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NE PAS CLIQUER
LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Création de la Ligue aquatique révolutionnaire
par Marc Laimé, 18 mai 2022

Le Cercle français de l’eau (CFE) organisait le mardi 17 mai à Paris, rue de Berri, dans les locaux de la Fédération nationale des travaux publics, la troisième session de la série de conférences titrée « Faut-il une nouvelle loi française sur l’eau ? », qui nous a réservé d’étonnantes surprises, nous confortant dans nos inquiétudes déjà anciennes sur l’avenir de la gestion de l’eau en France.

Comme à l’accoutumée c’est l’onoravole Bernard Barraqué qui animait les débats organisés autour de trois grands axes : qu’est-ce qui marche, qu’est-ce qui ne marche pas, et que faudrait-il faire, s’il faut changer quelque chose ?

Au casting, un représentant d’EDF, Christian Lecussan pour la FENARIVE (l’association du monde industriel dans le domaine de l’eau), Pascal Ferey pour le monde agricole, Florence Denier-Pasquier pour FNE, et Philippe Marc, avocat toulousain, grand spécialiste es Gemapi et EPTB.

Ce qui fut aussi impressionnant que confondant, c’est la teneur des propos tenus dans ce cénacle.

Sans surprise, côté satisfecit, LE modèle hérité des lois fondatrices de 1964, 1992 et 2006, la « gouvernance », la mobilisation des acteurs, blablablaba, rien de nouveau sous le soleil, on l’a entendu 500 000 fois.

Mais quand il s’est agi d’évoquer ce qui ne va pas, c’était apocalypse now. Cash, et sans fioritures.

Pour Monsieur EDF, d’ici dix ans il faudra 30% d’élec en plus, pour refroidir les centrales, le soutien d’étiage et les voitures électriques.

Sauf qu’ensuite les sieurs Lecussan (les industriels) et Férey (l’agriculture) nous dressent un tableau apocalyptique. En vérité y a déjà de moins en moins d’eau disponible partout. Le « change » est déjà là, et sévèrement. Pasacal Férey, éleveur laitier dans le Cotentin, avoue sa chance d’être installé sur la plus grande nappe de Normandie, même si sa maison est menacée par les argiles… Mais pour ses collègues, de l’Anjou aux Ardennes, la crise est déjà là.

Invoquant les données du RIA 2020 (le recensement agricole) qui vient de sortir, Florence Denier Pasquier mentionne qu’en dix ans, depuis 2010, le nombre de captages souterrains, déclarés ou non, contrôlés ou non, auraient explosé de 30% !

L’ami Lecussan en rajoute une couche avec l’assainissement. Rappelant que les industriels sont soumis à deux législations. S’ils ont construit leur propre STEP, la qualité des rejets est établie selon les normes du la Direction générale de la prévention et des risque (DGPR) du MTES, s’ils rejettent dans le réseau public, ce sont d’autres normes relevant de la Direction de l’eau et de la biodiversité (DEB) du même MTES.

Mais surtout, d’ici 10 à 15 ans, on risque de ne plus pouvoir rejeter les eaux usées traitées en rivière : pas assez d’eau, pour diluer ce qui reste de pollution après traitement. Et on vous parle même pas des micro-plastiques. Qu’on imagine la cata qui nous guette…

Pour Florence Denier-Paquier (FNE) dans la dernière mandature, satisfecit pour les Assises de l’eau « On y avait pointé nos points d’accord et de désaccord, c’était une véritable avancée. » Sauf qu’ensuite l’opération électoraliste du « Varenne de l’eau » de Denormandie a tout fichu en l’air.

On en oublie de tout aussi sévères : les eaux pluviales urbaines, le ruissellement, les inondations, le recul du trait de côte et les submersions marines…

Les différents intervenants pointent aussi la succession alarmante de lois de circonstance, qui ont fini par rendre le dispositif global totalement incompréhensible : Notre, MAPTAM, Engagement et proximité, Climat et résilience, 3DS, au final un invraisemblable foutoir.

Èn cause ? Un quinquennat avec des députés qui n’y connaissent rien et ne s’y intéressent pas, et ça ne risque pas de s’arranger avec la nouvelle mandature qui s’ouvre, surtout avec Borne, là c’est nous qui en remettons une couche.

Sans compter « les mecs derrière leurs ordinateurs qui pondent les décret d’application au ministère, sans rien connaître au terrain… »

Alors une nouvelle loi ? Non. Sauf pour l’avocat Philippe Marc, qui ouvre grand la focale sur un autre abîme : l’Etat a refilé le grand cycle aux collectivités locales, EPCI-FP, EPTB et Epage, mais les compétences censées être exercées par ces collectivités n’existent pas en « droit dur », partant leur financement ne peut pas davantage être au rendez-vous.Vertigineux.

A ce stade nous n’avons pu manquer d’interpeller Lecussan et Ferey, leur indiquant que les ayant entendus pour la première fois au Sénat en 2000, en amont du projet de loi Voynet, leurs propos apocalyptiques du jour venaient à l’instant de nous transformer en centriste mou, à l’écoute de deux fous furieux gauchistes nous promettant la géhenne et n’attendant rien de la représentation nationale pour les raisons évoquées plus haut nous plongent dès lors dans une angoisse mortifère… (Rires dans la salle).

Nonobstant cette tranche de vie, le congrès de fondation de la Ligue aquatique révolutionnaire par le CFE, augure de ce qui nous guette : une archipellisation croissante des politiques publiques du secteur, chacun voulant « sauver son eau » pour ses propres usages, avec à terme, beaucoup plus vite que nous l’escomptions, des catastrophes spectaculaires en cascade qui ne seront gérées que sous le régime de l’émotion, sans aucune prospective à moyen et long terme.

Ecouter le replay audio :

Lire aussi :

« Des eaux et des débats »

Alors que l’eau est un enjeu mondial majeur, les politiques de l’eau restent, elles, assez absentes du débat public et sont souvent méconnues des citoyens. Quelles sont les logiques qui construisent ces politiques, quels rapports de force les traversent ? Explications avec Sylvain Barone et Pierre-Louis Mayaux, chercheurs en science politique au sein de G-EAU* et auteurs du livre Les politiques de l’eau.

https://www.umontpellier.fr/article...

- RAPPORT au nom de L’OFFICE PARLEMENTAIRE D’ÉVALUATION DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES sur LES ASPECTS SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES DE LA GESTION QUANTITATIVE DE L’EAU Compte rendu de l’audition publique du 10 février 2022 et de la présentation des conclusions le 17 mars 2022 par M. Philippe BOLO, député, et M. Gérard LONGUET, sénateur. Déposé sur le Bureau de l’Assemblée nationale par M. Cédric VILLANI, Président de l’Office.

https://www.senat.fr/rap/r21-580/r2...

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