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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Sécheresse (1) : pourquoi la FNSEA veut stocker l’eau l’hiver ?
par Marc Laimé, 6 juin 2011

Et pourquoi il ne faut pas se laisser abuser par les « éléments de langage » concoctés par les services de Bruno Le Maire et Xavier Beulin qui, en « gestionnaires de crise » éprouvés, construisent depuis près d’un mois une fable qui ne résiste pas à l’examen. Non, le stockage de l’eau l’hiver ne constitue en aucune façon un instrument de prévention intelligent contre des sécheresses qui vont inévitablement se multiplier, sous l’effet du changement climatique, et provoquer de véritables catastrophes si l’on continue à soutenir à bout de bras un modèle agricole qui va dans le mur… Ce sont des pratiques culturales néfastes et le recours à l’irrigation forcée qui l’accompagne qui doivent être revues de fond en comble.

La FNSEA et les ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie nous content depuis plusieurs semaines une bluette censée amadouer le populo, sur fond de reportages larmoyants qui voient vaches, cochons, couvées atterrir à l’abattoir, et nos belles terres à blé (qui ne mentent pas) s’effriter en poussière, qui fera disparaître le bon pain de nos boulangeries avant l’été !

Mais tout cela pourrait être évité si l’on stockait chaque hiver le « petit » millimètre d’eau supplémentaire, qui manque à nos braves paysans et leur permettrait d’échapper à la géhenne, et nous à l’impôt sécheresse. Enfin là chez Lemaire ils sont déjà phosphoré pour faire l’impôt sécheresse qui ne s’appellera pas comme ça, mais produira les mêmes effets. La com, vous-dis-je.

C’est beau comme de l’antique, à l’époque du foin à la faucille en attendant l’Angélus.

Sauf que comme foutage de gueule grandiose on a rarement vu mieux, ou pire, m’enfin avec ces gens là, faut s’attendre à tout.

Revenons à nos stockages de l’eau l’hiver. Déjà dit comme çà c’est trop fort, chapeau les communicants. L’eau on s’y intéresse l’été, quand il fait chaud ou qu’il n’y en a pas. Donc parler de stocker l’eau l’hiver on fait pas attention. Ben oui, que voilà une bonne idée, d’abord l’hiver y a plein d’eau puisqu’il pleut, et même qu’il y a de la neige. Donc, d’accord, mais c’est bien sur, yaka stocker l’eau l’hiver et tout le monde sera content, et que les zanimaux y zauront à boire l’été, et que y aura pas d’impôt sécheresse.

Ah que justement non, là Madame Dugenou, elle a tout faux. Heureusement que certain candidat putatif il va sûrement tout lui expliquer.

Fini de rigoler, revenons à nos stockages, et voyons ce que ça veut dire « stocker l’eau l’hiver »…

Une rivière en danger dans le Gers

Une rivière classée réservoir biologique au titre du SDAGE Adour Garonne est en danger. Le conseil général du Gers, titulaire d’un « Agenda 21 », projette, sous maitrise d’ouvrage délégué de la Compagnie d’aménagement des côteaux de Gascogne, et dans un délai très court, la création d’un barrage de stockage d’eau à des fins d’usage agricole (les réserves foncières sont en cours), sous couvert de soutien d’étiage dans le bassin versant d’un petit cours d’eau affluent de la grande Baïse, dans la commune de Mont de Marrast.

Ce bassin versant est constitué de deux ruisseaux principaux. La Bataillouse et le Bergouts, et de flancs pentus et bocagers (plus de 35 kilomètres de haies diversifiées).

Le barrage doit être installé en aval de la confluence du Bergouts et de la Bataillouse et le plan d’eau va noyer environ 80 hectares de vallées.

Le potentiel environnemental de la vallée dont le cours d’eau est classé réservoir biologique est aujourd’hui le suivant :


- Bergous un des rares cours d’eau du département du Gers dont le lit est encore diversifié de bras morts et d’atterrissements,
la sofie ou toxostome (espèce protégée), est présente dans la Baïse dans la zone de confluence, ce qui fait de ces ruisseaux des sites potentiels de reproduction pour cette espèce très menacée dans le département ;

- 3 habitats prioritaires au titre de la Directive faune flore habitats ;

- 5 habitats de zones humides dans les vallées destinées à être submergées ;

- 9 espèces d’oiseaux inscrites à la Directive oiseaux dont la pie grièche écorcheur, espèces en très forte régression dans le département du fait de la banalisation des milieux, l’aigle botté très rare dans le département, le pic noir (rare site du département ou cette espèce peut être observée) et le faucon pèlerin (sans commentaire) ;




- Au moins 3 espèces de batraciens dont la grenouille agile ;

- 4 mammifères protégés dont le crossope aquatique,
des sites de reproduction et une présence avérée du cuivré des marais et de l’agrion de mercure.

Après la construction du barrage, le potentiel de la vallée serait le suivant :

- un bassin banalisé de 3 millions de mètre cubes, dont les deux tiers seront utilisés via la Baïse, utilisée comme vecteur d’acheminement pour irriguer des terres agricoles. Alimentation qui contribuera à encore dégrader l’hydromorphologie de cette rivière.

Cet ouvrage doit être financé en partie par l’agence de l’eau Adour Garonne (pour un maximum de 50 %) et le Conseil général du Gers (pour un maximum de 15 %).

Il est très probable que la participation financière du Conseil régional sera sollicité.
Le Conseil National de Protection de la Nature sera sollicité afin d’obtenir des dérogations pour destruction d’espèces et d’habitats d’espèces.
La préfecture du Gers sera chargée d’instruire les différentes demandes d’autorisation.

Nouvelle guerre des barrages en France ?

Nous prédisions ici même le 9 avril 2010 une nouvelle ère de « guerre des barrages » en France :

« La question des barrages ne va pas tarder à revenir dans l’actualité, un peu partout en France, sous l’effet conjoint de plusieurs logiques dont la conjonction nous promet… des étincelles.

D’abord l’avenir des 400 concessions historiques d’EDF, que Jean-Louis « Houdini » Borloo, eu égard à la libéralisation du secteur de l’énergie impulsée par Bruxelles, a quasiment, à l’insu de son plein gré, offert au plus offrant, et la procédure d’appels d’offre patinant dans la semoule, on peut augurer sans coup férir que le « général » Proglio n’est pas absolument disposé à se laisser dépouiller, ni par Suez, ni par les Allemands…

Ensuite, plus cocasse, au vu des premières escarmouches dans le clan écolo, le regain de la « petite hydraulique » dans nos riantes montagnes, conséquence de l’engagement (solennel) de réduire nos dégagements de CO2 à l’horizon 2020, comme acté dans le marbre du Grenelle. Ce qui n’est pas sans contredire les objectifs de rétablissement de bon état écologique de toutes les masses d’eau à l’horizon 2015, en application de la sacro-sainte Directive-cadre européenne sur l’eau.

Dit autrement, comme l’effet d’aubaine éoliennes a du plomb dans l’aile, la mafia de l’hydroélectricité et les vaillantes troupes de la FNSEA vont-elles réussir à passer un deal avec EDF pour asseoir (durablement), une nouvelle activité des plus rémunératrice, où les zouaves écolos, d’autant plus qu’ils comptent désormais des escouades d’élus vont-ils parvenir, y compris en se faisant violence quant à la réduction de nos rejets de CO2, parvenir à limiter le massacre qui s’annonce sur nos riantes rivières, enfin ce qui en reste, et c’est déjà pas beaucoup. Approchez messieurs-dames, la guerre des barrages, le retour ! »

Barrages, retenues collinaires et « cuvettes »

Mais au-delà des errements anciens, passés et à venir des grande et petite hydroélectricité, c’est aussi désormais la sécheresse « historique » de 2011 qui ranime la question des barrages, retenues collinaires et autres cuvettes, dont la FNSEA réclame donc à cor et à cri qu’on en construise encore et toujours plus, partout, tout de suite, pour stocker l’hiver notre fameux « petit millimètre » de pluie manquant…

Sauf que ces fameuses retenues collinaires, avec d’autres, la FRAPNA en a depuis belle dressé le bilan… Calamiteux.

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Critique des retenues collinaires - FRAPNA

Encore des barrages-réservoirs dans le bassin de l’Adour !

Et notre ami Henri Chevallier n’est pas en reste quand il s’agit de commenter les projets funestes de construction de nouveaux barrages-réservoirs dans le Sud-Ouest !

« La nouvelle Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques (la LEMA de 2006) a eu ses mesures d’application votées en novembre 2009 par les Comités de bassin sous la forme de schémas directeurs, les SDAGEs. La LEMA se veut suivre la Directive Cadre Européenne sur l’Eau (la DCE de 2000). Son objectif principal est très louable : « parvenir en 2015 à un bon état écologique pour les eaux de surface et à un bon état chimique pour les eaux souterraines ».

Malheureusement les moyens pour parvenir à cet objectif, moyens définis pour chaque bassin administratif par un SDAGE, se révèlent très timorés, ou imprécis, voire laxistes. Ils ne sont, en gros, que la réécriture des mesures des SDAGEs de la Loi sur l’Eau précédente, celle de 1992.

C’est ce qu’ont dénoncé les associations de protection de la nature et de l’environnement (APNE) et leurs fédérations. Ainsi, dans notre bassin Adour-Garonne, correspondant au Grand Sud-Ouest, sur la centaine de membres composant le Comité de bassin, seuls les cinq représentants des APNEs votèrent contre le SDAGE et contre son PDM (Programme De Mesures).

Le délire des barrages-réservoirs est reparti

La mesure la plus pernicieuse du SDAGE Adour-Garonne est la réaffirmation de la « nécessité » de nouvelles ressources en eau, c’est-à-dire la poursuite de la politique des barrages-réservoirs.

C’est principalement dans le bassin de l’Adour qu’un programme de nouveaux barrages-réservoirs a été rendu public, via l’Institution Adour, un EPTB (Etablissement Public Territorial de Bassin), uniquement composé de 20 conseillers généraux, et la CLE (Commission Locale de l’Eau) Midouze, sa succursale.

Dans sa Lettre n°1 de novembre 2010, l’Institution Adour (1) annonce la création de 16 réservoirs « de soutien d’étiage ».. En 2010 elle a ouvert des appels d’offre pour la maîtrise d’œuvre de huit réservoirs. Ceci est nouveau car, jusqu’à présent, la maîtrise d’œuvre des barrages était confiée de gré à gré à la CACG (Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne), une société d’aménagement rural, ceci violant la législation française et les directives européennes imposant l’ouverture des marchés publics. Il est possible que ce récent respect de la réglementation soit dû à la plainte déposée à la Commission Européenne par neuf associations du Sud-Ouest...

Les huit réservoirs concernés sont ceux de Mondebat (32 – Beaumarchés), Tailluret (32 – Mauléon d’Armagnac), Gaube (40 – Arthez d’Armagnac), Bergon (entre Manciet et Eauze, Gers), Corneillan (32), Cannet (32), Bahus-Bas (40 – Bahus-Soubiran), enfin le grand barrage de l’Ousse (Aureilhan, prés de Tarbes), projet qui, pourtant, avait été juridiquement gelé grâce à la lutte d’un collectif de défense.

Qui payera les violons du bal ?

Mais il n’y a pas que les « nouvelles ressources » qui sont programmées dans le PDM. Sont aussi prévus la réduction de la pollution agricole diffuse, la protection des captages pour l’eau potable, le traitement des eaux captées, l’assainissement des eaux usées, la prévention des inondations, la restauration des milieux naturels...

L’Agence de l’Eau et les conseils généraux ont chiffré le coût de ce PDM. : par rapport aux dépenses actuelles, on aurait une augmentation de 2,5 fois, soit 100 à 150 millions d’euros supplémentaires par an. Un constat est à faire : l’Etat se désengage du financement. Donc les barrages-réservoirs et autres nouveaux aménagements seront (seraient ?) financés et par les collectivités territoriales (donc par nos impôts locaux) et par l’Agence de l’Eau (via nos factures d’eau !)

Comme l’eau, l’argent public s’enfuit !

Cet état de chose fait qu’il n’y a plus de « pensée unique » chez les élus pour approuver les barrages-réservoirs. Ainsi le Conseil général de la Haute-Garonne a refusé de s’associer au financement du réservoir géant de Charlas, dans le Comminges, d’une capacité de 110 millions de m3 et d’un devis de 300 millions d’euros. Que coûteraient les nouveaux barrages du bassin de l’Adour ?

Les huit réservoirs en priorité programmés sont chiffrés à 68 millions d’euros, budget scandaleux en cette période de crise et de chômage pour des ouvrages hydrauliques aussi peu indispensables que l’autoroute A65 Langon – Pau, achevée en décembre 2010 pour un coût pharaonique de 1,5 milliard d’euros.

L’Institution Adour est en train de faire du forcing pour le financement de ces réservoirs avec l’appui d’organisations de l’agriculture productiviste : l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture (APCA), la FNSEA et ses « Jeunes agriculteurs », l’ORAMA (céréaliers) et « Irrigants de France ». Ce lobbying est d’autant plus révoltant que le bassin de l’Adour se trouve suréquipé en barrages-réservoirs pour le maïs et que les cultures irriguées ne se développent plus depuis plusieurs années.

Nous espérons la plus large mobilisation pour arrêter cette politique de barrages-réservoirs (et de « réserves de substitution » en Poitou-Charentes), aménagements hydrauliques maintenant inutiles, antidémocratiques, budgétivores et dommageables pour l’environnement et les hydrosystèmes. »

Tocsin élyséen

Mais on apprenait le 25 mai dernier que M. Jean-Louis Chauzy, président du CESER de Midi-Pyrénées (Conseil Économique Social et Environnemental Régional) a été reçu par le Directeur de Cabinet de Nicolas Sarkozy.

Deux sujets abordés : la sécheresse (et les retenues d’eau) et les infrastructures routières.

Extrait :

"La sécheresse met en péril 6 000 emplois en Midi-Pyrénées et 10 000 à l’échelle du Sud-Ouest. En soutien à l’agriculture, à la préservation des écosystèmes et à la nécessité d’avoir dans les toutes zones rurales accès à l’eau potable, le Président du CESER a demandé l’établissement d’un schéma régional de réserves d’eau établi sous l’autorité du Préfet de Région.

Le directeur de cabinet a indiqué qu’il partageait ce point de vue et qu’il serait dramatique de ne rien faire dans une région qu’il connaît bien. Il suivra les arbitrages sur ce dossier sensible."

Parallèlement la FDSEA-31 publiait dans la presse locale une « Lettre ouverte à FNE Midi-Pyrénées »…

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La lettre ouverte de la FDSEA 31

Une politique des barrages inepte

Henri Chevallier a pourtant publié de nombreux écrits et études, qui attestent de l’ineptie d’une politique à courte vue, qui se poursuit pourtant dans un aveuglement sans faille.

Ainsi de cette étude aussi accablante que parfaitement documentée, titrée « La politique des barrages en Midi-Pyrénées et dans le bassin Adour-Garonne…

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La politique des barrages - Henri Chevallier

Un rappel bienvenu alors que la Région et l’Agence Adour-Garonne appellent à la mobilisation générale...

Les entreprises s’en moquent…

Et pour achever de nous rassurer on notera les enseignements d’un sondage IFOP, nous apprenant que « les dirigeants d’entreprise expriment une véritable insouciance » envers l’eau…

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Sondage Ifop "Les entreprises et l’eau"

Un peu téléphoné puisque le commanditaire est une entreprise… spécialisée dans le conseil en économie d’eau auprès des entreprises.

Mais pas totalement dénué de fondement pour autant.

Rafraichissant face aux délires à venir de « fermez vos robinets avec les dents… »

A suivre.

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