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Coupures d’eau : bientôt la prison pour dettes ?

30 juin 2015

par Marc Laimé - eauxglacees.com

La délirante affaire de “l’interdiction des coupures d’eau” a achevé de faire perdre la tête à l’ensemble de ses protagonistes, désormais plongés en pleine anomie. Au point d’en arriver pour certains d’entre eux à ressusciter les spectres du XIXème siècle, quand les pauvres pouvaient se voir condamner à la prison pour dettes. Nous en approchons à grand pas, avec une initiative du vice-président de la FNCCR, le sénateur (UMP), de Seine-Maritime Charles Revet, qui propose au gouvernement rien moins que d’autoriser les services d’eau, et donc ipso facto leurs délégataires, à saisir les biens du débiteur qui n’aura pas réglé sa facture !



Nous l’avions écrit il y a belle date, toute cette affaire allait finir par rendre complètement cinglés l’ensemble de ses acteurs (déjà que...), enferrés dans des postures… plus abracadabrandesques les unes que les autres.

Rappel des épisodes précédents. Un amendement ni fait ni à faire, et du coup, on le voit, impossible à défaire, à l’usine à gaz de la loi Brottes.

Une légion de catéchumènes addicts à BFM-TV qui part en croisade et multiplie les procès à grand spectacle (ce qui peut aider pour les sub, n’est-il pas vrai...), après avoir promis à tous les pauvres de France et de Navarre de leur venir en aide devant les tribunaux.

Promesse aussi imprudente qu’inconséquente puisque deux des majors, Veolia et la SAUR, après s’être fait étriller devant les tribunaux, après avoir perdu, contre toute attente, la QPC déposée devant le Conseil constitutionnel, s’assoient aujourd’hui purement et simplement sur ces décisions de justice et celle du Conseil, sussurent en off que toutes ces conneries ça commence à bien faire, qu’ils n’en ont rien à cirer, et qu’ils continueront à couper l’eau quant ils veulent et comme ils veulent. Et que les ceusses qui ne sont pas contents n’ont qu’à leur faire des procès, ce qui est évidemment impossible et renvoie aux imprudentes promesses de nos chevaliers blanc évoquées plus avant.

Noter que Suez-Lyonnaise, francs jésuites notoirement plus machiavéliques que les émules du SAC des belles années (Ah, les battes de base-ball dans le coffre de la 404 ! RIP Pasqua...), se la jouent premiers communiants en négociant en douce le sort de leurs mauvais payeurs, protégés de France Libertés…

A ce stade on se retrouve dans une guerre de tranchées à fronts renversés puisque les grandes régies veulent aussi, sans le clamer sur les toits, continuer en tant que de besoin à couper l’eau, considérant que si c’est open bar, y a des légions de petits malins qui vont les envoyer voir ailleurs si la facture est plus verte, ce qui n’est pas complètement dingo non plus…

Du coup, au terme d’aussi ténébreuses qu’ineptes discussions de marchands de tapis, un groupuscule de nos amis sous influence du bientôt-PASOK dégainent la “macronite” : bon, on ne va pas couper l’eau, mais réduire le débit, faire du “lentillage”. Cynisme total car quand on réduit le débit, à mesure qu’on monte dans les étages, à l’arrivée y en a plus de débit. Et macache pour le chauffe eau et la douche…

Bref, le groupuscule (sous influence des chevaliers blancs pas encore candidats aux élections, patience, cà vient, d’ailleurs c ’est venu le 1er juillet), du bientôt-PASOK n’en pense pas moins avoir trouvé la combine en lentillant, et pousse les feux sur le lentillage en insérant un “cavalier” dans le très fameux projet de loi « relatif à la transition énergétique pour la croissance verte », qui n’en pouvait déjà mais, et se trouve devenir le réceptacle de cet invraisemblable tissu de conneries.

Mais voilà-t-y-pas que l’hôte de Matignon, dont on se demande bien quelle mouche l’a piqué, après avoir diligenté un missi dominici en parachutage kamikaze au Conseil constitutionnel, et arraché le morceau devant les « Sages », campe derechef sur le « No Pasaran les coupures » qui est en passe de devenir la seule tache sur l’armure du lansquenet libéral qu’il incarne désormais à la (presque) perfection.

Caramba ! De plus, au Sénat (de droite), qui allait hacher menu, en seconde lecture, à partir du 9 juillet prochain, le projet de loi « relatif à la transition énergétique pour la croissance verte », la Commission des Affaires économiques de la Haute assemblée, repaire bien connu d’émules de la bande à Tarnac, expédie ad patres l’amendement des lentilleurs du sous groupuscule bientôt-PASOK, qui se retrouvent gros jean comme devant ☺

L’heure est grave, et du coup c‘est ici que les Athéniens sont en passe de s’Atheignirent (avant même le referendum), avec l’éblouissante entrée en scène du Vice-président (UMP) de la FNCCR, M. Charles Revet.

Et la Fédération de rameuter ses troupes à grand son de trompe le 25 juin dernier, à quelques jours de la reprise de l’examen au Sénat du projet de loi sur la transition trucmuche.

Et ici on atteint des sommets.

Dettes

A que, dixit la FNCCR, d’habitude y a 1% d’impayés, là c’est déjà 3 ou 4% ! Y a le feu au lac d’Annecy, à ce train là la BCE et le FMI vont bientôt devoir arroser Veolia, Suez et SAUR de « liquidités »… Et d’enjoindre élus et directeurs de services d’eau de rameuter leurs sénateurs d’urgence !

Comme l’enténébré de Matignon s’est enferré et qu’il risque de ne pas en démordre, on va lui préparer une conduite de Grenoble, avec trois amendements aussi innocents qu’un piège à loups devant l’entrée d’une école maternelle :

- Amendement à l’article 60 BIS A1 : on maintient le lentillage, on habilite les agents à lentiller, et si le lentillé fait le con, on lui coupe l’eau.

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L’amendement A1

- Amendement à l’article 60 BIS A2 : on demande gentiment au Gouvernement de présenter au parlement six mois après l’adoption de la présente loi un Rapport par lequel on essaiera de voir s’il y a moyen de moyenner.

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L’amendement A2

- Amendement à l’article 60 BIS A3 : ça commence à bien faire toutes ces conneries. Si facture pas payée on saisit les biens du mauvais payeur…

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L’amendement A3

Adoncques, le Sénat nous prépare un grand moment de démocratie humaniste, à ne surtout pas manquer.

A ce stade on ne voit pas comment l’enténébré de Matignon va se sortir de la nasse. Bon, entre deux ajustages de "capsules", Cher Antoine ne devrait pas tarder à s’en occuper.

Et pour la suite ne reste plus qu’à attendre que quelques Joanovici de l’économie circulaire ne s’emparent du bastringue et le projettent dans la caravane de la COP21 pour que notre bonheur soit complet.

Rigolez pas, on y va à grands pas, by exemple avec le "Village des alternatives", à Montreuil, commandité par les mêmes...

Marc Laimé - eauxglacees.com