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Le Président et le Chlordecone

4 février 2019

par Marc Laimé - eauxglacees.com

Les Outre-mers portent décidément la scoumoune à Emmanuel Macron. Interpellé par un sénateur guadeloupéen sur ce scandale sanitaire majeur lors d’une rencontre à l’Elysée le 1er février, le Président de la République s’est enfermé dans le déni, s’attirant quelques heures plus tard une réponse cinglante de deux chercheurs éminents faisant autorité sur le sujet.



Le Grand débat national est décidément un précipité calamiteux de “Bonjour Monsieur le maire” et du “Jeu des mille francs”, émissions iconiques qui firent les grandes heures de la radio dans les années 60.

A ceci près qu’à l’heure du Nouveau Monde, l’affaire se matine de prêches hallucinés en bras de chemise façon téléévangélistes hallucinés de la Bible Belt. Jeremy Fallwell chez Cyril Hanouna, tout cela va évidemment très mal finir, comme on vient donc à nouveau de le constater.

Déjà l’affaire avait mal commencé. Sur 160 maires des Dom-Tom invités à l’Elysée pour le prêche, à peine une maigre cinquantaine avaient fait le déplacement. Après les rituels numéros de claquette des édiles énamourés qui font désormais l’ordinaire des chaînes de la TNT, l’affaire n’a pas tardé à tourner vinaigre.

Le sujet du chlordécone a en effet provoqué une vive passe d’armes entre le Président de la République Emmanuel Macron et le sénateur de Guadeloupe Victorin Lurel.

Le parlementaire avait mis en exergue les travaux du Professeur Blanchet sur la dangerosité de la molécule chlordécone sur la santé.

Répondant au sénateur, le chef de l’Etat n’a pas craint d’affirmer « qu’il ne fallait pas dire que c’est cancérigène, parce qu’à la fois on dit quelque chose qui n’est pas vrai et on alimente les peurs » a-t-il ajouté.

Quelques heures plus tard, dans un communiqué cosigné avec le Professeur Luc Multigner, directeur de recherche à l’Inserm, le Professeur Blanchet rappelait quelques évidences.

Soulignant par exemple que dès 1979, le Centre International de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’OMS, a établi « qu’il existe des preuves suffisantes pour considérer que le chlordécone est cancérogène chez la souris et le rat » et qu’en absence de données chez l’homme, il était raisonnable, à des fins pratiques, de considérer le chlordécone comme s’il présentait un risque cancérogène pour l’homme ».

L’institution classera en 1987 la molécule dans la catégorie cancérogène 2B (peut-être cancérogène pour l’homme).

Avant de rappeler « qu’en 1981, le Département de la Santé et des services sociaux des Etats a estimé que le chlordecone pouvait être raisonnablement considéré comme cancérigène pour l’homme ».

Une déclaration ensuite appuyée par l’Agence de Protection de l’environnement (EPA), des Etats-Unis.

Même reconnaissance en Europe où le chlordecone est classé comme cancérogène possible.
Les professeurs ont indiqué que leurs travaux ont été publiés dans la littérature médicale internationale en 2010 et n’ont pas été pour l’heure contredits par d’autres recherches scientifiques.

Communiqué 1 -.

Communiqué 2 -.

Lire aussi :

- Chlordecone aux Antilles, le scandale oublié

https://reporterre.net/Chlordecone-...

Patrick Piro, Reporterre, 21 janvier 2014.

- Mais pourquoi Emmanuel Macron ment-il sur le chlordecone ?

http://fabrice-nicolino.com/?p=4771

Fabrice Nicolino, Planète sans visa, 2 février 2019.

- A l’Elysée, les maires d’Outre Mer au bord de la rupture

https://www.lagazettedescommunes.co...

La Gazette des communes, 4 février 2019.

- Grand débat : l’Etat ne respecte délibérément pas des règles qui s’imposent à lui.

http://www.courrierdesmaires.fr/798...

Le Courrier des maires, 5 février 2019.

- Quel est l’état des connaissances scientifiques sur le chlordecone ?

https://www.liberation.fr/checknews...

Libération, 6 février 2019.

- Pas de grand débat sur le chlordecone

https://blogs.mediapart.fr/axel-sav...

Axel Savoye, Mediapart, 8 février 2019.

Marc Laimé - eauxglacees.com