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Eaux usées : Veolia et Suez tentent de tirer profit des difficultés françaises

31 janvier 2008

par Marc Laimé - eauxglacees.com

A la veille de l’annonce par le Commissaire européen à l’environnement de nouvelles menaces de poursuites contre la France, qui ne respecte pas ses obligations en matière de traitement des eaux usées, le cartel de l’eau en profite sans scrupules, vante l’excellence de ses performances en la matière, flingue au passage la gestion publique de l’assainissement, tout en posant au sauveur, moyennant les milliards d’euros qu’on imagine. Plus ça change…



La FP2E, syndicat patronal du cartel, qui se présente astucieusement sous l’appellation « les entreprises de l’eau », n’y est pas allé avec le dos de la cuiller en présentant le mercredi 30 janvier 2008 à Paris de nouveaux « indicateurs de performance de leurs services ».

Fort opportunément dans le contexte de tension entre la France et les autorités communautaires, ces fameux « indicateurs » (à l’établissement desquels nos amis ont évidemment été associés), ne sont pas totalement mirobolants pour ce qui concerne l’assainissement, tout en demeurant évidemment infiniment supérieurs à ceux des services d’assainissement gérés en régie publique…

Les indicateurs de traitement des eaux usées (assainissement) de nos amis de la FP2E témoigneraient ainsi d’un "taux de conformité des rejets d’épuration" aux seuils autorisés qui atteint 82,3%.

Comprendre pour être clair, si Veolia, Suez ou Saur gèrent une Step, on arrive à 82,3% de conformité.

Un taux (de conformité des eaux usées) "bien meilleur" que celui de la moyenne nationale, c’est-à-dire de l’ensemble des services qui comprend une bonne moitié d’opérateurs publics. Dans cas, hélas, la performance n’atteint que 52%, a souligné M. Igor Semo, de la Lyonnaise, président de la commission économique de la FP2E, en marge de la conférence de presse.

Là nos amis de Veopolaise nous prennent franchement pour des billes.

Les entreprises du secteur et les collectivités locales devront en fait, en application de la sacro-sainte LEMA, commencer à renseigner ces indicateurs à partir de cette année, conformément à un décret du 2 mai 2007, et les publier en annexe de leurs rapports d’activité à partir de 2009.

Leur suivi sera assuré par le déjà fameux Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), créé par la loi sur l’eau du 30 décembre 2006.

Dans ces conditions comment nos amis de Veopolaise, puisque nous savons que pour l’instant l’ensemble du parc public ne renseigne pas le futur « tronc commun » d’indicateurs obligatoires, peuvent-ils s’aventurer à proclamer que les services d’assainissement ressortissant de la gestion publique font chuter la performance globale de conformité des eaux usées à 52% ?

Id est nos amis racontent littéralement n’importe quoi, puisqu’à notre connaissance la Veopolaise n’assure pas encore l’autosurveillance des 13000 STEP françaises…

Comme les Satese ont été exécutés il y a peu, ça viendra peut être mais on n’y est pas encore.

Evidemment le reste est du même acabit.

Ainsi les taux des analyses bactériologiques ou physico-chimiques pour l’eau potable atteignent respectivement 99,7% et 98,6%, toujours selon la FP2E et le cabinet de conseil Bipe, qui s’est déjà illustré pour les mêmes avec des comparatifs de prix européens qu’on croirait sortis des salles de marchés de la Générale….

L’indice d’avancement de protection de la ressource, qui donne une indication des démarches entreprises pour établir des périmètres de protection, atteint quant à lui (paraît-il) un taux de 59,8%.

Quant au prix du service de l’eau, nous y voilà, il a progressé en 2007 de 3,2%, tiré par "l’inflation générale", selon la FP2E.

(Si vous pouvez me dire pourquoi l’inflation « générale » tire le prix de l’eau, écrivez !)

Pour les ménages, la dépense en eau en 2006 a représenté 1 euro par jour et par famille.

4,5 milliards de mètres cube d’eau potable ont été distribués en 2006, dont près des trois quarts par des entreprises privées.

En assainissement, 3 milliards de mètre cube d’eaux usées ont été collectés.

Les « entreprises de l’eau » ont dégagé en France en 2006 un chiffre d’affaires de 5,1 milliards d’euros, et investi 730 millions d’euros.

Opérateurs publics compris, le montant des investissements s’élève à 5,6 milliards d’euros.

Les entreprises gèrent 72% des services d’eau potable et 55% des services d’assainissement.

(Là on comprend la salve contre les services publics d’assainissement, résolument calamiteux).

Et de rappeler que nos fameuses entreprises se partagent près des trois quarts du marché de l’eau en France : Veolia (39%), la Lyonnaise des eaux (Suez, 19%) et la Saur (11%). Les opérateurs publics contrôlent 28% du marché.

Ca n’a l’air de rien, mais à marteler comme cela qu’il existe un « marché de l’eau » en France, à force on s’y habitue.

Bref, comme il fallait se refaire une santé après les salves de Que-Choisir, merci Bruxelles. Même si la recette est éculée, ça fait toujours son petit effet.

Quelques milliers de personnes en France ne seront pas dupes de l’embrouille, mais l’important c’est d’installer un bruit de fond. Et là c’est à peu près réussi, puisque l’AFP a repris sans l’ombre d’un soupçon de distance critique, voire de questionnement poli. Faut pas trop demander.

Lire :

« Les services collectifs d’eau et d’assainissement en France. Données économiques, environnementales et sociales. 3ème édition, janvier 2008. BIPE/FP2E

Marc Laimé - eauxglacees.com