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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Eau et santé publique : la crise qui vient
par Marc Laimé, 12 mars 2010

Un quart des polluants présents dans l’eau échappent aujourd’hui aux traitements des stations d’épuration. Les dangers des résidus de médicaments dans l’eau restent encore mal connus. Les perturbateurs endocriniens vont demander des efforts de recherche considérables, comme le soulignera un important colloque organisé à Rennes le 12 avril prochain. Mais comme « l’environnement ça commence à bien faire », on peut aisément augurer que la crise est encore à venir… Surtout quand on voit, par exemple, la bonne volonté qu’apporte le ministère de l’Ecologie à aider les industriels à empoisonner les jardins. Plus généralement, ce dossier des "polluants émergents" contribuera peut-être, au vu de la gravité de la crise qu’il annonce, à dégonfler la baudruche de la DCE, brandie depuis dix ans à l’égal d’un véritable mantra, pour mieux dissimuler la stratégie qui a délibérément été mise en place sous son couvert, afin de minorer la gravité de la dégradation sans cesse croissante des ressources en eau, souterraines comme de surface.

Nitrates, pesticides, médicaments, perturbateurs endocriniens… tous ces polluants échouent à des degrés divers dans l’environnement. Les 17 700 stations d’épuration françaises élimineraient, selon les statistiques officielles, dont on sait à quel point elles doivent être prises avec précaution, 85% des 33 polluants jugés prioritaires par la Directive-cadre sur l’eau (DCE), qui imposait en théorie la réduction ou la disparition de ces substances dans les milieux aquatiques en 2015. On sait désormais que cette échéance ne sera pas respectée, puisqu’elle a tout aussi officiellement été reportée à 2021 ou à 2027…

Ces chiffres ont été rendus publics en décembre 2009, lors d’une présentation du vaste programme de recherche Amperes, mené depuis trois ans par le Cemagref, l’institut de recherche en sciences et technologies de l’environnement, l’université de Bordeaux 1 et Suez Environnement.

Mais l’étude de 100 composés recherchés dans 2000 échantillons d’eaux usées, prélevés dans 21 stations d’épuration, montre que nombre de substances polluantes échappent aux mailles des filets.

Soit parce qu’elles résistent aux types de traitements classiquement mis en œuvre ; soit parce qu’elles sont présentes en si grandes quantités que les 17 700 stations d’épuration de la France métropolitaine ne peuvent en éliminer qu’une partie. Dans le camp de ces réfractaires, on trouve aussi bien des herbicides comme le diuron ou le glyphosate que des résidus médicamenteux, tels des antidépresseurs ou la carbamazépine.

Or ces micropolluants dits « émergents » ne sont pas réglementés. Au total, 25 % des substances détectées ne sont pas éliminées dans les stations d’épuration et 50 % ne le sont que partiellement. Parmi celles-ci, on trouve, pêle-mêle, solvants, plastifiants, détergents, pesticides ou aspirine, l’impact de certains de ces polluants étant totalement inconnu.

Le programme Amperes

Un marché prometteur pour les entreprises de l’eau ?

Dans ce contexte, comme le soulignaient Les Echos du 2 mars 2010, dans un article titré « Une pharmacie dans l’eau du robinet », les industriels du traitement de l’eau se déclarent « prêts à intervenir » en faisant appel à des procédés de filtration plus performants.

« Chez Veolia Environnement, Michel Dutang, directeur du développement technologique, s’attend à une demande croissante d’expertise scientifique émanant des services publics en charge de la surveillance des eaux potables. « Notre métier devient de plus en plus technologique », résume-t-il.

« Pour assurer ses arrières, le groupe français a signé des accords avec des centres de recherche spécialisés des grandes métropoles comme Berlin. La plupart du temps, ces partenariats public-privé sont un préalable à la signature de contrats de traitement des eaux.

« Chaque centre comprend une trentaine de personnes et coûte entre 5 et 6 millions d’euros par an », indique Michel Dutang, qui croit dur comme fer que la science et l’économie sont faits pour s’entendre. Une philosophie qui lui a peut-être valu sa récente nomination au Haut Conseil de la science et de la technologie (HCST) rattaché au Premier ministre. »

Au demeurant l’affaire n’est pas purement franco-française, comme en atteste l’audition le 25 février 2010 par le sous-comité de l’Energie et de l’Environnement de la Chambre des représentants à Washington de Linda Birnbaum, directrice de l’Institut national de la santé aux Etats-Unis, relative à la présence de perturbateurs endocriniens dans l’eau de boisson.

Le compte rendu de l’audition de Linda Birnbaum

Médicaments dans l’eau : dangers mal connus

Dans son édition du 22 janvier 2010, le quotidien français Le Monde relatait les conclusions d’un symposium international, consacré aux « perturbateurs endocriniens et aux résidus de substances pharmaceutiques dans les milieux aquatiques", organisé à la mi-février, à Berlin, par le Centre de compétence sur l’eau de la ville.

« Il faudrait boire un milliard de litres d’eau du Rhin, de la Seine, de la Tamise ou de n’importe quel autre fleuve pour absorber l’équivalent d’un comprimé d’aspirine. » Des propos rassurants qui ne reflètent que partiellement la réalité, poursuivait l’envoyé spécial du quotidien.

« Les milieux aquatiques sont souillés par de multiples micropolluants que les stations d’épuration classiques, conçues pour traiter les matières carbonées, azotées et phosphorées, n’éliminent qu’imparfaitement. On y trouve, notamment, des perturbateurs endocriniens, comme des détergents, des pesticides, des hormones naturelles... On y trouve, aussi, des médicaments rejetés par les industries pharmaceutiques, les élevages industriels, les hôpitaux... Ces déchets ne sont, en général, présents qu’à l’état de traces, en concentration de l’ordre du microgramme ou du nanogramme par litre. Très inférieure, donc, aux dosages des prescriptions médicales. Mais les effets de faibles doses absorbées sur une longue période sont inconnus. Tout aussi inconnues sont les interactions d’une combinaison de molécules associant, pêle-mêle, antidépresseurs, anticancéreux, anti-inflammatoires, analgésiques ou hormones.

"L’évaluation du risque est très difficile. Il faut prendre en compte la persistance dans l’eau de chaque molécule, sa bioaccumulation et sa toxicité", souligne Claude Casellas, de l’université Montpellier-1. Exemple de cette complexité : la carbamazépine, médicament prescrit contre l’épilepsie, se retrouve, à la sortie des stations d’épuration, à des teneurs plus élevées que celle de la molécule initiale.

Pour la plupart des experts réunis à Berlin, "la consommation de l’eau du robinet présente un risque sanitaire négligeable". Les traitements de potabilisation actuels laissent pourtant de côté les résidus pharmaceutiques et les perturbateurs endocriniens (à l’exception des pesticides). Mais ceux-ci, avant d’arriver dans les réseaux d’eau potable, sont filtrés par le milieu naturel et dilués dans les nappes phréatiques, et ne subsistent donc qu’en quantités infimes.

Toutefois, des études font suspecter un lien de cause à effet entre certains perturbateurs endocriniens et une baisse de la fertilité masculine. "Même s’il n’y a pas de risque à boire l’eau du robinet, des mesures de prévention s’imposent, d’autant que la consommation de médicaments va augmenter avec le vieillissement de la population", insiste Martin Jekel, professeur à l’Université technique de Berlin.

Le problème est davantage économique que technique. Les stations d’épuration actuelles associent décantation et traitement biologique par boues activées. Des procédés plus sophistiqués existent : filtration par des membranes ultrafines, adsorption sur charbon actif, ozonation... Les tests montrent qu’ils réduisent de façon significative les microcontaminations.

Mais ces systèmes, dont quelques dizaines sont expérimentés en Europe, sont coûteux. Ils peuvent doubler le prix d’un réseau d’épuration. D’où l’accent mis par les experts sur la prévention des pollutions à la source, à la sortie des industries ou des hôpitaux. Et sur la sensibilisation du public, encore trop enclin à se débarrasser des médicaments périmés dans les toilettes. »

Bien sur la France n’est pas seule à être affectée, puisqu’une alerte a été récemment lancée sur la présence de médicaments dans les eaux de Madrid,

Il n’en demeure pas moins que la France, comme le soulignait l’émission diffusée le 11 mars 2010 sur Arte dans le magazine Global Mag, dédiée aux résidus médicamenteux présents dans l’eau, présente la particularité de vanter outrageusement un modèle de gestion de l’eau qui, sur un plan purement sanitaire… fuit bel et bien de toute part !

Ceci d’autant plus que la douche et le bain sont aussi en cause !

Même si les grandes entreprises du secteur assurent avoir pris toute la mesure du défi, comme l’assurait M. Daniel Villessot, directeur scientifique de la Lyonnaise des eaux, à l’occasion du débat public organisé le 24 février dernier à Dreux.

Le point de vue de la Lyonnaise des eaux sur les résidus de médicaments dans l’eau

Perturbateurs endocriniens : une équation à x inconnues

L’Agence nationale de la recherche (ANR) présentait, lors d’un colloque organisé à Paris du 9 au 11 décembre 2009, les premiers résultats du programme ’’Santé-environnement, santé-travail’’ mis en œuvre de 2005 à 2007. 
Une partie des travaux était consacrée aux perturbateurs endocriniens, dans le but de réaliser des études d’exposition des populations humaines, de définir des outils de surveillance et des modèles, et de mieux comprendre les facteurs multiples qui interviennent dans les pathologies endocriniennes et neurologiques. 



Plusieurs centaines de substances sont soupçonnées aujourd’hui de modifier le système endocrinien qui régit la mécanique interne de la vie. La sécrétion d’hormones est perturbée par ces substances, entraînant des conséquences souvent irréversibles. Les hormones régulent en effet les fonctions de reproduction, de croissance et de développement, de disponibilité énergétique…

Si les scientifiques s’intéressent aux perturbateurs endocriniens depuis les années 60, ce n’est que dans les années 90, avec notamment la publication du livre « Our stolen future » (« L’homme en voie de disparition »), que le sujet est devenu une véritable préoccupation politique.

Cet ouvrage révèlait que ces substances provoquent non seulement des anomalies de reproduction chez les animaux, mais pourraient aussi avoir des conséquences pour l’être humain.

Si aujourd’hui, les perturbations sur le milieu animal ont été à de nombreuses reprises observées, à l’instar des effets cancérogène, mutagène et reprotoxique (CMR), de certaines substances, les conséquences chez l’homme font encore l’objet de nombreuses interrogations. 



Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques disséminées dans l’environnement (eau, sols…) qui entraînent des dérèglements hormonaux et des anomalies dans le système endocrinien, voire sur le système nerveux, certaines hormones jouant également le rôle de neurotransmetteurs (molécules nécessaires à la transmission des influx nerveux). 


Dans le cadre du système reproductif, ces substances peuvent limiter l’action des hormones naturelles comme les œstrogènes ou la testostérone, en bloquant les récepteurs des cellules et empêchant l’action de ces dernières.

Elles sont également susceptibles d’interagir sur la synthèse, le transport, le métabolisme, et l’excrétion des hormones sexuelles, modifiant ainsi leurs concentrations naturelles dans l’organisme. Parmi les conséquences : la féminisation des organismes vivants mâles et la virilisation des organismes vivants femelles, ce qui entraîne directement des perturbations des fonctions de reproduction.

Les cas avérés chez les animaux sont nombreux : poissons mâles porteurs d’ovocytes (cellules destinées à former les œufs), stérilisation de sujets femelles, amincissement de la coquille des œufs d’oiseaux, trouble du système immunitaire chez les phoques…

De nombreux effets néfastes ont été observés sur la reproduction, la croissance et le développement de certaines espèces, menant ainsi à une diminution des populations de certaines espèces, avec à terme une disparition probable de certaines d’entre elles. 


Les conséquences chez l’homme sont sujettes à de nombreuses interrogations, mais on soupçonne les perturbateurs endocriniens d’être à l’origine de certains troubles du système reproducteur, notamment la raréfaction et la perte de qualité du spermatozoïde, ainsi que de certains cancers ou tumeurs, liés à des perturbations du système hormonal. 



Perturbateurs endocriniens et santé humaine : réalité ou fiction ? L. Multigner

Fertilité et niveaux d’expositions prénatales





Le fœtus est loin d’être protégé des expositions environnementales dans le ventre de sa mère. Si le rôle du mercure, du plomb sur le développement intra-utérin et post natal a été établi, le nombre de produits potentiellement mis en cause s’accroît aujourd’hui. Une étude réalisée sur un échantillon de population en Bretagne, région agricole, visait à étudier l’impact des pesticides, sur le déroulement de la grossesse et la croissance intra-utérine.

L’étude Pelagie, réalisée auprès de 3500 femmes enceintes en début de grossesse entre 2002 et 2006, a permis d’établir qu’une présence marquée d’atrazine dans les urines était accompagnée d’une diminution du poids de naissance et de périmètre crânien.

Une quantité élevée de pesticides dans l’air peut également avoir un impact néfaste sur la croissance intra-utérine. Des résultats jugés inquiétants par Cécile Chevrier, chargée de recherche INSERM, d’autant que si cette substance utilisée dans les herbicides a été interdite en 2003 au sein de l’Union européenne, elle est encore présente dans l’environnement et employée dans de nombreux pays, à l’instar des Etats-Unis.

Une étude de l’Observatoire épidémiologique de la fertilité en France (Obseff) se penche quant à elle sur la sensibilité de la fertilité aux facteurs environnementaux. La détérioration de la santé reproductive masculine a été constatée dans de nombreux pays, avec une augmentation de l’incidence du cancer du testicule (+2,5 % entre 1980 et 2005) et une détérioration possible de la concentration spermatique. Les premiers résultats ont permis de révéler que le tabagisme actif de la femme n’était pas associé à la fertilité du couple. L’analyse des effets de la pollution atmosphérique est en cours. 



Le cas des agriculteurs





Les agriculteurs seraient particulièrement touchés par des pathologies chroniques (cancers, troubles neurologiques ou de la reproduction). L’exposition aux pesticides est soupçonnée d’être en lien avec ce phénomène. Deux millions de personnes seraient concernées en France par cette exposition professionnelle.

Pourtant, aujourd’hui, l’étude du rôle des pesticides dans la survenue de pathologies se heurte à des difficultés méthodologiques, notamment dans la reconstitution rétrospective des expositions des individus. Près de 1000 matières actives ont été mises sur le marché français dans plus de 9000 produits différents. 


Le projet Pestimat vise à reconstituer la fréquence, la probabilité et l’intensité des expositions aux pesticides depuis les années 50 sur les différentes cultures en France. Il permettra de mieux connaître les expositions des populations, par culture et zone géographique et ainsi d’apprécier la relation entre les produits utilisés et la survenue de certaines pathologies. Une autre étude, financée par l’ANR, travaille particulièrement sur la maladie de Parkinson qui, si elle est multifactorielle, peut être reliée à des facteurs environnementaux.

L’étude Terre avait établi un lien entre cette maladie et l’exposition professionnelle aux pesticides, plus particulièrement aux insecticides (organochlorés). Cette nouvelle étude a permis de constater que la prévalence est plus élevée dans les zones caractérisées par une densité élevée d’exploitations spécialisées dans la culture de fruits et les cultures permanentes. 



Un défi pour la recherche

En 2007, l’Union européenne a établi une liste de substances prioritaires susceptibles de perturber le système endocrinien. 320 substances sont actuellement répertoriées. La difficulté réside aujourd’hui dans le fait qu’il n’existe pas encore de méthode d’essai validée pour établir définitivement si une substance est perturbateur endocrinien ou non. 


Les études en cours devraient donc dresser un inventaire de ces substances et déterminer leur devenir dans l’environnement et leurs effets, en particulier endocriniens, sur les milieux vivants.

Des études « in vivo », comme celle menées par le pôle national applicatif en toxicologie et écotoxicologie de l’INERIS sur les poissons, permettent de connaître la pollution des milieux et les effets de certains polluants sur les organismes. Des études « in vitro » permettent quant à elles de caractériser certaines substances. L’objectif est d’identifier les produits en cause, connaître les milieux pollués et mieux cerner les impacts sur l’environnement et les organismes vivants. 



Ces recherches ne font débuter et il faudra encore de nombreuses années avant de connaître les substances en cause et leurs impacts, et définir ainsi des moyens de lutte. Deux règlements européens devraient néanmoins participer à cette lutte dès aujourd’hui. La directive REACH devrait élargir le champ des connaissances dans le domaine de la toxicologie, et entraîner une restriction ou l’interdiction de certaines substances. Mais il n’aura aucun effet sur les produits chimiques émis depuis des dizaines d’années et déjà présents dans les milieux. La DCE, qui vise un bon état écologique des milieux aquatiques d’ici 2015, devrait mener à la mise en place de programmes de surveillance de l’état chimique et écologique des milieux ainsi qu’à des programmes d’action visant à limiter ou supprimer certaines pollutions en amont. 



Pour en savoir plus :

 Les conclusions du Plan national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE) lancé en 2005 seront rendues publiques lors d’un colloque le 12 avril à Rennes.

Programme et inscription

Déçus par les engagements contractés le 12 mars 2010 à l’issue de la 5e conférence ministérielle sur l’environnement et la santé, organisée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Parme, chercheurs et lanceurs d’alerte invitaient à « cesser de parler pour agir »…

 Pour sa part le Réseau Environnement Santé (RES), prépare une journée sur le thème " Les perturbateurs rndocriniens : nouvelles données et changement de paradigme dans l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux », avec pour objectif de montrer que les données épidémiologiques, cliniques, expérimentales et fondamentales acquises récemment sur les
perturbateurs endocriniens imposent une autre approche de l’évaluation et de la gestion du risque sanitaire. L’accent sera porté sur la programmation périnatale par les perturbateurs endocriniens des pathologies chez l’enfant et l’adulte. Il s’agit de porter ces informations scientifiques à la connaissance de la société civile à travers des interventions et un
débat scientifique que le RES souhaite le plus ouvert et le plus large possible. Ce colloque sera ouvert aux scientifiques, médecins, acteurs de la société civile et du monde associatif et aux politiques.

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