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COVID-19 et nettoyage des rues : les mensonges de la mairie de Paris

20 avril 2020

par Marc Laimé - eauxglacees.com

La mairie de Paris a procédé le dimanche 19 avril à une véritable opération de désinformation, le jour même où Anne Hidalgo présentait son “plan de déconfinement”, et quelques heures avant la conférence de presse d’Edouard Philippe et d’Olivier Véran, dédiée à “l’après 11 mai”. Il s’agissait de camoufler les responsabilités écrasantes de la Ville, relativement à la présence de COVID-19, détectée par le laboratoire d’Eau de Paris, dans le réseau d’eau brute non traitée de la capitale, héritage historique d’une histoire complexe. Une eau brute non traitée qui est notamment utilisée pour nettoyer les rues de la capitale. Révélations sur une grossière mystification.



Comme l’histoire menaçait de fuiter, mieux valait prendre les devants.

Le matin, Anne Hidalgo avait annoncé à grands sons de trompe son “plan de déconfinement” dans le JDD :

https://www.lemonde.fr/politique/ar...

A 17h30 on aurait Philippe et Véran qui vont capter l’attention de tous les medias.

On va donc se faufiler entre les deux, sachant de surcroït que le dimanche, en ce moment, une partie des rédactions sera absente.

Idéal.

La mairie adresse dans l’après-midi à son contact habituel à l’AFP un communiqué qui prétend révéler une alerte sanitaire : la présence “à des doses infimes” (quelle dose on ne le saura jamais), de COVID-19 dans le réseau d’eau non potable (ENP), réseau dont il est seulement indiqué en quelques mots qu’il sert à “nettoyer les rues et arroser les parcs et jardins”.

Pourquoi, comment, par qui, avec quel matériel, dans quelles conditions en pleine pandémie, on n’en saura pas davantage non plus.

Balayeuse -.

Ensuite, et c’est ici que nous atteignons des sommets de désinformation, le communiqué de la Ville, repris in extenso par l’AFP, qui n’a procédé à aucune vérification de quoi que ce soit, poursuit en indiquant qu’il n’y a aucun risque pour la consommation d’eau potable car il s’agit de deux réseaux totalement distincts, celui de l’eau potable, et celui de l’eau non potable. Mais que la Ville a toutefois saisi l’ARS pour avis, au nom du “principe de précaution”

Du coup on se demande bien pourquoi saisir l’ARS ?

En déplaçant ainsi l’attention sur l’eau potable, il s’agit pour la Ville, tout en réfutant un péril imaginaire qui n’existe pas, et qu’elle a elle-même inventé (zéro risque avec l’eau potable), d’occulter les risques bien réels que représente la présence de COVID-19 dans le réseau d’eau non potable. Risques face auxquels la Ville s’est montrée gravement défaillante depuis trois mois, comme on le verra plus loin.

Opération parfaitement réussie. Dans la soirée, peu avant ou peu après 19 heures, France Info, 20 Minutes, L’Express, Le Parisien, Le Monde…, reprennent tour à tour, comme l’AFP, et sans davantage vérifier quoi que ce soit, la propagande de la mairie…

Misère du journalisme par temps de Corona ! Car ce sont les mêmes qui nous bassinent à longueur de colonnes et d’émissions spéciales, avec les fake news, le décodage, la validation de l’information par les “professionnels de la profession”…

https://www.lexpress.fr/actualite/s...

http://www.leparisien.fr/societe/co...

https://www.lemonde.fr/sante/articl...

Puis suivront d’autres manoeuvres d’enfumage caractérisé, comme ce "dossier" calamiteux de 20 minutes :

https://www.google.com/amp/s/m.20mi...

Il aurait pourtant été simple de creuser un peu, afin d’expliquer aux lecteurs ce qu’est ce réseau d’eau « non potable »…

Un héritage contesté

Sans même remonter aux frères Mercier et revisiter tout l’historique de l’adduction d’eau à Paris, qui a donné lieu à la publication d’innombrables livres et travaux de recherche, il est désormais aisé de découvrir en quelques clics que notre actuel « réseau d’eau brute non traitée » (ENP), fut en réalité, jusqu’à Napoléon III, le premier réseau d’eau potable de la capitale…

Ce n’est que lorsque l’ingénieur Belgrand, dans le cadre des grands travaux haussmanniens, invente sa fameuse « dunette », que tout va changer.

Sous toutes les rues de la capitale Belgrand construit en effet un réseau ovoïde, visitable par l’homme, dont le piétement au sol accueille l’égoût, tandis que deux gros tuyaux sont suspendus sous sa voûte ; l’ex-réseau d’eau potable, transformé en réseau d’eau non potable, et le nouveau réseau d’eau potable, totalement reconfiguré par Belgrand, car Paris va désormais puiser la moitié de ses besoins dans la Seine, l’autre moitié étant acheminée par des aqueducs gravitaires depuis la Normandie, l’Yonne et la Bourgogne.

Des grands travaux, connus dans le monde entier, devenus depuis lors des pièces maîtresses du patrimoine historique de la Ville Lumière.

Et c’est donc depuis cette époque que Paris arrose ses parcs et lave ses rues, non avec de l’eau potable, comme toutes les autres villes, mais grâce à ce second réseau d’eau non potable, car non traitée, puisée dans la Seine et dans le canal de l’Ourcq.

Tiens, tiens, la Seine et le canal de l’Ourcq, ça nous rappelle quelque chose. Ah, oui, nos fameuses « baignades en Seine » et les JO de 2024, dont nous avons déjà maintes fois dénoncé l’imposture.

Bref, cahin caha, notre second réseau va continuer à vivre sa vie dans l’ombre jusqu’au début des années 2000 et le retour en gestion publique de l’eau à Paris, réalisé par Bertrand Delanoë et son adjointe verte Anne Le Strat.

L’ex-Tsarine d’Eau de Paris, qui quittera ses fonctions en 2014, écolo de combat, découvre l’existence de ce second réseau, et commence dès lors, lors de son second mandat. à dresser des plans sur la comète. « C’est une ressource fantastique, ça permettra de lutter contre le changement climatique, de rafraîchir la ville contre les îlots de chaleur, et patati et patata… »

Et d’organiser en décembre 2009 une « Conférence de consensus » sur notre second réseau, nous y étions. Une comédie bien dans l’air du temps. Un aréopage plus vert que moi tu meurs. Notre second réseau se voit dès lors paré de toutes les vertus, encore un peu à lui tout seul il va sauver la planète, même que tant qu’à faire on va aussi vendre de l’eau non traitée aux ploucs de la banlieue. Bref on avait redécouvert la 8ème merveille du monde. Qu’importe dès lors que les cinq bureaux d’étude mobilisés pour évangéliser les représentants du peuple parisien que nous étions, se révèleront infoutus de se mettre d’accord sur l’état du réseau, les investissements à consentir pour le remettre à niveau, etc., etc. L’intendance suivra, comme dirait Hidalgo pour les baignades.

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Avis de la Conférence de consensus - décembre 2009 -.

Passons sur les détails, rien n’a suivi, le réseau s’est encore dégradé, mais la Ville a réalisé une juteuse opération immobilière en refourguant une partie de ses emprises foncières.

Les années ont passé, la successeuse de la Tsarine, une autre verte, a pris le relais. Il y a eu la COP-21, les JO, on en passe et des pires. Et maintenant le Corona.

Et c’est là que ça se gâte.

COVID-19 et nettoyage des rues

Nous y sommes, voici ce que l’opération de désinformation ourdie hier par la mairie voulait à toute force dissimuler.

Notre eau non potable servirait donc à nettoyer les rues.

C’est vrai.

Toutes les Parisiennes et tous les Parisiens ont vu nos sympathiques agents de la propreté, armés de leurs grands balais, arpenter les rues pour, après avoir ouvert une « bouche à clé », les branchements au réseau d’eau brute non traitée, organiser leur déversement dans les caniveaux, et s’aider de ce flux pour chasser de leur balai les détritus de la chaussée vers les bouches d’égout.

Bouche à clé -.

Mais il y a mieux.

Chaque jour que Dieu fait, toutes les Parisiennes et tous les Parisiens ont aussi vu les petites camionnettes et mini-camions de couleur verte de nos amis de la propreté arpenter toutes les rues de la capitale pour nettoyer leurs chaussées, comme les places ou viennent de se tenir les marchés, à l’aide de puissantes lances qui projettent sur la chaussée un épais brouillard d’eau et d’air, un véritable… nuage de gouttelettes, dont nous découvrons seulement aujourd’hui, qu’elle contiennent des doses « infimes » de COVID-19 !

Balayeuse -.

On nous l’a expliqué sur tous les tons : la contamination s’effectue par voie aérienne, par émission de postillons…

Dans le genre postillons, la petite camionnette verte c’est un tsunami !

Vous ne l’aviez pas vu venir, celle-là, amis joggers à Paris, c’était bien la peine de râler contre Hidalgo et de demander "rue ouverte"...

Mise en danger de la vie d’autrui

Depuis les ordonnances adoptées dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, la Ville de Paris, comme toutes les collectivités locales, était tenue de mettre en œuvre un plan de continuité d’activités (PCA) instauré à la suite de l’épidémie de H1N1 en 2009. Le Haut conseil de la santé publique, l’Institut national de la recherche et de la sécurité (INRS), spécialisé dans la prévention des accidents du travail, l’ANSES, ont multiplié depuis deux mois les avis sur les précautions à prendre en matière d’assainissement…

Ainsi, selon un rapport de l’INRS daté de 2013, les aérosols « peuvent être mis en suspension dans l’air par les systèmes d’aération (dans les bassins biologiques, par utilisation d’air comprimé, soufflettes, …) ou par déplacement de matières (convoyage, pelletage des boues) ou encore lors de chutes d’eau et d’utilisation d’eau (filtres à bande, filtre-presse, rétrolavage des grilles et toiles des procédés de traitement des boues, tables d’égouttage…).

Questions :

- Comment la Ville de Paris a-t-elle anticipé les risques liés à une possible contamination par le COVID-19 de l’eau non potable utilisée pour laver les rues de la capitale, contamination qu’elle a révélé le 19 avril 2020 ?

- Quelle est la dose exacte de la contamination (« infime »), au COVID-19 identifiée sur 4 points de prélèvements sur le réseau d’ENP par le laboratoire d’’Eau de Paris ?

- Quelles consignes ont-elles été données aux personnels de la Propreté et des Parcs et jardins qui utilisent quotidiennement cette eau non traitée ?

- Combien de personnels du service de la Propreté et des Parcs et jardins ont-ils été contaminés à ce jour par le COVID-19 ?

A suivre…

Tiens, et une chansonnette pour les « balcons » : sur l’air de Dallas (tous ensemble, tous ensemble) : « Paris et ton COVID impitoyaaaable »…

Vont être contents les lympiques et les paralympliques censés se baigner dans la Seine et le Canal de l’Ourcq, quand ils vont apprendre qu’ils pourraient nager dans un océan de Corona, dont des recherhes conduites à Harvard viennent de nous apprendre qu’il allait falloir vivre avec jusqu’en 2025…

https://science.sciencemag.org/cont...

https://www.santelog.com/actualites...

Cet après-midi, vont nous raconter en visioconférence confinée qu’on va remplacer de l’eau brute par de l’eau potable. Va falloir sortir les clés à molette, bon courage les gars... Car les 500m3 utilisés chaque jour vont désormais être prélevés sur les bouches à incendie, alimentées, elles, en eau potable...

Savoir aussi que les mêmes, la semaine dernière, justifiaient la fermeture de tous les points d’eau et fontaines de Paris, jusque dans les cimetières, et des sanisettes, par le "droit de retrait" exercé par les salariés de Decaux, concessionnaire des dites sanisettes.

Lors même qu’il s’agissait, bien évidemment, de bouter hors les murs, mano dans la mano avec Lallement, les hordes de SDF et réfugiés qui défigurent le Gross Paris.

Le mensonge et l’infamie sont leurs seules constantes. Veiller à s’en souvenir.

https://www.bfmtv.com/mediaplayer/v...

Marc Laimé - eauxglacees.com