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Amorce alerte sur le financement de l’eau

13 juillet 2021

par Marc Laimé - eauxglacees.com

Le réseau dédié aux collectivités locales déplore que l’eau soit la "grande oubliée" du débat politique et plaide pour une véritable "loi sur l’eau et la transition écologique". A court terme, c’est un projet de réforme de son financement qui inquiète l’association, puisqu’il mettrait une nouvelle fois les collectivités territoriales à – forte – contribution.



"L’eau n’a pas encore trouvé sa place dans le débat politique". En ouvrant la conférence de presse qu’organisait Amorce le 7 juillet dernier sur "l’eau, la grande oubliée de la loi Climat", Nicolas Garnier, directeur général du réseau, fait valoir que cette omission est loin de se limiter à ce seul texte. Il relève ainsi la quasi-absence "de concrétisation des assises de l’eau" ou encore que le plan de relance ne lui affecte "que 300 millions d’euros sur les 30 milliards consacrés à la transition écologique". "Soit moins que ce qui a été ponctionné sur le budget des agences de l’eau", souligne Gilles Vincent, président d’Amorce.

Nicolas Garnier reconnaît que le gouvernement n’est pas le seul fautif. "La Convention citoyenne pour le climat n’a fait quasiment aucune proposition dans ce domaine de l’eau". Il n’est donc pas illogique que le projet de loi, qui y prend sa source, "n’en parle presque pas".

S’il concède que les parlementaires ont un peu "étoffé" le texte en la matière, il recense surtout des "mesures symboliques, conjoncturelles, parfois controversées, et des rapports. Rien qui ne soit à la hauteur de l’enjeu, alors que 90% des préfets ont pris des arrêtés sécheresse l’an passé".

Il est donc plus que "temps d’avoir un projet politique". Amorce entend faire de l’eau "un thème central de la présidentielle", appelant de ses vœux une véritable "loi sur l’eau et la transition écologique", qui pose notamment "clairement un objectif de réduction des prélèvements, alors que nous consommons 30 milliards de m3 d’eau chaque année".

Gilles Vincent déplore ainsi que "l’on n’aide pas le Reuse [réutilisation des eaux usées] à se mettre en place en France". Il plaide pour que des quotas soient imposés dans les contrats. "C’est le seul moyen d’avancer, puisque cette filière coûte plus cher – environ 20% de plus que l’eau qui nous vient du canal de Provence", précise celui qui est également vice-président de la Métropole Toulon Provence Méditerranée.

Le prix n’est toutefois par le seul frein. "Le cadre réglementaire français reste très peu favorable au Reuse", estime Muriel Floriat, responsable du pôle Eau d’Amorce. "La plupart des usages – lutte contre les incendies, nettoyage de la voirie… – ne sont pas cadrés, alors que les expérimentations concluantes sont nombreuses. Chaque dossier est une épreuve", dénonce-t-elle, déplorant que le décret prévu par la loi Agec "peine à sortir, après que l’Anses a émis un avis défavorable au projet de texte prévu l’an passé".

Et de pointer certaines incohérences, comme le fait que "les contraintes pesant sur l’eau à la sortie d’une station d’épuration ne soient pas les mêmes que celles pesant sur l’eau prélevée 10 mètres plus loin", ou encore le traitement différencié de l’eau des piscines selon qu’elle est dans le bassin ou vidangée. "Les ARS ne sont pas moteur", observe Nicolas Garnier, qui regrette l’attitude "un peu ceinture et bretelles" de ces agences.

Amorce souligne aussi que le projet de loi 3DS (ou "4D") – qui pourtant ne ferait, lui-aussi, pas grand cas de l’eau – n’est pas sans risque. "Le texte prévoit notamment que les préfets coordonnateurs de bassin présideraient systématiquement les conseils d’administration des agences de l’eau. Une mesure guère décentralisatrice…", tacle Nicolas Garnier.

Mais c’est surtout un projet de réforme du financement de l’eau – qui pourrait prendre corps dans la prochaine loi de finances – qui suscite les inquiétudes. "Le gouvernement entend refondre la redevance de pollution domestique et la redevance pour modernisation des réseaux de collecte, aujourd’hui payées par les ménages et assimilés, pour les remplacer par une ’redevance’ qui serait due par les stations d’épuration, en fonction de leur type et des résultats obtenus", détaille Muriel Floriat.

Si cette dernière peine à percevoir "l’amélioration de la performance environnementale du système" avancée par le gouvernement, elle relève que seront en revanche certains "le transfert des charges de gestion aux collectivités, et du risque d’impayés, non évalués, et une complexification de l’ensemble, puisque l’on passera des six systèmes des agences de l’eau à des milliers".

Amorce y voit aussi la remise en cause des principes "pollueur-payeur" et "préleveur-payeur", et plus largement "du modèle de la gestion de l’eau à la française".

Plus encore, Nicolas Garnier redoute l’instauration rampante d’une "TGAP de l’eau", "une nouvelle taxe de rendement pour l’État, qui ne financerait plus qu’à la marge la gestion de l’eau, comme c’est le cas aujourd’hui avec les déchets" Une taxe qui risquerait selon lui là encore d’être "augmentée lourdement, tant il est plus facile de taxer les collectivités que les contribuables, surtout en avançant un motif environnemental".

Les responsables d’Amorce seront reçus la semaine prochaine par Barbara Pompili.

Marc Laimé - eauxglacees.com