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SIAAP : et maintenant le saturnisme…

14 mars 2019

par Marc Laimé - eauxglacees.com

Les plaines d’Achères, Carrières-sous-Poissy et Triel-sur-Seine dans l’Ouest parisien ont reçu des décennies durant depuis le début du XXème siècle les boues d’épuration issues du traitement des eaux usées de l’usine géante d’Achères, du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de la région parisienne. Au point de menacer la santé humaine ? L’affaire intervient au plus mauvais moment, à l’heure où une polémique oppose le gouvernement à des associations d’élus, la FNNCCR et la FP2E sur le compostage des boues, sans même évoquer la propagande forcenée en cours sur le « re-use »…



Eddie Aït, élu écologiste et radical au conseil régional d’Ile-de-France, ancien maire de la ville, vient en effet de déposer plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui, après des expositions anormales au plomb relevées dans les plaines d’Achères, Carrières-sous-Poissy et Triel-sur-Seine.

Une première qui pourrait remettre en question des décennies de traitement des eaux usées en région parisienne. Pendant plus d’un siècle, cette vaste étendue a en effet accueilli les boues des égouts de la région parisienne, entraînant une pollution aux métaux lourds comme l’a révélé en octobre 2018 un rapport commandé par l’Agence régionale de santé.

Deux cas de saturnisme ont été relevés depuis lors chez deux habitants de Carrières-sous-Poissy. « La situation est préoccupante et les risques sont élevés pour les populations. Certains terrains présentent des taux cinq fois supérieurs au seuil d’alerte réglementaire », précise l’élu.

Si la plainte est dirigée contre X, elle vise indirectement le SIAAP. « Cette technique de valorisation agricole est possible après contrôle de la qualité des boues qui contiennent des éléments nutritifs utiles au développement des plantes », a discrètement répondu le syndicat.

Au-delà du risque environnemental, la procédure vise à établir des responsabilités afin d’aboutir à des contraintes financières au nom du principe « pollueur-payeur ».

Avec, en ligne de mire, l’assainissement de cette plaine également polluée par les dépôts sauvages.

Polémique sur le compostage des boues d’épuration

Le compostage des boues mélangées avec des déchets verts constitue le second débouché - après l’épandage agricole traditionnel - pour ces déchets issus de l’assainissement des eaux usées.

Mais en amont du second volet des Assises de l’eau, associations d’élus et professionnels de l’assainissement et de la valorisation organique s’alarment des mesures contenues dans le volet agricole de la Feuille de route pour l’économie circulaire (Frec) rendue publique en février dernier au Salon de l’Agriculture, qui menacent selon eux l’avenir de la filière.

Chaque année trois millions de tonnes de boues de Step, transformées en compost après un mélange avec des déchets verts sont recyclées par l’agriculture, tandis que six autres millions de tonnes font l’objet d’un épandage traditionnel.

Mais la Frec prévoit donc un traitement séparé des flux de déchets organiques. Avec pour conséquence possible l’interdiction de mélanger boues de Step et déchets verts, « condamnant la filière du compostage », alertent les associations d’élus et les professionnels de l’assainissement et de la valorisation dans un communiqué commun, diffusé le 12 mars.

Ils « demandent à ce que cette filière, qui produit des matières fertilisantes de qualité (normalisées, hygiénisées), soit au contraire encouragée ».

Pourtant, « la filière répond aux exigences de qualité et de traçabilité », argumentent-ils, « puisque les composts de boues respectent sans difficulté les mêmes critères de qualité que ceux applicables aux composts de biodéchets » et « la traçabilité réclamée par le volet agricole de la Frec s’applique déjà de longue date ».

« Interdire de façon dogmatique le mélange des déchets organiques reviendrait donc à condamner le compostage des boues, voire le principe même de leur retour au sol. La seule alternative serait alors de les incinérer ce qui aurait un impact significatif sur le prix des services d’eau, réduisant le pouvoir d’achat des Français », avertissent les signataires. Et de conclure : « Dans ces conditions, un des objectifs majeurs du volet agricole de la Frec, qui consiste à augmenter la part des fertilisants issus de ressources renouvelables, ne pourra être atteint ».

La possible ouverture de la boite de Pandore pourrait aussi soulever un épineux problème, que tous les acteurs ont soigneusement planqué sous le tapis depuis des lustres.

Comment les boues peuvent-elles, tout à la fois, être considérées comme des déchets, dont l’usage demeure sévèrement encadré depuis les textes historiques de 1978, et avoir « en même temps », miraculeusement mué en « compost » ?

Ceci sans même évoquer l’épuisement de la filière des déchets verts ?

L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Brune Poirson, promue cheftaine de l’économie circulaire, n’est pas sortie de l’auberge.

Voir aussi :

- La commission européenne met en oeuvre le plan d’action en faveur de l’économie circulaire :

http://europa.eu/rapid/press-releas...

- Nouvelles règles pour encourager la réutilisation de l’eau dans l’agriculture :

https://www.europarl.europa.eu/news...

(By courtesy of Thierry Uso, Eau secours 34 et European Water Movement).

Marc Laimé - eauxglacees.com