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LES EAUX GLACÉES DU CALCUL ÉGOÏSTE
REMOUS
Algues vertes : comment s’en débarrasser ?
par Marc Laimé, 11 septembre 2009

La crise des algues vertes pose crûment la question de l’élimination de ces déchets toxiques, surtout depuis la mort suspecte d’un « nettoyeur de plage », qui a transformé une question environnementale en véritable crise de santé publique. Les deux quotidiens bretons, Le Télégramme et Ouest-France, qui assurent, surtout pour le premier d’entre eux, un remarquable suivi de la crise, relatent au jour le jour les difficultés auxquelles doivent faire face les collectivités locales en charge de l’élimination des quantités colossales d’algues ramassées chaque jour sur des dizaines de plages. Témoignage supplémentaire des tensions générées par la crise, à la demande de riverains d’Hillion, un huissier est venu constater le 9 septembre dans l’après-midi que la plate-forme de compostage d’algues vertes qui y est implantée dégage des nuisances olfactives telles que les habitants excédés exigent sa fermeture…

Dans son édition datée du 9 septembre 2009, Le Télégramme relatait ainsi, dans un article de Julien Vaillant, comment après le décès d’un transporteur d’algues vertes, le 22 juillet, de nouvelles études de toxicité ont été réalisées le 8 septembre au matin au centre de déchets de Lantic-Launay. Plutôt rassurants, les résultats varient cependant selon la fraîcheur des algues et les mélanges effectués.

" (…) Entourés de caméras de télévision, deux représentants du Centre d’étude et de valorisation des algues (Ceva) de Pleubian (22) effectuent des mesures de toxicité autour d’un tas d’algues vertes en décomposition.

"Instigateur de l’opération, Thierry Burlot, le président du syndicat mixte de traitement des déchets (Sitom) de Launay-Lantic, veut éviter « tout risque d’accident » après la mort suspecte le 22 juillet, d’un chauffeur transportant des algues entre Binic et Lantic. L’élu socialiste est même prêt à revoir l’ensemble de l’organisation du centre si les résultats sont mauvais.

"Masque dans une main, détecteur d’hydrogène sulfuré (H2S) dans l’autre, Jean-François Sassi est le préposé aux opérations de mesures. Au bout de quelques secondes passées au-dessus d’algues arrivées le matin même de Binic - où elles étaient stockées depuis vendredi -, le technicien du Ceva annonce tout sourire : « On est entre 2 et 5 ppm ».

"Des résultats écartant tout risque d’intoxication pour les salariés du centre (qui doivent cesser le travail à partir de 10 ppm). Mais des résultats qui n’ont qu’une portée relative : le tas analysé comportait davantage de sable que d’algues.

"Dix minutes plus tard, c’est l’heure de la deuxième mesure sur un mélange de broyats végétaux et d’algues vertes entreposés depuis juillet sur la plate-forme.

« Les taux vont monter », annonce le responsable du site Jean-Yves Le Guern. Très rapidement, ses propos se vérifient. Car les taux d’hydrogène sulfuré se situent cette fois entre 20 et 30 ppm. Rien d’alarmant cependant, selon le technicien du Ceva, puisque le gaz s’évapore rapidement dans l’air. Les taux grimpent avec les algues non traitées.

Dans la foulée, le responsable du centre de Launay-Lantic dépose un nouvel amas d’algues vertes aux pieds des représentants du Ceva. Et là, le détecteur s’emballe : 70, 80, 90 ppm et même davantage lorsque l’outil est posé à même le tas. Le seuil de toxicité aigu est atteint.

« Mais ces algues n’ont pas été traitées et sont stockées au fond du site. Personne ne prend le risque d’aller les manipuler et elles vont se décomposer d’elles-mêmes », indique Thierry Burlot. Et le président du Sitom de poursuivre : « Je suis plutôt rassuré par les résultats de ce matin. Aujourd’hui, la leçon c’est que si les algues vertes sont fraîches et transportées rapidement sur le site, elles ne posent aucun souci. C’est bien la maturation des algues non traitées, qui fermentent et qu’on laisse pourrir, qui présente un vrai danger ».

La veille, dans son édition datée du 8 septembre 2009, Ouest-France titrait pour sa part « Des analyses ont révélé peu de toxicité ».

Soulignant que « ces résultats, encourageants, prouvent plus que jamais la nécessité d’enlever rapidement les algues des plages.

« Ce qui conduit le président du Smictom, Thierry Burlot, à demander l’établissement, avec l’Etat, d’un protocole de sécurité concernant la collecte, le transport et le traitement des algues.

« Par ailleurs, l’élu ne veut plus de « stockage intermédiaire » des algues entre leur ramassage et leur livraison au centre de traitement. Enfin, ces analyses n’apportent, selon M. Burlot, aucun éclairage supplémentaire sur l’accident mortel dont a été victime, le 22 juillet dernier, un chauffeur qui venait de livrer des algues vertes de Binic au centre du Smictom. »

Un témoignage-choc sur le ramassage des algues

Cette « modération » d’Ouest-France prend tout son sens quand on prend connaissance de l’entretien choc que publiait la veille Le Télégramme, entretien toujours réalisé par Julien Vaillant, auteur du reportage au centre de compostage de Lantic.

Titré « Un ramasseur. « Le masque, on devrait nous l’imposer », le témoignage fait froid dans le dos :

« Durant tout l’été, Bruno (*) a ramassé les algues vertes sur les plages costarmoricaines. Il témoigne ici de l’accident qui lui est arrivé, à la fin du mois de juillet. 
« C’était un lundi, la journée la plus compliquée pour nous, car les algues sont restées sur la plage tout le week-end et ont commencé à pourrir. Après une matinée de ramassage, nous sommes allés manger le midi au restaurant avec mes collègues. Un quart d’heure plus tard, j’ai commencé à saigner du nez. Cela a duré cinq à dix minutes avant de s’arrêter. Ce qui m’a embêté, c’est que j’ai eu mal au crâne toute la matinée et qu’habituellement, je ne saigne pas ».

« Personne n’ose en parler »

« À cette période-là, je travaillais sans masque, ni détecteur d’hydrogène sulfuré. Avec l’accident du cheval, à Saint-Michel-en-Grève, les choses ont changé. Parce qu’un animal de 500-600kg qui meurt en deux minutes, ça fait réfléchir. Depuis, je prends mes précautions et je fais hyper attention. Je ventile le tracteur, notamment en ouvrant le toit. Je suis persuadé que d’autres collègues ont eux aussi eu des problèmes de santé, mais personne n’ose en parler ».

« Quand on bouge les tas on dérouille »

« Au moment des chargements, quand on bouge les tas, c’est là qu’on « dérouille ». Mais maintenant, je n’y vais plus sans masque. Il faudrait d’ailleurs qu’on nous l’impose en permanence. Car le phénomène des algues vertes, on ne le connaît pas encore bien. Nous sommes toujours dans les suppositions. Le principe de précaution devrait prévaloir ».

* Le prénom a été modifié.

Des riverains demandent la fermeture du centre de compostage d’Hillion

Décidément sur la brèche, Le Télégramme publie dans son édition du 10 septembre 2009 un article de Gwendal Hameury relatant que des riverains excédés par les nuisances olfactives que dégage la plate-forme de compostage d’Hillion, et inquiets pour leur santé, des riverains ont mandaté un huissier qui constate les mauvaises odeurs.

« 15 heures hier. Jean-François Talmont, huissier de justice à Loudéac, arrive, bottes aux pieds, à la plate-forme de compostage d’algues vertes d’Hillion. « J’interviens à la demande de riverains, pour constater des nuisances olfactives », explique-t-il à Bernard Robert, gérant de la société Bleu Vert, qui loue le site à la ville d’Hillion. Mais, mauvais jour, la plate-forme est quasiment vide.

« Y a-t-il besoin d’un masque ? », s’assure tout de même l’huissier, avant de s’avancer vers le portail d’entrée, encore cadenassé. « Non. En revanche, vous aurez peut-être besoin de ceci », lui répond poliment, non sans une pointe de sarcasme, Bernard Robert, en lui tendant un détecteur d’hydrogène sulfuré (H2S).

« Je ne blâme pas ce système-là »

Cette scène se déroule au milieu d’une vingtaine de riverains remontés. Les odeurs, les mouches, le ballet des camions, ils n’en peuvent plus. Ils exigent désormais la fermeture pure et simple de la plate-forme, construite, selon eux, « sans enquête publique préalable et pas faite pour recevoir autant d’algues vertes ». Une plainte a d’ailleurs été déposée en ce sens.

« On ne veut plus entendre parler de curatif mais de préventif », lance Michel Guillemot, président de l’association Halte aux marées vertes. Bernard Robert reste stoïque. Conscient des gênes occasionnées, il explique que les odeurs, bien réelles quand la plate-forme est pleine, sont dues aux déchets verts.

« Tout cela devrait changer. Aujourd’hui j’utilise plutôt de la paille ». Yvette Doré, maire, tente de calmer les esprits. « S’il y a danger, on se rapprochera de la préfecture pour demander la fermeture du site. Mais je ne blâme pas ce système-là, car en attendant, il faut bien traiter ces algues ».

De 22 à 146 ppm

Résultat des relevés de l’huissier : « Des taux d’H2S compris entre 22 et 146ppm (*) au-dessus du bassin » de rétention des jus de putréfaction. « Il y a des gaz qui s’échappent de là, des odeurs nauséabondes d’oeufs pourris, d’excréments... Tout sera consigné dans mon rapport ». En attendant, les algues continueront de s’échouer quotidiennement, quelques hectomètres plus bas, à La Granville. »

(*) Selon une étude de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), publiée en 2000, une exposition pendant dix minutes à 150 ppm peut avoir des effets irréversibles sur la santé.

Lire :

Les algues vertes, une pollution mortelle, encore sous estimée

Les eaux glacées du calcul égoïste, 24 août 2009.

Algues vertes : 300 bretons portent plainte

Les eaux glacées du calcul égoïste, 5 septembre 2009.

Algues vertes : mort d’un nettoyeur de plages

Les eaux glacées du calcul égoïste, 5 septembre 2009.

Algues vertes : la justice ouvre une enquête préliminaire après la mort d’un nettoyeur de plage

Les eaux glacées du calcul égoïste, 8 septembre 2009.

Algues vertes : des médecins bretons demandent à l’Etat de les aider à sensibiliser les populations exposées

Les eaux glacées du calcul égoïste, 9 septembre 2009.

Algues vertes : comment s’en débarrasser ?

Les eaux glacées du calcul égoïste, 11 septembre 2009.

Lire aussi :

Le dossier « Marées vertes » de l’Ifremer – 1994/2008.

Les algues vertes peuvent tuer

S-Eau-S, 5 octobre 2008.

Le dossier "Algues vertes" d’Eau et rivières de Bretagne

Le dossier du Télégramme

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commentaires

1 Algues vertes : comment s’en débarrasser ?

Pourquoi ne parle-t-on jamais du rapport de la population bretonne à ses agriculteurs ? Les bretons ne supportent pas que leurs agriculteurs ne vivent plus chichement, avec leur tas de fumier devant la porte, comme autrefois. Les éleveurs de porcs ont connu de belles années et se sont enrichis, ce qui déplait fortement aux bretons. L’essor économique : oui, le développement industriel : oui l’amélioration du quotidien dans tous les domaines : oui mais surtout pas en agriculture, qu’ils restent authentiques, comme il y a 50 ans ! Il n’empeche que le mode de production a besoin d’etre revu comme dans beaucoup de domaines mais pourquoi stigmatiser que l’élevage porcin alors qu’à st-michel-en-grève, par exemple, lieu connu pour ses algues vertes, l’élevage est à 90 % bovin ? La Bretagne est magnifique, certes elle doit etre protégée, mais qu’elle essaye de vivre uniquement du tourisme, avec une seule saison à l’année !

poste par piscilia - 2009-12-11@09:57 - Répondre à ce message
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