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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Scandale à l’ONEMA (10) : la bataille de l’opinion
par Marc Laimé, 6 février 2013

Au lendemain de la parution de l’enquête-choc publiée à la Une du quotidien français de référence, les réactions médiatiques qu’elle suscite éclairent les enjeux apparents et cachés de la véritable bataille de l’opinion qui vient de débuter. Revue de presse.

Le quotidien Les Echos se borne à évoquer l’enquête du Monde
par un court notule d’un rédacteur en chef-adjoint.

Classique puisqu’il s’agit d’un scoop de la concurrence, auquel il ne faut donc pas accorder une importance démesurée…

Les 4 articles de l’enquête du Monde

Traitement à minima, à l’identique, pour Enviro 2B, un pure player dont la traditionnelle approche très institutionnelle ne se dément pas…

En revanche, si la dépêche de l’agence AEF se borne à offrir une synthèse de l’enquête du Monde, celle-ci est déjà davantage fournie, témoignant de l’intérêt de l’Agence pour une affaire qui s’inscrit au cœur de son champ d’expertise.

La dépêche de l’AEF

La Gazette des communes, miroir des « éléments de langage » de l’ONEMA

L’affaire se corse avec l’article mis en ligne un peu plus tard sur le site de la Gazette des communes, organe officiel et officieux de tous les pouvoirs, qui
duplique ici avec une rare complaisance les « éléments de langage » préparés par les tenanciers de l’Onema.

Noter le florilège d’adorables euphémismes qui poussent comme chiendent sous la plume (enfin le clavier) de l’auteure qui nous avait certes habitués à tresser des couronnes à Veolia ou Suez, mais qui, ici, se surpasse littéralement. Pour un peu on chercherait l’annonce de la pétition de soutien en faveur du « jeune établissement public », qui a malheureusement commis quelques « erreurs de jeunesse »…

Comme le reste est du même acabit, il se confirme que la Gazette a choisi son camp, celui du camouflage des vérités qui dérangent, ce qui ne laisse pas d’inquiéter quand on songe à ses lecteurs…

Le Journal de l’environnement sauve l’honneur !

Le JDLE détonne d’emblée, en consacrant deux articles à l’affaire.

Le premier, titré « Onema, la Cour des comptes jette un pavé dans la mare », signé par Stéphanie Senet, témoigne que l’auteure a vraiment enquêté, ce qui n’était pas le cas de la Gazette, et les éclairages complémentaires apportés à l’enquête du Monde, confirment bel et bien l’existence de dysfonctionnements extrêmement inquiétants.

Mais c’est surtout le second article, titré « Eau : comment la France masque la réalité de la pollution », signé par Marine Jobert, et malheureusement réservé aux abonnés du JDLE, qui est le véritable pavé dans la mare !

Au fil d’une interview passionnante d’Anne Spiteri, c’est tout l’enjeu réel qui se dissimule sous le scandale de l’Onema qui éclate au grand jour :

« C’est un chiffre difficile à croire. La dernière grande loi sur l’eau, en 2006, a été cosignée par pas moins de treize ministres. Treize entités, qui revendiquent toutes un droit de regard sur la gestion de l’eau en France.

Car avec l’eau, on produit de l’électricité et on refroidit les centrales, on irrigue les champs, on rafraîchit les juillettistes et on abreuve les aoûtiens, on transporte des marchandises, on ravitaille les étals des poissonniers, etc. Les exemples sont innombrables. Même l’armée est intéressée. Du coup, la question du contrôle de l’eau est un enjeu industriel majeur, avant même d’être une question environnementale et sanitaire.

Les mises en cause que connaît aujourd’hui l’Onema (voir papier principal) n’étonnent pas les (rares) personnes qui tirent depuis des années la sonnette d’alarme sur la façon dont sont gérés le contrôle et l’analyse des données sur l’eau. « L’ensemble du système français de production des données publiques sur la qualité de l’eau a failli et est totalement inopérant », écrit Jean-Luc Touly, membre du Comité national de l’eau et auteur d’ouvrages sur la corruption et la gestion de l’eau, dans une lettre ouverte aux membres du Comité national de l’eau publiée sur son blog. Marc Laimé, journaliste spécialisé sur la question, évoque sur son blog une « oligarchie de l’eau aux abois ».

Mais avant la parution du rapport de la Cour des comptes –qui sera rendu public le 12 février prochain- il est intéressant de lire le point de vue d’Anne Spiteri. Polytechnicienne, ingénieure des Eaux et forêts, elle suit une carrière classique jusqu’à occuper, de 2003 à 2007, le poste de chargée de mission Eau et milieux aquatiques à – feu - l’Institut français de l’environnement (Ifen). Un désaccord avec sa hiérarchie portant justement sur des données sur l’eau l’amène à quitter son poste. Aujourd’hui à la retraite, elle porte un regard « technique et abasourdi » sur l’obscurantisme qui règne sur les données publiques de l’eau.

Anne Spiteri explique pourquoi au Journal de l’environnement.

 JDLE - Que révèlent, selon vous, les critiques de la Cour des comptes à l’encontre de l’Onema ?

 Le cheminement et le traitement des données sur l’eau sont problématiques. D’abord, il faut savoir que le travail de l’Onema, c’est de fournir de la donnée brute, c’est-à-dire d’établir qu’à telle date, il y a tel produit à telle concentration. Ces informations sont rassemblées au sein du système d’information sur l’eau (SIEau), qui est une pièce essentielle de l’édifice[i]. Ensuite, des données dites synthétiques sont élaborées par le service de traitement des données du ministère de l’écologie. Ce ministère est donc juge et partie puisque, à la fois, il fournit le thermomètre (avec les données synthétiques) et donne le remède (par les mesures décidées). C’est le premier point.

Ensuite, il faut s’assurer que la donnée collectée est fiable. Pour ce faire, elle doit présenter certaines caractéristiques de « sérieux ». Par exemple, si vous mesurez un pesticide, vous devez le faire en fonction des périodes et des fréquences d’épandage, en fonction de la toxicité de la molécule (un produit très toxique sera peu dosé, donc moins détectable, il faudra donc des limites analytiques basses pour le détecter). Une mesure fiable, c’est une mesure répétée plusieurs fois, au même endroit, sur les mêmes polluants. Et puis il s’agit de chercher la molécule de départ, mais aussi ses produits de dégradation, et ce qu’il advient quand les molécules se rencontrent… on appelle ça l’effet cocktail… Et ça n’est pas du tout fait.

- JDLE - Justement, la Directive-cadre sur l’eau de 2000, transposée en droit français en 2007, impose à la France des rapportages précis. Selon vous, les « photos » de l’état chimique de l’eau envoyées à Bruxelles sont-elles conformes à la réalité ?

 Non, ces données ne le sont pas. Les rapportages communautaires prévus par la directive-cadre sur l’eau (DCE) obéissent à des réglementations complexes, mais déconnectées de la réalité des contaminations. En fait, la DCE impose le contrôle de peu de molécules, qui sont par ailleurs évaluées séparément les unes par rapport aux autres (donc sans prendre en compte l’effet cocktail). De plus, les normes à respecter ont été édictées de façon empirique, parce qu’en vérité, on n’y connaît pas grand-chose en écotoxicité des milieux aquatiques. Ces normes ont très peu de valeur, en fait. Enfin, quand l’état chimique d’une masse d’eau est donné, il n’y a pas de gradation. Du coup, personne ne sait si les concentrations sont 3, 6, 9 fois plus élevées que la norme.

 JDLE - Sur votre blog, vous écrivez que les données Synthétiques fournies par le ministère de l’écologie via son service statistique sont « absolument consternantes et décalées par rapport aux enjeux de protection de cette ressource patrimoniale et de la biodiversité. Elles constituent un camouflet sévère pour les sciences écologiques et statistiques. Aucune vue globale et des thématiques essentielles occultées. Des méthodologies d’un autre temps. Un étalage décomplexé de calculs triviaux et inadaptés, d’affirmations gratuites, d’imprécisions qui prêtent à confusion, de contradictions et même d’erreurs inacceptables. » Quel jugement !

 L’eau est indispensable dans une multitude de domaines de la vie courante. Des lobbies extrêmement puissants sont donc à l’œuvre. Le ministère de l’écologie est une façade, où les grands corps d’Etat liés aux lobbies industriels, tirent les ficelles. Or, si on évalue correctement la contamination chimique, on va déranger ces lobbies, notamment ceux de la chimie et de l’agriculture. Il faut tout de même avoir à l’esprit que les industriels ont le droit, par un simple tuyau, de rejeter leurs produits dans les cours d’eau. Ils doivent respecter des normes, certes, mais elles sont trop laxistes ! Et aujourd’hui, tous les milieux aquatiques sont archi contaminés. Bien mesurer la pollution, c’est découvrir des choses qui pourraient gêner tout le monde, et qui d’autre part pourrait amener à demander des comptes à l’Etat. Du coup, on préfère faire pression sur les agents et taire la réalité. »

La Lettre ouverte d’un conseiller régional d’Ile-de-France au Comité national de l’eau et à Mme Delphine Batho

Dans un tout autre registre, le scandale de l’Onema a aussi incité Jean-Luc Touly, Conseiller régional d’Ile-de-France, Membre du Comité National de l’Eau, Membre du Comité de bassin Seine Normandie, Responsable « Eau » à la Fondation France Libertés Danielle Mitterrand, à adresser le 3 février 2013 à l’ensemble des membres du Comité national de l’eau une « Lettre ouverte », reproduite ci-après, et qu’il a directement fait tenir ensuite à la ministre de l’Ecologie le 6 février 2013, document qui a le mérite d’aller droit au fait, et de reposer « les questions qui dérangent », qu’une invraisemblable camarilla de conjurés font tout pour occulter, lors mêmes qu’elles seules comptent…

Lettre ouverte au Comité national de l’eau

Le spectre de l’IGN…

Enfin, last but not least, revoici le spectre de l’Institut Géographique National, grand acteur fantomatique de notre « ténébreuse affaire »…

Un récent article bien informé soulève à son tour des interrogations que nous avons déjà évoquées.

Cet article apparaît au demeurant bien optimiste sur la fusion du « RGE parcellaire » et du cadastre DGI… Nouvel obstacle à l’accès aux données...

L’IGN continue donc d’étendre son monopole. Comme toutes les données sont désormais géolocalisées, le « transfert » croissant se justifie sur le papier, sans la moindre réflexion sur une quelconque gouvernance. Et quant à la transparence…

Or un autre récent rapport de la Cour des comptes sur l’IGN mettait en garde l’établissement contre les dérives financières et la gestion des données...

A la suite de ce rapport, la directrice administrative et financière de l’IGN avait été débarquée, et… « transférée » à l’Onema.

Une énarque, surnommée AI (Intelligence artificielle), incapable de gérer quoi que ce soit, et qui a fait des boulettes énormes.

A tel point que l’Onema s’est empressé de la refiler à... Polytechnique où elle occupe le doux poste de « Secrétaire générale »... Misère !

Enfin, le 7 février, Actu-Environnement, contraint et forcé, évoque enfin, bien tardivement, notre ténébreuse affaire...

Lire aussi :

QUALITE DE L’EAU : UN MENSONGE D’ETAT ?

- Qualité de l’eau (1) : un mensonge d’état ?

Les eaux glacées du calcul égoïste, 22 juillet 2011.

- Qualité de l’eau (2) : le témoignage choc d’Anne Spiteri

Les eaux glacées du calcul égoïste, 23 juillet 2011.

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Les eaux glacées du calcul égoïste, 25 juillet 2011.

SCANDALE A L’ONEMA

- Politique de l’eau : le changement c’est maintenant

Les eaux glacées du calcul égoïste, 23 novembre 2012.

Scandale à l’ONEMA (1) : comment éviter la privatisation des données publiques ?

Les eaux glacées du calcul égoïste, 28 novembre 2012.

Scandale à l’ONEMA (2) : lettre ouverte à Delphine Batho

Les eaux glacées du calcul égoïste, 28 novembre 2012.

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Les eaux glacées du calcul égoïste, 29 novembre 2012.

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Les eaux glacées du calcul égoïste, 30 novembre 2012.

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Scandale à l’ONEMA (7) : the fatal french water open data collapse

Les eaux glacées du calcul égoïste, 8 décembre 2012.

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Les eaux glacées du calcul égoïste, 18 décembre 2012.

Scandale à l’ONEMA (8) : l’aveu

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S-Eau-S, 1er février 2013.

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Scandale à l’ONEMA (10) : la bataille de l’opinion

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