« Mercredi dernier (23 mai 2007), j’ai trouvé trois poissons morts en aval du rejet « d’ eaux pluviales » de la rue Grange Morin à Villefranche-sur-Saône.
J’ai immédiatement appelé la brigade départementale de la pêche, qui a fait un constat de police le lendemain (ONEMA).
Depuis quinze jours, je suis passé une dizaine de fois sur le site : c’est horrible.
Les quantités de colles et solvants rejetées dans le Nizerand (donc dans la Saône et dans l’eau potable de 65 000 personnes) sont très importantes.
Le matin avant 9 heures, il y a une grosse arrivée de colle.
Vers 11 heures, l’irisation de l’eau est importante.
Le soir, il se forme une peau au-dessus de l’eau, cette peau s’accumule et forme des filaments blancs, puis des dépôts blancs qui ressemblent à du papier.
Il y a aussi des eaux usées non traitées (WC branchés directement sur le collecteur d’eaux pluviales) et des eaux vannes de cuisine.
J’ai fait un prélèvement d’eau pour analyse.
En 2006, une analyse dans une résurgence de la nappe phréatique alimentant le Nizerand avait détecté du styrène et du 4-isopropyltoluène (pcymène) : deux produits utilisés pour la fabrication de colle.
Le nom du pollueur ne fait guère de doute : National Starch and Chemical Company (National Adhesives).
Depuis au moins 30 ans, ce rejet pollué existe et personne n’intervient.
Pourquoi toutes ces eaux polluées ne sont-elles pas envoyées à la station d’épuration de Villefranche ?
La solution technique est très simple et peu coûteuse : avec quelques parpaings et du béton, on fait un barrage dans le collecteur, on installe une pompe vide cave en amont et on rejette l’eau pompée dans le réseau d’eaux usées.
Combien de temps cela va-t-il encore durer ?
Il faut agir pour faire cesser cela.
C’est notre santé, celle de nos enfants, qui sont en jeu.
Quelques jours après avoir été rejetés dans le Nizerand, les polluants se retrouvent dans notre verre à table, et nous respirons tous les jours les solvants en prenant notre douche. »
Commentaires
Plus que jamais, il faut lire le remarquable bouquin de Veillerette et Nicolino, "Pesticides, un scandale français".
Très documenté aussi bien sur le plan historique (passionnant), que sur le plan scientifique et surtout sur le plan politique (les lobbies et le mélange malsain entre décideurs, experts et industriels), ce livre fait froid dans le dos.
Quand on sait par exemple qu’un expert qui a certifié jusqu’à l’indécence l’innocuité de l’amiante sévit aujourd’hui dans le domaine des pesticides, on a compris pas mal de choses.
« Pourquoi toutes ces eaux polluées ne sont-elles pas envoyées à la station d’épuration de Villefranche ?
La solution technique est très simple et peu coûteuse : avec quelques parpaings et du béton, on fait un barrage dans le collecteur, on installe une pompe vide cave en amont et on rejette l’eau pompée dans le réseau d’eaux usées. »
D’un point de vue purement technique ce que vous proposez est une fausse bonne idée : une station d’épuration d’une collectivité n’est pas conçue pour traiter du styrène et du 4-isopropyltoluène (pcymène).
Je suppose qu’une partie de ces produits type solvant est volatile ("s’évapore"), l’autre partie selon sa quantité va au pire perturber sérieusement le traitement de la station (en tuant les bactéries épuratrices) au "mieux" se retrouver en sortie de station sans être traitée, soit dans l’eau soit dans les boues...
C’est à l’industriel de régler le pb chez lui (avec tous les "pb" que cela comporte : chantage à l’emploi, etc...)
@Marcel : critiquer la DDASS, l’Etat, le Préfet... ça me semble facile : le pb relève plus de la politique que de l’administration. Ce sont les élus qui font les lois, qui votent les crédits dédiés à la Police de l’Eau et à la Justice (une pollution est un délit mais les tribunaux ont autre chose à faire...). Si les élus décident que l’économie est plus importante que l’environnement, l’administration ne peut qu’appliquer. Après il faut savoir pour qui on vote...
Sur les triazines : il ne devrait plus y avoir bcp d’agriculteurs qui déversent ces produits (interdits depuis plusieurs années...mais qu’on retrouve encore dans les eaux).
Pas d’accord : l’administration n’est pas là pour servir le politique comme vous dites mais pour appliquer des lois et textes définis par le Parlement, théoriquement expression du peuple donc théoriquement servir le peuple.
Si elle ne le fait pas, OK effectivement elle est en tort.
Vous devriez donc dans votre logique attaquer le préfet (mais je suppose que votre confiance dans l’administration n’a d’égal que votre estime pour la justice) ou comme vous semblez le préférer le pauvre lampiste de la DDASS qui avec une gomme, un crayon et une R5 pourrie doit traiter l’ensemble des dossiers sanitaires (eau, alimentation...) de votre département. Au passage ce lampiste lui n’est pas nommé (heureusement) en raison de ses opinions politiques.
Sur la question de l’atrazine votre comparaison avec la cocaïne est déplacée :
la cocaïne est vendue illégalement car elle rapporte énormément, la valeur marchande de l’atrazine ne la rend pas rentable par rapport aux risques juridiques encourus par le vendeur et l’acheteur,
vous considérez tous les agriculteurs comme des délinquants ce qui malgré tous leurs erreurs et travers est largement exagéré. Ils savent tous (même si ils le reconnaissent rarement) que les produits qu’ils utilisent sont des saloperies et qu’ils les rendent malades, seulement ils sont pris dans une logique financière dont il est difficile de sortir. Pour moi la plupart sont plus des victimes que des criminels. Mais ça vous le sauriez si vous aviez discuté avec des agriculteurs...
Les actions directes des citoyens peuvent peser plus lourd que celles des élus et des administrations qui en dépendent.
Je pense qu’une pétition s’impose. Mais je ne sais pas techniquement lancer une pétition sur le net : quelqu’un saurait-il le faire ?
Lise - attac Villefranche sur Saône et collectif Unis avec Bové

