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NE PAS CLIQUER
LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Prix de l’eau : guerre de l’opinion sur internet
par Marc Laimé, 16 novembre 2007

On pouvait s’y attendre et ça n’a pas traîné. La deuxième vague de l’enquête de Que-Choisir qui dénonçait à nouveau le mois dernier les marges exorbitantes que réalisent les majors de l’eau suscite des réactions courroucées des intéressées. Innovation, un site internet tire à boulets rouges sur Que Choisir, l’ensemble des medias français, les journalistes, les fonctionnaires, le service public… Autant d’ignares qui ne comprennent décidément rien à la « création de valeur » et à « l’épopée entrepreneuriale. » Comme son auteur, un « ancien » de Vivendi, menace même de se fâcher tout rouge si ça continue, voyons d’un peu près son argumentation, adornée de maints trémolos à la gloire de la geste sarkozienne…

L’animateur du site, M. Antoine David, en impose immédiatement.

Après des études au lycée privée Sainte Geneviève à Versailles (« Ginette »), puis à l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées, ce qui lui permettra ensuite d’œuvrer à la Générale des eaux-Vivendi-Veolia durant de longues années, de 1986 à 2005, il est aujourd’hui entrepreneur.

On se demande d’ailleurs bien où il trouve le temps de rédiger les kilomètres d’argumentaires publiés sur son site, qui vouent aux gémonies les contempteurs des Zadmirables Veolia, Suez et Saur ?

A moins que la guerre de l’opinion dont nous augurions il y a peu l’imminence ne connaisse ici son véritable baptême du feu ?

Saluons d’ailleurs le talent de nos opposants (furieux) qui non seulement ont choisi l’excellent nom de domaine « prix-eau-potable », mais offrent au visiteur de le référencer et de le faire connaître d’un simple clic ! Le Cercle, la Fédération et le Centre (ils se reconnaîtront) ont dû sabler le champagne !

Mais voyons donc l’argumentaire de notre homme, qui n’y va pas de main morte, c’est la loi du genre, et hasardons quelques réponses, histoire de balayer les incongruités qui s’alignent à la file. (Merci au team Linossier pour sa réactivité).

Le réquisitoire de l’entrepreneur

« L’eau potable en France ne pèse que 0,4% du budget des ménages, contre 4,2% pour les télécoms et 6,7% pour l’électricité ! Que Choisir n’est pas objectif, et les médias français manquent de rigueur en relayant les conclusions de cette association sans esprit critique.

« Je suis ingénieur, j’ai distribué de l’eau pendant 10 ans, et je déplore le peu de rigueur avec laquelle TOUS les médias français relaient des contre vérités sur le prix de l’eau potable. Je préfère que les services publics marchands soient gérés par le privé qui s’engage sous contrat sur un prix fixé à l’avance pendant 15 ans : je sais qu’il y aura des gains de productivité qui profiteront au consommateur et que cela me coûtera moins cher que la mauvaise gestion de la sphère publique. Plus d’infos sur mon parcours dans entrepreneur en colère. Inventaire des erreurs distillées par Que Choisir et relayées par tous les médias français »

Commentaire :

On passera sur le fait que notre ami prend les 600 000 lecteurs de Que Choisir pour des demeurés.

Notre ami "l’entrepreneur en colère" a cru bon de préciser qu’il n’est pas subventionné par les professionnels de l’eau dont il emploie pourtant les formules et le vocabulaire de communication habituels.

Il déclare que M. Jean-Marie Messier a sauvé la Compagnie générale des eaux en faillite, avec un trou aussi gros que celui du Crédit Lyonnais, et l’a fait muer en une entreprise florissante. On se demande bien dès lors pourquoi l’infortuné J6M s’est fait tirer comme un perdreau par tout l’establishment hexagonal ?

Cela ne témoigne-t-il pas d’une réelle inquiétude face à des usagers de plus en plus nombreux à être conscients d’être spoliés, qui font pression sur les élus pour le retour en régie de leur service des eaux ?

Voyons la suite, les « contre-vérités » et les « vérités » c’est lui, les réponses c’est nous ☺

« Contre vérité n°1 » :

« Il est dit que les compagnies privées sont responsables du prix de l’eau et de son augmentation : Comme le tabac ou l’essence, le prix de l’eau intègre 60% de taxes et redevances (assainissement, agences de bassin, voies navigables etc.). Mais le reste, soit environ 1 € du m3, ne va pas « dans la poche » du distributeur mais permet d’abord de financer les investissements dans les réseaux, les usines, etc. Depuis 1980, par exemple, près de 20 millions de branchements en plomb (très nocifs pour l’organisme) ont disparu des réseaux d’eau potable. Qui a financé les travaux ? »

Réponse :

Euh, le remplacement des conduites en plomb est financé par les Agences de l’eau, avec l’argent des redevances acquittées par les usagers…

Plus généralement, a facture d’eau est constituée d’un certain nombre de postes dont le libellé est suffisamment clair pour en identifier les bénéficaires :

- les parts abonnement et consommation relatives aux collectivités locales destinées à couvrir essentiellement les annuités des emprunts qui ont financé les installations des services de l’eau et de l’assainissement.

- si le service est délégué, les parts abonnement et consommation facturées par l’entreprise privée, et censées payer exclusivement le coût réel de l’exploitation du service.

- les redevances des agences de l’eau, qui sont financées à 85 % par les usagers domestiques, pour un montant global de 2 milliards d’euros par an.

« Contre vérité n°2 » :

« Il est dit que les régies publiques vendent l’eau moins cher donc coûtent moins cher que les sociétés privées : c’est faux. Quand une régie publique gère un service, les règles de la comptabilité publique lui interdisent d’amortir les investissements réalisés et de passer des provisions pour les investissements futurs. Donc la régie vend en dessous du prix de revient (on appelle cela de la vente à perte). Donc la collectivité doit financer par l’impôt les déficits, et la régie diffère les investissements indispensables, entraînant un risque pour les populations. Cela finit toujours par coûter plus cher au consommateur, quand il faut rattraper 20 ans de sous-investissement. »

Réponse :

Ce sont les rapports d’organismes parfaitement incontestables tels la Cour des Comptes, l’IFEN du ministère de l’Ecologie, ou encore les commissions parlementaires, qui concluent en permanence à un coût de l’eau plus élevé de 20% à 40% quand le service est exploité par une société privée.

Les budgets des services de l’eau et de l’assainissement ont en application de la loi l’obligation d’être équilibrés en recettes et en dépenses, et ne peuvent recevoir ni apporter de subvention au budget général de la collectivité.

Ces budgets eau et assainissement ont le droit, sinon l’obligation, de constituer des provisions en vue de futurs travaux importants d’investissement.

Au contraire du service délégué, la régie publique vend l’eau au prix résultant du coût réel du service.

Il est formellement interdit à toute collectivité de faire financer le coût de son service des eaux par l’impôt, hormis si elle compte moins de 3000 habitants, ou à raison de circonstances exceptionnelles, occurences aujourd’hui des plus minoritaires.

« Contre-vérité n°3 » :

« Il est dit que les sociétés privées font des bénéfices faramineux. Dans une société privée qui distribue de l’eau, le prix de l’eau est défini à l’avance pour 15 ans : donc tout est fait pour réaliser chaque année 3 ou 4% de gains de productivité (dont une partie est repercutée dans le prix de l’eau au bénéfice du consommateur) et se mettre à l’abris d’aléas (hausse du pétrole, électricité etc...).

Dans une régie publique qui s’interdit de faire des bénéfices, les gains de productivité ne sont pas nécessairement la priorité (en particulier si cela se traduit par des réductions d’effectifs). Au bout de 15 ans, quel est le régime (société privée, régie publique) le plus efficace pour le consommateur ? Celui ou l’exploitant réinvestit dans les réseaux et réalise des bénéfices grâce aux 40 ou 50% de gains de productivités cumulés, ou celui où le service s’appauvrit et où la majorité des recettes serviront à payer des salaires ? »

Réponse :

L’aléas a bon dos, encore un peu il nous parlerait de Ben Laden…

Les sociétés privées font effectivement des bénéfices faramineux et résultant de pratiques condamnables. A cet effet il convient de rappeler que toute redevance payée par un usager doit avoir pour contrepartie un service rendu.

Or, dans les comptes de ces sociétés remis aux collectivités figure le poste « garantie de renouvellement ». C’est l’astuce trouvée par le syndicat patronal des distributeurs d’eau pour ne pas restituer aux collectivités publiques, comme la loi leur en fait obligation, les sommes encaissées au titre du renouvellement des installations, et non employées à cet effet.

A titre d’exemple on peut s’interroger sur l’origine des fonds qui ont permis l’évolution de la Compagnie générale des eaux en Vivendi, fonds transférés dans une filiale captive de « réassurance » off shore en Irlande…

Plusieurs milliards d’euros qui ont pour partie été utilisés par l’entreprise pour racheter ses propres actions et maintenir une cotation dont on sait où l’a finalement conduite l’admirable J6M…

Cet argent là fait aujourd’hui défaut pour renouveler les canalisations vétustes.

On peut aussi évoquer les fameux « frais de siège » parfaitement incontrôlables, l’amortissement des compteurs, etc, etc.

« Contre vérité n°4 » :

« Il est dit que les contrats signés par les collectivités et les sociétés privées sont défavorables au consommateur : cela fait 155 ans que les collectivités en France signent des contrats avec des exploitants privés. Il y a des associations d’élus, des associations de communes, etc.

Même si les collectivités n’ont pas toujours les meilleurs juristes sous la main, est-il raisonnable de penser que les sociétés privées font signer n’importe quoi aux élus ? Ou que les élus ne savent pas négocier de clauses contractuelles avantageuses ? »

Réponse :

S’interroger sur les raisons qui ont conduit les collectivités à déléguer leur services des eaux est une excellente question.

Au début des années 80 ont été votées les premières lois de décentralisation. Les multinationales de l’eau ont alors saisi l’opportunité de voler au secours des collectivités territoriales qui se seraient trouvées privées des financements de l’état.

A l’époque le respect de l’équilibre des budgets restait parfaitement théorique. Donc, les multinationales de l’eau qui disposaient de réserves considérables constituées à partir de sommes payées par les usagers et non attribuées au service public ont offert le versement de « droits d’entrée » en contrepartie d’un contrat de délégation.

Depuis le Conseil d’Etat est intervenu, en particulier à l’occasion du conflit survenu à Saint Etienne pour un rappel au droit. Les droits d’entrée, formellement interdits, n’en continuent pas moins à produire leurs effets dévastateurs sur nombre de contrats signés dans cette période, et toujours en cours.

« Contre vérité n°5 » :

« Il n’y aurait pas de concurrence en France : là, il faut qu’on m’explique. Chaque délégation de service fait l’objet d’un contrat, avec une date de fin et des « conditions de sortie ». Si certaines collectivités pensent que les sociétés françaises ne se livrent pas à une concurrence véritable, rien ne les empêche de choisir une entreprise espagnole ou anglaise, ou de revenir en régie publique. Avec ce modèle de service publique sous contrat, les collectivités ont la possibilité, à l’échéance, de changer d’exploitant. Or elles ne le font que rarement. Donc le système n’est peut être pas si mauvais. »

Réponse :

Il n’est pas mauvais, il est exécrable ☺

Moins de 5¨% seulement de contrats de délégation changent de titulaire à leur expiration, donc 95% sont reconduits au même délégataire. Ca c’est de l’hyperconcurrence ou je ne m’y connais pas...

A l’heure où Véolia projette d’acheter la société Ruas, et où la Saur a été rachetée 2 milliards d’euros au fonds de pension PAI Partners, qui l’avait acquise 1 milliard d’euros 2 ans auparavant, on peut effectivement s’interroger sur le mythe de la concurrence (libre et non faussée…).

La Saur appartient désormais à un consortium constitué par La Caisse des dépôts et consignations et Séché Environnement.

A l’iniative des socialistes au pouvoir la Caisse des dépôts avait créé des sociétés d’économie mixte, comme Alteau ou Semidao, qui avaient tenté justement d’apporter un petit peu de concurrence…

A l’époque la candidature de ces sociétés de la Caisse des dépôts était rituellement rejetée par les collectivités. Certaine collectivité a même eu le culot d’affirmer que la société Alteau n’offrait pas toutes les garanties !

Cette pratique du rejet de candidature continue pour les rares cas où des sociétés représenteraient un danger pour le délégataire sortant.

Une grande entreprise allemande avait ouvert un bureau à Paris il y a quelques années. Elle l’a fermé trois ans plus tard sans avoir pu signer un seul contrat…

De plus en plus de collectivités s’interrogent donc sur le mode de gestion de leurs services des eaux et de plus en plus retournent en régie : Grenoble, Cherbourg, Chatellerault, Syndicat des eaux de Durance Lubéron, Neufchateau, Tournon sur Rhône...

Le législateur avait justement jugé que les collectivités ne négocient pas toujours des conditions favorables aux consommateurs. C’est pour cela qu’il a voulu faire participer les représentants des associations de consommateurs aux décisions de déléguer les services des eaux, en créant en 1992 les Commissions consultatives des services publics locaux (CCSPL). Les dispositions de la loi initiale faisaient obligation aux communes de plus de 3500 habitants et aux EPCI comprenant une commune de plus de 3500 habitants de créer une CCSPL.

Ces conditions devaient être trop favorables aux usagers car, en 2002, la nouvelle majorité à l’assemblée a élevé ces seuils à plus de 10 000 habitants pour les communes et de plus de 50 000 habitants pour les EPCI. Quant aux syndicats mixtes, ils devront comprendre au moins une commune de plus de 10 000 habitants.

En dépit de l’activisme de certains parlementaires, la LEMA n’y a rien changé…

Enfin, le problème des contrats de délégation ne se situe pas dans ses dispositions juridiques mais tout simplement dans les tarifs et leur évolution suivant une formule d’indexation inflationniste.

« Vérité n°1 » :

« L’eau coûte moins cher dans les Alpes ou le Massif Central qu’en Ile de France ou en Bretagne : Annecy, Clermont, Chambéry et Grenoble sont les villes les moins chères ! Alors là, je tire mon chapeau ! Il fallait y penser ! Quand l’eau coule toute seule grâce à la pente et qu’il faut peu d’électricité pour la pomper, que les traitements ne coûtent pas cher car il y a peu d’agriculture intensive, de lisiers de cochon et d’aéroport à proximité, et qu’en plus il y a des barrages hydroélectriques qui évitent de construire des réservoirs, surprise, l’eau coûte moins cher à produire ! Là je reste sur le flanc. »

Réponse :

Dans les Alpes, l’eau n’est pas toujours de bonne qualité en raison des infiltrations de l’eau de pluie au travers du calcaire fissuré. La qualité des eaux peut donc varier fortement et rapidement en cas de précipitations. Et la ressource ne se situe pas toujours au sommet des montagnes mais le plus souvent dans les points bas et il faut alors la pomper.

Les prix pratiqués par Véolia dans la région sont parmi les plus élevés de France alors que l’eau brute est de bonne qualité et nécessite peu de pompage.

« Vérité n°2 » :

« L’eau en France est 300 fois plus chère en bouteille qu’au robinet : sur le comparateur de prix d’un grand groupe d’hypermarchés, le prix de l’eau en bouteille ressort à 370 € le m3 (0,55 € la bouteille de 1,5 litres) avec seulement 5,5% de TVA, soit 350 € HT le m3. En supposant un prix de l’eau du robinet à 2,70€ le m3 dont 60% de taxes, cela met le m3 a 1,08 €. L’eau du robinet, que boivent couramment 90% des français, est 320 fois moins chère que l’eau en bouteille. Même le sable coûte 40 fois plus cher que l’eau du robinet. L’eau est un pondéreux qui ne coûte pas cher ! »

Réponse :

Si les Français consomment de l’eau en bouteille c’est peut être parce qu’ils ne sont pas satisfaits de la qualité de l’eau distribuée par les multinationales.

Mais encore une fois le problème ne se situe pas dans une comparaison de son prix avec d’autres produits. Le problème est de savoir si oui ou non l’usager paie le juste prix, c’est-à-dire comme la loi l’impose, le prix correspondant au coût réel du service.

« Vérité n°3 » :

« La qualité des ressources en eau se dégrade mais l’eau reste de qualité : La France est riche en eau mais c’est aussi la première nation agricole en europe. On nous parle d’écologie et de protéger la planète, mais chaque année les ressources en eau se dégradent, du fait de l’agriculture (pesticides, engrais, antibiotiques), des routes et du transport routier, et du manque de pluies. Cette dégradation rend les traitements toujours plus complexes. Alors que les normes de potabilité sont de plus en plus exigeantes. Pourtant, cette eau est bonne à la consommation. »

Réponse :

La qualité de l’eau distribuée dépend de la qualité de l’eau brute et des traitements nécessaires. L’eau n’est pas bonne à la consommation sur tout le territoire. Respecter les normes ne signifie pas pour autant que l’eau ne présente pas de risque pour la santé publique. Les problèmes de qualité se rencontrent aussi bien dans les services délégués que dans les régies.

« Vérité n°4 » :

« Les sociétés de distribution d’eau mettent des sous de côté : ce site n’est pas financé par les professionnels de l’eau, et certaines sociétés de distribution d’eau vivent bien, en particulier grâce aux provisions accumulées pour financer le renouvellement de leurs ouvrages. A titre personnel, cela ne me choque pas. D’autres secteurs d’activité dégagent des profits autrement plus conséquents (le luxe, la téléphonie mobile). S’agit-il là aussi de bénéfices faramineux ? En quoi l’exercice d’une mission de service public rend-il les bénéfices choquant ? Pour quelle raison serait-il interdit en France de dégager des profits ? »

Réponse :

Selon la loi censée les protéger les usagers ne devraient payer que le coût réel du service, ce qui signifie que les bénéfices accumulés grâce aux provisions de renouvellement des installations, non utilisées sont parfaitement illégaux, ce qui est confirmé par une jurisprudence constante du juge administratif.

C’est justement parce que chacun ne peut pour ce qui le concerne individuellement faire jouer la concurrence, que l’eau est indispensable à la vie, que les services publics de l’eau sont soumis à des règles spécifiques destinées à protéger les usagers des prédateurs que sont les multinationales de l’eau.

Non seulement les bénéfices des sociétés de distribution sont choquants, mais ils sont en plus illégaux pour une part notable, en ce qui concerne les fameuses « garanties pour renouvellement ».

Seul un lien financier pourrait être trouvé entre l’eau, la téléphonie et le luxe. On peut se passer de téléphone mobile ou le cas échéant changer de prestataire. On peut se passer de produits de luxe surtout quand on n’a pas les moyens, mais nul ne peut se passer d’eau.

« Vérité n°5 » :

« Public-privé, le mauvais débat : la mission de service public se caractérise par des devoirs spécifiques : la permanence de service (cela doit fonctionner 24h sur 24), le libre accès au service (tout client éligible doit pouvoir bénéficier du service) et la non-discrimination (à client égal, service et tarif égal). C’est TOUT. En quoi le statut public ou privé donne-t-il des droits, ou une légitimité particulière ?

Je ne comprends pas. Quand un service marchand peut être délégué à une entreprise privée, qui s’engage contractuellement sur des prix et des résultats (ce que ne fait pas la régie publique, au passage), pourquoi le consommateur serait-il lésé ? Histoire drôle, aux USA, public se dit « private » (au sens de son capital n’est pas ouvert au public) et privé se dit « public ».

Réponse :

Aux USA les sociétés françaises n’ont pas eu le succès escompté car les Américains n’ont pas voulu de services publics des eaux gérés par des sociétés privées. On peut ajouter que partout où le modèle français a pu être imposé avec l’aide du Fonds monétaire international, la plupart du temps dans des pays où régnait la corruption, l’expérience a tourné court et les multinationales ont dû plier bagage sous la pression de la population. Ne serait-ce pas ce qui est en train de se passer en France et qui fait si peur à certains qu’ils en arrivent à écrire n’importe quoi ?

« Vérité n°6 » :

« L’exploitant public est-il un si bon gestionnaire de services marchands ? Cela fait 22 ans que je travaille dans la vie professionnelle « marchande ». Les règles de l’économie de marché sont particulières, et la concurrence (source de drames, de fermetures d’usines, etc.) fait partie du quotidien.

A chaque fois que j’ai vu des acteurs publics (service de l’état, collectivités, associations subventionnés) gèrer des services marchands, je les ai trouvés peu flexibles, et peu capables de s’adapter à la concurrence. Concurrence faussée (grâce à des subventions, des emplois aidés ou de la vente à perte), reconstitution de monopoles de fait, absence de mesure des résultats, quand ce n’était pas de la mauvaise gestion ou de l’incompétence.

Citez-moi UN exemple, en dehors peut être de l’Alsace, ou des services marchands sont gérés efficacement dans le respect des règles de concurrence et sans détruire de la valeur par des régies publiques. A l’inverse, la concurrence, quand elle est encadrée, peut donner d’excellents résultats.

« Conclusion » :

« Ces articles qui condamnent le prix supposé abusif de l’eau sont médiocres :

- Ils méconnaissent le métier de distributeur d’eau,

- Ils prêtent aux exploitants publics des vertus que n’auraient pas les sociétés privées (mieux vaut être mauvais gestionnaire et vendre à perte que dégager des profits en améliorant sa productivité).

Expliquez moi pourquoi plus de 80% de l’eau distribuée en France l’est par des sociétés privées ? Une collusion peut-être du grand capital et des lobbies pour priver le consommateur d’une ressource abondante et gratuite ? Ou simplement la preuve que le système ne marche pas si mal ? »

Réponse :

La concurrence entre les sociétés délégataires n’existe pas.

Et comment se fait-il, ô apôtre de la concurrence, que ce secteur, stratégique s’il en est, n’est justement pas encadré par une quelconque autorité de régulation ?

Une société privée capitaliste a pour objet de faire des profits dont elle dispose librement suivant les décisions de ses actionnaires, ce qu’interdit la loi pour les services publics locaux.

Par opposition, une régie publique consacre exclusivement les redevances payées par les usagers à ses services de l’eau et de l’assainissement.

Les services des eaux sont assurés beaucoup plus efficacement par des régies publiques que par des sociétés privées qui utilisent une partie des factures payées par les usagers afin de rémunérer leurs actionnaires.

Elève David, revoyez votre copie.

Ce d’autant plus que le big boss s’énerve, signe qu’il y a le feu au lac…

M. Proglio dénonce les « inepties » de Que Choisir

L’AFP nous narre en effet le 16 novembre 2007 que Le PDG de Veolia, M. Henri Proglio a dénoncé vendredi des "assertions totalement infondées" et des "inepties", en réponse à l’association de consommateurs UFC pour qui les prix de l’eau sont surfacturés, en particulier en Ile-de-France.

"Le prix de l’eau est totalement transparent, il est fixé par les collectivités locales et pas par nous, il est strictement encadré par des normes contractuelles ; le groupe pas plus que ses concurrents n’est en situation lui-même de définir ses propres tarifs", s’est défendu M. Proglio lors du salon Actionaria à Paris.

"Le prix de l’eau n’a pas augmenté plus que l’inflation depuis, il me semble, une bonne dizaine d’années, en tout cas concernant l’eau potable", a-t-il ajouté.

Fin octobre, l’UFC affirmait dans une étude que l’eau est surfacturée dans de nombreuses agglomérations françaises et épinglait les "bénéfices faramineux" de Veolia et Suez.

Des élus d’Ile-de-France avait ensuite demandé au syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif) une baisse "substantielle" du prix de l’eau, en dénonçant les marges "exorbitantes" de Veolia, à qui le Sedif a délégué la gestion.

Le maire socialiste de Paris, M. Bertrand Delanoë, a aussi annoncé début novembre qu’il souhaitait confier "à un opérateur public unique" la responsabilité de la chaîne du cycle de l’eau à Paris.

Actuellement, la société Eau de Paris (SEM de la Ville) est chargée de la production et du transport de l’eau mais sa distribution est assurée par Veolia et Suez.

M. Proglio a jugé que M. Delanoë avait émis cette "hypothèse" en tant que candidat aux municipales de 2008 et non en tant que maire.

"Ce n’est pas une décision, parce que la décision est à prendre en 2009", a-t-il souligné, ajoutant qu’il ne désespérait pas de convaincre M. Delanoë "que de se priver de la meilleure entreprise du monde n’est pas une bonne opération pour la ville".

Ce contrat "n’est pas essentiel pour le groupe, puisqu’il ne représente que 60 millions d’euros de chiffre d’affaires sur 4 milliards", a-t-il aussi affirmé. »

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commentaires

1 Prix de l’eau : guerre de l’opinion sur internet

si les mechants se servent des armes des gentils, je ne donne pas cher de la peau des gentils en question...
continuons de lutter meme si c’est en vain ça fait toujours du bien.

poste par djib - 2007-11-18@01:02 - Répondre à ce message
2 Prix de l’eau : guerre de l’opinion sur internet

Bonjour et merci pour ce salutaire travail de vérité.
J’ai pu écouter partiellement le 6 novembre sur France Inter l’émission "le grain à moudre" sur la transparence de l’eau et donc l’étude de Que Choisir.
L’argumentaire du Sedif et de la Fédération Professionnelle des Entreprises de l’eau était le même que celui du sieur Antoine David.
Je les ai trouvés peu crédibles et bien peu soucieux des intérêts des usagers, au contraire des leurs, n’hésitant pas à mentir ouvertement,... ils se sont fait "ramassés" sur tous les thèmes par l’ACME et Que Choisir.

J’espère qu’ils perdront bien vite "leurs marchés juteux" !!!

A écouter dans le lien ci-dessous

poste par Rastablonde - 2007-11-19@09:11 - Répondre à ce message
3 Prix de l’eau : vrai ou faux débat ?

Je lis avec intérêts vos propos. Je les relirai encore plus en détail pour mieux en saisir la portée. Mais vos échanges au sujet de la gestion du traitement et de la distribution de l’eau, de sa délégation au secteur privé ou au secteur public m’invite à réagir.

Dans le monde, entre 1 milliard et 1,5 milliard (selon les sources) d’êtres humains n’a pas accès à l’eau potable. Les besoins en eau iront encore en augmentant. Les multinationales telles que Vivendi ou Suez en France et RWE en Allemagne distribuent l’eau potable à quelque 360 millions d’habitants. Les perspectives économiques de la branche "eau potable" sont visiblement très bonnes, d’autant que les entreprises de ce secteur enregistrent des taux de croissance annuels à deux chiffres.
C’est pourtant un secteur dont les enjeux économiques et le développement dépassent de très loin notre hexagone et la simple problématique du traitement et de la distribution d’eau. La raréfaction des ressources en eau, les investissements nécessaires par des entreprises multinationales régies par les principes de l’actionnariat, amplifie légitimement la crainte de voir la gestion de l’eau confiée à des entreprises privées.
Mais les services publics de distribution d’eau ont parfois des infrastructures si mal entretenues que les fuites d’eau atteignent 50 % de l’eau potable disponible. C’est par exemple le cas de la ville de Mexico : c’est l’échec d’une collectivité qui a oublié d’investir, de développer son savoir-faire et de structurer sa comptabilité, avec toutes les conséquences que cela implique.
Du point de vue politique, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international encouragent la privatisation. Les crédits accordés aux pays en voie de développement sont liés à la condition que les prestations publiques soient privatisées. Dans certains cas, comme au Gabon, le résultat semble (pour l’instant) avoir été positif. En 1997, Vivendi a acquis une participation majoritaire au capital de l’entreprise étatique de poly-distribution du Gabon. Depuis, Vivendi a investi 125 millions d’euros dans le développement des infrastructures, ce qui a permis d’augmenter le nombre de clients raccordés au réseau de 26 % tout en abaissant le prix de l’eau de 17 %.
D’autres exemples, comme la Bolivie, illustrent en revanche l’échec auquel peut conduire la privatisation. Après avoir racheté le service de distribution d’eau de la ville de Cochabamba (Bolivie), le groupe américain Bechtel a doublé le prix de l’eau. Le peuple a aussitôt réagi en descendant dans la rue qui fut le théâtre de violentes échauffourées. Par la suite, Bechtel s’est retiré, laissant le service de distribution entre les mains d’une coopérative. Aujourd’hui, ces infrastructures sont dans un état déplorable.
En Suisse, certains distributeurs d’eau sont en mains privées depuis leurs origines et remplissent très bien leur mandat. Les résultats sont donc à priori assez mitigés et la question reste posée de savoir si les États doivent-ils remettre cette tâche à des tiers privés.

De façon schématique, disons que les uns considèrent l’eau comme une marchandise, de plus en plus rare, dont la saine gestion passerait par une prise en main par le marché. Cela implique son appropriation privée, quitte à accepter des règles d’exploitation et à reconnaître l’eau, non comme un droit, mais comme une marchandise et comme un besoin à satisfaire selon la solvabilité des personnes...
Pour l’autre camp, l’eau est un patrimoine commun de l’humanité, léguée aux générations futures, d’où sa gestion publique et écosystémique dans une perspective de développement durable (Rapport Brundtland). L’accès à l’eau serait alors reconnu comme un droit humain fondamental, avec les dispositifs de recours juridiques qui s’imposent.
Immédiatement s’affrontent deux principes parfaitement incompatibles en l’état, l’objet du commerce relevant directement de l’atteinte au droit universel. Situations convergentes, vers ce qui pourrait devenir l’une des grandes questions de l’histoire du développement de l’humanité.

L’eau, de par ses fonctions et de par sa nature, n’est pas une ressource ordinaire. Elle est un besoin universel, indispensable, elle est vitale pour chacun d’entre nous, en permanence. Rien ne saurait exister sans elle, rien ne saurait vivre. On a cru longtemps que l’oxygène était nécessaire à la vie, on sait aujourd’hui que ce n’est pas tout à fait vrai et que des organismes vivants sont capables de se développer dans des milieux quasiment anaérobiques. Il n’en est rien à propos de l’eau. Elle est nécessaire à toute vie sur terre…
Contrairement aux matières premières « ordinaires », l’eau ne palie pas un manque que l’homme s’est créé artificiellement (il ne s’agit donc pas de savoir si elle représente pour les ménages un coût budgétaire supérieur ou inférieur à celui du téléphone portable !..), elle ne répond pas à un confort. L’eau est un élément constitutif de l’homme, de la vie, c’est un besoin. L’eau n’est pas interchangeable non plus, il n’existe aucun produit de substitution, tout simplement parce que c’est un constituant unique et élémentaire et que pour la remplacer, il faudrait inventer… l’eau.
Il est donc inutile de se battre sur des questions de coût. La nature de l’eau fait que sa gestion se doit d’être collective (et donc publique). Il ne s’agit pas d’un problème économique, mais d’une question d’équité essentielle afin de garantir à chacun le libre accès à l’un des éléments essentiels à la vie (au même titre que l’air). À l’heure ou l’on autorise des brevets sur des cellules vivantes, sur des êtres vivants complexes même, il est primordial de concevoir la gestion de cette ressource en dehors des modèles économiques traditionnels pour développer et mettre en place d’une politique responsable à l’échelle de la planète (l’une des rares qui vaille).

poste par Farine jacques - 2007-11-21@15:35 - Répondre à ce message
4 Prix de l’eau : vrai ou faux débat ?

Bonjour ,

un beau plaidoyer comme on en lit rarement ....

bravo et merci ...

"L’écoleau"

poste par "L’écoleau" - 2007-11-21@18:47 - Répondre à ce message
5 Prix de l’eau : guerre de l’opinion sur internet

Bonjour,

Je suis un nouvel élu d’une petite commune et notre premier sujet à traiter est la production et distribution de l’eau. Nous avons un puit communal mais il n’est plus aux normes !!! Donc Véolia qui détient toutes les communes avoisinantes nous fait du charme. Je suis un des seuls de notre conseil à tirer la sonette d’alarme sur la main mise des géants de l’eau. Auriez vous 2-3 arguments phares et forts pour m’aider.

Merci vous pouvez me contacter a yannlachesnais@yahoo.fr

poste par lachesnais - 2008-04-24@08:49 - Répondre à ce message
6 Prix de l’eau : guerre de l’opinion sur internet

Si vous voulez un mandat pépère sans souci et sans responsabilité : confiez la distribution de la flotte à Véolia.
En cas de problème, vous pourrez toujours vous décharger sur le délégataire comme cela se pratique le plus souvent par les syndicats d’eaux.

Par contre si vous vous estimez investi d’une véritable mission de service public, alors gardez cette compétence et occupez-vous en avec tout l’intérêt que vous portez à la bonne gestion de votre propre foyer familial.

Véolia est une entreprise commerciale et à ce titre elle est organisée pour faire des profits pour rétribuer ses actionnaires. Les gains de productivité se font sur le dos de ses salariés et sur le dos des clients qui sont en réalité des administrés-usagers prisonniers de ce monopole. Et cela Véolia et consorts le savent très bien, c’est ce qui leur permet d’imposer leur loi.

Dans cette affaire de délégation de service public, les seuls clients que connaissent ces entreprises, ce sont les élus et croyez-moi elles savent les embourber et au besoin les "arroser". Et au bout de compte, c’est toujours le consommateur final qui "trinque".

Alors si vous êtes vraiment motivé, chargez vous de l’affaire personnellement et n’espérez pas beaucoup d’aide de vos co-élus... A moins qu’ils ne soient aussi motivés que vous.

poste par Charly - 2008-04-24@10:10 - Répondre à ce message
vous aussi, reagissez!