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Les AAPMA bientôt coulées par le privé ?

7 novembre 2013

par Marc Laimé - eauxglacees.com

Avant même la bombe de l’article 35, dont nous allons parler sous peu, le temps se gâte pour les AAPMA, désormais enjointes par une circulaire du ministère de l’Ecologie de se laisser dépouiller, faute à perdre leur agrément, des missions de prélèvement piscicoles ordonnées par les pouvoirs publics - qui mettaient du beurre dans les épinards - missions de plus en plus exercées, à l’initiative des mêmes pouvoirs publics, par des bureaux d’étude privés…



Ca nous rappelle très, très fortement les SATESE.

Ca nous rappelle très, très fortement les laboratoires publics départementaux d’analyse.

Ca nous rappelle très, très fortement, la mise à mort programmée de l’ingénierie publique…

Logique, c’est le même doigt sur la gachette.

Avant, mais c’était avant, il y avait des myriades d’associations de pêcheurs de loisir, fortes de leurs millions d’adhérents et d’autant de cartes de pêche, dont la manne avait si bien été gérée que le défunt Conseil supérieur de la pêche, en faillite, fut remplacé par… l’Onema.

De désastre en désastre vers la victoire finale.

Adoncques, on ne saura jamais rien du « trou » du CSP puisque, quand la Cour des comptes, enquêtant sur l’Onema, a demandé les archives du CSP à la DEB, celle-ci répondit qu’elles avaient été perdues.

Imagine la même daube à Cadarache ou à la Hague : « Euh, les archives de l’EPR ? Ah, on les a perdues, mon bon monsieur… »

A moins de soumettre Roustan à la question en place de Grève, on n’en saura pas plus.

Adoncques, en des temps lointains, des milliasses d’admirables pêcheurs, et leurs associations agrémentées, nos AAPMA, étaient mandatées par l’état pour effectuer d’innombrables missions, comme par exemple des prélèvements piscicoles, fort utiles si l’on veut connaître l’état d’un fleuve ou d’une rivière.

Ca, c’était avant.

Avant la DCE, avant Berteaud, avant l’Onema, avant le pipeautage industriel du « rapportage communautaire » benoîtement mis en œuvre depuis l’orée des années 2000, et les catastrophes (environnementales) qui s’en sont suivies, (et qui vont se poursuivre tout schuss), que nous avons déjà, hélas, longuement chroniquées…

Comme le cadavre à la renverse de l’Onema est réputé être fourgué au Fantôme, non de l’Opéra, mais de la biodiversité, au chevet de laquelle s’agite une impressionnante cohorte de croque-sub(ventions), que tout va tellement de mal en pis que Jean Launay, décidément toujours aussi mal cornaqué doit en appeler au fantôme de Michel Rocard pour être bien assuré que le Titanic ne déviera pas de son erre, et qu’in fine il convient de faire le ménage pour l’article 35, comprendre qu’il faut en finir avec la ringardise des AAPMA, et refiler le bébé au privé, façon Ecomouv, lesdits privés n’auront pas attendu bien longtemps pour se faire les dents sur les troupes de Roustan, qui ne va bien évidemment pas leur envoyer le GIGN, étant par trop occupé à s’agiter au CNE dans le Titanic avec le reste de l’orchestre.

Et c’est ainsi qu’un pêcheur, depuis fort longtemps actif sur le Rouloir, ravissante rivière du département de l’Eure qui prend naissance près de Conches-en-Ouche et se jette dans l’Iton à Glisolles, recevait le 7 octobre dernier, par courrier recommandé AR, une injonction de laisser passer des personnels d’un bureau d’étude, Aquascop, à des fins de prélèvements piscicoles, sur des parcelles dont il est propriétaire qui jouxtent le Rouloir.

Le bureau d’études Aquascoop appuie son courrier d’une circulaire du ministère de l’Ecologie en date du 29 janvier 2013, dont il cite l’annexe 12.

Le paragraphe b, page ¾ de l ‘annexe 12 de ladite Circulaire ne laisse en effet pas grand place à l’équivoque : une AAPMA qui s’aventurerait à refuser le passage à un Bureau d’études privé (qui vient tortorer son bifteck) se ramassera dare-dare le Préfet sur le dos jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Il est vrai que tout cela est accompli « au nom de la DCE ». Ite missa est.

Nonobstant, il est pour le moins brutal de voir le ministère de l’Ecologie, fut-ce pour préparer le terrain aux passagers clandestins de l’article 35, dénier aux AAPPMA, au nombre de 4000, la compétence de gérer les cours d’eau, lorsque beaucoup d’entre elles se battent contre les mêmes géants (pollueurs) que les associations de préservation de l’environnement et de la santé publique.

A ce rythme là, un million de pêcheurs en bonnets rouges, ça serait farce.

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La lettre du bureau d’études Aquascoop 07-10-13
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L’annexe 12 de la circulaire du 29 janvier 2013-1.
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L’annexe 12 de la circulaire du 29 janvier 2013-2
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L’annexe 12 de la circulaire du 29 janvier 2013-3
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L’annexe 12 de la circulaire du 29 janvier 2013-4

Marc Laimé - eauxglacees.com