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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Bruxelles : Veolia confrontée à un accident industriel majeur
par Marc Laimé, 4 janvier 2010

Depuis un peu plus d’un mois, la multinationale française et sa filiale belge Aquiris, qui a construit et gère une gigantesque station d’épuration, dédiée à l’assainissement des eaux usées de Bruxelles, affrontent violemment les autorités belges, qui lui reprochent d’avoir unilatéralement interrompu le fonctionnement de la station d’épuration, au motif, invoqué par Veolia, que les égouts de la capitale charrieraient jusqu’à la station d’énormes quantités de sables et de gravats. Ce scandale énorme qui secoue toute la Belgique, générateur d’une pollution gravissime, n’a sans doute pas encore révélé tous ses mystères. Il pourrait aussi recouvrir un véritable accident industriel, lié au dysfonctionnement d’un procédé « innovant » d’élimination des boues d’épuration, que Veolia a justement inauguré à Bruxelles. Une « première » sur laquelle les autorités et les medias belges demeurent étonnamment discrets jusqu’à présent…

Nous avions déjà soulevé cette hypothèse sur Eaux glacées le 15 décembre dernier. Or l’emballement de l’affaire en Belgique apporte de l’eau à notre moulin.

Dans un article publié le 24 décembre 2009, le quotidien « Le Soir », rapporte en effet, une information qui passe inaperçue dans l’embrouillaminis de plaintes, rumeurs, décisions de justice et accusations qui fusent en tout sens :

(…)

« Selon le cabinet Huytebroeck, au-delà de cette date (le 31 décembre 2009), Aquiris n’aurait plus accès aux lignes de crédit des banques. Selon la ministre, Aquiris est toujours incapable de remplir sa mission et se trouve contrainte d’expédier des camions de boue en Allemagne, entraînant un surcoût de 450.000 euros par mois. »

Aquiris, les différentes autorités belges concernées et les medias qui ont consacré des centaines d’articles au feuilleton ont tous focalisé sur "l’entrée" de la station…

Veolia prétend qu’elle est obstruée par des tonnes de sables et de gravats, les autorités belges démentent. On tourne en rond là dessus depuis un mois et demi.

L’information ci-dessus est pourtant étonnante : quel rapport entre une éventuelle obstruction de l’entrée de la station et le fait qu’Aquiris (filiale de Veolia), doive, selon la ministre de l’Environnement de Bruxelles « expédier des camions de boues en Allemagne, pour un coût de 450 000 euros par mois ? »

Sinon que Veolia connaîtrait de graves problèmes avec le traitement des boues d’épuration de sa station géante de Bruxelles ?

L’hypothèse mérite d’autant plus d’être examinée de près qu’un expert de Veolia confirme dans une interview réalisée par « Valeurs vertes », interview en ligne sur le site internet de Veolia Environnement, que la multinationale a pour la première fois développé à l’échelle industrielle à Bruxelles un nouveau procédé d’élimination des boues des stations d’épuration : l’oxydation par voie humide.

Lire l’interview :

Michel Dutang nous parle de l’importance de la RD dans la gestion de l’eau

(…)

- Valeurs Vertes : Comment faire avancer le problème des boues d’épuration ?

- Michel Dutang : De plus en plus de boues signifie l’épuration de plus en plus d’eau. La création du tout à l’égout il y a quelques décennies, impliquait qu’il n’y ait pas de pollutions industrielles. Lorsqu’on reçoit les produits organiques de la vie azotés et phosphorés, cela donne une bonne qualité de compost. A Narbonne où il n’y a pas de pollution industrielle, les boues sont compostées avec des déchets verts et nous obtenons non plus un déchet mais un vrai produit, surveillé, labellisé.

Dans le cas d’une grande ville ancienne avec des millions d’habitants, la même surveillance n’est pas possible, il faut avoir recours à deux grands procédés de destruction dont l’un est nouveau et porteur d’avancées : l’oxydation par voie humide qui est en cours d’installation pour la ville de Bruxelles. C’est comme une cocotte minute de 44 bars de pression qui monte à 200-300 degrés et dans laquelle on introduit de l’oxygène. Ce procédé va traiter les boues de Bruxelles, Milan, Epernay."

Cette technique expérimentale, développée durant des années par Veolia sur un petit site à Toulouse en France, n’a donc jusqu’à présent été déployée à l’échelle industrielle par la multinationale française qu’à Bruxelles, Milan, et Epernay en France.

Or la presse belge relate par ailleurs que la STEP construite à Milan par Veolia a elle aussi connu des problèmes de fonctionnement…

Si notre hypothèse est la bonne, on comprend donc les rumeurs selon lesquelles Veolia voudrait en fait depuis 6 mois vendre sa filiale belge Aquiris au bord de la faillite, comme le relatait le quotidien belge Le Soir du 29 décembre 2009…

Et le fait que le tout nouveau directeur de Veolia Eau, M. Jean-Michel Herrewyn, ait du, à peine nommé, toutes affaires cessantes, se déplacer à Bruxelles l’avant-veille de Noël, pour y rencontrer une heure durant le ministre-président M. Charles Picqué et la ministre de l’Environnement Mme Evelyne Huytebroeck, avant d’accepter le principe d’une expertise contradictoire, semble bien indiquer que le dysfonctionnement de la gigantesque STEP de Bruxelles construite par Veolia pourrait bien se révéler « structurel », et ne pas se limiter à un rocambolesque afflux de sables et de gravats à l’entrée de la station.

Et notre affaire doit bien celer quelques périls, puisque Veolia vient de mobiliser pour l’assister rien moins que l’une des plus grandes agences américaines spécialisées dans la gestion de crise, Hill & Knowlton, dont les références en la matière sont impressionnantes…

Affaire à suivre…

Lire aussi l’appel lancé par un collectif de militants associatifs et syndicalistes belges, publié par le quotidien Le Soir, dans son édition du 28 décembre 2009 : « Aquiris ou la preuve par l’exemple des dangers de la délégation d’un service public essentiel. »

impression

commentaires

1 Bruxelles : Veolia confrontée à un accident industriel majeur

Bien documenté monsieur Laimé, mais qu’ajouter sur un marché truqué depuis le départ.
Voir http://www.pereubu.be/?p=777
Que dire encore si ce n’est que cet article n’a suscité aucune réaction majeure des autorités politiques et administratives, ainsi que d’aquiris et véolia

poste par le furet - 2010-01-6@14:06 - Répondre à ce message
2 Bruxelles : Veolia confrontée à un accident industriel majeur

Voilà un article bien documenté et qui pousse à réfléchir.

Dommage que comme toujours il y ait votre touche dogmatique à la fin via cette référence mal venue : En effet, je ne crois pas que la délégation de service public y soit pour grand chose. Bien au contraire. Dans une situation où des fonctionnaires eurent étés à la barre, les deux problèmes auraient été enfoui : celui des réseaux mal gérés et celui des boues (si il s’avère exact, affaire à suivre).

Quant aux deux problèmes, il n’y a pas de quoi se mettre à saigner du nez : la situation n’est pas si grave que cela car il y a deux ans, il n’y avait pas de station. En plus on est en hiver, et que je sache, le climat belge n’est pas désertique, donc les rivières sont grosses et froides et il n’y a pas de baigneurs.

Enfin, à l’échelle des progrès réalisé ce by pass est de l’ordre du cafouillage de mise au point.

A + dans l’bus

poste par olivier - 2010-01-6@15:46 - Répondre à ce message
3 Bruxelles : Veolia confrontée à un accident industriel majeur

Voila bien le raisonnement d’un petit esprit : "c’est l’hiver les rivieres sont froides et il personne ne s’y baigne"

C’est avec ce genre de raisonnement qu’on pourris notre planete.

Ce n’est pas parce qu’il y a deux ans il n’y avait aucune station qu’aujourd’hui on doit accepter qu’une infrastructure soit a l’arret. Au contraire même, au bout de deux ans d’usage c’est plutôt scandaleux.

"Dans une situation où des fonctionnaires eurent étés à la barre, les deux problèmes auraient été enfoui : celui des réseaux mal gérés et celui des boues (si il s’avère exact, affaire à suivre)."

Affirmation gratuite et sans fondement. D’autre part la différence entre Veolia et les fonctionnaires, c’est que les fonctionnaires ne font pas de profits astronomiques sur le dos des usagers...

poste par Fishdrake - 2010-01-16@19:00 - Répondre à ce message
4 Entre Charybde et Scylla

L’accident industriel, s’il est vérifié, ne sera finalement que la continuité ubuesque mais triste, d’une situation historique de carence de l’assainissement de l’agglomération Bruxelloise, une des dernières en Europe à avoir créé un équipement de traitement de ses eaux usées après des dizaines d’années de rejet directe dans la Senne et l’Escaut de plus d’1 million d’equhabitants. Ce qui pour la capitale européenne, lieu d’inspiration de la directive ERU, fait tâche et démontre qu’une régie mal gérée n’était pas moins incapable qu’un industriel présomptueux !

poste par yvon - 2010-01-6@23:23 - Répondre à ce message
5 Entre Charybde et Scylla

S’il vous plait, les sophismes du genre "oui mais c’est la faute a celui qui etait la avant nous" laissez les aux hommes politiques...

Une infrastructure neuve, c’est censé fonctionner.
Pas tomber en rade au bout de deux ans. Donc non, ce n’est pas la continuité d’une situation déjà mal en point. Cette situation aurait du cesser avec la mise en service de cette station, et ce n’est pas le cas. Il n’y a rien a contredire sur cela, ne vous en deplaise.

poste par Fishdrake - 2010-01-16@19:04 - Répondre à ce message
6 Bruxelles : Veolia confrontée à un accident industriel majeur

@ Yvon : bravo et merci

poste par olivier - 2010-01-7@16:09 - Répondre à ce message
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