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FILM : Sud Eau Nord Déplacer, par Alain Claude Galtié

27 mars 2015

par Marc Laimé - eauxglacees.com

Un documentaire d’Antoine Boutet sur la Chine des grandes destructions.



Découverte progressive, sur le terrain, d’un gigantesque chantier typique d’une ingénierie des tuyaux simplissime qui ignore l’écologie et la complexité du monde, et dévaste tout sur son passage.

Il s’agit tout bonnement de déplacer des masses d’eau depuis le sud, y compris l’Himalaya tibétain, jusqu’au nord du pays, sans aucune considération pour les écosystèmes et les populations.

La lumineuse idée est, bien sûr, attribuée à Mao, celui qui avait déjà torturé tout le pays avec son Grand Bond dans l’horreur d’une famine aussi inouïe que la répression qui l’accompagnait, sans oublier la guerre à la poussière, aux abeilles, aux oiseaux, etc. qui commença la ruine écologique de la Chine (ni moineaux ni abeilles aujourd’hui encore !).

Nous découvrons, hélas sans surprise, l’eau, les peuples, la vie sacrifiés dans une Chine toujours totalitaire et possédée par le fanatisme anti-nature. Ca démarre lentement, comme une promenade dans un univers étrange, et l’on découvre peu à peu l’étendue du cauchemar redouté. Corruptions et avilissements hiérarchiques, détournements, injustice structurelle, saccages dantesques, spoliations, déportations de masse... et impuissance désespérée des populations éternellement bafouées et humiliées.

Soudain, une sorte de visite officielle clownesque dans un nouvel ensemble de clapiers sinistres plantés au milieu de nulle part montre la bouffonnerie des membres du parti et, simultanément, révèle plus crûment la violence abjecte faite aux populations.

L’émotion grimpe encore quand, réunis pour témoigner, des pauvres gens arrachés à leurs maisons, à leurs villages et à leurs terres fertilisées depuis des siècles et jetés dans des baraquements, éclatent en pleurs en accusant les cadres pourris du parti.

Dans une autre scène digne d’un tournage sur la mafia, l’un de ces "cadres" débarque en trombe pour vociférer sur ceux qui ont l’audace de montrer la stérilité du sol qui leur a été attribué par le généreux parti communiste (un sol mince et sablonneux de forêt arrachée au lieu de l’humus qu’ils travaillaient après leurs ancêtres et les ancêtres de leurs ancêtres).

Un détour par le Tibet déjà saccagé nous apprend que les hydrauliciens fous s’apprêtent maintenant à en détourner l’eau !

Même en sachant le cauchemar chinois depuis l’invasion du Tibet des années cinquante, puis le massacre des oiseaux et des insectes dès le début des années soixante, avant d’en apprendre de plus en plus, on est saisi par le documentaire d’Antoine Boutet. Et horrifié par ce saccage sans fin.

Affiche

Le grand détournement

Captivante remontée d’un fleuve chinois, où les riverains sont victimes d’un immense chantier national.

(...) De ce plan démentiel de détournement des fleuves décidé par une administration ogresque, le réalisateur, Antoine Boutet, a voulu, selon ses notes dans le dossier de presse, « aller à contre-courant de cette préfiguration - très concrètement en remontant le fleuve - et renverser à [son] tour les perspectives ». Sud Eau Nord Déplacer est un lent voyage, saisissant par moments, sur l’enfouissement des humains par un super-Etat qui prétend leur bonheur. La caméra d’Antoine Boutet (auteur de Zone of Initial Dilution, sur le barrage des Trois-Gorges) fixe les slogans affichés en caractères géants sur le chantier et qui vantent les futurs accomplissements. (...)

http://next.liberation.fr/cinema/20...

http://www.allocine.fr/film/fichefi...

"(...) Alors que le film semble sur le point de se calcifier sous ses plans fixes monumentaux, Antoine Boutet profite d’une invitation à se rapprocher pour s’infiltrer dans les lézardes du système. Il en parcourt alors les failles, part à la rencontre de ceux qui vivent à l’ombre des chantiers. Les impressionnants jeux d’échelle laissent la place à une nouvelle dimension à hauteur d’homme. Les chants, les récits, les prises de parole spontanées, sont autant d’appels d’air qui déroutent le réalisateur, désormais pris à parti. Le tremblement du système bien huilé du film paraît alors être celui du Parti Communiste Chinois. L’esthétique du projet se délite en même temps que son apparente perfection, jusqu’à une véritable déchirure laissant entrevoir toute la violence d’un conditionnement de la pensée qui s’abat encore aujourd’hui sur quiconque s’interrogerait à propos de la pertinence des choix du régime. L’image, devenue bien vivante, est saisie de tremblements. Et le réflexe de vouloir baisser la caméra se ressent, alors que le vrai visage de ce qui se cache derrière le vernis du Parti éclate en plein jour. (...)"

http://www.critikat.com/actualite-c...

http://www.frequenceterre.com/2015/...

La bande annonce

Un entretien avec Antoine Boutet

Marc Laimé - eauxglacees.com