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Veolia, Suez et Saur prennent le parti socialiste français en otage

29 décembre 2009

par Marc Laimé - eauxglacees.com

L’affaire fera date. Une quinzaine de « hauts cadres » des multinationales françaises de l’eau, membres du Parti socialiste, s’organisent en « collectif militant » pour défendre la délégation de service public, et les profits de leurs entreprises, au sein du premier parti de gauche français, candidat à l’alternance en 2012… Le « Laboratoire des idées » du même PS vient il est vrai de créer un groupe de réflexion sur la gestion de l’eau, et ceci explique en partie cela. Courant et « contre-courant », remous assurés…



C’est un article du quotidien français Le Monde, paru dans son édition du 29 décembre 2009, qui révèle l’affaire. Car c’en est une.

Intitulé « Au sein du PS, un collectif "A contre-courant" sur la gestion municipale de l’eau », l’article de Jean-Michel Normand exprime sans ambages le véritable chantage auquel se livrent les membres du « collectif militant » organisé par Veolia et Suez au sein du PS :

(...) " Vilipendés lors des réunions de section un jour et sollicités le lendemain pour des emplois et des formations", les animateurs du collectif "A contre-courant" se disent parfois victimes d’un "procès en sorcellerie" (...)

Nonobstant pareil débordement atteste de la panique qui gagne nos amis :-)

Il sera donc intéressant de suivre les inévitables rebondissements de cette ténébreuse affaire dans les tous prochains mois…

Lire ci-après l’article du Monde qui en dit plus long sur l’exception française en matière de gestion de l’eau que des milliers de thèses de doctorat…

"Au sein du PS, un collectif "A contre-courant" sur la gestion municipale de l’eau"

« Membres du Parti socialiste, ils sont une quinzaine à avoir constitué un "collectif militant" intitulé "A contre-courant". Ce nom de baptême témoigne de leur volonté de réagir aux "critiques systématiques" adressées par "certains camarades" contre le principe de la délégation de service public au secteur privé.

"Le PS est le parti des services publics mais cela ne signifie pas qu’il doit se penser uniquement comme le parti de la défense de la fonction publique", écrivent-ils dans un petit opuscule adressé à tous les parlementaires ainsi qu’aux maires socialistes de villes de plus de 10 000 habitants.

Cadres exerçant le plus souvent des responsabilités élevées au sein de sociétés privées (Saur, Veolia ou Suez) "concourant au service public local", les animateurs de ce collectif veulent "promouvoir un débat que les postures internes et les discours convenus ont trop souvent occulté". Inquiets de voir ressurgir, notamment dans la presse interne du PS, un discours qui entretient "le doute systématique autour de ce qui ressemble au privé", ils dénoncent "la confusion, parfois loin d’être involontaire, entre service public, fonction publique et entreprise publique".

Sans les nommer, le collectif s’en prend à ceux qui privilégient l’affichage de "marqueurs de gauche" au détriment de "la vision et du projet politique". Ses responsables rappellent que le projet socialiste pour la présidentielle de 2007 prévoyait de "donner aux élus locaux la possibilité de choisir entre la gestion publique et la gestion privée". Et glissent au passage que le retour à la régie municipale pour le service des eaux à Paris "se fera sans aucune diminution du prix au consommateur".

Lobbying ?

"A contre-courant", qui souligne que 1 700 communes de gauche (dont Lyon, Lille, Rennes, Montpellier, Dijon, Evry ou Lens) ont choisi de déléguer au privé leur service public de l’eau, appelle de ses voeux la création "d’autorités indépendantes capables de comparer les niveaux de prix et de service". Et souhaite en finir avec "le principe sacro-saint du moindre coût" qui s’inscrit "toujours au détriment des salaires et des droits" du personnel des entreprises prestataires. Le collectif souhaite aussi contribuer à une réflexion sur "le rôle de l’entreprise dans la vie démocratique" en "posant la question du partage des gains de productivité entre les clients, les salariés et les actionnaires".

"Vilipendés lors des réunions de section un jour et sollicités le lendemain pour des emplois et des formations", les animateurs du collectif "A contre-courant" se disent parfois victimes d’un "procès en sorcellerie".

Leur initiative, cependant, ne risque-t-elle pas d’être assimilée à un plaidoyer pro domo, voire à une forme de lobbying ?

"Nos prises de position sont tout à fait autonomes", se défend Pierre Victoria, délégué aux relations institutionnelles internationales chez Veolia-Eau.

"Nous travaillons au sein d’entreprises françaises qui sont des leaders mondiaux dans la gestion des villes. Les socialistes devraient-ils en avoir honte ?", s’interroge-t-il. »

Jean-Michel Normand.

Marc Laimé - eauxglacees.com