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Irrigation et changement climatique : la controverse

5 janvier 2020

par Marc Laimé - eauxglacees.com

L’un de nos lecteurs nous a adressé un long billet, que nous publions volontiers, même si nous n’en partageons pas les conclusions. Il reproche en substance aux aires urbaines, ici Bordeaux, de rejeter les eaux pluviales qui s’y déversent à la mer, au lieu d’en arroser les terres agricoles… Reste que notre lecteur ne nous indique jamais comment mettre en œuvre ces nouveaux travaux d’Hercule. Nonobstant son argumentaire éclaire les fondements de la réflexion des défenseurs de l’irrigation, et qu’il nous a paru utile, à ce titre, de le publier.



« Les prélèvements agricoles dans les nappes phréatiques en Nouvelle Aquitaine représentent 1% des précipitations annuelles ... Quand les citadins auront compris que notre ressource principale c’est la pluie et qu’il ne faut pas la jeter l’hiver pour en en avoir l’été on aura sauvé la planète ...

Ainsi, par exemple, 170 000 m3 d’eau distribués en moyenne chaque jour dans la métropole de Bordeaux (62 millions de m3 par an, c’est 40 fois le barrage de Sivens.

Cette eau douce repart dans la mer après traitement (on garde les boues toxiques pour les champs mais pas l’eau propre ...) ! Il tombe au moins 600 mm de pluie par an sur la métropole de Bordeaux (579km2) soit 300 millions de m3 par an (200 fois le barrage de Sivens) qui repartent à la mer.

Dans la métropole de Bordeaux on a au minimum 362 millions d’eau douce qui rejoignent la mer au lieu d’être recyclés ou infiltrés, c’est un million de m3 par jour (un Sivens par jour ... ) C’est 181 000 hectares de maraîchage irrigués l’été uniquement en recyclant les rejets de la métropole, de quoi garantir une production qui dépasse les besoins de la métropole... mais non, tout repart à la mer et on pompe dans les nappes !

Le code de l’Environnement impose un traitement et une infiltration de tous les rejets pour ne pas perturber le cycle de rechargement des nappes phréatiques (comme pour les maisons individuelles), et quand les infiltrations ne sont pas possibles il faut exploiter l’eau pour des usages non domestique comme l’arrosage ! Les rejets en rivières doivent rester exceptionnels pour éviter les pollutions !

Tout est écrit noir sur blanc et depuis longtemps, d’ailleurs toutes les nouvelles zones artificialisées sont aux normes mais pas les villes.

En Nouvelle Aquitaine il y a 781 000 hectares artificialisés (toits, béton goudron), Avec une pluviométrie moyenne de 700mm par an, ça donne 5 milliards de m3 d’eau douce qui n’est ni utilisée ni infiltrée...

C’est 3 fois la consommation TOTALE de toute la région (1,5 milliards de m3 pour l’eau potable, l’industrie et l’agriculture) ! Mais surtout c’est 10 fois plus que les prélèvements agricoles dans les nappes phréatiques...

Avec 50% des pluies qui tombent sur les ville de la région on pourrait irriguer la TOTALITE de la surface agricole utile de la région sans prélever une goutte dans les nappes phréatiques !

Des mesures de restrictions d’eau ont été mises en place cet été dans 87 départements.

D’année en année le phénomène s’accentue, sans jamais s’attaquer aux villes qui ne recyclent pas l’eau !

En France la consommation totale d’eau (potable, industrie et agricole) ne représente que 2.5% des pluies annuelles. On serait capable d’envoyer des sondes sur Mars pour trouver des traces d’eau mais on serait incapable de capter plus de 2.5% des pluies sur terre ?

Les sécheresses n’ont rien à voir avec le réchauffement climatique, c’est juste une très mauvaise gestion des pluie. On ne peut pas passer trois saisons à évacuer massivement la pluie vers la mer et prétendre avoir de l’eau l’été ! Les agriculteurs sont les seuls à avoir le bon sens de faire des réserves d’eau l’hiver pour épargner les nappes l’été. Faisons tous des réserves l’hiver, mettons les villes aux normes et on ne parlera plus jamais de restrictions d’eau...

La végétalisation des surfaces (agricoles et urbaines) est indispensable l’été pour réguler le climat et sauver la biodiversité : un sol sec c’est un sol mort (la biodiversité des sols étant à la base de toutes les chaînes alimentaires ça explique une grande partie de l’effondrement)  !

Les sols se minéralisent essentiellement par une exposition prolongée au soleil brûlant de l’été. Sans végétation vivante l’été les sols se dégradent en libérant du CO2 au lieu d’en capturer !

Notre environnement est vert parce qu’il pleut et il pleut parce que notre environnement est vert : l’évapotranspiration n’est pas un problème c’est même LA solution au dérèglement climatique.

La réciproque est également vraie : les sols sont secs parce qu’il ne pleut pas et il ne pleut pas parce que les sols sont secs. Il ne faut jamais couper le cycle de l’eau (évaporation), c’est notre pompe à eau et notre pompe à chaleur !

Cela peut paraitre paradoxal mais la réduction de 10% par an (depuis 20 ans ...) des surfaces irriguées à contribuer à aggraver fortement le phénomène !

Planter des haies dans les champs est une goutte d’eau dans l’océan, l’ampleur du phénomène est beaucoup trop grand.

Il faut une vingtaine d’années pour qu’un arbre commence à être efficace pour le climat : on sera tous morts avant !

Les surfaces végétales sont les seules surfaces qui ne brûlent pas au soleil, qui ne stockent pas la chaleur, qui pompent du CO2, qui libèrent de l’oxygène, qui entretiennent le cycle de l’eau, qui stockent l’énergie solaire sous forme de biomasse, qui protègent la biodiversité et qui nourrissent la planète…

A condition de les maintenir en vie avec de l’eau au moment où on en a le plus besoin : l’été, donc en faisant des réserves l’hiver ! un sol sec c’est un sol mort !

Un arbre adulte (feuillus) consomme 500 litres d’eau par jour l’été, soit 5000m3 à l’hectare et par an, soit 500mm de pluie (70% des précipitations) et c’est pour cela que les forêts régulent le climat.

Si les forêts de conifères brûlent trous les étés c’est parce qu’elles évaporent deux fois moins d’eau que les forêts de feuillus donc évacuent deux fois moins de chaleur et ne favorisent pas les pluies.

AUCUN champ irrigué ne pourra consommer plus d’eau l’été qu’il n’a laissé infiltrer l’hiver.

L’eau infiltrée est utilisée par les villes, ce qui ne poserait AUCUN problème si cette eau était restituée au champ après traitement.

Pour information les boues de stations d’épuration sont épandues dans les champs et l’eau "propre" dans les rivières. Un simple retour de l’eau des villes dans les champs permettrait de diviser par deux les prélèvements dans les nappes phréatiques l’été, donc de résoudre tous nos problèmes Hydrologiques. Pas besoin d’inventer de nouvelles règles, il suffit de faire appliquer le code de l’environnement aux collectivités ...

Ce n’est pas la biodiversité qui sauvera le climat mais c’est en sauvant le climat qu’on sauvera la biodiversité !

L’agriculture est la seule activité économique dont le bilan hydrique est positif : elle infiltre plus d’eau dans les nappes phréatiques l’hiver qu’elle ne prélève l’été ! »

Marc Laimé - eauxglacees.com