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Pari gagné, Paris baigné, mais Paris inondé, puis Paris asséché !

10 mai 2018

par Marc Laimé - eauxglacees.com

La funeste course aux Jeux Olympiques engagée par la capitale française, et “gagnée” dans des conditions sur lesquelles la justice ne devrait plus trop tarder à se pencher, va, comme nous l’avons de belle date souligné, tourner au véritable cauchemar pour ses initiateurs, et surtout pour les Franciliens. Les fumeuses et ineptes “Baignades en Seine” n’auront jamais lieu, mais Paris, à terme, subira une inondation catastrophique, avant que la Seine ne s’assèche d’ici à quelques dizaines d’années, comme le dessine sans équivoque un récent rapport de la Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France.



La facture monte, monte et explose ! Quel est aujourd’hui le montant de l’addition pour les fumeuses baignades, que nous ont révélé des acteurs de l’opération, qui refusent de s’exprimer officiellement sur ce dossier « pourri de a à z », selon leurs propres termes ?

Selon ces sources, très bien informées, le montant, officiel, de la douloureuse s’établit déjà à… une enveloppe comprise entre 1,2 et 1,7 milliard d’euros.

Avec un calendrier tellement contraint que c’est infaisable, avec des engagements nécessaires de tout le monde qu’il est impossible d’obtenir.

Pour atténuer le choc de la facture (prévisionnelle, on sait que ces choses là n’ont pas tendance à baisser en phase travaux…), le discours est que 85% du coût est lié à l’atteinte des objectifs fixés par la Directive-cadre européenne sur l’eau du 23 octobre 2000 (DCE) !

(On se souviendra que la DCE imposait à la France de rétablir un "bon état écologique et chimique" de toutes les masses d’eau en 2015, avec des délais possibles, si motivés, jusqu’en 2021 et 2027. Tout le monde reconnaît aujourd’hui que ces objectifs ne seront pas atteints, même en 2027, ce qui exposera la France à des poursuites. Mais, bien sur, en Ile-de-France, il va se produire de véritables miracles... avant 2024.)

Le fond de l’affaire est l’impossibilité d’atteindre les critères de qualité de la Directive baignades, puisque le SIAAP (oui, oui, le même…), n’a pu s’engager (compte tenu de l’héritage historique en matière d’assainissement et de pluvial dans la capitale), dans le cadre de la révision de son schéma directeur présentée l’an dernier qu’à atteindre les normes de la Directive eaux résiduaires urbaines (DERU) de 1991 ! A la grande fureur d’Anne Hidalgo qui a immédiatement renvoyé le SIAAP dans ses buts en lui ordonnant de revoir sa copie.

Evidemment, quand au titre de la Directive baignades il faudra avoir cumulé quatre années de conformité de la qualité des eaux de la Seine avant 2024, on peut toujours rêver. Ou plutôt continuer à raconter n’importe quoi...

(Nous reviendrons bientôt sur les modalités de contrôle de la qualité des eaux, notamment en Seine...)

L’affaire est d’importance, imaginer pour le fun, la seule mise en conformité des branchements dans le Val-de-Marne et en Seine-Saint-Denis... Même pas en rêve.

Surtout, surtout... Le Grand Paris : une spéculation immobilière à ciel ouvert, jamais vue depuis les grandes heures du gaullisme immobilier. Enfoncée la Garantie foncière ! Construisez, construisez vous-dis-je !

Résultat, béton, béton, imperméabilisation, ruissellement... Ingérable. Désastre assuré.

Bon, c’était avant l’affaire révélée par Cash Investigation, et on imagine bien que tout s’est arrangé depuis lors, après les déclarations de Mao Peninou flinguant le même SIAAP à boulets rouges, soutenu par Anne Hidalgo…

Et on ne vous parle pas encore de la SEM-projet et du PPP new look de la piscine olympique dans le 93, en dérogation-(violation) de toutes les réglementations en vigueur, JO obligent !

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Le village olympique des JO de 1924.

Ce sont les mêmes, avec quelques autres, qui sont en charge de protéger Paris d’une inondation désastreuse qui ravagerait pour des années la Ville Lumière et l’Ile-de-France, et provoquerait des dégâts qui se chiffreraient en dizaines de miliiards d’euros…

La Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France a audité l’an dernier l’EPTB Seine Grands Lacs, l’organe qui est censé protéger la région parisienne d’une inondation.

La Ville de Paris détient depuis des lustres 50% des sièges du Conseil d’administration de cette structure.

Le rapport de la CRC Ile-de-France est l’un des plus accablant qu’il nous ait été donné de lire.

La politique conduite en la matière depuis un demi-siècle est un désastre absolu. L’incompétence et l’impéritie règnent ici en maîtres.

A lire absolument pour comprendre ce qui va inévitablement advenir.

Non seulement une inondation colossale qui peut surgir n’importe quand, mais plus grave encore, à l’horizon de quelques dizaines d’années à peine, un étiage de la Seine l’été, qui ne permettra plus de produire de l’eau potable, de refroidir les centrales nucléaires…

C’est ici et c’est demain.

« Make our Seine great again » !

Des somnanbules.

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La Lettre d’observations définitives de la CRC Ile-de-France sur l’EPTB Grands Lacs - novembre 2017 -.

Marc Laimé - eauxglacees.com