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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Algues vertes : l’Etat au pied du mur
par Marc Laimé, 22 octobre 2009

L’affaire des algues vertes rebondit de manière inattendue et place l’Etat au pied du mur. Le 4 septembre 2009, le préfet des Côtes d’Armor, M. Jean-Louis Fargeas, adresse un courrier de 14 pages aux cabinets du Premier ministre, du ministre de l’Intérieur, du secrétariat d’Etat à l’Ecologie et au préfet de région. Ce rapport « confidentiel » explosif est rendu public par les quotidiens régionaux Ouest-France et le Télégramme quinze jours plus tard, le mardi 20 octobre 2009… Panique générale en Bretagne, et au-delà. La profession agricole s’insurge, les associations écologistes applaudissent… La mission interministérielle qui doit rendre un rapport au gouvernement fin décembre, et a déjà pu mesurer combien la profession agricole était encore éloignée d’engager une révolution radicale de ses pratiques, se trouve confrontée à un exercice périlleux, lors même que l’ensemble des membres associatifs du Comité de bassin Loire-Bretagne vient, à l’unanimité, de voter non au projet de SDAGE Loire- Bretagne.

Le quotidien Le Monde a relaté le 12 octobre 2009 que, bousculés par le gouvernement, les préfets « ont le blues ». Ils viennent de se doter, non d’un syndicat, mais d’une instance de concertation informelle. Près de 10% des préfets français en poste sont poursuivis par la justice, pour partie à raison de contentieux environnementaux…

Nul ne sait si M. Jean-Louis Fargeas « a le blues », ou s’il anticipe un inévitable coup de torchon, mais son « rapport confidentiel » restera dans les annales. Il tranche en effet radicalement avec les discours préfectoraux habituels, au point qu’on pourrait le croire rédigé par le collectif « Halte aux marées vertes » !

Il y détaille sans fard le phénomène des algues vertes en indiquant, tout d’abord, que, "dans le contexte breton, il s’avère que le facteur limitant de la prolifération algale est en fait l’azote (...). L’azote qui permet le développement algal est apporté par les cours d’eau. Il est principalement d’origine agricole par l’intermédiaire des effluents (lisier et autres) et engrais minéraux (...).

M. Fargeas détaille ensuite les conséquences des marées vertes (nuisances, effets sur la santé, mise en cause de l’Etat, coût du ramassage...), avant d’énumérer les actions entreprises par l’Etat pour lutter contre le phénomène.

Mais, c’est la conclusion du rapport qui a fait l’effet d’une bombe :

"La diminution visible et notable de ce phénomène ne pourra passer que par un changement profond des pratiques agricoles sur les secteurs concernés, ce que la profession agricole n’est pas prête à accepter pour le moment. Il s’agit de révolutionner sur ces secteurs, qui représentent 2190 exploitations (soit 25 % des exploitations agricoles dans les Côtes d’Armor), les pratiques agricoles et changer complètement le modèle économique existant".

Avant de conclure : "Cette évolution n’est pas envisageable pour le moment, le phénomène des algues vertes ne peut donc que perdurer. Afin d’éviter que l’Etat soit de nouveau mis en cause et pour obtenir des résultats en la matière, il importe néanmoins d’afficher une politique volontariste pérenne visant à la stabilisation voir à la limitation raisonnée de ce phénomène des marées vertes. Ces actions ne pourront viser à supprimer totalement ce phénomène mais à en limiter les principales nuisances".

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Le rapport du préfet des Côtes-d’Armor

Cette « fuite » a été rendue publique le jour même où la mission interministérielle mise en place par M. François Fillon était en déplacement à Saint-Brieuc pour auditionner les acteurs locaux du monde agricole et associatif mais également des élus…

Dès le lendemain, la Préfecture réagit et adresse un communiqué à Ouest-France et au Télégramme, qui le publient dans leur édition du mercredi 21 octobre 2009.

"Entre février et juin 2009, un groupe de travail pluridisciplinaire, composé de représentants des services de l’État dans les Côtes d’Armor, s’est réuni à de nombreuses reprises et a produit un rapport sur la problématique des algues vertes dans le département."

"Dressant un état des lieux de la situation, ce rapport élabore des propositions d’actions tant préventives que curatives. Il s’agit d’un travail précis et technique qui ne peut en aucune façon se résumer à quelques formules. Les appréciations que les membres de ce groupe de travail ont été amenés à formuler reflètent une évaluation de l’état des esprits en juin 2009 et nullement la position définitive de l’État sur ce point".

"Les travaux des comités de suivi algues vertes réunis cet après-midi du 20 octobre 2009, sous la présidence du préfet des Côtes-d’Armor et en présence des membres de la mission interministérielle, ont permis de recueillir de nombreuses propositions d’actions, émanant tant du monde associatif que des élus et de la profession agricole, propositions rejoignant pour la majeure partie celles émises en juin 2009 par le rapport précité."

"En particulier, il est à noter que la profession agricole, via ses représentants, a rendu publique sa volonté d’agir par des objectifs précis marquant une évolution notable et importante d’un acteur incontournable du dossier. On ne peut que réaffirmer avec fermeté que c’est par un travail concerté et collectif, évitant toute stigmatisation, que seront trouvées les solutions au phénomène des algues vertes".

la Bretagne entre production et pollution

La profession agricole en colère

Dans les Côtes d’Armor, 2 190 exploitations sont situées dans les bassins sensibles, soit le quart des exploitations du département. La préfecture a donc tenté de corriger le tir en précisant « que les appréciations formulées reflètent une évaluation de l’état des esprits en juin 2009, et nullement la position de l’État sur ce point ».

Mais cela n’a pas suffi à apaiser l’indignation des agriculteurs qui, cette fois, ont immédiatement fait part de leur « révolte » et de leur « colère », après s’être montré inhabituellement discrets depuis le début de l’été.

La « crise du lait » est passée par là. La FNSEA vient de tenter de remobiliser ses troupes et le Président de la République doit annoncer la semaine prochaine un « grand plan de soutien à l’agriculture »…

Insistant sur les « efforts réalisés », les représentants de la profession agricole refusent d’endosser toutes les responsabilités.

« Je suis très en colère, choqué, révolté » s’exclame M. Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d’agriculture en ajoutant : « Si l’État écrit de telles choses, qu’il vienne sur le terrain dire aux agriculteurs de partir (...). On a enrichi la Bretagne et se faire salir de cette manière, c’est inadmissible ».

Discours identique du côté des industriels. M. Emmanuel Commault, qui dirige la Cooperl, le géant breton du porc basé à Lamballe (22), l’affirme : « Qu’on arrête de culpabiliser la profession agricole. Elle a lourdement investi pour réduire les rejets de nitrates. Tirer un trait sur l’agriculture, ce sont des milliers d’emplois menacés ».

En revanche, Eau et Rivières salue le rapport du préfet et montre du doigt, non pas les agriculteurs, mais « un système et la responsabilité de l’État qui a permis des concentrations ingérables ».

France nature environnement (FNE) confirme la nécessité d’une révolution des pratiques agricoles : « Au-delà de la stigmatisation d’une profession en particulier, c’est bien l’ensemble du modèle économique et social qu’il faudra revoir en profondeur pour réussir à réduire d’au moins 40% les effluents arrivant à la mer d’ici 2012, engagement pris par l’ensemble des parties prenantes, y compris les organisations professionnelles agricoles, lors du Grenelle de la Mer. »

La fédération d’associations environnementales estime qu’il est « réducteur de focaliser uniquement sur la contribution de l’agriculture, minimisant de fait celle liée à la fréquentation touristique et aux pratiques de certaines collectivités et de certains habitants (assainissement, produits lessiviels et effluents organiques) ou celle de l’industrie ».

Pour sa part, Bretagne Écologie craint qu’ « en renvoyant dos à dos associations environnementalistes et agriculteurs, l’État risque de plonger la Bretagne dans un climat de mini-guerre civile ».

« Plutôt que de stigmatiser, il convient de rassembler », commente M. Gérard Mével, vice-président du Conseil régional. Il espère que ce débat amènera à une « clarification » des compétences : « Il est évident que la Région est l’échelon idéal pour coordonner une politique de l’eau ».

Au vu de ce que fomente le gouvernement en matière de redécoupage du « mille-feuille territorial », M. Mével peut continuer à rêver…

L’analyse de l’Union démocratique bretonne

Mona Bras, Porte-parole de l’UDB, a également réagi à la publication du rapport du préfet des Côtes d’Armor :

« La lecture de ce document préfectoral listant objectivement causes et conséquences des marées vertes, tranche avec le discours habituel des pouvoirs publics. Il rejoint dans ses affirmations et son analyse sans complaisance le discours des associations environnementalistes, de syndicats tel la Confédération Paysanne, de formations politiques comme l’UDB et les Verts, qui dénoncent depuis des décennies les dérives du modèle agricole productiviste.

Est-ce parce que le document ne devait pas être rendu public qu’il est si honnête ?

Depuis la succession de faits dramatiques survenus dans le courant de l’été 2009, depuis la diffusion publique des données scientifiques prouvant la nocivité des algues vertes pour la santé et la vie même, tant humaine qu’animale, la prise de conscience a été brutale pour beaucoup.

Qui oserait aujourd’hui prétendre comme Eugène Baratte, de la Coordination rurale dans son intervention au CESR le 16 mars 2009 sur le SDAGE : " (...) On joue à se faire peur, on dit qu’il y a des nitrates dans l’eau et que cela n’est pas bon pour la santé, alors je dis : combien de morts ? Pour terminer quant aux soi-disant pollutions agricoles, je dis que c’est la ville qui pollue, puisque la plupart des boues des stations d’épuration sont épandues sur les terres agricoles, par conséquent c’est bien l’agriculture qui dépollue".

Effectivement les paysans ne portent pas l’entière responsabilité de la situation actuelle. Ils en sont les victimes directes, autant dans leur santé que dans la casse sociale : 17.000 emplois de chefs d’exploitation et collatéraux ont disparu entre 2002 et 2007, une seule installation pour cinq départs, seulement 12.000€ de revenu moyen par actif, soit la moitié moins que le revenu médian français, les salariés de l’agro-alimentaire parmi les plus mal payés pour des métiers pénibles. Ce modèle est-il vraiment viable et humain ?

La responsabilité est collective. En effet, c’est bien un modèle économique qui pousse les consommateurs à rogner de plus en plus sur les dépenses alimentaires, tirant les prix vers le bas afin de pouvoir dépenser plus en loisirs, informatique, téléphonie, mode, etc.

Ce sont bien des maires qui ont signé des permis de construire, des préfets qui ont signé des arrêtés d’exploitation, régularisé des extensions. Ce sont des banques qui ont accordé des prêts pour certains types de projet, des coopératives qui ont fait rentrer les paysans dans des systèmes intégrés pour le plus grand bénéfice de la grande distribution, de l’industrie chimique et de leurs actionnaires.

Aujourd’hui, le préfet des Côtes d’ Armor propose, pour répondre aux objectifs de la directive cadre et pour faire cesser les phénomène des algues vertes, une solution radicale.

Citation : « L’arrêt total de l’agriculture sur le bassin-versant avec conversion totale des terres en prairies fauchées mais non fertilisées permettrait d’atteindre 10 mg/l de nitrate en 2020, ce qui aurait un impact marquant sur le phénomène des algues vertes ».

Cette proposition est pour le moins révolutionnaire venant des services de l’Etat. Les moyens suivront-ils pour permettre cette conversion écologique et durable de l’agriculture, conversion accompagnée car il ne s’agit pas d’ajouter la casse humaine au désastre écologique ? »

Fermeture du centre de stockage d’Hillion

Mme Yvette Doré, maire d’Hillion, signait le mercredi 21 octobre dans l’après-midi, l’arrêté ordonnant la fermeture de la plate-forme de stockage des algues vertes située sur sa commune.

Le centre de stockage et de traitement des algues d’Hillion (4080 habitants), est ouvert depuis 2003. Depuis 2005 son exploitation fait l’objet d’un bail d’exploitation d’une durée de 18 ans entre la commune et la société Bleu-Vert.

L’an dernier, la plate-forme a accueilli près de 20 000 tonnes d’algues sur un hectare de terrain. Les algues étaient mélangées à des déchets verts et, plus récemment, à de la paille pour fabriquer du compost.

Située en campagne, mais proche d’habitations, la plate-forme a été très contestée par les riverains pour, notamment, ses nuisances aériennes (olfactives, dégagement d’hydrogène sulfuré par les algues en décomposition). L’association Halte aux marées vertes n’a cessé de demander sa fermeture.

Après avoir longtemps hésité, la maire socialiste d’Hillion a donc tranché en faveur de la fermeture du site. L’arrêté invite la société à évacuer complètement d’ici décembre les 2 000 m3 de mélange d’algues et de déchets verts restant sur le site.

Depuis un mois, en effet, les algues, qui par ailleurs se font plus rares en cette période, n’étaient plus ramassées sur la plage. « J’ai signé au nom du principe de précaution pour préserver la santé publique » explique Mme Doré qui va désormais discuter « rupture de bail » avec Bleu-Vert.

M. Bernard Robert, gérant de cette société (cinq autres plate-formes de traitement de déchets dans la région), « regrette » cette décision. « Je ne suis pas là pour embêter les gens, mais pour réduire les nuisances des algues au maximum. J’avais proposé un comité de suivi aux riverains, en vain ». Le gérant pense être victime d’un « battage médiatique ». Comment va-t-il réagir à l’arrêté ? Il se « donne un peu de temps pour réfléchir et demander conseil ».

Dans l’immédiat, les 2 000 m3 d’algues demeurant sur le site pourront être accueillis dans les usines des trois syndicats d’ordures ménagères voisins. En revanche, quelles solutions pour l’année prochaine lorsque les algues recommenceront, à partir de mai, à s’échouer massivement sur la grève ?

Un groupe de travail, constitué de techniciens des trois syndicats, du Conseil général costarmoricain et de Saint-Brieuc agglomération, a été mis en place le 21 octobre à Hillion, pour examiner tous les projets industriels de traitement des algues (déshydratation, lyophilisation etc...). Le comité a tout l’hiver pour trouver des solutions satisfaisant l’intérêt général, avant que la « campagne 2010 » ne débute...

Vers un autre modèle agricole ?

Pour endiguer ce qui fait bel et bien figure de catastrophe environnementale majeure, il faudrait procéder à une véritable révolution agricole sur les zones les plus sensibles.

La configuration des sols et de la baie de Saint-Brieuc, sableuse et peu profonde, oblige à d’autres pratiques. Et surtout beaucoup de patience. « L’arrêt total de l’agriculture ne permettrait d’obtenir des résultats qu’en 2020 », précise le préfet qui « souligne l’opposition de la profession agricole ».

Ce dossier a fait l’objet d’empoignades multiples depuis vingt ans, souligne Ouest-France. Au sein même de la profession. Et si la nouvelle génération de responsables agricoles « a pris l’environnement à son compte », elle doit aussi affronter en interne ses propres lobbies, notamment celui des gros producteurs porcins. La responsabilité de l’agriculture ne fait en tout cas plus l’ombre d’un doute pour les chercheurs de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique).

Faut-il pour autant jeter aux orties le modèle agricole breton ? Le dossier des algues vertes est sur la place publique depuis le milieu des années 1970. Avec l’appui des chercheurs, les agriculteurs se disent prêts à augmenter les surfaces en herbe, excellents pièges à nitrates, en ne conservant qu’un minimum de parcelles de maïs. Sans tirer une croix sur les exploitations.

« C’est le travail de toute une génération », explique M. Laurent Benoît, chercheur à l’Inra. Basé dans les Vosges, il a accompagné l’effort de la société Vittel pour protéger sa source. « Il nous a fallu quatorze ans. En Bretagne, c’est à l’État aujourd’hui d’investir. » Les agriculteurs ne pourront y arriver tout seuls.

Un travail d’orfèvre qui devra être adapté à chaque bassin versant. Tout en prenant en compte la dimension économique. Avec ses 73 000 emplois directs, l’agriculture bretonne est le moteur de toute une région.

Il faut y ajouter les 68 000 emplois de l’agroalimentaire. Président de la Chambre régionale d’agriculture, M. Jacques Jaouen se dit « choqué. Nous n’avons pas été associés à ce rapport. Ni même consultés. »

Prochain épisode, le rapport de la mission interministérielle, attendu en décembre prochain.

Algues vertes : le dossier d’Eaux glacées

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commentaires

1 Algues vertes : l’Etat au pied du mur

Il serait absurde de stopper l’agriculture bretonne. En revanche, changer totalement de modèle, c’est pas con. Le boulot d’André Pochon et du Cedapa dans le grand ouest a montré qu’il est possible de faire une agriculture rentable, productive, pourvoyeuse d’emploi (bien plus que l’agriculture actuelle), et totalement écologique.

Il est possible de faire de l’élevage quasiment sans rejets d’azote. Tout Breton concerné par la question devrait avoir lu "Les sillons de la colère" d’André Pochon.

Aucun des arguments des tenants du statu quo ne tient devant le modèle d’agriculture durable du Cedapa.

poste par Fabien - 2009-10-24@15:27 - Répondre à ce message
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