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Comment préparer une société démocratique à un risque sanitaire d’envergure ?

13 mars 2020

par Marc Laimé - eauxglacees.com

La lecture de l’analyse approfondie d’Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à l’université Paris Saclay, publiée par The Conversation France, apparaît comme un traitement parfaitement adapté à l’ordonnance délivrée par le Professeur Macron au 20 heures...



« (…) L’OMS considère la menace épidémique liée à ce nouveau 
coronavirus comme une urgence de santé publique de portée 
internationale, cependant rien ne nous indique que la situation en
 Chine préfigure ce à quoi d’autres pays pourraient être confrontés. En France en particulier, aucun indicateur public ne justifie aujourd’hui d’amplifier le sentiment d’inquiétude.

(…)

Notre société serait-elle prête à assumer les conséquences d’une telle situation, au même titre que d’autres risques majeurs ? Quels 
dispositifs permettraient de les anticiper ? Ne manque-t-il pas une 
dimension sociétale aux mesures prescrites dans « le plan de lutte »
placé sous l’autorité du Secrétariat général de la défense et de la
 sécurité nationale ?

(Après 2009), Patrick Lagadec, spécialiste des crises non 
conventionnelles estimait qu’il allait falloir, dans les années
 suivantes : « clarifier les défis inédits des crises désormais à l’ordre du jour 
et qui nous présenteront ces objets aux formes indéfinissables, sujets à mutations potentiellement rapides, se diffractant sur toutes les dimensions du scientifique à l’éthique, du logistique au
 géostratégique, du local à l’universel . »

Dix ans plus tard qui peut affirmer que cette préconisation ait été 
intégrée aux processus décisionnels ? Certes, l’épisode du H1N1 a
 conduit à des retours d’expérience, et une crise sanitaire comme celle liée au Covid-19 est aujourd’hui anticipée dans le cadre de plans de préparation minutieusement élaborés.

Cependant, la déstabilisation planétaire que produit ce type de crise
 semble avoir principalement été prise en compte à travers des
 dispositifs épidémiologiques censés être protecteurs, tels que les
 contrôles sanitaires et la fermeture des frontières.

(…)

Actuellement, l’expertise sollicitée est celle des responsables de la
 sécurité et de la vie publique, des scientifiques ainsi que des
 professionnels de santé. On ne peut qu’apprécier l’accompagnement des informations avec discernement, pondération et souci de sollicitude.

En serait-il autrement si les circonstances, un jour ou l’autre,
justifiaient des mesures contraignantes, voire autoritaires, ayant un
 impact sur l’ensemble de la population ?

Qu’en serait-il si son implication devait s’imposer autrement que dans le contexte rassurant d’un discours qui donne à penser que la
 situation est sous contrôle, que des mesures proportionnées et de
simple bienveillance préserveront sans le moindre obstacle ce climat
 de sérénité ?

(…)

L’importance d’arbitrages justes et non-discriminants

En démocratie, l’acceptabilité sociale et l’ordre public sont
 conditionnés par la rigueur des arbitrages, leur justification 
notamment en termes de justice et de non-discrimination, une exigence de loyauté et d’intégrité. Il nous faut être assurés que l’intérêt supérieur du pays dans la gestion sécuritaire de la crise ne suscite pas une défiance, voire une dissidence qui ajouterait une crise politique à la crise sanitaire.

Ceci est particulièrement important dans le contexte actuel. La France vit en effet depuis deux ans les circonstances de mouvements sociaux qui ont surpris non seulement par leur violence, mais surtout en ce qu’ils révèlent de ressentiments à l’égard des légitimités des 
autorités et même de l’État. Faits, discours ou expertises sont 
souvent contestés, voire révoqués, notamment sur les réseaux sociaux.

Les enjeux de crédibilité et de recevabilité du discours public 
s’avèrent déterminants.

Ces considérations constituent autant de données peu maîtrisables, au même titre que la dérégulation des rapports entre les nations en des termes géopolitiques.

La menace pandémique peut, certes, susciter des solidarités autres que dans le partage des connaissances et des moyens entre scientifiques, mais sans pour autant atténuer la tentation du repliement, voire de dissidence et de positions réfractaires au bien commun.

(..)

N’est-il pas dès lors justifié, ne serait-ce que parce que la
 communication semble aujourd’hui parfaitement maîtrisée et apaisée par des données actuellement rassurantes, d’envisager une sensibilisation mesurée, pertinente de notre société aux réalités d’un risque sanitaire majeur ?

Elle s’y préparerait ainsi de manière responsable, contribuant à
 penser ensemble, dans le cadre d’une concertation publique, les 
principes et les valeurs à affirmer et à défendre dans une lutte qui
 doit être assumée en démocrates. Souvenons-nous que dans son 
étymologie, une pandémie concerne « le peuple tout entier ».

Lire l’article intégral :

http://theconversation.com/coronavi...

Lire aussi :

- La démocratie n’est pas soluble dans le coronavirus

https://blogs.mediapart.fr/jade-lin...

Jade Lindgaard, Mediapart, 12 mars 2020.

- Il n’est pas possible d’embaucher des milliers de soignants en un claquement de droit

https://www.lemonde.fr/idees/articl...

Auriane Guilbaud, Le Monde, 14 mars 2020.

Marc Laimé - eauxglacees.com