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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Grand Paris de l’eau : à la guinguette avec André Santini (5-7)
par Marc Laimé, 26 juillet 2016

Le colloque organisé à Saint-Maur-des-Fossés les 7 et 8 juillet dernier, à l’initiative du Syndicat Marne Vive et de la Métropole du Grand Paris, officiellement dédié aux enjeux de la GEMAPI et à la lutte contre les inondations, illustrait surtout l’agenda très politique d’un « Grand Paris de l’eau » qui défraie la chronique depuis plusieurs années.

Mme Patricia Blanc, depuis peu DG de l’Agence de l’eau Seine Normandie, et ex-directrice de la Prévention des risques au ministère de l’Environnement dressait un tableau des enjeux du bassin, inscrits dans son nouveau SDAGE.

Selon elle, en amont de la Seine-et-Marne, la qualité physico-chimique des masses d’eau serait correcte 90% du temps. En aval la mise à niveau DERU ne serait effective qu’à 60 ou 70%, avec des problèmes persistants sur des affluents comme la Bièvre, le Morbras ou le Croult, en Seine-Saint-Denis et dans le Val d’Oise.

Par ailleurs concernant la protection des captages, il faut « continuer l’action avec le monde agricole ».

Pieuse litote. Le bassin Seine-Normandie comptait à lui seul plus de la moitié des 1000 premiers « captages prioritaires Grenelle » (avant que Ségolène Royal ne les porte à 2000). Depuis 2000, plus de 200 captages ont été fermés.

Mais en réalité côté captages, en Seine Normandie comme ailleurs, on en est au point mort, à raison des blocages du monde agricole, et ça ne va pas s’arranger avec la présidence Sauvadet au comité de bassin, tant le leader centriste, ex-journaliste du Bien Public à Dijon, prête une oreille attentive aux récriminations d’une profession « harcelée par les normes »

Mme Blanc rappelait ensuite l’impératif de réduire les rejets par temps de pluie, et d’accentuer les mises en conformité par temps sec, avant d’appeler à promouvoir l’infiltration et la désimperméabilisation, dans la perspective d’une stabilisation à l’horizon 2027, qui exigera une politique volontariste.

Après avoir co-signé la veille dans le Journal du Grand Paris une Tribune intitulée « La coopération territoriale, levier pour la gestion publique de l’eau », Celia Blauel, maire adjointe de la capitale et présidente d’Eau de Paris évoquait l’action de l’opérateur public en matière de protection de la ressource.

André Santini ne manquait pas l’occasion de souligner que l’assainissement figurait au rang de deuxième poste sur la facture d’eau, et que cette redevance allait continuer à augmenter, l’un de ses mantras favoris depuis des années.

Quelques minutes avant l’arrivée d’André Santini, un autre voisin val-de-marnais avait fait une apparition fugitive et silencieuse, si attentive, dans la salle. Christian Cambon, sénateur-maire (LR) de Saint-Maurice, secrétaire départemental des Républicains, mais surtout 1er vice-président du SEDIF, où il siège, à l’instar d’André Santini, depuis… 1983. Christian Cambon qui s’était illustré, lors des débats au Sénat sur les lois NOTRe et MAPTAM, en arrachant à deux reprises par des votes « debout-assis » des amendements relatifs à la « représentation-substitution », qui préservaient les intérêts des grands syndicats techniques franciliens. (Le vote par « debout-assis » intervient, selon le règlement du Sénat, quand un premier vote par main levée est déclaré litigieux, ce qui fut le cas à deux reprises lors de la discussion d’amendements défendus par Christian Cambon et ses troupes, contre l’avis du gouvernement et du rapporteur Philippe Bas, grande figure de l’ex-RPR, aujourd’hui au Conseil constitutionnel).

C’était ensuite au tour de François Cholley, président du SIVOA d’évoquer les 2000 personnes déplacées sur le territoire du syndicat lors de la dernière crue, et les deux gros feeders du SIAAP acheminant à Valenton les effluents de 800 000 équivalent-habitants, soit un débit de 10m3/seconde d’eaux usées (non traitées…) dans la Seine quand le SIAAP doit soulager le réseau en actionnant ses déversoirs d’orage…

André Santini repartait à l’assaut évoquant tout d’abord, relativement à la récente crue, le « sauvetage » d’une vieille dame à Issy-les-Moulineaux, ou plutôt celui de ses cinq pianos, ce qui faisait évidemment se gondoler l’assistance, pratique désormais légendaire de notre homme, avant qu’il ne passe aux choses sérieuses en enchaînant sur un rappel historique qui aurait fait pleurer Causette, et dénonçant ainsi en creux l’immémorial mépris de la capitale qui a transformé au XIXème siècle la banlieue en dépotoir.

« Il nous est resté les rivières, et on a donc construit des usines. » Et d’expliquer dans la foulée la différence tarifaire entre le SEDIF et Eau de Paris, découlant selon lui, des traitements sophistiqués que le SEDIF doit mettre en œuvre pour potabilser des eaux de surface fortement dégradées.

Et de conclure avec une innovation sémantique : l’appel à créer un « grand ring de l’eau » à l’échelle de la métropole. Evoquant les 9000 kilomètres de canalisations de l’agglomération parisienne, il renouvelait l’invite qu’il martelle depuis des années : « Les services d’eau sont appelés à travailler ensemble », avant que d’évoquer un échange de courriers sur le sujet avec Anne Hidalgo…

Il n’en fallait évidemment pas plus pour que, dans un scénario désormais bien rodé, Celia Blauel, maire adjointe de la capitale et présidente d’Eau de Paris ne rétorque, primo, qu’aujourd’hui les coûts de production d’eau potable à partir de ressources de surface ou souterraines sont quasiment identiques, ce qui est nouveau dans le langage de l’opérateur public.

Et que la gestion publique l’emportait nettement quand il s’agit de passer d’une logique quantitative à une démarche qualitative. Ainsi, concernant la protection de la ressource, Eau de Paris se mobilise fortement sur plusieurs volets, qu’il s’agisse de la recherche, de l’action territoriale comme de la formation et de la sensibilsation du public. Avant que de répondre plus directement à André Santini qu’à ses yeux la gouvernance métropolitaine de l’eau, sous l’angle de l’intérêt général, relève avant tout de l’échelle du bassin, et donc de l’Agence Seine Normandie…

Encouragé par ces échanges nous interrogeons dans la foulée André Santini.

Lui indiquant que nous avons suivi avec la plus grande attention depuis 2006 les efforts opiniâtres qu’il a déployé pour faire émerger un nouveau paradigme, celui du « Grand Paris de l’eau », lui rappelant les nombreuses tribunes qu’il y a consacré (2006, 2008, 2014), nonobstant les nouvelles précisions contenues dans le courrier qu’il a adressé à l’ensemble des présidents d’Etablissements publics territoriaux de la Métropole du Grand Paris le 26 mai dernier, nous lui disons notre stupéfaction, après l’avoir ouï il y a quelques minutes évoquer un « Ring » de l’eau…

Ring, comme ring de boxe, (SEDIF contre Eau de Paris), nous comprenons.

Si nous continuons à filer la métaphore, ring, comme anneau ? Anneau de mariage SEDIF-Eau de Paris, s’agirait-il alors toujours du syndicat de production d’eau potable de la région parisienne qu’il appelle de ses vœux, ou d’un tout nouveau concept, après que nous l’ayions vu le mois dernier inaugurer la première pierre à Massy, dans l’Essonne, de l’énorme feeder qui alimentera dans un peu plus de trois ans l’ex-fief de François Lamy à partir de l’usine du SEDIF de Villeneuve-le-Roi ? (A la plus grande fureur de Suez-LDE, potentat de l’Essonne, qui y dessert 80% des usagers en eau potable).

(Encore nous sommes nous arrêtés à l’orée d’une troisième métaphore, un autre Ring, celui de Bayreuth, et d’une nouvelle chevauchée des Walkyries…)

Précisant qu’il tient à nous répondre « puisque nous sommes un expert courtois », André Santini va effectivement le faire.

(Bon, après le coup de l’expert courtois, tous nos espoirs de figurer jamais au Top Five du Billboard de la rebellitude labellisée tombe bien évidemment à l’eau, ce qui était l’objectif de la formule…)

Qu’importe, André Santini enfonce le clou. « Tous les services de la région parisienne ont les mêmes problèmes et aujourd’hui ça remonte. Les quinze usines présentes ont des surcapacités de 50%. Il faut faire des économies et sécuriser la production, à l’image des trois usines du SEDIF interconnectées. La mutualisation pour une meilleure desserte au meilleur coût ça peut être un projet métropolitain, il faut qu’on se rapproche… »

Riposte immédiate de sa voisine, Celia Blauel : « Il faut relativiser l’effet ciseau. Voir ce qu’il en est exactement. Mutualiser ça peut vouloir dire agir sur le prix dans l’espace francilien. A l’ère du changement climatique l’eau et l’adaptation sont des sujets importants, mais il ne faut pas les aborder par le petit bout de la lorgnette, il faut prendre la question au niveau du bassin et garder de la subsidiarité. Les surcapacités tout le monde en parle mais ce n’est pas établi. Il faut se projeter à trente ans et se garder des conclusions hâtives, y regarder de plus près. Et concernant la protection de la ressource le premier enjeu c’est l’évolution des pratiques agricoles… »

En conclusion de la séquence Christian Lagrange, VP d’Est Ensemble et du SEDIF, apportera son soutien au mystérieux « ring », et annoncera avoir proposé que les « Assises métropolitaines de l’eau », qui font l’objet depuis plusieurs mois d’échanges entre le SEDIF et Paris se tiennent… à Est Ensemble, « en terrain neutre »

Dans l’hypothèse ou une nouvelle crue subite provoquerait une panne générale d’électricité, ou si un quelconque empêchement nouveau surgissait, nous ne saurions trop recommander aux protagonistes de notre feuilleton d’user des Boules de Moulins, manière très simple, et éprouvée, de s’écrire. La Poste a du coup encore de beaux jours devant elle, à condition de former des facteurs hommes grenouille (emplois bien français non délocalisables). On retrouve encore de nos jours pareilles boules, et les courriers qu’elles contiennent sont demeurés intacts depuis... 1871 :

http://timbresbordeaux.blogspot.fr/...

A suivre…

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