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SEDIF : Un + trois candidats pour un contrat

28 juillet 2009

par Marc Laimé - eauxglacees.com

Le Syndicat des eaux d’Ile-de-France a annoncé le 21 juillet 2009 qu’il venait d’admettre à concourir quatre candidats pour le plus grand service public de l’eau potable en France, pour l’instant délégué à Veolia Eau. Ce dernier ainsi que Suez Environnement, le groupe Saur et le groupement constitué par le spécialiste français des déchets Derichebourg et l’’entreprise allemande Remondis devront remettre leur offre avant le 4 décembre 2009.



C’est la plus grande délégation de service public de l’eau potable en France et l’une des premières d’Europe, avec 144 communes franciliennes et 4 millions d’usagers. Un contrat de plus de 350 millions d’euros annuels, détenu par Veolia Eau sous sa forme actuelle depuis 1962, et par la Générale depuis 1923, qui arrive à terme à fin 2010.

Le Sedif vient donc d’admettre à concourir quatre candidats sur cinq. Un intrus, Chimie Plus, ayant été renvoyé à ses études. En voilà au moins un qui se sera épargné des frais inutiles…

La surprise aurait été que Veolia, numéro un mondial des services de l’eau, avec 12,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2008 n’ait pas été retenu… Raté !

Aucune surprise non plus de voir son principal challenger, Suez Environnement (12,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans l’eau et les déchets), lui aussi choisi pour participer à l’appel d’offres. La filiale environnement de GDF-Suez avait fait savoir dès la fin 2008 dans un courrier aux maires concernés qu’elle serait candidate, et demandait à cette occasion un « allotissement géographique » du contrat devant permettre selon elle « d’intensifier la concurrence ». Ce que le Sedif avait refusé avec indignation.

Pour ce qui est de la présence des deux autres compétiteurs, elle aura surtout le mérite, aux yeux de Veolia et de M. André Santini d’éviter un « choc frontal » entre les deux leaders, désormais en guerre ouverte sur ce contrat…

Ce qui gommera, espèrent-ils, le choc qu’aurait pu susciter l’annonce par Suez d’un rabais « historique », qui n’aurait pas manqué de plonger les délégués dans l’embarras.

La ficelle est grosse. La finesse n’est pas l’argument préféré de nos amis.

Car qui croira une seconde que Saur, troisième acteur de la gestion déléguée de l’eau en France, qui a réalisé 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2008 (dont 79% dans les services de l’eau), et dessert dans l’Hexagone 5,5 millions d’habitants pour l’eau potable et l’assainissement, s’engagerait à son tour dans une guerre de tranchées avec Veolia, puisque les deux groupes ont par ailleurs le même actionnaire majoritaire, en l’espèce la Caisse des dépôts et consignations…

Car si le groupe, désormais propriété de Séché environnement, détient par exemple Nîmes ou Dinard, il est absent de toutes les grandes villes françaises. A l’étranger, parmi ses plus importants contrats figurent les services d’assainissement et de l’eau potable à Gdansk, pour 800 000 usagers. Dès lors rien ne dit que M. Séché, qui n’a pas vraiment la réputation de jeter l’argent par les fenètres, va mobiliser ses équipes tout l’été afin d’emporter le morceau…

Et pour ce qui est du 4ème larron, on hésite entre l’accablement et la franche rigolade.

C’est un groupement « ad hoc » constitué du groupe Derichebourg (4,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires 2008), spécialisé notamment dans le recyclage et la collecte des déchets et de l’allemand Remondis (5,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires) via sa filiale Remondis Aqua.

« L’idée est de se diversifier dans les contrats qui ont un lien avec l’environnement », explique Mme Pascale Perez, PDG de Derichebourg Environnement-Polyurbaine, qui n’a pas pour l’instant d’activité dans l’eau.

« Notre partenaire a l’expertise dans l’eau, mais veut s’appuyer sur un groupe français et partager les investissements comme le risque. Nous, nous avons l’expertise dans les ressources humaines, le code des marchés publics et le fonctionnement des collectivités locales », justifie la dirigeante dont les propos ont pieusement été repris par les medias.

A ce stade la prochaine fois ce sera Leclerc ou Ryanair ☺

Au Sedif, on indique que la commission de la délégation de service public « jugeait de la compétence, et non à ce stade-là de la taille des candidats ».

Précision superfétatoire.

Lesdits candidats ont donc reçu le cahier des charges, pour lequel le délégataire actuel aurait, « selon un proche du dossier », d’après les Echos, transmis toutes les pièces nécessaires pour élaborer un document précis.

Même si, ajoute-t-il,« s’agissant des installations elles-mêmes, la connaissance de Veolia est bien meilleure que celle du Sedif ».

Là on s’étonne que cette perle n’ait pas valu aux Echos un nouveau droit de réponse du Sedif, enfin de son président qui en est coutumier.

De nombreux observateurs, toujours selon les Echos, parient sur le maintien de Veolia Eau.

« Il est rassurant de voir quatre candidats mais c’est aussi un moyen pour les entreprises de faire parler d’elles au stade des candidatures. Or, lorsqu’on décide de ne pas faire d’allotissement sur un tel contrat, les dés sont quasiment joués d’avance. Faire une offre sérieuse sur un tel périmètre coûte entre 2 à 5 millions d’euros. Saur pourra-t-il le faire ? Suez apparaît comme la seule alternative crédible, théoriquement »,analyse M. Loïc Mahévas, directeur général de Service Public 2000, cabinet de conseil aux collectivités.

Les résultats sont attendus fin mars 2010 avec le choix du délégataire.

Faites vos jeux…

Marc Laimé - eauxglacees.com