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La politique agricole commune finance (aussi) la pollution…

1er juin 2018

par Marc Laimé - eauxglacees.com

La Politique agricole commune (PAC) est critiquée de belle date. Elle ne parvient pas à stabiliser son budget. L’élargissement de l’Europe à vingt-huit pays a généré de nouveaux problèmes de fonctionnement. Et ses aides profitent essentiellement aux pays producteurs et aux propriétaires d’importantes exploitations agricoles. Mais désormais il y a plus, ou plutôt pire.



Car d’après une enquête du journaliste d’investigation Mark Lee Hunter, non seulement, les aides sont proportionnelles aux surfaces de l’exploitation, mais c e sont les exploitations les plus polluantes qui reçoivent le plus de subventions européennes…

Pour parvenir à cette conclusion, le journaliste a croisé deux jeux de données : la liste des bénéficiaires des aides de la PAC et les montants alloués d’une part, et celle qui répertorie les émissions d’ammoniac par exploitation d’autre part, seule pollution qui soit suivie à l’échelle des exploitations.

L’ammoniac qui provient principalement des activités agricoles est un composé chimique dont l’odeur âcre est caractéristique. Il peut impacter sévèrement la santé humaine et la vie sauvage lorsqu’il est relâché dans l’environnement.

Mais le système de suivi des émissions d’ammoniac est imparfait. Ainsi, seules 3% des émissions d’ammoniac liées à l’élevage sont répertoriées dans cette base de données, alors que l’élevage représente 64% des émissions d’ammoniac en France.

Par ailleurs, alors qu’il existe 31 000 fermes porcines et/ou avicoles, seules 727 d’entre elles figurent dans la base de données ! Sans compter que les fermes bovines n’y figurent pas alors qu’elles sont de grosses contributrices...

Une prime à l’élevage intensif

En 2015, les 20 premières fermes ont touché plus de 115 000 euros chacune, en moyenne, de la part de la PAC. Ces montants très importants par rapport aux versements standards fait que ceux qui déclarent le plus de pollutions reçoivent énormément de subventions.

Pour le gérant d’une exploitation porcine : « C’est simple, les prix des porcs sont bas, donc on doit en produire beaucoup pour s’y retrouver, et la PAC aide uniquement les agriculteurs sur le critère de la taille des exploitations ».

C’est en effet essentiellement sur la base du nombre d’hectares de terres cultivables que sont calculées les subventions versées aux exploitants. Cela incite donc à agrandir la taille de sa ferme en cultivant davantage d’hectares. Cela pousse aussi à intensifier les productions intervenant sur des petites surfaces comme les cochons et les poulets.

Ainsi les éleveurs porcins bretons possèdent deux fois plus d’animaux qu’il y a 10 ans, soit environ 1500 porcs pour une exploitation moyenne. C’est énorme et seule une véritable politique de réduction du nombre d’animaux pourrait permettre d’agir réellement sur la pollution à l’ammoniac liée à l’élevage.

Quant au suivi des pollutions environnementales, le minimum n’est même pas respecté. Il faudrait plus de transparence et un suivi digne de ce nom. Les seuils à partir desquels les fermes déclarent les pollutions de leur élevage devraient être abaissés et il serait bien sûr nécessaire de suivre d’autres polluants que l’ammoniac.

La PAC devrait encourager à respecter l’environnement et non pousser les agriculteurs à toujours plus d’intensification. Pour cela, il faudrait plafonner toutes les aides pour favoriser la création de valeur ajoutée et non l’agrandissement systématique des fermes, puis fixer un seuil à partir duquel les agriculteurs ne pourraient plus toucher de subventions s’ils possèdent plus d’un certain nombre d’animaux par hectare.

Prévue pour 2021, les négociations réformant la PAC ont déjà débuté. D’ici à la fin du premier semestre 2018, la Commission européenne devrait avoir remis ses premières propositions et les budgets de la politique agricole et des régions devraient diminuer, de l’ordre de 5 à 8%, voire jusqu’à 12% selon le quotidien Le Monde du 31 mai !

La France a déjà fait savoir qu’elle était opposée à cette baisse des subventions, mais Emmanuel Macron ainsi que Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, se gardent bien de proposer une autre proportionnalité des aides. Pour l’instant donc, avec ou sans baisse prochaine des aides, l’argent du contribuable continue à être utilisé pour financer les grosses exploitations et la pollution de l’environnement…

Lire aussi :

- La terre marchandisée

https://blogs.mediapart.fr/les-econ...

Le blog des Economistes atterrés, Mediapart, 31 mai 2018.

- La séquestration du carbone dans les sols, une fausse solution miracle

http://www.liberation.fr/planete/20...

Libération, 31 mai 2018.

Marc Laimé - eauxglacees.com