser le cadre institutionnel pour créer une vraie politique participative de l’eau à Bruxelles ?

Partie 3 - Les biens communs et l’eau

Il est bien beau d’écrire au fronton de nos politiques que l’eau doit rester un bien commun. Mais un bien commun peut-il l’être s’il n’est pas vraiment géré en commun ? Tout d’abord, il faut pouvoir dépasser la “tragédie des biens communs” qui supposerait que ces biens ne peuvent être gérés que par le service public ou l’entreprise privée. Nous tâcherons de réhabiliter culturellement la notion de gouvernance des biens communs. Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie 2009, a pu montrer que les biens communs avaient tout avantage à être gérés par de multiples formes d’auto-organisation.

Comment cela se passe-t-il dans d’autres secteurs d’activités ? Nous explorerons ensemble certains biens gérés en commun allant du logiciel libre jusqu’à la conservation des semences en passant, pourquoi pas, par les jardins partagés. Partout des formes d’auto-organisation se mettent en place, se créent et s’inventent.

Y a-t-il là une piste pour les questions de l’eau ? Par exemple, dans le cas du bassin versant du Maelbeek, nombre d’acteurs sont impliqués par la question de l’eau. Entre acteurs publics, privés, associations et collectifs est-il possible de créer une coalition pour un ‘contrat de bassin versant’ ? Au-delà de ce bassin versant, cela annonce-t-il quelque chose pour la question de l’eau au niveau de la ville ?

Partie 4 - Une économie plurielle de l’eau

Un peu partout et dans les instances européennes qui posent les cadres de la gestion de l’eau, l’on veut donner une valeur économique à cet élément essentiel pour la vie. A Bruxelles, où il y a la volonté affichée de résister à cela, des processus liés à la centralisation des outils de plus en plus technologiques, la délégation de la recherche de solutions et la segmentation des services, le loup ne serait-il pas entré dans la bergerie ? Avec toutes ces conditions, n’allons-nous pas vers une marchandisation de l’eau ? Quels en sont les risques ?

Avec la construction des grands outils de gestion de l’eau, les coûts vont continuer d’augmenter en la matière. Comment finance-t-on la politique de l’eau à Bruxelles et dans les autres Etats-membres et quels en sont les impacts sur le prix de l’eau ? Ces coûts doivent-ils être répercutés sur le prix des usagers de l’eau ? Quelle justice sociale à ce niveau ? Après avoir parcouru les méandres de l’économie classique, nous nous plongerons dans ceux de l’économie plurielle issue des Nouvelles rivières urbaines qui semblent apporter des éléments et conditions d’une gestion décentralisée de l’eau. Cette dernière aura-t-elle des répercussions sur les coûts de la gestion classique de l’eau en les diminuant ? Par exemple, pourrait-on diminuer le nombre de bassins d’orages à construire au profit d’un développement des quartiers et de la ville ?

PDF - 1.6 Mo
Programme

Le site des Etats généraux de l’eau à Bruxelles.

Marc Laimé - eauxglacees.com