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Est Ensemble (9) : Les Echos favorables à la gestion publique ?

5 octobre 2010

par Marc Laimé - eauxglacees.com

Dans son édition du mardi 5 octobre 2010, le quotidien économique national « Les Echos » évoque à son tour, en des termes plus réfléchis que ne l’avait fait La Tribune, que nous avions très méchamment étrillé il y a peu, l’alternative en forme de nœud gordien que vont devoir trancher les 9 communes de la Seine-Saint-Denis regroupées au sein de la Communauté d’agglomération « Est-Ensemble » : revenir dans le giron du Sedif et de Veolia, ou s’affranchir de cette sujétion que nombre d’élus et d’usagers ne peuvent plus envisager de perpétuer ? Rien n’est encore décidé, mais l’article des Echos fait litière de l’une des plus invraisemblables menteries propagées dans « l’audit » réalisé par un groupement d’experts dont nous avons longuement analysé le parti pris pro-Veolia. Paris est bel et bien en capacité de fournir de l’eau à tout ou partie des communes d’Est Ensemble. Que cela soit rappelé par la bible du CAC 40, à l’encontre des allégations fumeuses d’un quarteron de mercenaires approximatifs ajoute encore un peu de sel à notre affaire.



"L’eau de Paris tente des communes voisines"

« Les neuf communes d’Est Ensemble, qui ont claqué la porte du Syndicat des
eaux d’Ile-de-France, doivent décider de leur avenir. Paris, passé en régie,
devrait dès 2012 commercialiser son eau auprès de la commune de
Viry-Châtillon.

« Après dix mois d’atermoiements, la communauté d’agglomération Est Ensemble,
qui regroupe neuf communes dyonisiennes (1), s’apprête à vivre le 19 octobre
l’un des instants les plus délicats de sa jeune existence : le devenir de
son approvisionnement en eau.

« Des élus, plutôt des édiles socialistes,
suggèrent de réintégrer le Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif), avec
lequel le contrat a été suspendu pour un an l’hiver dernier, mais dont les
tarifs sont devenus cet été plus attractifs du fait de la renégociation avec
Veolia. Les autres, emmenés par la maire de Montreuil, Dominique Voynet,
militent pour la création d’une régie publique intercommunale.

« Une solution partagée »

« Les premiers ont pour eux un rapport du cabinet Calia, bientôt rendu public,
qui juge le passage à l’autonomie difficile en raison des délais serrés
(quelques mois) et du montant de l’addition, bien qu’encore flou

« Il
faudrait investir de 150 à 200 millions d’euros, c’est le budget actuel de
l’agglomération ! », fait valoir un partisan du retour au Sedif.

(Un « partisan » (de Veolia), qui confond allégrement le budget général de l’agglomération, abondé par les dotations de l’Etat et la fiscalité locale, et le budget annexe de l’eau et de l’assainissement financé par la facture de l’usager ! Note d’Eaux glacées.)

« Ce
rapport est trop pessimiste, les choses sont faisables ! Je veux convaincre
que c’est une question d’argent, de qualité des travaux et de morale
publique », souligne Dominique Voynet, qui reconnaît que « les débats ne
seront pas simples ». Selon elle, « au final, nous aurons sûrement une
solution partagée ».

« Ces débats sont observés avec attention de l’autre côté du périphérique.
Paris, qui a « remunicipalisé » l’eau, s’interdit « tout démarchage », mais
n’exclut pas de « négocier » avec des communes.

« Pour l’instant, la ville ne
cède de l’eau qu’exceptionnellement à quelques communes situées sur des
territoires de captage. La vente pourrait lui offrir des débouchés
intéressants, notamment face au risque, latent, de surproduction.

« Elle n’est
pas certaine de pouvoir totalement approvisionner les 400 000 habitants
d’Est Ensemble. En revanche, la petite communauté d’agglomération des Lacs
du val d’Essonne (Viry-Châtillon, Grigny), pourrait bien être, avec ses
60 000 habitants, le premier client officiel de la Ville de Paris. « Dès que
les travaux de connexion seront terminés en 2012, nous achèterons l’eau à
Eaux de Paris, pour la distribuer à Viry-Châtillon », assure Gabriel Amard,
le président de cette intercommunalité.

« L’Hôtel de Ville refuse tout
prosélytisme, mais voit d’un bon oeil les premiers pas de sa régie. « Eaux
de Paris affiche un chiffre d’affaires de 350 millions. Nous avions envisagé
de pouvoir dégager une marge de 35 millions d’euros par rapport au précédent
mode de gestion. Ce sera plutôt de 40 à 50 millions », se satisfait Anne Le
Strat, l’adjointe de Bertrand Delanoë.

« Que faire de ce coquet reliquat ? La
Mairie de Paris n’entend pas baisser les prix, mais mettre en place une
nouvelle tarification sociale.

ENCADRE : "La consommation parisienne en baisse depuis vingt ans"

« Chaque année, la consommation d’eau chute de 1 à 2 % dans la capitale. En
cause, le remplacement des usines par des bureaux et la volonté des
entreprises de faire des économies.
Jamais l’eau parisienne n’a été si pure... et jamais les habitants n’en
n’ont si peu consommé depuis vingt ans.

« Depuis les années 1990, la
consommation de « Château-Delanoë », - comme aiment aujourd’hui à s’en
amuser les restaurateurs - est en chute libre.

« En 2008, près de 200 millions
de mètres cubes ont ainsi été consommés, soit près de 40 millions de moins
qu’en 1995 (236), selon le Credoc. Une baisse progressive, « de 1 à 2 % par
an », qui survient après la période de consommation euphorique des années
1970-1980.

« Paris n’est pas seule dans ce cas : à Berlin, la même
dégringolade a été constatée. « Cette forte régression n’est imputable ni à
la démographie parisienne, stable depuis les années 1990, ni à une politique
d’économie de la ressource », explique le Credoc.

« La principale explication est à chercher du côté des « gros consommateurs
d’eau » : entreprises, hôpitaux, administrations, hôtels. « Non seulement la
tertiarisation de l’économie, le remplacement des usines par les bureaux, a
fait chuter la consommation, mais les gros consommateurs ont réduit leur
consommation par souci d’économie » analyse Anne Le Strat, adjointe à la
Mairie de Paris en charge de l’eau.

« Le Credoc cite ainsi les cas de la RATP,
de l’Opac ou de Renault. Le constructeur automobile a ainsi amélioré ses
techniques de rinçages de carrosserie, réduisant sa consommation d’eau de 25
% entre 1996 et 2001 alors que la production de voitures augmentait de 35 %.

« Du côté des particuliers, le progrès technique a considérablement réduit les
volumes : plus répandus, les lave-vaisselle, réfrigérateurs, machines à
laver sont devenus plus économes en eau. En revanche, depuis deux ans, les
Parisiens boivent un peu moins d’eau minérale et un peu plus l’eau du
robinet. Enfin, les déperditions d’eau sont moins nombreuses, du fait de
l’amélioration des canalisations.

« Cette baisse de la consommation n’est évidemment pas dénuée de conséquences,
d’autant que la capitale a longtemps « surproduit » : les Parisiens
consomment en moyenne 560 000 mètres cubes par jour, avec des pics à 780 000
pendant les grosses chaleurs.

Or chacune des deux usines parisiennes produit
300 000 mètres cubes et il en provient autant (350 000) grâce aux eaux
souterraines.

Paris, qui souhaitait ramener sa production autour de 900 000
mètres cubes, vient de fermer sa troisième usine d’Ivry qui sera transformée
d’ici peu en laboratoire high-tech d’analyse de l’eau et pépinière
d’écoentreprises. »

Laurence Albert – Les Echos, 5 octobre 2010.

Lire aussi :

Le SEDIF pour les Nuls

Les eaux glacées du calcul égoïste, 23 mars 2010.

Est Ensemble (1) : l’audit pour les Nuls

Les eaux glacées du calcul égoïste, 15 septembre 2010.

Est Ensemble (2) : la tentation du passage en force

Les eaux glacées du calcul égoïste, 16 septembre 2010.

Est Ensemble (3) : l’audit fantôme

Les eaux glacées du calcul égoïste, 21 septembre 2010.

Est Ensemble (4) : le retour des godillots

Les eaux glacées du calcul égoïste, 23 septembre 2010.

Est Ensemble/Sedif (5) : la bataille continue

Les eaux glacées du calcul égoïste, 27 septembre 2010.

Est-Ensemble (6) : pitoyable instrumentalisation d’un audit bidon dans le quotidien économique (en faillite) La Tribune

Les eaux glacées du calcul égoïste, 30 septembre 2010.

Est-Ensemble (7) : "L’obscur rédacteur de la Tribune" pète un câble

Les eaux glacées du calcul égoïste, 30 septembre 2010.

Est-Ensemble (8) : l’audit contesté au feu du débat public ?

Les eaux glacées du calcul égoïste, 2 octobre 2010.

Est-Ensemble (9) : Les Echos favorables à la gestion publique ?

Les eaux glacées du calcul égoïste, 5 octobre 2010.

Marc Laimé - eauxglacees.com