Retour au format normal


Tirs de barrage contre l’écologie macronienne

1er août 2019

par Marc Laimé - eauxglacees.com

Signe des temps, les tirs croisés se multiplient qui dénoncent l’inanité de la politique environnementale de l’auteur du célèbre “Make our planet great again”. L’enjeu est d’importance puique le gouvernement n’a de cesse de marteler que l’écologie sera la pierre angulaire de l’acte II du quinquennat. Une antienne qui ne convainc pas ses contradicteurs qui crient à l’imposture.



A la veille de la trève du mois d’Aout, deux collaborateurs de Reporterre dégainent les premiers et “ouvrent le débat” avec un article-manifeste intitulé : « Compromis ou radicalité, le mouvement écolo cherche sa stratégie ».

On observera que les auteurs, Marie Astier et Gaspard d’Allens, sont parfaitement représentatifs de leur génération, la « génération climat » : tout commence avec eux, donc rien n’aurait existé avant eux, ce qui affaiblit quelque peu leur démonstration, à lire néanmoins, tant elle reflète un certain esprit du temps. Ceci sans compter qu’outre poser en arbitre des élégances, il va aussi falloir trancher entre Mélenchon et Jadot… :

« Alors que l’écologie a été propulsée au cœur du paysage politique et médiatique cette année, et que les mouvements écologistes s’étoffent, des débats stratégiques se posent. Comment discuter avec le gouvernement ? Comment parler aux classes populaires ? Reporterre lance la discussion. Enquête.

Le ton a été donné fin août 2018, avec la démission surprise de Nicolas Hulot. Ont suivi les marches et les grèves pour le climat, l’Affaire du siècle, la montée en puissance des actions de désobéissance civile, les mobilisations sur les Zad, le bon score d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) à l’élection européenne.

En un peu moins d’un an, le mouvement écologiste a grandement gagné en coffre. La révolte des Gilets jaunes est venue le bousculer du côté social, étoffant ses questionnements et son champ d’action. Dans le même temps, le gouvernement a répondu à coup de forces de l’ordre nombreuses et équipées d’armes mutilantes, de renvois devant la justice, et d’une loi dite « anticasseurs » sur les manifestations.

Dans ce paysage bouleversé, quelles stratégies le mouvement écologiste peut-il adopter ?

Reporterre a décidé de prolonger un débat commencé ici et ailleurs : la solution à la crise écologique passe-t-elle forcément par les institutions ? Peut-on encore discuter avec le gouvernement quand il mutile des Gilets jaunes, tue dans les banlieues ou gaze les activistes du climat ? Doit-on, pour amener à la cause écologique toujours plus de monde, adapter le discours ? Comment l’écologie peut-elle parler aux classes populaires ? Au cœur de ces débats, réside d’abord la question du rapport à l’État.

La frange électorale du mouvement pousse à une écologie plus institutionnelle, avec une stratégie de conquête du pouvoir. Certaines associations d’envergure nationale se spécialisent aussi dans le plaidoyer et interpellent le gouvernement sur les dossiers environnementaux. »

https://reporterre.net/Compromis-ou...

Haro sur les illusionistes macronistes

Le 30 juillet c’est lundi matin#, nos conspirateurs post situs, qui reprennent et développent la tribune que viennent de faire paraître un impressionnant aéropage d’acteurs écolos que l’on a connus plus sages, qui tirent à boulets rouges sur l’imposture macronienne, au motif de l’organisation par un ci-devant nobliau macronien d’un neo-Woodstock écolo au fin fond de nos riantes campagnes. Ca swingue…

L’« AN ZÉRO » DE L’ÉCOLOGIE MACRONISTE ?

« Comment éviter que tout « transitionne » en rond, sans que rien ne change vraiment ? »

paru dans lundimatin#202, le 30 juillet 2019

Avouons-le : jusqu’ici le débat au sujet de la tenue, du déplacement ou de l’annulation du festival « écolo-macroniste » L’an zéro est resté relativement confidentiel. Il faut dire qu’au-delà de 45°C, la question de savoir si une candidature Hulot contre Macron aux prochaines élections présidentielles permettra aux capitalistes de gratter encore cinq ans de dévastation rentable et impunie n’intéresse plus grand monde. En d’autres circonstances, le truc de la perpétuation du macronisme au-delà de Macron en la personne de son ex-ministre de l’écologie aurait constitué un escamotage promis au plus bel avenir.

Signe des temps, hier, nos confrères de Mediapart publiaient une tribune hostile à cette nouvelle et prévisible arnaque, celle-là même qui se cache derrière la communion autour de L’an zéro d’Anne Hidalgo, Mathieu Orphelin, Delphine Batho, Nicolas Hulot, Cyril Dion et toute la jeune garde des entrepreneurs
verts.

Mais le plus surprenant est que les signataires ne se trouvaient pas être seulement des groupes relevant de l’« écologie radicale », mais en outre des organisations que l’on ne peut suspecter d’une hostilité de principe à ce qu’il faut bien appeler l’« écologie gouvernementale » - ainsi de Terre de Liens, MIRAMAP (Mouvement des AMAP), Nature et Progrès, Institut Momentum, FADEAR (Fédération des Associations de Développement de l’Emploi Agricole et Rural), Union Syndicale Solidaires, Accueil Paysan, etc.

Il est aussi significatif que des groupes locaux d’Extinction Rébellion, réseau qui devait participer au festival initialement, voire des groupes locaux de Greenpeace entrés en dissidence, aient voulu signer ce texte. Sous la pression de l’apocalypse en cours, qui est toujours aussi un dévoilement, quelque chose est indéniablement en train de se passer dans le champ de l’écologie, et qui va bien au-delà de la question d’un pauvre « festoch ». Pour cette raison, et parce que de nouveaux signataires s’étaient ajoutés depuis hier, Lundi Matin a trouvé bon de reproduire à son tour cette tribune.

https://lundi.am/L-An-zero-de-l-eco...

Non à la politique de la fin du coton-tige et des pailles en plastique…

Le même jour, dans Marianne, un franc-tireur dézingue joyeusement les contorsions grotesques dont Dame Poirson s’est fait une spécialité, ce qui autorise quelques observateurs à augurer que la “Chouchoute” aura bientôt la peau de la dame de fer Borne, même l’été nulle trêve en macronie :

« Quelques homards plus tard, où en est l’écologie gouvernementale ?

« Après le départ de Nicolas Hulot, la création d’un Conseil de défense écologique, le départ d’un marquis aux petits pieds prêt à se rallier à toutes les causes pour peu que cela lui permette de faire briller sa particule au firmament de la vacuité politique, et enfin la nomination d’une techno qui cumule transports et écologie, essayons de faire un point.

Depuis que Macron a décidé que le bon niveau pour l’écologie, c’était l’Europe, c’est peu de dire que la présence d’un ministre de l’Écologie dans le gouvernement est inutile sinon pour signer en catimini des arrêtés favorables à la chasse et autres dérogations à la règle pour des agriculteurs qui construisent des retenues sans autorisations.

(…)

« C’est le Ministère de la Parole qui s’agite et produit du vent. Pas besoin de crédits affectés à ce Ministère. A défaut de mesures cohérentes, on continuera de taxer en faisant croire que c’est bon pour la planète.

C’est la politique du brumisateur, de la gourde, de la fin du coton-tige et des pailles en plastique, du mousseur de robinet, et de la brosse à dents au manche en bambou. C’est dire si le climat va s’améliorer ! »

https://www.marianne.net/debattons/...

Écologie : pourquoi bouge-t-on si peu ? | Revue Projet

"Notre maison brûle, nos sociétés marchent sur la tête, mais l’on regarde ailleurs. Pourquoi ? La sidération se conjugue avec l’illusion qu’on aura le temps et l’incapacité à imaginer d’autres issues. D’où l’importance de démontrer, par l’exemple, qu’autre chose est possible. Et enthousiasmant.

On peut lire les grands enjeux de notre temps à travers le prisme de trois grandes insoutenabilités (financière, sociale, écologique)1. Si cette dernière n’est guère perceptible à l’aune du seul produit intérieur brut, elle est évidente si l’on regarde l’aggravation de l’empreinte écologique. L’alerte a été lancée maintes fois : il faudrait plusieurs planètes pour étendre le mode de production, de consommation et de déjection des pays occidentaux à toute la population humaine. Dès lors que l’Inde et la Chine ont adopté ce modèle, l’insoutenabilité est patente. Les pays en développement sont les premiers concernés. Selon les autorités chinoises, au rythme actuel de désertification, d’urbanisation, d’usage de la voiture, il faudra déménager Pékin d’ici une trentaine d’années : la barrière forestière qui sépare la ville du désert de Gobi est de plus en plus fragilisée et les vents de sable menacent la capitale, déjà gravement polluée, d’ensablement.

L’insoutenabilité sociale se manifeste de façon spectaculaire par le creusement des inégalités : selon Oxfam, la fortune personnelle de 67 personnes2 est égale aux revenus cumulés de la moitié des habitants de la terre (3,5 milliards). En 1998, selon le Programme des Nations unies pour le développement, la fortune de 225 d’entre elles équivalait au revenu de 2,5 milliards d’êtres humains. On marche sur la tête ! Jamais les inégalités entre classes sociales n’ont été si fortes. Ce que confirme Warren Buffet : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner. » Cette situation est aggravée par la machine à aspirer la richesse au profit d’une petite fraction de la population mondiale3. Les effets sont dramatiques sur le plan démocratique : le passage d’une économie de marchés à une société de marchés4 signifie que tout devient marchand, y compris les relations humaines ou amoureuses, le politique, les enjeux éducatifs et spirituels, etc. En détruisant la substance même des sociétés, leurs valeurs, leur identité, ce fondamentalisme marchand ouvre des autoroutes au fondamentalisme identitaire.

L’insoutenabilité financière est perceptible, elle, dans le volume des transactions sur les marchés financiers, trente fois supérieur à celui des échanges de biens et services. Une montagne spéculative gonfle des bulles aux conséquences de plus en plus désastreuses.

Face à un tel constat, tout le monde devrait être sur le pont, interpeller les responsables publics, déclencher des pressions citoyennes, des mouvements alternatifs. Mais dans le flot des catastrophes annoncées tous les matins (sans être hiérarchisées), les problèmes liés au climat, à l’énergie, à la biodiversité, à la crise financière, finissent par tomber dans l’escarcelle du « tout va mal ». Et même si, pour des fractions croissantes de la population, les conséquences sont redoutables, nos modes de vie et d’organisation ne sont guère ébranlés. Bernard Perret évoque une situation de « drôle de guerre » : on sait que l’on est entré dans une période absolument dramatique de l’histoire, mais rien n’a fondamentalement changé. Pourquoi ? Comment dépasser l’inertie ?

Des contradictions qui paralysent

Nous sommes confrontés à plusieurs contradictions. La contradiction émotionnelle est liée à la gravité même de la situation. Les diagnostics alarmistes n’émanent plus simplement de militants, mais aussi de groupes d’experts comme le Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (on prend le chemin de ses prévisions les plus pessimistes). Un rapport financé par la Nasa, étudiant dans l’histoire les effondrements d’empires et de civilisations, explique qu’il est en train de se produire la même chose, au niveau mondial cette fois. Il repère deux causes majeures : la destruction des écosystèmes et le creusement des inégalités sociales, avec des oligarchies complètement autistes. Seulement, plus on en reste à une logique d’alerte et de dramatisation qui, rationnellement, devrait provoquer davantage de convergence et d’énergie, plus le choc, au contraire, produit de la peur, du repli et, finalement, de l’impuissance.

Plus on en reste à une logique d’alerte et de dramatisation, qui devrait provoquer davantage de convergence et d’énergie, plus le choc produit de la peur, du repli et de l’impuissance.

Cette contradiction se retrouve face à l’explosion des inégalités : les catégories intermédiaires devraient repérer combien la logique de captation des richesses par les ultra-riches est la cause principale de leur déclassement. Mais les ultra-riches leur paraissent tellement inaccessibles que les classes moyennes, se sentant menacées, cherchent à maintenir une distinction sociale en se retournant contre plus pauvres qu’elles : aujourd’hui contre les immigrés, les « fainéants » au RSA, les Roms… Wilhelm Reich parlait de la « peste émotionnelle ».

À cette contradiction émotionnelle, il faut ajouter la contradiction temporelle. Certes, la gravité des enjeux écologiques est à court terme (2050 est un très court terme écologique) mais, sur le plan social, pour des milliards d’êtres humains, « le projet de vie est à 24 heures » pour reprendre une expression de Bertrand Schwartz. 2050, ou même 2030, c’est une éternité quand on se demande comment survivre ou faire survivre sa famille dans les jours qui viennent. Cette double contradiction tend à faire diverger les forces écologiques et sociales.

Or on n’avancera pas sur les défis écologiques si l’on n’avance pas aussi – et prioritairement – sur la question sociale. Il revient aux mouvements écologistes de l’entendre, et au mouvement syndical de faire sienne la question écologique. Une vaste coalition qui dirait, par exemple : « Les dizaines de milliards de la fraude fiscale, profitant du poumon des paradis fiscaux, sont intolérables au regard des investissements écologiques et sociaux nécessaires », donnerait une base de négociations. Elle pourrait inviter à substituer la sobriété (on attaque le superflu des ultra-riches) aux logiques d’austérité (on attaque le nécessaire des plus pauvres).❞

https://www.revue-projet.com/articl...

https://www.revue-projet.com/meta-s...

Marc Laimé - eauxglacees.com