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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
VAGUES
L’eau, un "Or bleu" à protéger", par l’Unesco
par Marc Laimé, 17 mars 2021

Le Rapport mondial 2021 de l’ONU sur la mise en valeur des ressources en eau, publié par l’UNESCO au nom d’ONU-Eau, démontre que l’incapacité à reconnaître la valeur de l’eau est la cause principale de son gaspillage et de son mauvais usage. Malgré la difficulté à attribuer une valeur objective et incontestable à une ressource qui est au fondement même de la vie, il parait nécessaire d’expliciter les différentes dimensions de l’eau, pour éclairer les différents aspects de sa « valeur ». Surtout dans un moment où cette ressource se raréfie, dans un contexte de croissance démographique et de changement climatique.

« L’eau est notre ressource la plus précieuse, un « or bleu » auquel plus de deux milliards de personnes n’ont pas directement accès. Elle est non seulement un enjeu essentiel à la survie mais aussi un enjeu sanitaire, social et culturel au cœur des sociétés humaines », a déclaré la Directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay.

Le rapport devait cette année traiter cette question de la valeur de l’eau. Il démontre que si l’eau est souvent négligée, gaspillée, c’est parce qu’on a trop tendance à ne résonner qu’en termes de coût de revient, sans percevoir son immense valeur, qu’aucun prix ne saurait traduire.

« Les effets dévastateurs de la pandémie de COVID-19 nous rappellent l’importance de l’accès aux services d’eau, d’assainissement et d’hygiène, et soulignent le fait qu’un trop grand nombre de personnes n’en disposent toujours pas. Nombre de nos problèmes tiennent au fait que nous n’accordons pas assez de valeur à l’eau ; trop souvent, cette valeur n’est pas même reconnue », a regretté le Président d’ONU-Eau et du Fonds international de développement agricole (FIDA), Gilbert Houngbo.

Sa valeur est en effet inestimable, infinie, puisque la vie n’existe pas sans elle et qu’il n’y a pas de substitut pour elle. L’enthousiasme généralisé à l’idée que l’on puisse en retrouver des traces sur Mars, ou le fait qu’on utilise l’eau et la vie comme des synonymes dès que l’on évoque les mondes extra-terrestres, en sont peut-être la meilleure illustration.

Le rapport insiste sur le fait qu’il est essentiel d’enrichir la notion de « valeur » de l’eau et que l’on ne peut confondre les notions de « prix », de « coût » et de « valeur ».

Si les deux premiers aspects sont potentiellement quantifiables, la notion de « valeur » est beaucoup plus large et inclut des dimensions sociales et culturelles.

L’eau n’est, en effet, pas une matière première qui peut être traitée comme un produit de consommation et négociée sur les places boursières. Le défi est d’attribuer une juste valeur à une ressource dont l’importance varie selon les domaines d’activité économique et selon les périodes, et qui prenne en compte ses dimensions sociale, environnementale et culturelle.

Les outils et les méthodologies pour déterminer la valeur de l’eau sont à la fois imparfaits et mal utilisés

Or, les outils dont on dispose aujourd’hui ont tendance à la réduire à son seul aspect économique.

Il ne s’agit évidemment pas de nier que l’eau puisse avoir une valeur économique : c’est une ressource dont l’exploitation est multiple : production de nourriture, d’électricité, usages industriels, etc.

Si la valorisation monétaire a donc l’avantage d’être d’un usage commode et aisément compréhensible pour ce qui concerne l’utilisation de l’eau dans l’agriculture et l’industrie, elle a toutefois l’inconvénient de sous-évaluer, voire d’ignorer d’autres aspects plus difficiles à traduire sous la forme d’un montant monétaire. Ainsi, comment quantifier ce que représentent 443 millions de journées d’école perdues tous les ans à cause des maladies liées à l’eau ?

Par ailleurs, certaines sociétés rejettent l’idée d’appliquer une grille de lecture économique à la nature et à ses bienfaits. Elles mettent en avant les droits de la « Terre Mère », quand ce ne sont pas des croyances religieuses qui rendent profondément insuffisantes les lectures strictement économiques de la valeur de l’eau. En Inde, par exemple, le Gange est vénéré par les hindous qui le considèrent comme une entité vivante dotée des mêmes droits que les êtres humains. De la même manière, en Nouvelle-Zélande, la loi Te Awa Tupua, adoptée en 2017, reconnaît la rivière Whanganui comme « une entité indivisible et vivante, des montagnes à la mer » et garantit la protection du fleuve par la population maorie locale. « Comme l’exprime l’adage de la tribu du fleuve Whanganui - Ko au te awa, ko te awa ko au - je suis le fleuve et le fleuve est moi -, les sorts de l’humanité et de l’eau sont inextricablement liés », note Audrey Azoulay.

Entre ces considérations et la manière dont les investisseurs envisagent l’eau comme ressource à valoriser, il parait difficile d’élaborer un système unifié pour mesurer la valeur de l’eau, dans ses différents aspects. Il est possible, en revanche, de mettre au point une approche intégrée qui permette d’envisager ensemble les différentes dimensions de l’eau, afin d’identifier les choix politiques pertinents. Un élément clé de cette approche est de s’assurer que l’ensemble des acteurs concernés, quels que soient leurs horizons ou leur genre, participent aux évaluations et à la prise de décision. Si l’on veut enrichir notre approche de l’eau et ne pas la réduire à la seule valeur monétaire, il faut donc s’enrichir de tous les regards, notamment ceux des premiers concernés.

Surmonter les divergences d’appréciation et parvenir aux compromis indispensables est l’un des grands défis de la gestion de l’eau. « Il est temps que les parties prenantes identifient, expriment et partagent leurs points de vue sur les valeurs de l’eau », souligne Gilbert Houngbo. Cela implique de mettre en place des mécanismes permettant aux parties prenantes non seulement de s’exprimer mais surtout d’être entendues.

Quand de grands projets d’infrastructures sont étudiés par exemple, il est ainsi indispensable d’envisager l’ensemble de ces différentes dimensions, au risque de sous-estimer leurs conséquences sociales, culturelles et environnementales. Une authentique approche coût-bénéfice ne peut ainsi pas faire l’économie d’envisager les différentes « valeurs » de l’eau.

De la même manière, on sait qu’assurer l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement dans 140 pays à faible et moyen revenu coûterait 114 milliards de dollars par an, pour des bénéfices multiples, à la fois sociaux et économiques, qu’il est en revanche difficile d’évaluer.

Ce sont précisément ces problématiques qui sont au cœur de l’édition de cette année.

Abordant un thème différent chaque année, le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau (WWDR) est le rapport phare d’ONU-Eau sur les questions d’eau et d’assainissement. Le rapport est publié par l’UNESCO, au nom d’ONU-Eau, et sa production est coordonnée par le Programme mondial de l’UNESCO pour l’évaluation des ressources en eau (WWAP). Le rapport expose les principales évolutions de l’état, de l’utilisation et de la gestion de l’eau douce et de l’assainissement sur la base des travaux réalisés par les membres et les partenaires d’ONU-Eau. Publié à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, le rapport offre des connaissances et des outils aux décideurs pour leur permettre de concevoir et mettre en œuvre des politiques durables relatives à l’eau. Il présente aussi certaines des meilleures pratiques ainsi que des analyses approfondies qui stimuleront les idées et les actions aux fins d’une meilleure gestion dans le secteur de l’eau et au-delà."

Pour plus d’informations (résumé du rapport, faits et chiffres) :

https://unesco.sharepoint.com/:f :/s...

Lien vers la page du rapport :

https://fr.unesco.org/themes/water-...

Lire aussi :

- Les activités humaines dérèglent le cycle planétaire de l’eau

https://reporterre.net/Les-activite...

Fabien Houy-Delalande, Reporterre, 17 mars 2021.

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1 L’eau, un "Or bleu" à protéger", par l’Unesco

Côte-Nord du Saint-Laurent, au Québec
La rivière Magpie obtient le statut de personnalité juridique
https://www.ledevoir.com/societe/en...
Morgan Lowrie - La Presse canadienne
27 février 2021
Avec ses kilomètres de rapides et ses eaux d’un bleu profond serpentant dans la région de la Côte-Nord au Québec, la rivière Magpie est depuis longtemps un endroit important pour les Innus d’Ekuanitshit.
Aujourd’hui, la rivière, une destination de renommée mondiale pour le rafting en eau vive, a obtenu le statut de personnalité juridique dans le but de la protéger des menaces futures, telles que le développement hydroélectrique. Cela signifie que le cours d’eau pourrait théoriquement poursuivre le gouvernement.
Le 16 février, la municipalité régionale de comté de Minganie et le Conseil des Innus d’Ekuanitshit ont adopté des résolutions distinctes mais similaires accordant à la rivière neuf droits juridiques, dont ceux de couler, de maintenir sa biodiversité naturelle et d’intenter une action en justice.
La résolution précise que la rivière peut être représentée par des « gardiens » nommés par la municipalité régionale et les Innus, qui auraient « le devoir d’agir au nom des droits et des intérêts de la rivière et de veiller à la protection de ses droits fondamentaux »
La résolution souligne la biodiversité de la rivière, son importance pour les Innus et son potentiel en tant que destination touristique comme raisons pour lesquelles le cours d’eau a besoin d’une protection spéciale.
Pier-Olivier Boudreault, de la section québécoise de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), affirme que cette décision est enracinée dans la conviction que la rivière est une entité vivante qui mérite des droits. « L’idée est que la rivière est vivante, qu’elle a une existence intrinsèque qui ne dépend pas de l’être humain, a-t-il expliqué dans une récente entrevue. Ça ne devient plus une simple ressource pour les humains ; ça devient une entité qui a ses droits, qui a le droit de vivre, d’évoluer naturellement, d’avoir ses cycles naturels. »
Une première au Canada
C’est la première fois qu’une rivière obtient un statut juridique au Canada, souligne M. Boudreault. Des efforts similaires ont été couronnés de succès dans des pays comme la Nouvelle-Zélande, l’Inde et l’Équateur.
David Boyd, avocat spécialisé en environnement et rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme et l’environnement, affirme que l’idée d’accorder des droits à une rivière n’est pas aussi farfelue qu’il y paraît. « Dans notre système juridique, nous déclarons que beaucoup de choses ont la personnalité juridique, comme les municipalités et les entreprises », a-t-il mentionné.
Il a ajouté que le mouvement « de la personnalité environnementale » est une réponse à la conviction que les gouvernements successifs à travers le monde n’ont pas réussi à protéger adéquatement l’environnement, ainsi qu’à la reconnaissance croissante des droits des peuples autochtones et de leurs concepts juridiques.
Bien que ce soit nouveau au Canada, il dit que la résolution « pourrait avoir un peu de force » en raison de la protection constitutionnelle des droits des Autochtones.
« En théorie, vous pourriez intenter une action en justice au nom de la rivière pour empêcher la réalisation d’un projet hydroélectrique », estime-t-il.
Un havre pour les Innus
Uapukun Mestokosho, membre de la communauté innue qui a participé à l’effort de conservation de la rivière Magpie, a indiqué que la rivière est une partie importante du territoire traditionnel des Innus d’Ekuanitshit.
Pour certains, passer du temps sur la rivière est une façon de renouer avec les pratiques traditionnelles qui ont été partiellement abandonnées en raison du traumatisme découlant de la violence coloniale, dont le système des pensionnats autochtones.
« Les gens souffrent beaucoup, avec des traumatismes intergénérationnels liés au passé », a affirmé Mme Mestokosho, qui a décrit l’occupation du territoire comme « une forme de guérison ».
Mme Mestokosho a déclaré que ses ancêtres ont toujours protégé la rivière Magpie, connue sous le nom de Muteshekau-shipu, et que la reconnaissance des droits de la rivière leur permettra de la préserver pour les générations futures.
La menace de l’hydroélectricité
Elle et M. Boudreault conviennent que la plus grande menace pour la Magpie proviendra probablement d’Hydro-Québec, qui a soulevé la possibilité d’instaurer un barrage à la rivière à débit rapide.
La société d’État insiste sur le fait qu’elle n’a aucun plan pour la rivière à « court ou même moyen terme » et qu’aucun plan n’est « même prévisible » dans la prochaine décennie. « Mais à long terme, nous ne savons pas quels seront les besoins énergétiques futurs du Québec », a écrit le porte-parole Francis Labbé dans un courriel.
« Pour le moment, nous ne considérons pas responsable, en matière de sécurité énergétique du Québec, de renoncer définitivement au potentiel de cette rivière. » Tout futur projet devra répondre à plusieurs critères, dont l’acceptabilité sociale, a-t-il noté.
M. Boudreault affirme que les Innus, les membres du gouvernement régional et d’autres militants écologistes n’ont pas renoncé à faire pression sur le gouvernement du Québec pour accorder à la rivière un statut de protection officielle. Selon lui, la province est réticente à le faire, principalement en raison du potentiel hydroélectrique de la rivière.
https://www.ledevoir.com/societe/en...

poste par Pierre J. Hamel - 2021-03-23@23:37 - Répondre à ce message
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