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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
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Municipales (8) : A Carcassonne citoyens et politiques ne sont pas dans le même bateau
par Marc Laimé, 31 janvier 2008

La polémique sur la gestion de l’eau a débuté il y a plus de trois ans dans le chef-lieu de canton de l’Aude et y revêt un caractère emblématique dans un département dominé par le PS, qui connaît d’autres mobilisations similaires. A ce titre, Carcassonne ferait presque figure de laboratoire. Le peuple de gauche se mobilise en faveur d’une eau publique, allant jusqu’à initier un referendum. L’entreprise délégataire, la Lyonnaise des eaux, fait flèche de tout bois et contre-attaque tous azimuts. A l’approche des élections, à droite comme à gauche, le personnel politique, fortement embarrassé, s’emploie à noyer le poisson…

Un laboratoire. La Lyonnaise des eaux est titulaire d’un contrat de délégation de l’eau et de l’assainissement depuis 1964, reconduit le 13 décembre 2005 pour une durée de 12 ans, soit jusqu’en 2017 !

C’est cette prorogation à la hussarde qui va donner naissance à une forte mobilisation citoyenne. Dès le début de l’année 2006, dans un contexte politique particulier, plusieurs élus ou responsables politiques dénoncent la situation.

Henri Garino, représentant local du PCF au conseil municipal, et Vice-président du Conseil régional, estime que « l’on ne peut pas continuer comme ça. Beaucoup d’argent profite au fermier par manque de transparence dans les trois lignes budgétaires que sont la prime fixe, les charges de structures et le résultat net. Ces sommes pourraient être transformées en économie au profit des consommateurs (…) L’enquête de l’association UFC-Que Choisir (…) conclut qu’il serait possible d’économiser 30 % de la facture actuelle. »

La bataille de l'eau lourde

Gérard Berlan,de l’Institut de Réflexion et de prospective (IRP), enfoncera le clou quelques mois plus tard :

« En matière de fourniture de l’eau et d’assainissement, l’essentiel de nos propositions vise à utiliser avec justesse l’argent de nos contribuables et à assurer un véritable service public avec la fourniture d’une eau de qualité à un juste prix.

Le débat qui a eu lieu sur la municipalisation de l’eau n’est pas le problème essentiel pour nous, il est plus important après analyse du cahier des charges du fermier de réduire de façon conséquente le coût de cette prestation en lui posant des questions précises sur :

- la répartition des charges de la Lyonnaise entre Carcassonne et les autres collectivités desservies par elle, sachant qu’elle assure le Carcassonnais, le Lauragais, Font Romeu, la Haute vallée et les Corbières ? Les Carcassonnais paient-ils leur juste part ?

- le devenir des cautions versées lors de chaque abonnement qui ont été remplacées sur décision municipale par des frais de branchements ? Qui a gardé cette trésorerie ?

De nombreuses collectivités ont obtenu le remboursement de ces sommes. Ici la municipalité n’a rien. Joli cadeau sachant qu’il y a Carcassonne 23 500 clients abonnés… »

Un renouvellement politique explosif

A Carcassonne la « bataille de l’eau » se déroule dans un contexte local haut en couleurs. Le département est dominé par le PS qui tient le Conseil général.

Le 18 mars 2001, Raymond Chesa, gargantuesque baron du RPR audois, avait remporté la mairie, avec 53,22% des voix au second tour, conduisant 33 élus au conseil municipal. Son challenger socialiste, Alain Tarlier, avec 42,98% des voix au second tour, ne pouvant conduire que 10 élus au conseil.

Après le décès de Raymond Chesa, c’est Gérard Larrat, intronisé par l’UMP en 2005, qui va se présenter devant ses concitoyens en mars 2008, avec l’appui d’Isabelle Chesa, fille de l’ancien maire, vice-présidente de l’UMP régionale, conseillère régionale, et... opposée aux OGM,

Pour le maire sortant, la menace pourrait venir de Jean-Claude Perez (PS) et de sa liste de la « gauche plurielle » qui regroupe des socialistes, des communistes, des radicaux de gauche et des occitanistes.

Tout comme il pourrait être fragilisé par André Aribaud, ancien adjoint de l’équipe Chesa, invalidé par l’UMP qui pourrait, selon les observateurs locaux, en fonction de son score, jouer les trublions dans cette élection et faire pencher la balance à droite ou à gauche au soir du deuxième tour…

En fait, comme le soulignait La Dépêche le 17 janvier 2008, dans une plaisante litote, à Carcassonne, la succession (à droite comme à gauche), s’annonce compliquée…

C’est peu de le dire puisque dans la nuit du dimanche 27 au lundi 28 janvier 2008 la permanence électorale d’André Aribaud, qui fait donc désormais liste à part et conteste à Gérard Larrat « l’héritage » de Raymond Chesa, a été détruite par les habituels « inconnus », dont les mauvaises langues locales insinuent (scandaleusement nous en sommes d’accord), qu’il faut espérer qu’ils soient totalement étrangers au personnel municipal…

Dans le genre « Politic circus », les Carcassonnais sont servis !

La bataille de l’eau

La reconduction à la hussarde le 13 décembre 2005 du contrat éternel de la Lyonnaise des eaux par la nouvelle équipe municipale dirigée par le nouveau maire UMP Gérard Larrat, émeut le « peuple de gauche » de Carcassonne, qui va rapidement s’organiser et dénoncer une privatisation scandaleuse.

Le jeudi 29 juin 2006 un débat public se tient à Carcassonne à l’invitation du Conseil général de l’Aude et à celle de la Fondation France-Libertés animée par Danielle Mitterrand, qui interviendra en personne, aux côtés de Jacques Chabaud, directeur du Syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières, et de Jean-Luc Touly, de l’ACME-France.

Dans le courant de l’été 2006 un collectif pour la remunicipalisation de l’eau est créé. Il compte des représentants d’Attac, de la CGT, de la FSU, de la CNL, de la Confédération paysanne, du PCF et des Verts.

Innovation, il fait signer une pétition pour la renégociation des contrats de distribution d’eau affermés à la Lyonnaise, avec l’ambition de recueillir les signatures de plus de 6000 électeurs, espérant ainsi mettre en demeure le maire UMP Gérard Larrat d’organiser une consultation par referendum.

Quelques mois plus tard, la Dépêche du 6 décembre 2006 fait largement écho à cette mobilisation :

« Les Carcassonnais payent-ils l’eau à son juste prix ? Un collectif pour la remunicipalisation du service de l’eau est convaincu que non et que la Lyonnaise des eaux s’engraisse sur le dos des consommateurs.

Selon ce collectif composé de membres d’Attac, des Verts, du parti communiste, de la CGT, la remise en cause de la délégation de service public permettrait de réaliser de substantielles économies sur les factures : jusqu’à 27 % sur la distribution et 20 % sur l’assainissement.

Reconduit le 31 décembre 2005 pour une durée de 12 ans, le contrat d’affermage liant la ville à la multinationale peut-il être dénoncé ?

« Oui, répond d’emblée Henry Garino en évoquant l’article 57 du marché qui autorise une résiliation pour « motif d’intérêt général ».

Pour l’élu communiste d’opposition, rien n’empêche aujourd’hui la ville de faire valoir ce motif devant le juge administratif.

Pour l’heure, les partisans de la remunicipalisation ont opté pour une méthode plus « douce » en tentant de collecter 6 000 signatures qui obligeraient le maire de la ville à organiser un referendum.

Outre ce premier fer, le collectif envisage de saisir un cabinet d’études, à charge pour les experts de prouver que la gestion en régie directe serait profitable aux consommateurs.

Pour Henry Garino l’équation est simple : « Il faut sortir du tête-à-tête entre la Lyonnaise des eaux et la collectivité pour passer à un tête-à-tête entre le fermier et l’usager. »

Une chose est sûre, il est possible de faire baisser le prix de l’eau sans que les investissements en pâtissent. De nombreuses villes ont d’ailleurs commencé à franchir le pas en dénonçant les contrats qui les liaient à leur fermier. Castres, Grenoble, Châtellerault assurent désormais la gestion de leurs services des eaux après avoir obtenu le feu vert des juges administratifs.

Encore discret, le collectif pour la remunicipalisation entend peser dans la campagne des municipales.

Henry Garino affirme même que si l’opposition l’emporte, elle saisira la justice en vue d’obtenir la mise en régie du service. Un précédent a montré que la gestion directe d’un service public permettait de financer des investissements d’intérêt public. Les travaux du parking Gambetta sont en effet financés sur le budget du stationnement alimenté par les recettes générées par les parcmètres et les parkings souterrains. La remunicipalisation du service des eaux entraînerait une ristourne de 30 € annuels à chaque abonné. C’est peu pour le client mais beaucoup pour l’actionnaire. »

Précisant que le réseau est constitué de 7 réservoirs, d’une station de pompage et de traitement, de 350 kilomètres de réseau pour l’adduction et complété par 26 postes de relèvement, de 27 déversoirs, de 123 kilomètres de réseaux répartiteurs, de 126 kilomètres de réseaux unitaires et de 6 stations d’épuration pour le poste d’assainissement, le tout appartenant à la ville. Au travers de ce réseau, le fermier alimente plus de 22 600 clients. Il doit assurer en outre des travaux de maintenance, mais les investissements lourds (extension ou renforcement du réseau sont à la charge de la ville).

Pour l’entretien de ce réseau, la ville dispose d’un budget particulier entièrement différencié du budget général d’investissement et de fonctionnement. Pour 2007, la ville prévoit d’investir plus de 3,5 M€ dans la distribution et plus de 4,3 M€ pour l’assainissement.

Dans le même temps, la Lyonnaise des eaux investira un peu plus de 1,2 m€ sur le réseau, ce qui n’empêchera pas la multinationale de dégager plus de 580 000 € d’excédents sur l’exercice soit près de 7 M€ de bénéfices au terme du contrat en 2012. Sept millions sortis de la poche des Carcassonnais. La Dépêche ajoutait « avoir tenté, en vain, hier de joindre à plusieurs reprises la mairie afin de connaître la position de la ville dans ce dossier. »

Décidément attentive la Dépêche donnait la parole à ses lecteurs, qui éclairaient opportunément ce dossier sensible :

« La lecture de votre article publié dans le journal de ce jour m’amène à relever les prix moyens du m3 d’eau facturé par la Slee pour Carcassonne depuis 06/2002 à 11/2006.
Le prix du m3 eau est de 1.93 € en 06/2002. 
Il est de 2.91€ au 11/2006 soit une augmentation de 50.77%. En 4,5 années ! Je peux bien comprendre que la Slee ait à investir pour assainir le réseau pour rendre l’eau de meilleure qualité ne l’était-elle pas ?
Pour diverses sujétions liées aux chlorures sulfates nitrates... Ou peut-être l’eau de Carcassonne est miraculeuse ?
La Slee pourra toujours rétorquer qu’elle s’en lave les mains. »

« J’ai lu avec intérêt l’article sur la création d’un collectif pour le retour en gestion publique de l’eau à Carcassonne ; j’ai également appris qu’un référendum était demandé pour trancher cette question. Jusque là, ça me va ; le problème est que ces initiatives sont menées - notamment - par certains opposants politiques de l’actuelle municipalité (ce sont surtout les communistes et M. Garino qui montent au créneau). Nous pouvons nous demander s’il ne s’agit pas encore une fois de politique politicienne et d’opportunisme : si la gauche était véritablement pour une gestion publique de l’eau, pourquoi certaines municipalités comme celle de Limoux ou Castelnaudary , par exemple, sont elles en délégation de service (Limoux a délégué à la SAUR,filiale de Bouygues, je crois) ? Pourquoi le Conseil Général (l’Aude est très majoritairement socialiste...) n’impulse-t-il pas une autre politique dans ce domaine ? A vrai dire, nos amis de gauche font toujours preuve d’ambivalence dans leurs discours ; c’est souvent : Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais ! »

La Lyonnaise contre attaque

On imagine bien que côté Lyonnaise, pas question de rester les deux pieds dans le même sabot. Et de fait, notre excellente Dépêche relatera dès le 18 décembre 2006 la suite du feuilleton, s’esbaudissant à l’annonce que 22 goûteurs volontaires « vont inventer l’eau fraîche »…

« Après l’appel à candidature lancé fin octobre (on devine par qui, Note Eaux glacées), 22 goûteurs volontaires se sont signalés à l’Observatoire du goût de l’eau de Carcassonne pour devenir dégustateurs.

Vendredi soir, ils ont été réunis à l’usine d’eau potable de Maquens pour bénéficier d’une formation préalable. Elle leur a été dispensée par les techniciens du centre international de recherche de Lyonnaise des Eaux et de Suez Environnement.

Afin qu’ils puissent parfaitement accomplir leur tâche à raison d’une dégustation hebdomadaire, ils ont été à la fois informés sur le cycle de l’eau à Carcassonne et formés aux goûts qu’elle peut avoir et aux protocoles et consignes de dégustation.

Ces « consomm’acteurs » devront juger les progrès, en temps réel, du nouveau système de traitement par filtration au charbon, en service depuis l’été dernier afin d’améliorer le goût de l’eau. Ils contribueront à ce que l’usine parvienne à une qualité optimale : à savoir ce qu’attendent les consommateurs soit l’absence totale de saveur ou de goût.

Ce recours à l’expertise humaine s’explique tout simplement : aucun outil d’analyse n’aura jamais la subtilité du palais humain. C’est pourquoi la Lyonnaise fait très régulièrement appel à ce genre d’Observatoire du Goût. D’autant plus qu’elle entend promouvoir, dans sa charte, « la boisson Eau du robinet ».

Ce recrutement de volontaires fait suite aux travaux réalisés sur l’usine de Maquens qui distribue l’eau potable à tous les habitants de la ville et plusieurs communes environnantes. Les modifications apportées à l’usine ont consisté en la mise en place d’une filtration au charbon pour capturer les matières qui sont à l’origine du mauvais goût, en une sensible augmentation de la capacité de la production… Ces installations seront inaugurées dans quelques mois. Quant à la qualité, elle sera soumise à l’épreuve des tests durant deux ans. » Et voilà le travail, on m’attaque sur le prix, je réponds qualité et santé publique.

Usagers versus élus

Le collectif poursuit son travail dans le courant de l’année 2007, comme le relatera un article de l’Humanité paru le 23 juin 2007, qui met en valeur à son tour l’initiative de referendum portée par nos amis Carcassonnais.

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Le collectif en campagne

Puis le 14 octobre 2007, à l’occasion d’une journée un rien surréaliste organisée par le Conseil général de l’Aude au château de Villegly une centaine d’audois représentants plusieurs collectifs, dont notamment le Collectif Alétois – Gestion publique de l’eau, qui avait organisé un referendum le 11 février 2007, qui n’avait malheureusement pas connu le succès, en raison des manœuvres douteuses de la mairie d’Alet, débattent de la question de l’eau dans l’Aude.

Et s’étonnent notamment du fait que la majorité PS du Conseil général semble renoncer d’emblée à toute réflexion sur la création d’un syndicat départemental ou intercommunal, comme le soulignait Gilbert Dargegen, membre du collectif d’Alet-les-Bains , dans une interview accordée à RésEAU Info, le bulletin mensuel d’information rédigé par le Carcassonnais Fausto Giudice (N° 2 – Novembre 2007) :

« Le département de l’Aude compte une majorité d’élus socialistes. Leur électorat est pour la gestion publique de l’eau, et les nombreuses études comparatives des prix faites par les associations de consommateurs les confortent dans cette option (…) Il faut mettre en lumière la contradiction qui existe entre les options fondamentales des électeurs « de gauche » et les pratiques des élus socialistes. Les principales villes de l’Aude ont un maire socialiste.

Dans ces communes la gestion de l’eau est déléguée à l’une des trois multinationales, par exemple Castelnaudary, Limoux, Quillan… Ces gestions privées ont, souvent, été initiées par des élus socialistes et, à ma connaissance, le retour à la gestion publique ne figure pas dans les programmes de ces équipes municipales.

D’ailleurs, dès que nous avons eu connaissance des décisions du tribunal administratif remettant en cause les contrats d’eau et d’assainissement, nous avons pris contact avec des élus du canton de Limoux et des élus de la Communauté de communes du Pays de Couiza, quasiment tous socialistes. Nous leur avons demandé d’envisager, dans les meilleurs délais, la mise en place d’un service intercommunal de l’eau et de l’assainissement, directement géré par uns structure publique. Notre demande visait à mutualiser les compétences d’un personnel qualifié ainsi que les équipements, et aider ainsi les petites communes à maintenir une gestion publique de l’eau.

Aucune suite n’a été donnée à notre demande.

Le moindre signe positif de la part de ces élus nous aurait permis de présenter aux habitants d’Alet-les-Bains une perspective de gestion publique plus solidaire, et donc des garanties supplémentaires. C’est donc bien la volonté politique qui a fait défaut. En clair, ce sont bien, dans notre département des élus socialistes qui installent et confortent les multinationales. »

Débat au conseil municipal

Le 21 novembre 2007, relatera à nouveau La Dépêche, Henri Garino, conseiller municipal PCF, remet l’affaire sur le tapis au conseil municipal, affirmant que les tarifs de la Lyonnaise sont trop chers.

« Ses factures personnelles en main, il ne laisse pas de place au doute.

« Il est possible, dit-il, de faire des économies sur le prix de l’eau ».

Cet élu d’opposition, qui milite aux côtés du collectif pour la remunicipalisation du réseau de distribution, a fait les comptes.

« Je pourrai alléger ma redevance à hauteur de 25 % si, demain, on se privait des services de la Lyonnaise des Eaux. Ceci en jouant sur les postes primes fixes et charges de structures imputées par le fermier. Et ce qui est valable pour la distribution l’est également pour l’assainissement », explique-t-il. Chiffres à l’appui, cet opposant à la majorité locale profite de la réunion du conseil pour relancer un débat qui a déjà recueilli plus de deux mille signatures dans les quartiers de Carcassonne, et qui veut profiter d’une opinion favorable à la gestion publique tel l’exemple que souhaite donner en ce sens le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

« Entre 2001 et avril 2007 le prix moyen de l’eau, à Carcassonne, est passé de 1,89 € à 2,85 € selon mes factures. Soit une hausse de 50,7 % en cinq ans. Il y a forcément un problème », soutient-il.

Affirmant que la gestion de l’eau domestique doit être une priorité pour tout candidat aux prochaines élections municipales, il propose l’organisation d’un référendum d’initiative locale assorti d’un débat public contradictoire. « Pourquoi, dans un souci de freiner la dépense, l’eau ne serait-elle pas municipalisée au même titre que le stationnement automobile à Carcassonne ? ».

Il va également demander pourquoi la commission municipale chargée du contrôle de la Lyonnaise n’a toujours pas été réunie. Celle-ci (composée de Monique Denux, Viviane Broussy, Jean-Louis Bes, Gérard Larrat et Henry Garino) est chargée d’un contrôle technique et financier selon les articles 51 et 52 de la convention. C’est-à-dire veiller à ce que la Lyonnaise, en plus de ses profits, ne tésorise pas les produits des taxes incluses dans ses factures qui reviennent au trésor public.

La réponse de la Lyonnaise

Il ne faudra pas attendre une semaine pour voir la Lyonnaise contre attaquer, toujours dans les colonnes du quotidien local, le 28 novembre 2007.

Subtilement, revendiquant haut et fort « l’attachement de la Lyonnaise à son rôle de service public »…

« Carcassonne porte d’entrée sur les terroirs viniques de l’Aude consomme de plus en plus d’eau. Telle est la conclusion d’une récente enquête de la Sofres, trois ans après un premier sondage en 2004, selon laquelle 17 % en plus de la population, soit environ 8 000 habitants, boivent quotidiennement l’eau du robinet.

La Lyonnaise des Eaux n’est pas peu fière de ce résultat. Au siège de la société, à Carcassonne, Hugues Barbieri, directeur, n’est pas loin de penser que cette information est la meilleure réponse aux critiques formulées actuellement contre ce fermier.

Attaqué principalement sur le prix de l’eau, Hugues Barbieri avance la démonstration suivante : « Une famille de trois personnes consommant une bouteille d’eau minérale d’un litre 365 jours de l’année dépense 125,93€. Si la même famille boit l’eau du robinet, ça ne lui coûtera que 2,77€. Soit une économie annuelle de 123,16€.

Ajoutons à cela au profit de l’environnement et du cadre de vie que, selon le ministère de l’écologie et du développement durable, une personne préférant l’eau du robinet à l’eau en bouteille économise environ 10 kg de déchets par an ».

La direction de la Lyonnaise rapproche ce comportement des premières conclusions qui seront rendues, le 15 décembre 2007, un an après la création d’un observatoire du goût à Carcassonne.

« La vingtaine de dégustateurs ayant participé à cette expérience confirme le goût meilleur de l’eau distribuée dans la ville », affirme Hugues Barbieri. Cette qualité gustative est en partie due à la modernisation des installations. La station de pompage route de Maquens dispose d’un filtre à charbon qui a une forte incidence sur la teneur organoleptique de l’eau.

Autre élément qui ne découle pas des nouvelles lois sur l’eau mais d’une obligation gouvernementale : depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’État français, dans le cadre du plan Vigipirate, exige que les réseaux de distribution d’eau potable soit légèrement surdosés en chlore afin de prévenir toute attaque chimique ou bactériologique. « Le chlore est un liquide qui réagit à la moindre modification dans la composition de l’eau », justifie Hugues Barbieri.

Sur les autres attaques formulées contre l’entreprise, qu’elles viennent du siège de l’association UFC-Que Choisir, localement du collectif pour la municipalisation ou du conseiller municipal Henry Garino, le directeur de la Lyonnaise revendique la transparence.

« Je ne peux pas m’empêcher de penser que la proximité des élections municipales est cette fois encore la cause du tir de barrage subi par notre entreprise. L’eau est un sujet sensible qui revient régulièrement dans le débat politique. Quant aux surtaxes que nous prélevons pour le compte de tiers et qu’on nous accuse de thésauriser, notre tableau de reversement montre le contraire, avec des paiements souvent avant les dates fixées contractuellement ».

Hugues Barbieri tient à redire l’attachement de la Lyonnaise à son rôle de service public. « Nous en reparlerons, courant décembre, lors de la réunion de la commission municipale de suivi », dit-il.

Et nos amis de la Dépêche de rappeler que « 6 000 branchements au plomb ont été remplacés » :

« En 2004, la Lyonnaise des Eaux a entamé la suppression des conduites en plomb dans le réseau de distribution carcassonnais. « La ville totalise 6 000 branchements que nous remplaçons au rythme de 507 par an. Jusqu’à aujourd’hui nous sommes dans les clous. Ces travaux seront achevés au 1er janvier 2013 dans le respect de l’obligation légale qui nous est faite », indique Hugues Barbieri.

Quelques précisions sur le réseau de distribution à Carcassonne : l’eau, pompée dans l’Aude sur le site de l’usine de Maquens, est acheminée jusqu’aux habitations par près de 356 km de canalisations. Les « eaux usées » sont récupérées par 256 km de collecteurs et acheminées jusqu’à la station d’épuration du pôle Saint-Jean. Lorsqu’elle est rejetée dans l’Aude, l’eau n’est pas potable mais elle est propre. Entre ces deux étapes, pompage et traitement-épuration, l’eau est stockée dans sept réservoirs et château d’eau d’une capacité totale de 12 320 000 litres d’eau. Ces collecteurs servent également de réserve en cas d’incendie et ils assurent la pression de l’eau au robinet grâce à la hauteur des châteaux d’eau. »

Transparence électorale

La Lyonnaise et notre ami l’actuel maire UMP qui se représente en mars prochain se sont en fait accordés, sous la pression de la population et de quelques élus pour demander en catastrophe un « audit sur le prix de l’eau », à la toute fon de l’actuel mandat, et alors que la commission de contrôle ne s’est jamais réunie en huit ans…

Ce que dénonce vertement Gérard Berlan, membre de la liste « Osons pour Carcassonne », dirigée par Gérard Assens, qui se présente comme apolitique mais est clairement ancrée à droite :

« Ce n’est pas en faisant intervenir dans le débat public le Directeur de la Lyonnaise qui essaie de faire diversion en faisant des comparaison avec le coût de l’eau en bouteille, en exposant des investissements qu’il réalise pour le captage de l’eau, pour la suppression des branchements en plomb : ceci n’est que le travail normal qu’il doit effectuer dans le cadre du contrat qu’il a signé.

Il est clair qu’un accord sera trouvé pour réduire avant les municipales le coût de l’eau, mais nous serons vigilants pour que ceci ne soit pas un simple coup politique, nous exigerons que la commission de contrôle remplisse régulièrement son rôle pendant la prochaine mandature quitte à reconsidérer notre position sur la re-municipalisation de l’eau et de l’assainissement si la maîtrise des coûts n’était pas assurée.

Pour les Carcassonnais nous sommes vigilants, et nous serons responsables dans quelque temps. C’est notre façon de faire de la politique. »

Dernières escarmouches avant mars

Nos amis du collectif pour la remunicipalisation , loin d’être déboussolés par les rebondissements incessants d’une campagne électorale à tout le moins pittoresque, verront donc leur revendication portée par deux listes, dont la plus claire est Carcassonne verte et ouverte, tandis que les 5 autres listes sont désormais obligées de tenir compte de cette revendication.

Impulsé à l’origine par le PCF et les Verts sa dynamique pèse sur toute la campagne électorale.

Pour obtenir un referendum local il faut recueillir 7750 signatures. On en est encore loin.

Le PCF a décidé de rejoindre dès le premier tour la liste de Jean-Claude Pérez, le député socialiste, (Gauche unie) qui promet vaguement, très vaguement, d’envisager une remunicipalisation. Henri Garino, qui s’est beaucoup dépensé depuis trois ans, semble être devenu silencieux depuis la décision de faire liste commune avec le PS… . Il a donc la lourde tâche de faire sortir Jean-Claude Pérez de sa position timide et de lui faire prendre un engagement clair sur la remunicipalisation.

L’ensemble des Verts, à l’exception de Michel Cornuet, qui roule avec Pérez, ont refusé de rejoindre la liste socialiste et ont créé une liste indépendante Arc-en-ciel : Carcassonne verte et ouverte, dont la tête de liste est Gilles Entajan.

Ils se préparent à expliquer aux chers zélecteurs que leur liste n’est pas une liste verte, mais « verte et ouverte », où les verts sont minoritaires, noyés dans les anti-libéraux, libertaires, zapatistes, environnementalistes, anti-corrida, et soutenus par la LCR et peut-être même par le Parti des Travailleurs, qui compte deux représentants à Carcassonne, fidèles au poste au marché 52 samedis par an.

Des enseignants, des précaires, des paysans, des retraités, un médecin, un Kabyle et même un Italien…

Hauts les cœurs !

Une réaction du collectif pour la remunicipalisation

Le collectif nous a fait parvenir le 18 février 2008 une réaction que nous publions volontiers, d’autant plus qu’elle semble infirmer le pessimisme (congénital !) avec lequel nous abordions notre épineux problème, à Carcassonne comme ailleurs...

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Une réaction du collectif

A SONG : El pueblo unido jama sera vencido

Le dossier des municipales :

Les mobilisations pour l’eau dans plusieurs dizaines de villes françaises

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